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 Sermon du vendredi 08 mars 2019, prononcé par Sa Sainteté le Calife, Hadrat Mirza Masroor Ahmad, à la mosquée Baitul-Futuh à Londres. Après le Ta'awudh, le Tashahoud et la Sourate Al-Fatiha, Sa Sainteté le Calife a déclaré :

Qays Bin Mihsan était un compagnon Ansari : il se nommerait aussi Qays Bin Hisn selon certains récits et appartenait à la tribu des Banou Zourayq. Sa mère se nommait Anisa Bint Qays et son père Mihsan Bin Khalid. Il avait participé aux batailles de Badr et d’Ouhoud.

Sa fille se nommait Oumm Sa’d Bint Qays. Les enfants de Qays Bin Mihsan résidaient à Médine quand il est décédé.

Le deuxième compagnon [d’aujourd’hui] se nomme Joubayr Bin Iyas. Son père se nommait Iyas Bin Khalid. Il avait participé à la bataille de Badr et il appartenait à la branche des Banou Zourayq de la tribu de Khazraj. Selon ‘Abdoullah Bin Mohammad, il se nommait Joubayr Bin Ilyas, ou Joubayr bin Iyas selon un autre récit.

Selon les hadiths, un juif aurait jeté un sortilège sur le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et il en aurait été affecté. Le malfaiteur aurait jeté ce sort sur un peigne et des cheveux avant de les jeter dans un puits nommé Dhou Arwan. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) les en a fait sortir par la suite.

Selon Fath al-Bari, l’exégèse d’Al-Boukhari, Joubayr bin Iyas aurait extirpé ce peigne et ces cheveux du puits d’Arwan. Selon un autre récit, ce fut Qays Bin Mihsan qui les avait enlevés : c’est là raison pour laquelle j’ai réuni les récits de ces deux compagnons.

L’identité de celui qui avait fait sortir ces objets n’est pas importante. La question est de savoir si le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a été affecté par un sortilège quelconque. Quelle est la réalité derrière ce récit et quelle est notre opinion à ce sujet ? Nous devons répondre à tout propos pouvant ternir l’honneur du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) ou toute objection soulevée contre sa personne. C’est la raison pour laquelle j’expliquerai ces faits en détail comme mentionné dans la littérature de [notre] Jama’at, en référence à ces deux compagnons.

Hazrat Mouslih Maw’oud (r.a.) a mentionné cet incident dans son introduction de l’exégèse de la sourate Al-Falaq. Selon certains, écrit-il, la Sourate Al-Falaq et Al-Nas auraient été révélées à La Mecque, ou à Médine selon d’autres.

Ceux qui affirment qu’elles sont d’origine médinoise présentent comme preuve que ces deux sourates sont liées à la maladie du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) qui aurait eu pour cause le sortilège jeté par un juif. Ces deux sourates auraient été révélées [après cet incident] et le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) les aurait récitées pour ensuite souffler sur tout son corps.

Les exégètes affirment que les sourates Al-Falaq et Al-Nas auraient été révélées à Médine étant donné que l’ensorcellement y avait eu lieu. L’opinion la plus forte est qu’elles sont d’origine médinoise. Or, ceci est une déduction desdits exégètes : il ne s’agit pas d’un fait historique avéré, quoique nous ne disposions pas non plus de témoignage prouvant que ces sourates ont été révélées à La Mecque. Or, la première hypothèse est absurde. Car si ces sourates avaient été révélées à La Mecque, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) les aurait quand même récitées pour se souffler [dans les mains]. La conclusion que ces sourates sont d’origine médinoise puisque le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) aurait soufflé dans ses mains [à Médine] est inadmissible.

Dans son introduction de la sourate, Hazrat Mouslih Maw’oud a cité le récit de la maladie du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et de l’idée répandue qu’il s’agissait d’un sortilège jeté par un juif. Il déclare : « Étant donné que les exégètes ont accordé préférence au récit d’Aïcha (r.a.) je me contenterai de traduire ce récit. Aïcha (r.a.) relate que des juifs avaient jeté un sort sur le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Il en fut si affecté qu’il croyait avoir accompli une action qu’il n’avait pas accomplie en réalité. Durant un jour ou une nuit, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait imploré Dieu ardemment. [Puis] il avait informé Aïcha (r.a) qu’Allah lui avait accordé tout ce qu’il avait demandé. Aïcha (r.a) relate qu’elle lui avait demandé quel était l’objet de ses suppliques. Il avait répondu : « Deux individus étaient en ma présence : l’un se trouvait à mon chevet et l’autre à mes pieds. Celui qui se trouvait à mon chevet a dit à celui qui se trouvait à mes pieds, (ou vice-versa selon Aïcha) : « De quoi souffre cet homme (c'est-à-dire le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.)) ? » L’autre a répondu : « Il a été ensorcelé. » Le premier a demandé : « Qui l’a envoûté ? » Le deuxième a répondu : « Labid Bin Asim, le juif. » Le premier a demandé : « Sur quoi a-t-il jeté le sort ? » Le deuxième a répondu : « Sur un peigne et des cheveux couverts de la bractée d'un dattier mâle. » Le premier a demandé : « Où se trouvent ces objets ? » Le deuxième a répondu : « Au fond du puits Dhou Arwan ».

Aïcha rapporte que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) est parti avec ses compagnons vers ce puits et en est retourné. Il a dit : « Ô Aïcha ! L’eau du puits était rouge comme celle du henné. »

Hazrat Mouslih Maw’oud (r.a.) explique que lorsque les juifs jetaient un sort sur quelqu’un ils plaçaient du henné ou un autre produit de ce genre dans de l’eau pour faire croire qu’elle était devenue rougeâtre par la force de leur magie : c’était là une manière de tromper les simples d’esprit.

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a déclaré : « Les palmiers dattiers ressemblaient à des têtes de serpent. »

Aïcha a demandé : « Ô Prophète d’Allah ! Pourquoi n’avez-vous pas brûlé ces objets ensorcelés ? »

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a répondu : « Étant donné qu’Allah m’avait guéri, je craignis de répandre le mal dans la population [en les montrant]. J’ordonnai donc qu’on les enterrât ; et il en fut ainsi. »

Hazrat Mouslih Maw’oud (r.a.) explique que les deux hommes mentionnés dans le récit d’Aïcha étaient des anges qui apparurent au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). S’ils avaient été des êtres humains, Aïcha (r.a.) aussi les aurait vus. L’on déduit de son récit qu’Allah souhaitait informer le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) à travers ces anges que les juifs avaient jeté un sort sur lui. Cela ne signifie pas que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) était tombé sous le coup du sort. Quand le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a fait sortir ces objets envoûtés pour les enterrer, les juifs ont cru que leur sortilège a été brisé ; et d’ailleurs Allah avait rétabli la santé du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). En bref, les juifs croyaient avoir jeté un sort sur le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) pensant qu’ainsi il tomberait malade. »

Hazrat Mouslih Maw’oud (r.a.) explique que le récit met en exergue l’hostilité des juifs à l’encontre du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) ; et l’on comprendra d’ailleurs qu’il est un vrai prophète de Dieu, car Celui-ci l’avait informé des actions des juifs à son encontre. Sa connaissance de choses ayant trait à l’invisible et l’échec des juifs dans leurs tentatives sont autant de preuves qu’il est un vrai prophète. »

En tout cas la conclusion tirée par Hazrat Mouslih Maw’oud (r.a.) est la réalité, notamment que les juifs croyaient avoir jeté un sort sur le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) mais que cela n’avait eu aucun effet sur sa personne. Sa maladie ou son amnésie avaient d’autres raisons. Or Allah l’exalté avait informé le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) du complot des juifs : au vu de tous, Il a réduit à néant le sort qu’ils croyaient avoir jeté. Les juifs avaient été ravis de constater sa maladie et vraisemblablement ils avaient répandu la rumeur que leur sortilège en était la cause. Mais [Dieu] a dévoilé la vérité.

Hazrat Mirza Bashir Saheb a écrit un article expliquant davantage ce sujet, citant l’histoire et étayant ses arguments. Il déclare : « Selon les annales de l’histoire, voire les hadiths, on rapporte, qu’Allah nous en préserve, qu’après le traité de Houdaybiyya un juif du nom de Labid Bin ‘Asim aurait jeté un sort sur le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) en enroulant des nœuds de cheveux dans un peigne, pour réciter dessus des incantations et en le jetant dans un puits. On rapporte, dit-on, que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) aurait été sous l’emprise de ce sortilège pendant un bon moment. C’est-à-dire que les auteurs [du sort] avaient répandu cette rumeur. Durant cette période, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) était souvent triste et mélancolique : tout anxieux, il priait souvent. Un signe évident était que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) était très oublieux durant ces jours. Il croyait avoir accompli telle ou telle action quand il ne l’avait pas fait en réalité. Il croyait, à tort, avoir visité telle ou telle épouse. En accord aux préceptes islamiques, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait fixé un tour pour chacune de ses épouses. Tous les soirs, il visitait la maison de chacune d’entre elles pour prendre de leurs nouvelles et s'arrêtait au final chez celle désignée pour ce jour. C’est ce qu’on déduit du récit cité plus haut. En fin de compte, Dieu a dévoilé au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) tout le complot dans un rêve. »

Hazrat Mirza Bashir Saheb cite ici le résumé du hadith de Boukhari cité dans le commentaire de Hazrat Mouslih Maw’oud (r.a.).

Il ajoute : « Ceci est le résumé des récits consignés dans les annales de l’histoire et des hadiths. Tant de légendes ont été tissées autour de ce récit qu’il est impossible de démêler le vrai du faux. Si l’on accepte tels quels tous ces récits, l’on présentera la personne bénie du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) comme un individu très faible que ses ennemis pouvaient influencer [négativement] tout au moins au niveau des affaires de ce monde, qu’Allah nous préserve [d’une telle pensée], et que par son influence maléfique, l’ennemi avait pu cibler le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) maîtrisant ses pensées et ses sentiments, tant et si bien qu’il était entièrement sous l’emprise de ce sortilège. Qu’Allah nous en préserve !

En acceptant tels quels ces récits tirés des recueils de hadiths et d'histoire, cette conclusion qui sera tirée sera tout à fait erronée. Or une lecture rationnelle et synoptique de ces récits ainsi que leur examen minutieux prouveront que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) souffrait tout simplement d’une amnésie passagère en raison de certains soucis temporaires ou d’une faiblesse physique. Certains ennemis ignobles ont profité de cette situation pour répandre la rumeur qu’ils avaient pu jeter un sort sur le Prophète des musulmans, qu’Allah nous en préserve. Or Allah a rétabli rapidement la santé du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) pour humilier l’ennemi et réduire à néant la propagande mensongère des hypocrites.

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) était le meilleur des prophètes, le conquérant des forces sataniques : personne, ni dans le passé, ni à l’avenir, n’a accompli ou accomplira pareil prodige. Croire qu’il avait subi le sortilège d’un juif est le comble de la stupidité. Ceci est inimaginable. Ceci n’est point ma conclusion. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) en personne a nié ces faits, comme expliqué dans un hadith.

Aïcha (r.a.) a demandé : « Ô Prophète d’Allah ! Satan se trouve-t-il en moi ? » Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a répondu : « Oui ! » Aïcha a demandé : « Satan se trouve-t-il en tout le monde ? » Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a répondu : « Certainement ! » Tout étonnée, Aïcha a demandé : « Ô Envoyé d’Allah ! Satan se trouve-t-il en vous aussi ? » Il a répondu : « Oui ! Mais Allah m’a accordé le dessus sur mon Satan, tant et si bien qu’il est devenu musulman. » 

Après cet énoncé clair, peut-on croire qu’un juif, avec l’aide de son Satan, puisse envoûter un prophète d’un si grand statut, tant et si bien qu’il a été sous l’emprise de son sort maléfique pour un certain temps, sombrant dans l’inquiétude, la dépression et la maladie ? »

Les menteurs ont toujours eu recours à ces basses intrigues, que Dieu le Tout-Puissant et honorable a dévoilées au grand jour, tout comme il l’affirme :

كَتَبَ اللَّهُ لَأَغْلِبَنَّ أَنَا وَرُسُلِي

Allāh a décrété : « Je prévaudrai très certainement, Moi et Mes Messagers » et qu’aucun complot satanique n’aura le dessus sur eux.

Hazrat Mirza Bashir Ahmad Saheb ajoute : « Reste à connaître la réalité derrière ce récit rapporté par Aïcha dans le recueil d’Al-Boukhari. Il n’est pas difficile de la comprendre dans le contexte de cet incident et du comportement des juifs et des hypocrites.

De prime abord, le prétendu ensorcellement a eu lieu après le traité de Houdaybiyya. Selon Tabaqat Ibn Sa’d, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait décidé d’accomplir la ‘Oumra à La Mecque suite à un rêve ; mais les Qouraychites l’en ont empêché et il est retourné après ce semblant de défaite. Ceci a engendré une grande tristesse attirant ainsi les sarcasmes et les moqueries des mécréants et des hypocrites. Selon un hadith, certains musulmans, voire un compagnon aussi éminent qu’Oumar, ont été ébranlés par cet échec temporaire. Dans un récit du Boukhari relaté par ‘Oumar, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) était très anxieux pendant quelque temps craignant que cet événement ne fût une épreuve pour les faibles [de foi]. Cette inquiétude avait certainement affecté le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) qui implorait Dieu abondamment, comme l’affirment les hadiths, afin que le traité de Houdaybiyya ne fût pas une entrave dans le progrès de l’islam. Ces prières ressemblaient à celles qu’il avait faites à Badr en voyant la force ennemie, en dépit de la promesse de la victoire faite par Allah. Il avait prié : « Ô mon Seigneur ! Si ces musulmans meurent aujourd’hui, personne sur terre ne Te rendra culte. »

Ces événements eurent un profond effet sur sa force physique et sur sa mémoire. Il fut frappé d'amnésie pendant quelque temps : entre deux ou quatre jours selon certains récits ou un jour et une nuit. Mirza Bashir Ahmad Saheb déclare que c’était là la conséquence de ces inquiétudes. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) était aussi inquiet quant à l’ampleur de la foi des musulmans. Cette condition était toute à fait humaine : Allah n’a pas fait d’exception pour les prophètes à cet égard.

Quand les juifs et les hypocrites ont constaté que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) était malade et qu’il était oublieux en raison de sa fatigue physique et mentale, comme à l’accoutumée, ils ont tenté de fomenter la discorde en répandant la rumeur qu’ils avaient jeté un sortilège sur lui, qu’Allah nous préserve d’une telle pensée] et que cette amnésie et cette maladie en seraient le résultat. Selon leur ancienne pratique, comme signe de ce sort, ils ont enroulé des nœuds de cheveux dans un peigne pour ensuite l’enfouir dans un puits. Lorsque le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a eu connaissance de ce prétendu sortilège, afin d’arrêter cette intrigue, comme l’a rapporté Aïcha, il a imploré Dieu avec beaucoup d’ardeur durant un jour et une nuit demandant de lui dévoiler l’auteur de ce sortilège ainsi que la méthode qu’il a utilisée, afin qu’il puisse y mettre fin.

Allah a écouté ses humbles suppliques et lui a dévoilé la vérité par l’entremise d’un rêve.

Le Coran émet le principe suivant :

وَلَا يُفْلِحُ السَّاحِرُ حَيْثُ أَتَى

Et un magicien, d’où il vient, ne peut réussir face à un prophète. (20 : 69)

Il y a aussi cette directive claire du Coran :

يَقُولُ الظَّالِمُونَ إِنْ تَتَّبِعُونَ إِلَّا رَجُلًا مَسْحُورًا

Les injustes disent que vous ne suivez qu’un homme ensorcelé.

En étudiant la structure de ce hadith du Boukhari, son style et l’usage arabe, l’on conclut qu’il s’agit là du style dit Hikayah ‘Anil Ghayr (discours rapportés)  – c’est-à-dire qu’apparemment le locuteur parle de sa personne, mais il rapporte en fait les propos d’autrui.

Vu sous cet angle, la traduction de ce hadith est comme suit : Aïcha rapporte qu’une fois le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a été ensorcelé. C'est-à-dire, que les ennemis avaient répandu la rumeur qu’il était sous l’influence d’un sort. Au cours de ces jours, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) croyait, à tort, qu’il avait accompli telle ou telle action. Selon un autre récit, il croyait avoir visité telle épouse quand il ne l’avait pas fait.

« Durant ces jours, rapporte Aïcha, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) me rendit visite et il répétait, tout anxieux, des prières. Par la suite, il m’informa : « Ô Aïcha ! Sais-tu qu’Allah m’a informé de ce à propos de quoi je L’avais imploré ? » J’ai demandé : « Ô Envoyé d’Allah ! De quoi s’agit-il ? » Il m’expliqua : « Dans un rêve ou une vision j’ai vu deux personnes. L’une était assise à mon chevet et l’autre à mes pieds. L’une a demandé à l’autre : « Qu’est-il arrivé à cet homme ? »

Mirza Bashir Ahmad Saheb commente que le style de la conversation démontre qu’il s’agit là du discours d’autrui. Il a ensuite réitéré la même conversation : notamment à propos de la maladie et du sort jeté par un juif et son effet.

Aïcha relate qu’après ce rêve ou cette vision, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) s’est rendu auprès de ce puits obscur avec ses compagnons et l’a examiné : des dattiers poussaient tout autour. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) est retourné chez Aïcha et lui a raconté : « J’ai vu ce puits : son eau était rouge comme du celle du henné. » Comme mentionné auparavant, les juifs, afin de tromper les gens, coloraient l’eau de ces puits. « Et ces dattiers étaient affreux comme des cactus. »

Aïcha a demandé : « Pourquoi n’avez-vous pas sorti le peigne pour le jeter ? » Ou pour le brûler, selon certains récits.

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a répondu : « Dieu m’a protégé et m’a accordé la guérison. Si j’avais sorti cet objet, la population aurait colporté des histoires sur cette action infamante. Les faibles d’esprit auraient été affectés par ces pratiques occultes. » C’est pour cette raison que le puits a été scellé.

Hazrat Mirza Bashir explique que le style Hikayah ‘Anil Ghayr – c'est-à-dire parler du point de vue d’autrui ou rapporter la conversation d’autrui – était très présent chez les Arabes. Il est aussi utilisé dans le Coran. En s’adressant aux damnés de l’Enfer Dieu déclare :

ذُقْ إِنَّكَ أَنْتَ الْعَزِيزُ الْكَرِيمُ

« Goûtes, ô damné de l’Enfer ! Tu es vraiment le respectable, l’honorable ! »

Ici cela ne signifie pas qu’Allah considère comme respectable et vertueux les habitants de l’enfer. Selon le style Hikayah ‘Anil Ghayr ce verset signifie : « Ô toi qui était respectable et honorable à tes propres yeux et aux yeux des autres, même après avoir commis [toutes] ces infamies ! Goûte à présent au châtiment divin ! »

Les deux individus ou deux anges du rêve du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) ont adopté le même style.  

Dire que « cet homme a été ensorcelé » signifie que « les gens disent qu’il a été ensorcelé » et non pas qu’il l’a été en réalité. L’objectif de Dieu à travers ce rêve était de dévoiler au Prophète l’objet que les infâmes avaient caché dans le puits et grâce auquel ils trompaient les gens de leur acabit, c’est-à-dire d’autres hypocrites. Par ce faire, Dieu voulait réduire à néant leur prétendu sortilège. Il en fut ainsi : ces objets ensorcelés ont été réduits en poussière. Ainsi, en conséquence, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) n’était plus inquiet que cet acte malveillant causerait l’égarement des simples d’esprit. La promesse divine que « le magicien, d’où il vient, ne peut réussir face au prophète d’Allah » s’était accomplie dans toute sa splendeur.

Le hadith cité plus haut confirme ceci : notamment qu’après le traité de Houdaybiyya tout naturellement le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) était très inquiet à propos de l’égarement de certains [musulmans] le rendant oublieux concernant les faits de [son] foyer au quotidien.

Deuxièmement, constatant l’état du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), les juifs et les hypocrites, comme à l’accoutumée, en ont profité pour ternir l’image de l’Islam et de Son Saint Fondateur, en colportant secrètement la rumeur qu’ils ont ensorcelé le Prophète des musulmans. Cette rumeur ressemblait à celle colportée après la bataille contre les Banou Moustaliq à propos d’Aïcha, qui était restée en arrière, afin de ternir son nom. C’était là un vil complot pour rendre amère la vie du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.).

Troisièmement, afin de tromper les simples d’esprit, ces infâmes ont commis ce prétendu sortilège par l’entremise d’un juif nommé Labid Bin Asim en enroulant des nœuds de cheveux dans un peigne qu’ils ont enfouis dans un puits. Ils ont commencé à répandre des rumeurs secrètes, suscitant davantage l’inquiétude du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.).

Quatrièmement, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a imploré Dieu afin qu’Il réduise à néant ce complot et lui dévoile la vérité, afin de protéger les simples d’esprit de l’égarement. Cette prière a été exaucée.

Cinquièmement, Allah a exaucé la supplication du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) en dévoilant le complot de Labid Bin Asim. Sur ce, accompagné de quelques témoins, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) s’est rendu auprès du puits et s’est débarrassé du peigne, voire il a fait boucher le puits, afin d’annuler l’effet en enlevant la cause.

En fin de compte, demeure la question suivante : pourquoi un prophète aussi éminent que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), le meilleur des messagers et le sceau des prophètes, a-t-il été frappé d’une amnésie susceptible d’affecter ses obligations en tant qu'envoyé divin ? Sachez que tout prophète possède deux aspects : d’une part il est un Prophète et un Messager divin, faisant de lui le récipiendaire de la parole divine et l’enseignant de ses disciples en matière de religion ainsi que leur modèle à suivre.

Deuxièmement, le prophète est aussi un être humain parmi tant d’autres. Il est sujet à toutes les conditions humaines et les mêmes dangers naturels que les autres. À cet égard, s’adressant au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) Allah déclare dans le Saint Coran :

قُلْ إِنَّمَا أَنَا بَشَرٌ مِثْلُكُمْ يُوحَى إِلَيّ

C'est-à-dire, « ô Prophète ! Informe-les : je ne suis qu’un homme comme vous c.-à-d. sujet à toutes les lois affectant les autres. Je suis certainement un prophète d’Allah et afin de guider Sa création je suis récipiendaire de Sa révélation. » Ceci est une traduction explicative.

Ce beau verset décrit brillamment les deux aspects de [la vie] des prophètes. Il les démarque d’une part des autres êtres humains mais ne les enlève pas, d’autre part, du rang de ces derniers. Menteur est celui qui croit que les prophètes ne sont pas sujets aux conditions humaines et sont au-dessus des vulnérabilités naturelles guettant l’homme. Les prophètes tombent malades à l’instar des gens ordinaires et sont frappés de paludisme, de la fièvre ou de la typhoïde. D’ailleurs commente Mirza Bashir Ahmad Saheb, les symptômes mentionnés dans les hadiths et les annales de l’histoire démontrent que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) est sans doute décédé de la fièvre typhoïde. La tuberculose, la fièvre hectique, l’asthme, le rhume, la toux, la goutte, la migraine, le rhumatisme, l'hypersensibilité, l’anxiété, l’angoisse, la fatigue mentale, l’amnésie, les blessures suite aux accidents et autres blessures de guerre peuvent affecter tous les prophètes, hormis si Allah a fait exception pour un prophète, promettant de le protéger d’une maladie particulière.

Quelqu’un peut demander : comment le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a-t-il peut-être victime d’amnésie après la promesse suivante faite dans le Coran à son sujet :

سَنُقْرِئُكَ فَلَا تَنْسَى

« Nous t’enseignerons le Coran, et tu ne l’oublieras pas » (87 : 6) ?

Or, sachez que cette promesse s’applique uniquement à la révélation du Coran et pas aux situations générales. Elle sous-entend : « Ô Prophète ! Tu n’oublieras pas la révélation que Nous t’enverrons pour la direction de l’Oummah (le peuple de l’islam) et Nous la protégerons jusqu’au jour dernier. »

Cette promesse ne s’applique pas aux affaires de ce monde, ou celles du quotidien ; ou encore à certaines pratiques cultuelles. Selon les hadiths, étant humain, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) était parfois oublieux, même concernant le nombre de Raka’at (unités de prières) qu’il avait accomplis lors de la Salat. Il s’en souvenait suite au rappel des fidèles. Ces hadiths se trouvent dans les recueils de Boukhari et de Mouslim.

Il était aussi parfois oublieux en d’autres occasions. Selon les hadiths, il a déclaré : « Je suis un homme comme vous. J’oublie tout comme vous oubliez. Si j’ai oublié quelque chose faites-moi un rappel. »

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) était oublieux de temps à autre. De même, après le traité de Houdaybiyya, il a été frappé d’une amnésie temporaire. Des oulémas du passé ont présenté la même explication à propos de ces récits sur le sortilège. À titre d’exemple, la ‘Allama Ma’adhari relate qu’il existe d’innombrables preuves évidentes de la véracité du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Ses miracles témoignent de sa véridicité. Il peut être affecté par des conditions qui ne concernent pas sa mission, comme le fait de tomber malade comme les autres. [Cette amnésie] était donc une maladie comme une autre.

Le ‘Allama Ibn Kathir écrit que l’amnésie dont souffrait le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) était une maladie parmi tant d’autres. Ceci est évident des dernières paroles du hadith dans lequel il affirme qu’Allah lui a donné la guérison.

En résumé, après le traité de Houdaybiyya le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) était affecté par une condition que les ennemis ont qualifiée d'envoûtement.

Ceci n’était guère le résultat d’un sortilège mais de l’oubli en raison de la situation. Certains fauteurs de troubles en ont profité pour mener une propagande contre la personne pure du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Le Coran rejette catégoriquement le fait qu’un prophète puisse être victime d'envoûtement ; de même, l’intelligence humaine rejette ce fait. Les paroles des hadiths rejettent cette interprétation qu’on tente d’y attribuer. D’ailleurs l’éminent statut du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) réduit à néant toute cette histoire d’envoûtement.

Hazrat Mirza Bashir Ahmad ajoute : « Il est opportun de présenter ici un point évoqué par le deuxième Calife, qu’Allah soit son soutien. (Le deuxième Calife était encore vivant à l’époque.) Il mentionne dans la Sirat Al Mahdi, volume 1 page 75 qu’un hindou antipathique du Gujerat avait visité Qadian. Il était un grand expert en hypnotisme ; il s’est présenté dans la réunion du Messie Promis (a.s.) et tout silencieusement il a commencé à concentrer sa pensée sur ce dernier afin qu’il accomplisse des actions inappropriées, et ainsi le ridiculiser devant tout le monde. Mais lorsque le Messie Promis (a.s.) s’est concentré sur sa personne, l’hindou a pris la fuite en hurlant. On lui a demandé ce qu’il en était et il a dit : « Quand j’ai concentré ma pensée sur Mirza Saheb j’ai vu devant moi un tigre terrifiant prêt à me bondir dessus. Terrifié, j’ai pris la fuite. »

Hazrat Mirza Bashir Ahmad commente : « Le Messie Promis (a.s.), étant le serviteur (du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.)), a atteint le stade où Dieu l’a protégé de l’influence de l’hypnotisme. Comment croire que son maître, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), ait pu être la cible de l’hypnotisme d’un juif, qu’Allah nous préserve [d’une telle pensée]? »

À la fin je vais citer les écrits du Messie Promis (a.s.), le juge juste de notre époque. Ses explications et ses commentaires surpassent tout ce qui a été dit [à ce propos].

Lors d’une rencontre, un membre de l’assistance lui demanda son opinion sur le sort jeté par les mécréants sur le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.).

Le Messie Promis (a.s.) répondit : « La magie est une œuvre satanique. Le statut d’un prophète est tel qu’il ne peut tomber sous l’effet d’un sortilège. Au contraire, la magie fuit devant eux comme le mentionne Dieu l’exalté :

وَلَا يُفْلِحُ السَّاحِرُ حَيْثُ أَتَى

La magie s’était aussi opposée à Moïse : mais n’est-ce pas lui qui a triomphé ?  Il est faux d’annoncer que la magie triompha devant le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) ; nous ne pouvons jamais l’accepter. Il est contraire à notre pratique d’accepter aveuglément ce que disent le Boukhari et le Mouslim. Même la raison ne peut accepter que la magie puisse affecter un si grand prophète. De tels récits stipulant que sous l’effet de la magie, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) perdait sa mémoire, ne peuvent en aucun cas être exacts. » Ensuite il ajoute : « Il semblerait qu’une personne malintentionnée ait inventé et ajouté de telles paroles. Bien que j’aie un très grand respect pour les hadiths, comment pouvons-nous accepter ceux qui vont à l’encontre du Saint Coran, et de la grandeur du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) ? À cette époque les hadiths étaient en voie de collection par des personnes faisant preuve de rigueur et d’une grande vigilance, mais ils n’ont pas pu faire attention à tout. C’était l’époque de la collecte et maintenant nous sommes à l’époque où il faut les étudier attentivement. Lisez-les soigneusement. Si un hadith contredit le Saint Coran ou de la grandeur et du statut du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), il mérite d’être rejeté, ou bien il faut l’interpréter autrement. » Comme le faisaient Hazrat Mirza Bashir Ahmad Saheb ou encore le deuxième Calife.

Ensuite le Messie Promis (a.s.) ajoute : « Recueillir les récits, les paroles et les actes d’un prophète est un grand acte de piété.  Toutefois, ceux qui les recueillent ne peuvent faire preuve d’une vigilance parfaite. Aujourd’hui, chacun doit prendre des précautions : accepter les hadiths qui le méritent et rejeter les autres. Des paroles qui stipulent que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a été affecté par la magie – qu’Allah nous en protège – nuisent grandement la foi. »

Il ajoute : « Dieu l’exalté déclare :

إِذْ يَقُولُ الظَّالِمُونَ إِنْ تَتَّبِعُونَ إِلَّا رَجُلًا مَسْحُورًا

C’est-à-dire : « Lorsque les injustes disent que vous suivez une personne qui est sous l’emprise de la magie », Ceux qui profèrent de telles paroles sont injustes et ne sont pas musulmans. Il s’agit de l’œuvre de mécréants et d’injustes. Ils disent, qu’Allah nous en protège, que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a été sous l’emprise de la magie. Ils n’ont pas à l’esprit que si, Dieu nous en protège, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) était dans cet état alors que dire de sa communauté ? Elle est complètement détruite. »

Je ne sais pas ce qui se passe dans la tête de ceux qui profèrent pareilles paroles à l’égard de ce Prophète innocent, que tous les prophètes ont toujours considéré comme étant à l’abri de l’influence de Satan.

Par la grâce d’Allah, ayant accepté l’Imam de cette époque, nous comprenons et reconnaissons le statut du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.).

اللهم صل على محمد و على آل محمد وبارك وسلم انك حميد مجيد


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