
M. Muhammad Sharif Odeh
Ce dimanche 17 novembre 2013
Monsieur François Hollande
Président de la République Française
Palais de l’Elysée,
55 rue du Faubourg Saint-Honoré
75008
Paris
Monsieur le Président de la République,
Que la paix soit avec vous. J’espère que vous êtes en bonne santé, et je prie que vous ayez le bonheur de toujours agir pour le plus grand bien de la France et du monde en général.
Permettez-moi de me tourner vers la question du voile en France, et de la loi n°2010-1192 en date du 11 octobre 2010 qui a interdit le port du voile intégral, car je souhaite attirer votre attention sur les conséquences d’une telle loi et de tels débats. Il est clair que la loi ne doit pas interférer avec la liberté religieuse des citoyens alors même que l’exercice de cette liberté n’atteint pas autrui, notamment dans le cas du port du voile.
En effet, l’on voit mal comment une femme pourrait nuire à autrui par le simple fait de se couvrir la tête et le visage d’une façon qui permet son identification. Vous saurez sans doute que de telles lois ne font qu’augmenter la stigmatisation et l’intolérance, et que par conséquent les musulmans français développent des complexes d’infériorité. Cela ne facilite pas la cohésion sociale, mais favorise au contraire des comportements d’exclusion.
Nous pouvons voir, Monsieur le Président, qu’une ingérence substantielle dans les libertés individuelles encourage la discrimination et l’hostilité, et ce, d’autant plus que la portée de cette loi n’a pas été limitée aux personnes portant le voile intégral, mais s’est propagée pour toucher les personnes portant simplement le foulard islamique. Il devient dès lors très difficile de vivre dans une telle société.
D’autant que, tel que l’avait fait récemment remarquer Hadrat Mirza Masroor Ahmad, Chef Spirituel de la Communauté Islamique Ahmadiyya Internationale, devant une assemblée de parlementaires en Grande-Bretagne, lorsque l’hiver européen force les femmes non musulmanes à se voiler afin de se protéger du froid, toute loi visant à interdire le voile se révèle être alors ridicule.
Monsieur le Président de la République, la laïcité, si elle doit être conçue de manière efficace, doit nécessairement s’inscrire dans une démarche d’union et de tolérance. En un mot : la loi doit être flexible. Or, j’ai grand espoir que vous saurez empêcher les législateurs en France de limiter cet acte inoffensif qu’est le port du voile, et que vous parviendrez à encourager la tolérance et ainsi à rétablir la paix et l’harmonie dans la société française.
Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de mes respectueuses salutations et l’assurance de mes prières sincères.
En vous souhaitant la paix,
Muhammad Sharif Odeh
Dirigeant de la Communauté Islamique Ahmadiyya En Terre Sainte
Nous remercions Asif Arif, élève-avocat à Paris, pour sa contribution à la composition de cette lettre.