Sermon du vendredi 20 décembre 2019, prononcé par Sa Sainteté le Calife, Hadrat Mirza Masroor Ahmad, à la mosquée Moubarak à Islamabad. Après le Ta'awudh, le Tashahoud et la Sourate Al-Fatiha, Sa Sainteté le Calife a déclaré :

Dans mon précédent sermon j’avais évoqué ‘Outbah Bin Ghazwan, un des compagnons [de Badr]. Je n’avais pas tout dit à son propos et je vais présenter d’autres points à son sujet. En l’an deux de l’Hégire, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait envoyé une expédition vers Nakhlah avec à sa tête son cousin ‘Abdoullah Bin Jahch. ‘Outbah Bin Ghazwan en faisait également partie. J’avais mentionné cette expédition dans le passé lorsque j’évoquais un autre compagnon. Je vais en parler de nouveau brièvement.

Dans son ouvrage Sirat Khatamun-Nabiyyine, Hazrat Mirza Bashir Ahmad relate que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) décida de surveiller de plus près les mouvements des Qouraychites, afin que toutes les informations nécessaires les concernant pussent être disponibles à temps et que Médine fût à l’abri de toutes attaques soudaines. À cette fin, le Saint Prophète rassembla un groupe de huit Mouhājirīn. Avec sagesse, il choisit des hommes appartenant aux diverses tribus des Qouraychites, de sorte qu’il fût plus facile d’obtenir des renseignements sur les complots de celles-ci. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) nomma son cousin paternel, ‘Abdoullah bin Jahch, au poste de commandant de ce détachement.

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) n’avait même pas informé le commandant de l’endroit où il serait envoyé ou même le but de sa mission. Au moment de leur départ, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui remit une lettre scellée et déclara : « Ceci contient les instructions nécessaires à votre intention. Ayant parcouru une distance de deux jours de Médine dans telle direction, ouvrez la lettre et agissez conformément aux instructions y inscrites. »

Après avoir parcouru deux jours de voyage de Médine, ‘Abdoullāh ouvrit les instructions du Saint Prophète, qui étaient les suivantes : « Dirigez-vous vers la vallée de Nakhlah entre La Mecque et Ṭā’if, obtenez des informations sur le Qouraychites et [ensuite] revenez avec les nouvelles à ce sujet. »

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait écrit au bas de cette lettre qu’après que l’objectif de cette mission fût connu, si un des compagnons hésitait à l’accompagner et souhaitait retourner, il serait autorisé à le faire. ‘Abdoullāh a lu ces instructions à ses compagnons, qui ont unanimement affirmé : « Nous nous présentons volontiers pour ce service. » Ensuite, le détachement s’est rendu à Nakhlah. Sa’d bin Abī Waqqāṣ et ‘Outbah bin Ghazwān ont perdu leurs chameaux en cours de route et ont été séparés de leurs compagnons. Malgré tous leurs efforts, ils n’ont pas été en mesure de rejoindre leurs compagnons. Il ne restait plus que six personnes dans le détachement.

Hazrat Mirza Bashir Saheb commente que Margoulis, un orientaliste, a écrit que Sa’d bin Abī Waqqāṣ et ‘Outbah bin Ghazwān avaient abandonné leurs chameaux à dessein afin de rester en arrière. Or, chaque incident de la vie de ses fidèles serviteurs de l’islam prouve leur bravoure. L’un d’entre eux est tombé en martyr entre les mains de mécréants à Bi’r Ma’ouna et le deuxième avait participé dans diverses batailles pour conquérir en fin de compte l’Irak. Pareilles suppositions ne prouvent que l’ineptie de M. Margoulis. Qui plus est, cet auteur déclare que son livre est exempt de tout préjugé. En tout cas, à leur habitude, ces gens-là s’attaquent à l’islam et aux musulmans quand ils en ont l’occasion.

Je me tourne de nouveau vers l’incident en question. Ces quelques musulmans sont arrivés à Nakhlah et ont commencé leur mission qui était de s’informer sur les intentions et mouvements des mécréants de La Mecque, et s’ils avaient ourdi des complots contre les musulmans ou pas. Afin de garder leur mission secrète, certains se sont rasé la tête pour ne pas alerter les voyageurs afin qu’ils les prennent pour des pèlerins venus avec l’intention d’accomplir la ‘Oumra. Cependant, ils étaient à peine sur place quand une petite caravane de Qouraychites arriva soudainement : elle se rendait de Tā’if à La Mecque, et les deux groupes se sont rencontrés. Les musulmans se sont consultés sur l’action à prendre. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) les avait envoyés dans le but d’obtenir secrètement des renseignements, mais d’autre part, la guerre avec les Qouraychites avait commencé. Les deux adversaires étaient face à face et naturellement, étant donné que les membres de la caravane des Qouraychites avaient repéré les musulmans, leur mission secrète de renseignement ne resterait plus secrète. Une autre difficulté était que certains musulmans pensaient que c’était peut-être le dernier jour de Rajab, un des mois sacrés au cours duquel les combats étaient interdits, comme le stipulait l’ancienne coutume arabe. D’autres pensaient que le mois de Cha’bān avait déjà commencé. Selon certains récits, cette expédition avait été envoyée au cours du mois de Jamādiy al-Âkhir. Il y avait un doute sur le jour : était-ce celui de Jamādī ou de Rajab ? D’autre part, la vallée de Nakhlah était située sur la périphérie du Ḥaram (enceinte sacrée de la Ka’bah) et il était évident que si une décision n’était pas prise ce jour-là, la caravane entrerait dans le Ḥaram le lendemain, dont le caractère sacré était définitif. Par conséquent, en tenant compte de tous ces facteurs, les six musulmans ont décidé d’attaquer la caravane et de capturer ou de tuer ses membres. Ils ont donc lancé l’attaque, causant la mort d’un homme : deux autres ont été capturés mais le quatrième individu s’est échappé. Les musulmans n’ont pas réussi à l’appréhender. Par la suite, les musulmans ont saisi les biens de la caravane. Puisqu’un homme appartenant aux Qouraychites s’était échappé et qu’inévitablement la nouvelle de cette attaque arriverait rapidement à La Mecque, ‘Abdoullah bin Jahch et ses compagnons sont rapidement rentrés à Médine avec le butin. »

Margoulis affirme que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait envoyé cette expédition sciemment aux cours du mois sacré sachant que les Qouraychites seraient tout naturellement inattentifs au cours ce mois et que les musulmans pourraient aisément piller cette caravane. Or, toute personne douée de bon sens comprendra qu’on ne peut pas envoyer un tout petit détachement aussi loin pour s’attaquer à une caravane. D’autant plus que les quartiers généraux des ennemis étaient tout près ; et on sait de source sûre qu’ils ont été envoyés en mission de renseignement et rien de plus. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) était extrêmement fâché quand il a su à propos de l’attaque lancée par les musulmans et a déclaré : « Je ne vous avais pas permis de vous battre au cours du mois sacré ! » Il a refusé de prendre une part du butin.

‘Abdoullāh et ses compagnons ont ressenti un remords et une honte extrêmes. Ils se sont dit qu’ils étaient ruinés étant donné qu’ils avaient attiré la colère de Dieu et de Son Prophète. Les autres compagnons les ont réprimandés pour leur action. D’autre part, les Qouraychites ont également soulevé un tollé, disant que les musulmans avaient violé la sainteté du mois sacré. Étant donné que ‘Amr bin Al-Ḥaḍramī, celui qui avait été tué, était un chef de clan et également un allié de ‘Outbah bin Rabī’a, un chef de La Mecque, cet événement a enflammé les Qouraychites. Ils se sont âpretés à attaquer Médine. Cette attaque au cours du mois sacré avait causé du bruit à la fois parmi les musulmans et les mécréants, et finalement le verset coranique suivant a été révélé, soulageant les musulmans:

يَسْأَلُونَكَ عَنِ الشَّهْرِ الْحَرَامِ قِتَالٍ فِيهِ قُلْ قِتَالٌ فِيهِ كَبِيرٌ وَصَدٌّ عَنْ سَبِيلِ اللَّهِ وَكُفْرٌ بِهِ وَالْمَسْجِدِ الْحَرَامِ وَإِخْرَاجُ أَهْلِهِ مِنْهُ أَكْبَرُ عِنْدَ اللَّهِ وَالْفِتْنَةُ أَكْبَرُ مِنَ الْقَتْلِ وَلَا يَزَالُونَ يُقَاتِلُونَكُمْ حَتَّى يَرُدُّوكُمْ عَنْ دِينِكُمْ إِنِ اسْتَطَاعُوا

Ils t’interrogent à propos du combat pendant le Mois Sacré. Dis-leur : « Se battre pendant le Mois Sacré est grave, mais aux yeux d’Allāh, il est encore plus grave d’empêcher les hommes de suivre la voie d’Allāh, de se montrer ingrat envers Lui et d’empêcher les croyants de se rendre à la Saint Mosquée et d’en expulser ses vrais ayants droit ; et la persécution est un crime encore plus grave que le fait de tuer. » Ô musulmans les mécréants ne cesseront pas de vous combattre jusqu’à qu’ils vous aient détournés de votre foi, s’ils le peuvent. (2 : 217)

Selon l’histoire, les chefs des Qouraychites menaient leur propagande sanguinaire même pendant les mois sacrés. Voire ils étaient encore plus actifs dans leurs desseins maléfiques au cours de ces mois, profitant des rassemblements et des voyages qui y avaient lieu. En outre, de manière éhontée et afin de se satisfaire, ils réarrangeaient l’ordre des mois sacrés, [une pratique] connue sous le nom de Nas’ī. Ils ont ainsi traité les musulmans. Lors du traité de Ḥoudaibiyyah, malgré l’alliance conclue, les mécréants de La Mecque et leurs alliés ont attaqué une tribu alliée aux musulmans, dans la région du Ḥaram. Et ensuite, quand les musulmans ont commencé à soutenir cette tribu, ils se sont également battus contre eux dans la région même du Haram. Par conséquent, il est naturel que les musulmans aient trouvé réconfort dans cette réponse, et les Qouraychites se sont également calmés. Pendant ce temps, deux de leurs hommes sont arrivés à Médine pour faire libérer leurs deux captifs. Cependant, jusqu’à présent, Sa’d bin Abī Waqqāṣ et ‘Outbah n’étaient pas encore revenus. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) craignait qu’ils ne fussent entre les mains des Qouraychites et que ces derniers ne les tuassent. C’est pour cette raison que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a refusé de libérer les captifs jusqu’à leur retour et a déclaré : « Lorsque mes hommes reviendront à Médine sains et saufs, je relâcherai les vôtres. » Par conséquent, quand ils sont retournés à Médine, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a libéré les deux captifs contre rançon. Or, un des deux captifs était si profondément impressionné par les hautes qualités morales du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et par la vérité de l’enseignement de l’islam lors de son séjour à Médine, qu’il a refusé de retourner, et a rejoint les serviteurs du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) en lui prêtant allégeance. Il a finalement été martyrisé à Bi’r-Ma’ouna.

Le fait qu’il ait accepté l’islam et qu’il se soit sacrifié pour l’islam doit suffire pour répondre à l’objection de Margolius. Hélas ! ces gens-là rejettent ces faits.

‘Outbah Bin Ghazwan avait participé à la bataille de Badr et aux autres batailles en compagnie du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Ses deux esclaves affranchis, Khabbab et Sa’d, avaient également participé à la bataille de Badr. ‘Outbah faisait partie des archers émérites du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.).

‘Oumar avait envoyé ‘Outbah dans la région de Bassora pour livrer combat aux Perses dans la région d’Ouboulla. ‘Oumar lui a dit au moment du départ : « Pars avec tes compagnons, jusqu’à ce que vous atteigniez la frontière de l’empire arabe et celle des non-Arabes. Pars avec les bénédictions d’Allah. Crains toujours Allah et sache que tu vas combattre un ennemi très aguerri. J’ai l’espoir qu’Allah t’aidera contre eux. J’ai écrit à ‘Ala Bin al-Hadrami afin qu’il t’aide par l’entremise d’Arjafa Bin Harsama, car il est un guerrier d’expérience ; il maîtrise l’art de la guerre. Demande-lui conseil et invite les gens vers Allah. Accepte la conversion de celui qui t’écoute et impose la Jizya sur celui qui ne se convertit pas : il doit la payer de son propre chef et de sa main. Utilise l’épée contre celui qui n’accepte pas ces conditions.

Il faut livrer combat contre celui qui ne veut pas payer la Jizya ou qui ne souhaite pas abandonner sa religion et se convertir à l’islam et qui insiste à combattre les musulmans. Encourage les tribus arabes que tu croises en route à accomplir le Jihad. Sois vigilant contre l’ennemi et crains Allah, ton Seigneur. »

‘Oumar a envoyé ‘Outbah à Bassora avec huit cents soldats. Il lui a envoyé des renforts par la suite. ‘Outbah a remporté la victoire à Ouboulla et il a tracé les frontières de la ville de Bassora. Il était le fondateur de cette ville et c’est lui qui l’avait peuplé. Quand ‘Oumar a choisi ‘Outbah comme gouverneur de Bassora, ce dernier se trouvait à Kharibah, une ancienne ville persane dont le nom persan était Vachtabad Ardechir. Les Arabes l’ont nommée Kharibah et c’est là-bas que s’est tenue la bataille du chameau. ‘Outbah a informé le [calife] ‘Oumar que les musulmans avaient besoin d’un lieu pour passer l’hiver et pour résider après leur retour de la bataille. ‘Oumar lui a demandé de se réunir dans un endroit où il y a de l’eau et du pâturage pour les animaux. Sur ce, ‘Outbah a choisi Bassora où les musulmans ont bâti des maisons faites de bambou. ‘Outbah a aussi construit une mosquée de bambou. En l’an 14 de l’Hégire, ‘Outbah a construit la maison de l’Emir tout près de la mosquée sur un terrain ouvert. Quand ils partaient au combat, ils démontaient leurs maisons de bambous et en rangeaient [le matériel] et quand ils retournaient ils les reconstruisaient de nouveau. Plus tard, les gens ont bâti des maisons en dur dans la région. ‘Outbah a ordonné à Mahjan Bin Adra de jeter les fondations de la mosquée principale de Bassorah, mosquée qu’il a bâtie avec du bambou. ‘Outbah est ensuite parti accomplir le Hajj et il a choisi Mujacha Bin Wousoud comme son remplaçant en lui demandant de camper dans la région de l’Euphrate ; et il a choisi Moughirah Bin Cha’bah comme Imam pour la prière. ‘Outbah est parti voir ‘Oumar pour l’informer qu’il souhaitait démissionner de [son poste de] gouverneur de Bassora et lui demander de nommer quelqu’un d’autre à sa place étant donné que la tâche lui était difficile. Oumar n’a pas accepté sa démission. Alors, ‘Outbah a prié : « Ô Allah ! Fais que je ne retourne pas de nouveau dans cette ville. » On raconte qu’il est tombé de sa monture est qu’il est décédé en l’an 17 de l’Hégire alors qu’il retournait vers Bassora de La Mecque. L’accident a eu lieu à Ma’dan Bin Soulaym. Selon un autre récit, il est décédé en l’an 17 de l’Hégire à Rabdah. Selon un troisième récit divergeant, il serait décédé à l’âge de 57 ans à Bassora d’une maladie de l’estomac. D’autres affirment qu’il est décédé en l’an 15 de l’Hégire. Après son décès, son esclave nommé Souwaid a pris ses affaires et les a présentées à ‘Oumar. ‘Outbah est décédé à l’âge de 57 ans : il était grand de taille et beau.

Khalid Bin ‘Oumayr al-Adawi relate : «’Outbah Bin Ghazwan s’est adressé à nous. Il a loué Allah et ensuite il a déclaré : « Le monde annonce qu’il tire à sa fin. » Il a tourné son dos brusquement. « C’est-à-dire que le jour dernier est proche. Il ne reste pas grand-chose du monde à l’instar de ces quelques gouttes qu’on laisse au fond d’un récipient. Vous allez bientôt partir vers un monde éternel. La vie d’ici-bas est éphémère. Tentez de vous reformer. On raconte qu’une pierre sera lancée du haut de la fosse de l’enfer et qu’elle n’atteindra le fond qu’après soixante-dix ans. Par Allah ! Cet enfer sera certainement rempli. C’est-à-dire que les pécheurs y seront jetés. Profitez donc de la vie et accomplissez de bonnes œuvres. Il existe une distance de 40 ans entre les deux portes du paradis. Un jour viendra lorsqu’il sera rempli de gens. Nous étions sept en compagnie du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) : parfois nous n’avions rien à manger sauf les feuilles des arbres. » C’est dire qu’ils étaient passés par des moments très difficiles.

Il ajoute : « Nous consommions des feuilles tant et si bien que cela avait blessé les coins de nos bouches. J’ai trouvé une couverture que j’ai divisée en deux : j’en ai offert une moitié à Sa’d Bin Malik. » C’est-à-dire qu’ils n’avaient même pas de quoi se recouvrir.

Il ajoute : « J’ai utilisé ma moitié comme pagne pour m’envelopper le corps et j’ai offert l’autre moitié à Sa’d. Or aujourd’hui on se lève le matin et l’on devient le gouverneur d’une ville. Je demande la protection d’Allah contre toute expression de supériorité : je suis tout petit aux yeux d’Allah. Je prie pour rester humble. »

Étant donné que la situation a changé et que vous vivez dans l’aisance, vous avez davantage de soucis à vous faire.

Il ajoute : « Tout prophétat dans le passé a connu le déclin pour finir dans la monarchie. Saisissez cette réalité ; les dirigeants après nous devront en faire l’expérience. » Les musulmans aussi vont sombrer dans le matérialisme et vous constaterez que mes paroles vont s’accomplir. « Or consacrez-vous toujours à Dieu et à la spiritualité : c’est par ce faire que vous entrerez au paradis. »

Le prochain compagnon [de ce sermon] se nomme Sa’d Bin ‘Oubadah. Il appartenait à la branche des Banou Sa’adah de la tribu de Khazraj. Son père se nommait ‘Oubadah Bin Zoulaim et sa mère se nommait Amra : elle était la troisième fille de Mas’oud Bin Qays. Elle avait aussi prêté allégeance au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Sa’d Bin ‘Oubadah était le cousin de Sa’d Bin al-Zubayr al-Ach’ali, qui était aussi un compagnon de Badr. Sa’d Bin ‘Oubadah avait deux épouses. La première se nommait Ghazia Bint Sa’d : elle a donné naissance à Sa’id, Muhammad et ‘Abdour Rahman. Sa deuxième épouse était Fuqayha Bint ‘Oubayd, qui a donné naissance à Qays, ‘Oumama et Sadous. Mandous Bint ‘Oubadah était la sœur de Sa’d Bin ‘Oubadah : elle avait aussi prêté allégeance au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et avait embrassé l’islam. Sa’d Bin ‘Oubadah avait une autre sœur qui s’appelait Layla Bint ‘Oubadah : elle avait aussi prêté allégeance au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et avait accepté l’islam.

Sa’d Bin ‘Oubadah était aussi connu comme Abou Thabit – ou Abou Qays selon d’autres. Mais le premier récit est le plus authentique. Sa’d Bin ‘Oubadah était le responsable de la tribu de Khazraj. Il était un chef et était généreux : il portait le drapeau des Ansar lors de toutes les batailles. Il était quelqu’un d’important et d’influent parmi les Ansar, et son peuple avait accepté son autorité. À l’époque de l’ignorance il savait déjà lire et écrire l’arabe, tandis que très peu de gens savaient le faire à l’époque. Il était aussi un très bon nageur et archer. Ceux qui maîtrisaient ces arts étaient connus comme des Kamils. À l’époque de l’ignorance Sa’d Bin ‘Oubadah et ses aïeux annonçaient de leur forteresse qu’ils distribuaient de la viande et de la graisse à qui en voudrait et que pour cela on devait se rendre à la forteresse de Doulaym Bin al-Harith.

Hicham Bin ‘Ourwa raconte que son père a relaté : « J’ai entendu Sa’d Bin ‘Oubadah annoncer de sa forteresse qu’il offrait de la viande et de la graisse animale à celui qui en voudrait. »

C’est-à-dire qu’il distribuait de la viande. Son fils aussi en faisait de même.

Le père de Hicham Bin ‘Ourwa ajoute : « Tout jeune, alors que je traversais Médine, j’ai croisé ‘Abdoullah Bin ‘Oumar. Il partait vers ses terres à Aliya, une vallée située à environ 8 miles de Médine dans la direction du Nejd. Il m’a dit : « Holà jeune homme ! Viens ici ! Entends-tu quelque voix de la forteresse de Sa’d Bin ‘Oubadah ? » La forteresse était proche. J’ai répondu au négatif. Il a commenté : « Tu dis vrai. »

Après Sa’d Bin ‘Oubadah, on ne faisait plus montre de la même générosité que la sienne. C’est pour cette raison qu’Abdoullah Bin ‘Oumar l’avait interrogé à ce propos.

Nafi’rapporte que lorsqu’Abdoullah Bin ‘Oumar est passé à côté de la forteresse de Sa’d Bin ‘Oubadah, il m’a demandé : « Ceci est la maison de ses aïeux. Une fois par an quelqu’un y annonçait : « Celui qui souhaite manger de la viande et de la graisse doit se rendre à la maison de Doulaym. Lorsque ce dernier est décédé, ‘Oubadah faisait la même annonce et Sa’d en faisait de même après lui. Qays Bin Sa’d aussi faisait la même annonce ; et il était le plus généreux de tous. »

Selon ce récit, cette pratique a été perpétuée par ses enfants, mais cela n’a pas duré par la suite.

Sa’d Bin ‘Oubadah avait embrassé l’islam lors du deuxième serment d’Aqaba. Voici le récit tiré de la Sirat Khatamun-Nabiyyine à ce propos. Au cours du mois de Dhoul-Hijjah de l’an 13 du prophétat, à l’occasion du Hajj, des centaines de personnes des tribus d’Aus et de Khazraj sont venues à La Mecque. Parmi eux, se trouvaient soixante-dix qui étaient devenus musulmans ou étaient désireux de le devenir, et qui s’étaient rendus à La Mecque pour rencontrer le Saint Prophète. Mous’ab bin ‘Oumair était également de la partie. Sa mère était en vie et, bien qu’elle fût une idolâtre, elle l’aimait beaucoup. Lorsqu’elle eut été informée de sa venue, elle lui envoya ce message : « Viens d’abord me rencontrer avant de partir ailleurs. » Mous’ab répondit : « Je n’ai pas encore rencontré le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) ; je viendrai vous voir une fois que je l’aurai vu. » Il se présenta au Saint Prophète, et l’informa de questions-clef, puis visita sa mère. Elle était très en colère. Quand elle le vit, elle se mit à pleurer et à se plaindre. Mous’ab dit : « Mère ! Je vais vous dire quelque chose de merveilleux, de très bénéfique pour vous, qui mettra fin à tout désaccord. » Elle demanda : « Qu’est-ce donc ? » Mous’ab répondit avec douceur : « Abandonnez le culte des idoles, devenez musulmane et croyez dans le Saint Prophète. » Elle était une fervente idolâtre, et dès qu’elle a entendu cela, elle a commencé à faire du bruit en disant : « Je jure par les étoiles que je n’entrerai jamais dans votre religion ! », et a signalé à ses proches de capturer Mous’ab, mais il s’échappa.

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait été informé de la venue des Ansar par Mous’ab, et quelques-uns d’entre eux avaient également rencontré individuellement le Saint Prophète. À cette occasion, puisqu’une réunion privée et collective était nécessaire, après les rites du Hajj, les dates du milieu du mois de Dhoul-Hijjah ont été fixées à cet effet. Ce jour-là, vers le milieu de la nuit, tous ces gens devaient rencontrer le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) dans la même vallée que l’année précédente, afin qu’une réunion privée pût se tenir dans la paix et l’attention complète. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) ordonna aux Ansar : « Ne venez pas en groupes, mais arrivez par paires dans la vallée à l’heure convenue. Ne réveillez pas les dormeurs et n’attendez pas les absents. »

Ainsi, à la date fixée, en pleine nuit, quand environ un tiers de la nuit s’était écoulé, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a quitté son domicile. Il était accompagné de son oncle ‘Abbas, qui était toujours un idolâtre mais qui aimait le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et était un chef de la dynastie des Hāchim. Tous deux atteignirent cette vallée et les Ansar ne tardèrent pas à arriver par paires. Ils étaient soixante-dix, des tribus d’Aus et de Khazraj. Au tout début, ‘Abbās, l’oncle du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), a déclaré : « Ô Khazraj ! Muhammad [s.a.w.] est vénéré et aimé au sein de sa famille. À ce jour, elle a assuré sa protection et, en cas de danger, elle s’est toujours tenue à ses côtés. Mais maintenant, Muhammad a l’intention de quitter son pays et d’habiter chez vous. Ainsi, si vous souhaitez l’accueillir chez vous, vous devez le protéger et vous devrez faire face à tous ses ennemis. Si vous êtes prêts pour cela, tant mieux ; sinon, donnez une réponse franche, car la franchise est meilleure. »

Al-Barā’bin Ma’rour, un homme âgé et influent de la tribu des Ansar, a déclaré : « ‘Abbas, nous avons entendu ton discours, mais nous aimerions entendre le Saint Prophète de sa propre langue bénie, afin qu’il puisse exposer la responsabilité qu’il souhaite nous imposer. »

Sur ce, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a récité quelques versets du Coran et a décrit les enseignements de l’islam dans un bref discours. Tout en faisant allusion aux droits d’Allah et aux droits de Ses serviteurs, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a déclaré : « Mon unique souhait est que vous me traitiez de la même manière que vous traitez et protégez vos proches. »

Lorsque le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) eut achevé son discours, selon la coutume de l’Arabie, Al-Barā’bin Ma’rour prit la main du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) dans la sienne et dit : « Ô Messager d’Allah ! Nous jurons par le Dieu Qui vous a envoyé avec vérité que nous vous protégerons, car nous avons grandi à l’ombre des épées. » Il n’avait pas encore terminé sa phrase, quand Aboul-Haytham bin al-Tayyihān intervint et dit : « Ô Messager d’Allah ! Nous avons eu de longues relations avec les Juifs de Yathrib. En vous soutenant, nous allons briser nos relations. Nous avons peur que vous nous quittiez et retourniez dans votre pays natal quand Allah vous accordera la victoire. Nous n’aurons plus d’allié ni ici ni là-bas. »

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) se mit à rire et dit : « Non, non ! Cela n’arrivera pas. Car votre sang est le mien, vos amis sont les miens et vos ennemis seront les miens. »

‘Abbās bin ‘Oubādah al-Ansāri a regardé ses compagnons et a déclaré : « Ô mon peuple ! Comprenez-vous le but de ce traité et de cette promesse ? Cela signifie que vous devez vous préparer à affronter tout le monde, peu importe qui, et être prêts à offrir n’importe quel sacrifice ! » Les Médinois ont demandé : « Oui, nous comprenons, mais ô messager d’Allah ! Que recevrons-nous en échange ? » Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) répondit : « Vous recevrez le paradis d’Allah, qui est la plus grande de toutes Ses récompenses. » Ils ont déclaré à l’unisson : « Nous sommes d’accord avec ce marché ! Ô Messager d’Allah, tendez votre main ! »

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a sorti sa main bénie, et ce groupe de soixante-dix dévots s’est vendu à lui dans un pacte de défense. Le nom de cette allégeance est « La seconde Bai’ah d’Aqabah ».

Quand la Bai’ah eut eu lieu, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) déclara : « Moïse a nommé douze chefs de son peuple qui ont agi en tant que superviseurs et protecteurs. Je souhaite également en nommer douze parmi vous. Ils seront comme les disciples de Jésus pour moi, et ils seront responsables devant moi à l’égard du peuple. Proposez les noms d’hommes dignes. »

Douze hommes ont été proposés : ils ont été approuvés par le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) qui a nommé chacun d’entre eux comme superviseur d’une tribu en expliquant leurs devoirs. Pour certaines tribus, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a nommé deux chefs.

Après la nomination de ces derniers, ‘Abbas Bin ‘Abdil Muttalib, l’oncle du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), a demandé aux Ansar d’être très vigilants en raison de la surveillance des espions des Qouraychites. Il ne fallait pas qu’on sût à propos de ce pacte car cela causerait des ennuis. Il était en train de prodiguer ces conseils lorsqu’un espion qui se cachait là a annoncé du haut de la vallée : « Ô Qouraychites ! Moudhammam (un sobriquet péjoratif – qu’Allah nous en préserve) et ses apostats ont conclu un pacte contre vous ! » Ceci a troublé tout le monde, mais le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) était quant à lui tout à fait serein. Il leur a recommandé de partir individuellement ou en groupe de deux.

Abbas Bin Nadla Ansari a déclaré : « Ô Envoyé d’Allah ! Nous n’avons peur de personne. Si vous nous en donnez l’ordre, nous attaquerons les Qouraych demain et nous leur ferons goûter le fruit de leurs persécutions ! » Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a répondu : « Non. Je n’ai pas encore reçu de permission à ce propos. Retournez silencieusement vers vos tentes. »

Ainsi ils sont partis en groupe de deux à pas furtifs et le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) est retourné à La Mecque avec son oncle ‘Abbas. Étant donné que les Qouraychites ont eu vent de la réunion secrète, ils sont partis rencontrer les gens de Yathrib et leur ont dit : « Nos relations datent de longtemps et nous ne souhaitons pas qu’elles se brisent. Or nous avons entendu que vous avez conclu un pacte hier soir avec Muhammad (s.a.w.). Qu’en est-il vraiment ? » Étant donné que les polythéistes parmi les Aws et les Khazraj ignoraient tout de l’affaire, ils en ont été forts surpris et ont nié le tout. ‘Abdoullah Bin Oubayy Bin Saloul, qui est devenu plus tard le chef des hypocrites, était aussi présent dans ce groupe. Il a répondu : « Il n’y a rien de tel. Il est impossible que les gens de Yathrib accomplissent quelqu’un chose d’important à mon insu ! »

Ceci a dissipé le doute des Qouraychites et ils sont rentrés. Quelque temps après, les Ansar sont retournés à Yathrib ; mais après leur départ les Qouraychites ont su qu’ils avaient conclu un pacte avec le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Certains d’entre eux les ont donc poursuivis. La caravane était partie mais Sa’d Bin ‘Oubadah était resté en arrière pour quelque raison. Ils l’ont attrapé et l’ont roué de coups sur le sol rocailleux de La Mecque et l’ont tiré par les cheveux. Joubayr Bin Mout’im et Harith Bin Harb, qui connaissaient Sa’d Bin ‘Oubadah, l’ont libéré d’entre les mains de ses tortionnaires. Dans mon prochain sermon je mentionnerai d’autres faits à propos de Sa’d Bin ‘Oubadah, Incha Allah.

 


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