Le Saint Prophète (s.a.w.) essayait toujours de vérifier, en scrutant le visage de ceux qui étaient en sa compagnie, si l'un d'eux avait besoin de nourriture pour sa subsistance. Abū Hurairah rapporte l'incident suivant : une fois il était resté sans manger pendant plus de trois jours ; il se tint à l'entrée de la mosquée et vit Abū Bakr qui passait près de là. Il lui demanda la signification d'un verset du Saint Coran qui enjoint de nourrir les pauvres. Abū Bakr le lui expliqua et s'en alla. En relatant cet incident, Abū Hurairah s'indignait et disait que lui aussi comprenait le Saint Coran aussi bien qu'Abū Bakr. Son but, en lui demandant de lui expliquer le sens du verset, était qu'Abū Bakr devine qu'il avait faim et qu'il lui donne à manger. Peu après, ‘Umar passa par là et Abū Hurairah lui demanda, à lui aussi de lui expliquer le sens du verset. ‘Umar également le lui expliqua et s'en alla. Abū Hurairah, comme tous les compagnons du Saint Prophète, répugnait à faire une demande directe et, quand il s'aperçut que ses tentatives indirectes pour attirer l'attention sur sa condition avaient échoué, il commença à se sentir très faible. Sur ce, il entendit appeler son nom d'une voix douce et tendre. Regardant du côté d'où venait cette voix, il vit que le Saint Prophète regardait par une fenêtre de sa maison et qu'il souriait. Il demanda à Abū Hurairah : « As-tu faim ?  » — à quoi ce dernier répondit : « En effet, ô messager d'Allah ! J'ai faim. » Le Saint Prophète dit : « Il n'y a rien à manger chez nous non plus, mais quelqu'un vient de nous envoyer un bol de lait. Va à la mosquée voir s'il y en a d'autres qui ont faim comme toi. »

Poursuivant son récit Abū Hurairah raconte : « Je pensais en moi-même que j'avais assez faim pour consommer tout le lait contenu dans le bol, et pourtant le Prophète m'avait demandé d'inviter toute autre personne qui pourrait être dans le même cas que moi, ce qui voulait dire que j'aurais bien peu de lait. Mais je devais exécuter les ordres du Prophète et me rendis donc à la mosquée. J'y trouvai six personnes assises là que j'emmenai avec moi à la porte du Prophète. Il remit le bol de lait dans les mains de l'un d'eux et lui demanda de boire. Quand il eut fini, et alors qu'il éloignait le bol de ses lèvres, le Prophète insista pour qu'il but une seconde et puis une troisième fois, jusqu'à ce qu'il fût rassasié. De la même façon il insista pour que chacun des six se rassasiât du lait. Chaque fois qu'il demandait à quelqu'un de boire, je craignais qu'il n'en restât que peu pour moi. Quand les six eurent bu du lait, le Prophète me donna le bol et je vis qu'il était plein de lait. Dans mon cas aussi, il insista et me fit boire deux ou trois fois jusqu'à satiété, et finalement il but le reste lui-même, rendit grâce à Dieu et referma sa porte. » (Bukhārī, Kitab al-Riqāq)

Le but du Saint Prophète, en offrant le lait à Abū Hurairah en dernier, était sans doute de lui indiquer qu'il aurait dû continuer à endurer les affres de la faim, plaçant sa con­fiance en Dieu, et qu'il n'aurait pas dû attirer l'attention sur sa condition, même indirectement.

(Source : Introduction à l'étude du Saint Coran par Hadrat Mirza Bashir Ud Din Mahmud Ahmad (r.a.) - Khalifatul Masih II)