Sermon du vendredi 16 mars 2018, prononcé par Sa Sainteté le Calife, Hazrat Mirza Masroor Ahmad, à la mosquée Baitul-Futuh à Londres. Après le Ta'awudh, le Tashahoud et la Sourate Al-Fatiha, Sa Sainteté le Calife a déclaré :

Le Messie Promis (a.s.) déclare : « Les nobles compagnons du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), qu’Allah soit content d’eux, étaient des preuves éclatantes du noble caractère du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Toute personne qui s’en détournera aura, en d’autres termes, rejeté la Nubuwwah (le prophétat) du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Ainsi, l’on pourra apprécier le statut du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) à juste valeur en appréciant celui de ses compagnons. Celui qui n’a aucun égard pour les compagnons, n’en a certainement pas pour le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Il ment s’il affirme qu’il aime le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), car il est impossible d’aimer le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) pour ensuite être hostile a l’égard de ses compagnons. Les compagnons étaient cette communauté de gens purs qui ne s’étaient jamais séparés du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et ils n’ont pas hésité à donner leur vie pour lui ; voire, ils l’ont offerte. Ils s’étaient perdus dans la voie du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) tant et si bien qu’ils étaient prêts à endurer toute souffrance dans sa voie. »

Tel est le statut de ces compagnons, que tous les Ahmadis doivent avoir en tête. Ayant eu connaissance des traits de caractère des compagnons et de leurs œuvres, l’on est à même de saisir l’éminence de leur statut. Cela doit nous faire comprendre que leurs comportements, leurs exemples, leurs œuvres, leur obéissance, leur ‘Ibadah (actes d’adoration) sont autant d’exemples pour nous que nous devons tenter d’émuler et d’appliquer au cours de notre vie.

Pour le sermon d’aujourd’hui, je présenterai quelques récits de ces compagnons. Abu Dajana al-Ansari était un compagnon qui avait embrassé l’islam avant que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) ne s’établisse à Médine. Il eut l’honneur de participer à la bataille de Badr en compagnie du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et fit preuve d’un courage immense. Il participa aussi à la bataille d’Uhud, où les musulmans subirent un revers après leur victoire initiale. Les mécréants lancèrent une contre-attaque, après que certains musulmans eussent abandonné leurs postes et se fussent dispersés. Abu Dajana al-Ansari était parmi les compagnons proches du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) en ce moment [critique]. Grièvement blessé en défendant le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), il ne recula pas pour autant. On rapporte que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) leva haut son épée et annonça : « Qui, aujourd’hui, fera honneur à cette épée ? » Abu Dajana al-Ansari se présenta : « Je promets de le faire ! » Vu son enthousiasme, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui confia son arme. Abu Dajana al-Ansari demanda : « O envoyé d’Allah ! Comment pourrais-je honorer cette épée ? » Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) déclara : « Cette épée ne fera couler le sang d’aucun musulman et aucun ennemi mécréant n’en sera à l’abri. »

C’est-à-dire, qu’il devra l’utiliser contre tout mécréant hostile qui mène la guerre contre l’islam. Abu Dajana al-Ansari prit l’épée et avança sur le champ de bataille avec fierté. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) déclara : « En temps ordinaire, Allah n’aime pas pareille expression de fierté. Mais aujourd’hui, la démarche fière d’Abu Dajana al-Ansari Lui plaît. »

Abu Dajana al-Ansari tomba en martyr lors de la bataille de Yamama, menée contre Musaylimah l’imposteur. Il proposa courageusement d’ouvrir, de l’intérieur, la porte de la forteresse ennemie. Il demanda à ses compagnons de l’envoyer au-dessus du mur, qui était haut. Il se brisa la jambe quand il tomba de l’autre côté. Mais, il se bâtit bravement et réussit à ouvrir la porte de la forteresse ; et les musulmans purent y pénétrer. Il fit preuve d’une bravoure stupéfiante et tomba en martyr.

Malade, il dit un jour à ses compagnons : « Peut-être que deux actions de ma part plairont à Allah l’Exalté. Premièrement, je n’énonce aucun propos futile et je ne médis pas. Deuxièmement, je ne ressens aucune animosité à l’endroit d’un musulman. »

Muhammad bin Muslamah était un des premiers musulmans de Médine : il était un brave. Lors de la bataille d’Uhud, il se battit sans flancher aux côtés du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). La prophétie faite par le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) à son endroit est une de ses distinctions, prophétie qui s’est d’ailleurs réalisée. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui confia son épée en disant : « Bats-toi, cette épée à la main, tant qu’on mènera la bataille contre les polythéistes. Quand les musulmans se battront entre eux, brise l’épée et reste à la maison, jusqu’à ce que l’on s’attaque à toi ou que la mort te frappe. » Muhammad bin Muslamah suivit ce conseil. Après le martyre du [Calife] ‘Uthman, il brisa l’épée et s’en fabriqua une de bois, qu’il pendait au mur. Quelqu’un lui en demanda l’utilité. Il expliqua : « Afin qu’elle inspire la crainte. J’ai suivi l’ordre du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et je n’ai plus d’épée de fer à présent. L’épée en bois ne nuira à personne. »

Certains compagnons disaient que Muhammad bin Muslamah était le seul qui fut à l’abri de l’influence des troubles survenus après le martyre du Calife Uthman. Afin de s’en prémunir, il partit habiter un lieu désert et disait : « Je passerai ici mon temps tant que les troubles perdurent. »

Ces gens ont pris les armes quand on s’attaquait à la religion et en raison de l’ordre du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) de se battre contre ces polythéistes qui avaient pris les armes pour détruire la religion [de l’islam]. Tant que les musulmans appliquaient ce principe, ils avaient la suprématie. Quand ils se mirent à s’entre-déchirer et à s’entre-tuer, sous l’influence des hypocrites, ils restèrent désunis en dépit de la présence de leur Etat. Petit-à-petit, celui-ci s’est affaibli. Aujourd’hui nous constatons que cette dissension a atteint son comble. D’ailleurs une autre prophétie du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) s’est aussi réalisée : notamment que lorsque la lumière poindra après la période ténébreuse et que viendra le Messie Promis, il faudra l’accepter et se joindre à sa Jama’at, car c’est en elle que résident les bénédictions. Or, en rejetant l’envoyé divin, les musulmans s’entre-tuent dans leurs pays. Et aujourd’hui, dans la pratique, ce sont les non-musulmans qui gouvernent les musulmans dans leurs propres pays.

Différents récits mettent en exergue les avis judicieux et l’obéissance hors pair de Muhammad Bin Maslamah : les Califes plaçaient en lui, à cet égard, une grande confiance. Les Califes ‘Umar et ‘Uthman lui avaient confié des tâches très importantes. Quand le Calife ‘Umar recevait des doléances concernant certains fonctionnaires de contrées éloignées, il envoyait Muhammad Bin Maslamah enquêter.

Abu Ayyub al-Ansari était un des premiers compagnons : il eut l’honneur d’héberger chez lui le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) au tout début de son séjour à Médine. Chacun souhaitait accueillir chez lui le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et ils en avaient fait mention à celui-ci. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) demanda qu’on lâche les rênes de sa chamelle et que celle-ci s’arrêterait là où Allah le voudrait. Elle s’arrêta devant la maison d’Abu Ayyub al-Ansari, mais ses voisins n’en furent pas satisfaits et dirent que leurs maisons étaient dans les alentours. Sur ce le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) tira au sort ; et ce fut encore le nom d’Abu Ayyub al-Ansari qui en  sortit. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) logea ainsi dans sa maison qui comportait un étage : l’Envoyé d’Allah occupait le rez-de-chaussée et Abu Ayyub al-Ansari logeait en haut. Une nuit un grand récipient d’eau qui se trouvait en haut se brisa. Il était de terre cuite, comme on en trouve jusqu’à présent dans les pays moins développés, au Pakistan ou en Afrique. On en utilise pour stocker de l’eau. Abu Ayyub al-Ansari et son épouse passèrent la nuit à éponger l’eau avec leurs couvertures. Le lendemain, il relata l’incident au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et lui demanda de loger à l’étage. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) accepta sa requête et il résida dans sa maison pendant environ six mois.

Abu Ayyub al-Ansari s’acquitta à merveille de son devoir d’hôte et consommait les restes des repas du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Selon les récits, Abu Ayyub al-Ansari commençait à manger là où il y avait les traces de doigts du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Un jour il n’en trouva pas et il semblait qu’on n’avait pas touché au repas. Il demanda au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) s’il n’avait rien consommé. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) répondit qu’il avait commencé à en manger lorsqu’il vit de l’oignon et de l’ail, deux condiments qu’il n’aimait pas. C’est pour cette raison qu’il n’en mangea pas. Abu Ayyub al-Ansari ajouta : « Je n’aime pas ce que l’Envoyé d’Allah n’aime pas et à l’avenir je n’en consommerai pas non plus. » C’en est là une marque de son grand amour [pour le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.)].

Abu Ayyub al-Ansari participa dans toutes les batailles du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Le chef des juifs fut tué lors de la bataille de Khaibar. Sa fille Safiyya fut mariée au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Lorsque celui-ci sortit de chez lui le lendemain de ses noces pour la prière du matin, il vit Abu Ayyub al-Ansari qui assurait la sécurité. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui en demanda la raison. Il répondit : « Les proches de Safiyya ont souffert entre nos mains. Certains ont été tués. J’ai craint que d’aucuns ne nourrissent de mauvaises intentions et qu’ils tentent de se venger. C’est la raison pour laquelle je suis venu assurer la sécurité. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) pria en ces termes en faveur d’Abu Ayyub al-Ansari : « O Allah ! Protège à tout jamais Abu Ayyub tout comme il a assuré ma protection pendant la nuit tout entière ! »

Abu Ayyub al-Ansari participa aussi dans la bataille contre les Byzantins en dépit de son âge avancé, tout simplement parce que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait fait des prophéties concernant Constantinople, des prophéties dont il souhaitait voir de ses yeux [l’accomplissement]. Or, il tomba malade à l’époque. Quand on lui demanda son dernier vœu, il dit : « Transmettez mes salutations à tous les musulmans et enterrez-moi à l’extrême du territoire ennemi jusqu’où vous pourrez pénétrer. » La nuit après son décès on transporta sa dépouille jusqu’au coin le plus reculé du territoire ennemi où les musulmans pouvaient s’avancer pour l’enterrer. Sa tombe se trouve en Turquie. Certains récits ont été fabriqués à son propos et d’aucuns lui adressent des prières, ce qui est condamnable. En tout cas, [l’on dit] que les prières faites là-bas sont exaucées. De telles histoires posthumes ont de toute évidence été fabriquées.

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait prié pour sa protection : en conséquence, il participa à nombre de batailles et vécu longtemps.

‘‘Abdullah Bin Rawaha, un autre compagnon du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), était aussi un poète de grand renom, connu sous le titre du « Poète de l’Envoyé d’Allah. » ‘Abdullah Bin Rawaha était le premier à faire connaître aux habitants de Médine la victoire des musulmans à Badr. ‘Abdullah Bin Rawaha vouait à l’égard du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) une grande affection et il avait aussi un sens de l’honneur aigu à son égard. Urwa rapporte qu’Usama Bin Zaid relatait que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) voyageait à dos d’âne : sous la selle de l’animal se trouvait un tapis de la région de Fadaq. Il avait placé derrière lui Usama Bin Zaid et il partait visiter Sa’ad bin ‘Ubadah, de la tribu de Banou Harith bin Khazraj, qui était malade. Cet incident eu lieu avant la bataille de Badr.

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) croisa en cours de route un groupe de musulmans, de polythéistes et de juifs. Il s’y trouvait aussi ‘Abdullah Bin Ubayy et ‘Abdullah Bin Rawaha. Lorsque la monture traversa tout près de l’assistance, elle souleva de la poussière. ‘Abdullah Bin Ubayy se couvrit le nez avec son manteau et dit : « N’envoie pas sur nous de la poussière. » Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui transmit ses salutations, s’arrêta, descendit de sa monture, l’invita vers la voie d’Allah et lui lut le Coran. ‘Abdullah Bin Ubayy s’adressa au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) en ces termes : « Ce que tu fais là n’est pas bien. Même si tes propos sont vrais ne viens pas nous tourmenter ici. Retourne chez toi et raconte cela à celui qui viendra t’y voir ! » ‘Abdullah Bin Rawaha, présent sur les lieux, déclara : « O Envoyé d’Allah ! Venez dans nos assemblées. Nous apprécions votre présence. » ‘Abdullah Bin Rawaha ne s’inquiéta pas des propos de son chef. C’était là une expression spontanée de son amour et de son sens de l’honneur à l’égard du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Il ne s’était guère inquiété de ces chefs et de ces gens mondains.

Selon Ibn ‘Abbas le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) envoya un jour des compagnons mener une campagne. ‘Abdullah Bin Rawaha en faisait partie. Ce fut un vendredi et les compagnons prirent la route le matin. ‘Abdullah Bin Rawaha décida de rester afin d’accomplir la prière de Jumu’ah en compagnie du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avant de partir à la rencontre du détachement. Quand le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) le vit dans la mosquée après la prière du vendredi il lui demanda ce qui l’avait empêché de partir en compagnie des autres. ‘Abdullah Bin Rawaha répondit : « Je souhaitais ardemment accomplir la prière en votre compagnie et écouter votre sermon avant de partir rejoindre les autres. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) commenta : « Si tu dépenses tout ce que recèle la terre, tu n’obtiendras pas la récompense accordée à ceux qui, en obéissance à [mes] directives, sont sortis tôt le matin. »

Selon les récits, ‘Abdullah Bin Rawaha fut, par la suite, le premier à sortir pour toute campagne ou bataille et il était le dernier à retourner à Médine.

Urwa Bin Zubair rapporte que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) nomma Zaid Bin Harith commandant de l’armée lors de la bataille de Muta, et Ja’far ibn Abi Talib successeur de Zaid, si celui-ci venait à mourir au combat, et ‘Abdullah Bin Rawaha, si Ja’far mourait. Si ‘Abdullah mourait aussi, les musulmans choisiraient alors leur propre commandant. ‘Abdullah Bin Rawaha était en larmes quand l’armée s’apprêta à partir. Quand on lui en demanda la raison, il répondit : « Par Dieu ! Le monde ne m’intéresse guère. Or j’ai entendu le verset suivant de la bouche du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) : « Il n’y a pas un seul d’entre vous qui fera face au feu. C’est là un décret absolu de ton Seigneur ! » J’ignore mon état après avoir traversé l’étroit pont d’As-Sirat [dans l’Au-delà]. »

Or, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait promis la meilleure des fins à ces compagnons imbus de crainte divine. Il dit qu’il voyait assis sur des trônes en or au Paradis les commandants de l’armée envoyé à Muta. Ces gens avaient atteint leurs objectifs. Un couplet d’un poème décrit en ces termes leur souhait du martyre :

« Lances et flèches m’ont traversé les entrailles et le foie. Que Dieu agrée mon martyre ! »

« Quel valeureux soldat, que Dieu lui fasse miséricorde ! », clameront ceux qui passeront devant ma tombe.

Quand les musulmans atteignirent Muta, ils surent que les Ghassanides avaient demandé l’aide de Héraclius, l’empereur byzantin, et que celui-ci leur avait envoyé deux cent mille soldats. Après avoir tenu conseil, les commandants musulmans décidèrent d’informer le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) que l’ennemi était numériquement supérieur : il devait soit envoyer du renfort ou donner d’autres directives. ‘Abdullah Bin Rawaha remonta le moral des soldats musulmans et ses vers épiques eurent l’effet escompté. Les trois mille soldats musulmans avancèrent pour combattre les deux mille soldats ennemis.

Zaid Bin Arqam, relate : « J’étais assis derrière ‘Abdullah Bin Rawaha sur sa chamelle lors du trajet vers Muta. » Zaid Bin Arqam était un orphelin qu’Abdullah avait adopté et instruit. Il relate qu’il entendit ‘Abdullah répéter gaiement ce vers à l’endroit de son épouse : « Je ne retournerai plus à la maison. Quand la nuit du jeudi tu avais ajusté la selle de mon chameau pour le djihad, et que tu t’es approchée de moi la dernière fois, tu étais splendide. Tu n’as en toi aucun défaut. Or je suis à présent sur le champ de bataille et plus jamais je ne retournerai vers toi. » Il souhaitait adieu à son épouse, loin d’elle. Ces paroles attristèrent Zaid bin Arqam, qui était tout jeune. ‘Abdullah Bin Rawaha le réprimanda : « Naïf ! Si Allah m’accorde le martyre, qu’as-tu à y perdre ? Tu retourneras à l’aise sur ma monture. »

‘Abdullah Bin Rawaha fit preuve d’une grande bravoure sur le champ de bataille. Noman Bin Bashir relate que quand Ja’far tomba en martyr et les soldats appelèrent ‘Abdullah Bin Rawaha qui se trouvait sur un flanc de l’armée. Il s’avança en récitant des vers héroïques à l’endroit de sa personne : « O mon âme ! N’es-tu pas prête à t’offrir à la bataille ? Tu es déjà dans le giron de la mort ! Il est temps d’accomplir ton souhait du martyre. Si maintenant tu offres ta vie, peut-être connaîtras-tu une bonne fin. »

Mus’ab Bin Shayba relate qu’Abdullah Bin Rawaha s’avança quand Zaid et Ja’far étaient tous deux tombés en martyrs. Un flot de sang coula de son corps quand une lance le perça. Il en prit, s’en enduisit le visage et tomba entre les rangs des soldats ennemis et musulmans, mais ne cessa de leur remonter moral en tant que commandant, avec grande émotion les appelant à l’aide, leur disant : « La dépouille de votre frère est devant l’ennemi ; venez et écartez-le de votre voie vers l’ennemi. » Les musulmans lancèrent une vigoureuse attaque contre l’ennemi quand ‘Abdullah tomba en martyr.

La veuve d’Abdullah se remaria par la suite. Son [nouveau] mari lui demanda de décrire une des qualités d’Abdullah bin Rawaha. Elle présenta un très beau témoignage à cet égard. « ‘Abdullah bin Rawaha ne quitta jamais la maison sans accomplir au préalable deux Raka’at de prière Nawafil. Et lorsqu’il entrait, sa première action était d’accomplir le Wudu et deux Raka’at de Nawafil. »

Ces gens vivaient constamment dans le souvenir divin.

On trouve aussi mention dans les récits de leur niveau d’obéissance. Abu Layla rapporte que lors d’un sermon le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) demanda aux gens de s’asseoir. ‘Abdullah Bin Rawaha qui s’approchait de la mosquée pour écouter le sermon s’assit sur-le-champ. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui dit : « Qu’Allah augmente l’obéissance que tu as démontrée à l’égard d’Allah et de Son Prophète. »

Ces compagnons se réunissaient pour parler de la spiritualité, de sujets importants et pour qu’ils s’acquittent de leurs devoirs mutuels. Abu Darda relate : « Je cherche refuge auprès de Dieu contre le jour où j’oublierai ‘Abdullah Bin Rawaha. Je me souviendrai de lui tous les jours. La raison en est que lorsqu’il venait à ma rencontre par-derrière, il plaçait sa main sur mon épaule ; et s’il me faisait face il plaçait sa main sur son cœur et disait : « Abu Darda ! Viens t’asseoir et ranimons notre foi. » Il s’asseyait avec moi et nous nous consacrions au souvenir de Dieu dans la mesure du possible. Il ajoutait : « Abu Darda ! Ce sont des réunions pour la foi ! » Ces gens-là nous ont servi d’exemples. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a rendu hommage aux propos d’Abdullah Bin Rawaha et de ses rencontres. Anas rapporte qu’Abdullah Bin Rawaha disait, lorsqu’il rencontrait un compagnon : « Viens et portons foi en Dieu pendant quelques instants ! » Un jour, un individu à qui il avait dit cela s’était mis en colère et alla s’en plaindre au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) : « O Envoyé d’Allah ! Ibn Rawaha détourne autrui de la foi en vous et leur demande de professer la foi pour quelques instants. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) répondit : « Qu’Allah accorde à ‘Abdullah Bin Rawaha Sa miséricorde : Il aime ces rencontres, qui sont aussi la fierté des anges. »

‘Abdullah Bin Rawaha était aussi un grand poète, le troisième dans la cour du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) en sus de Ka’ab Bin Malik et Hassan Bin Thabit. Il composait des poèmes épiques. L’auteur de l’ouvrage Mu’jam Ash-Shu’ara écrit qu’Abdullah Bin Rawaha était un poète de grande stature durant l’époque préislamique et qu’il jouissait aussi d’un grand statut après l’avènement de l’islam. Il composa un couplet en honneur du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), considéré comme le meilleur de ses vers :

« Même si tu n’avais pas apporté des signes évidents, l’éclat de ton visage aurait suffi pour prouver ta véridicité. »

Ces gens-là étaient les véritables amoureux du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) ; ils avaient reconnu la vérité, rien qu’en regardant son visage.

L’histoire relate le courage extraordinaire de deux jeunes frères : Mu’adh Bin Harith Bin Rafa et Ma’udh Bin Harith Bin Rafa. Tous deux avaient participé à la bataille de Badr et avaient tué Abu Jahl. La bataille faisait rage à Badr et les musulmans avaient face à eux des soldats trois fois plus nombreux et équipés jusqu’aux dents. Ils étaient venus avec l’intention d’effacer le nom de l’islam de la surface de la Terre. Les musulmans étaient peu en nombre, pauvres et vivant en exil. Leur condition a été décrite par Mirza Bashir Ahmad dans son ouvrage Sirat Khatam-an-Nabiyyine. Vu la disparité des forces entre les deux armées, les Mecquois auraient anéanti en quelques minutes les musulmans.  Or, leur amour pour l’unicité divine et le Prophète les avaient rendus plus forts que tous. Leur foi les a emplis d’une force extraordinaire. Les services qu’ils ont rendus en faveur de la religion sur le champ de bataille étaient hors pairs. Chacun souhaitait, à qui mieux mieux, offrir sa vie dans la voie d’Allah.

Les Ansar débordaient d’enthousiasme. ‘Abdur Rahman bin ‘Awf relate : « Quand la bataille fut entamée, j’ai regardé à droite et à gauche pour vérifier quelle sorte de soutien j’avais aux flancs. À ma grande surprise, il n’y avait que deux jeunes gens de Médine. Le cœur me manqua et je me suis dit : « Tout soldat a besoin d’un soutien à ses flancs. J’étais perdu dans ces pensées quand l’un des garçons me demanda tout doucement, comme pour éviter que son frère ne l’entende : « Oncle, nous avons entendu parler d’un certain Abū Jahl qui harcelait et tourmentait le Saint Prophète(s.a.w.). J’ai promis à Dieu que je le tuerais ou que je serais tué dans cette tentative. » Abd al-Rahman n’avait pas encore répondu à sa question quand son attention fut, de la même façon, attirée par l’autre garçon, qui lui demanda la même chose. Il fut fort étonné du courage et de la détermination de ces deux garçons. Abū Jahl était le chef de l’armée et il était entouré de soldats aguerris.

Abdur Rahman leva le doigt pour le pointer vers Abū Jahl. Il n’avait pas encore baissé le doigt que les deux garçons, tels deux aigles, fonçaient vers les rangs ennemis droits sur leur cible. L’attaque fut soudaine. Abu Jahl et ses soldats furent stupéfaits. Abu Jahl tomba. Son fils ‘Ikrama était aussi là. Il ne put sauver son père mais attaqua Mu’adh par-derrière, [lui tranchant] le bras droit qui se mit à pendre. Mu’adh tenta de poursuivre en vain ‘Ikrama. Étant donné que son bras pendant l'empêchait de se battre, il le sépara de son corps et continua à se battre.

Ces garçons étaient imbus d’un sens de l’honneur pour la foi et d'un amour pour le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) qui les avait enivrés de courage. Ils voulaient que cet ennemi de l’islam qui avait tourmenté le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) pendant tant d’années meure entre leurs mains.

Ils n’étaient pas du tout comme ces soi-disant djihadistes d’aujourd’hui, qui sont en train de radicaliser les jeunes et les enfants afin qu’ils combattent au nom de l’islam. Au contraire ils avaient une véritable raison. En effet leurs ennemis ne les laissaient pas en paix et ce malgré le fait qu’ils se fussent séparés d’eux ; ils présentaient donc tous les sacrifices afin de rétablir la paix, et pour ne laisser aucune place aux troubles.

De nos jours, des jeunes sont enlevés et ils sont ensuite radicalisés afin de renverser le pouvoir. Récemment, dans les informations on pouvait lire qu’un garçon de quatorze ans avait réussi à s’échapper de leurs mains. Ce jeune racontait qu’il était en train de rentrer de l’école, lorsqu’il a été enlevé ; il a ensuite été forcé de suivre un entraînement qu’il ne voulait pas faire, ils l’y ont donc forcé, et ils l’ont ensuite poussé à faire la guerre. Il racontait qu’il avait confronté de nombreuses difficultés pour s’échapper.

Voici le genre de choses malsaines dans lesquelles les musulmans sont impliqués, et ce au nom de l’islam, alors que tout cela est aux antipodes des enseignements de l’islam.

Dans l’ère islamique, les personnes menaient des guerres et sacrifiaient leur vie uniquement dans le but de préserver leur religion, et d’établir la paix dans le monde. Il y a donc une énorme différence entre les djihadistes d’aujourd’hui et ceux de l’époque. Le Messie Promis (a.s.) déclare : « Je souhaite voir les membres [de ma communauté] suivre l’exemplarité établie par les compagnons. C’est-à-dire qu’ils doivent donner préséance à Allah l’Exalté, et que rien ne doit entraver leurs pas dans ce chemin. Ils ne doivent avoir de considération ni pour leur vie ni pour leur argent. Certaines personnes m’écrivent des lettres, et me disent que lorsqu’elles subissent des pertes dans leur commerce, ou lorsqu’elles sont éprouvées dans leur travail, elles se laissent envahir par les doutes, se demandant si elles n’ont pas fait une erreur en acceptant le Messie Promis. »

Ces personnes avaient des doutes au sujet de la religion, au sujet de l’existence de Dieu, au sujet du Messie Promis. Il ajoute : « Dans de telles circonstances, toute personne peut se rendre compte à quel point est-elle éloignée du véritable objectif. Comparez la différence qu’il y a entre les compagnons et ces personnes. Les compagnons ne désiraient qu’une chose : c’était que Dieu soit satisfait d’eux, et dans cette voie ils étaient prêts à supporter toute atrocité et souffrance. Si l’un d’eux n’était pas éprouvé pendant quelque temps par des difficultés, il pleurait et criait. »

Les compagnons savaient que le fait d’être éprouvé par des difficultés attirait l’amour d’Allah l’Exalté.

« Ils avaient compris que derrière ces épreuves se cachait le trésor de la satisfaction de Dieu. »

Le Messie Promis (a.s.) a cité un vers en persan :

ہر بلا کیں قوم راحق دادہ است

زیر آن گنج کرم بنہادہ است

Derrière toutes les épreuves qui s’abattent de la part de Dieu sur ce peuple, se cache le trésor de la grâce divine.

Ensuite le Messie Promis (a.s.) déclare : « Le Saint Coran regorge de leurs éloges. Si vous le lisez vous comprendrez que la vie des compagnons est une preuve concrète de la véracité du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Le Saint Coran présente en ces termes le statut qui a été atteint par les compagnons :

فَمِنْهُمْ مَنْ قَضَى نَحْبَهُ وَمِنْهُمْ مَنْ يَنْتَظِرُ

C’est-à-dire que certains d’entre eux sont tombés en martyr et ont ainsi atteint leur véritable objectif, et d’autres patientent pour avoir l’opportunité de tomber en martyr. Les compagnons ne se sont pas adonnés à ce monde. Ils ne cherchaient pas à vivre plus longtemps pour amasser le plus de biens et d’argent possible, pour ainsi se libérer des inquiétudes et pouvoir en profiter. »

Il continue : « Lorsque je constate cette exemplarité établie par les compagnons, je suis poussé à proclamer la grandeur du pouvoir sanctifiant du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), car il avait complètement métamorphosé ses compagnons. »

اللهم صل على محمد وعلى ال محمد وبارك وسلم

Le Messie Promis (a.s.) ajoute : « Nous devons être constamment en quête de la satisfaction d’Allah, et en faire notre objectif premier. Tous nos efforts doivent être consacrés à gagner sa satisfaction, même si nous devons subir des atrocités et des difficultés dans cette voie. Cette satisfaction divine est bien meilleure que tous les plaisirs de cette vie. »

Qu’Allah nous permette de remplir nos devoirs.

Après les prières je dirigerai la prière funéraire en l’absence du corps d’Alhaj Ismail B.K. Addo. Il décéda le 8 mars dernier à l’âge de 84 ans. Inna lillahi wa inna ilaihi raji‘oun. Il était ahmadi de naissance. Son père s’appelait Ismail Wabina Addo et sa mère s’appelait Jannat Addo. Son père était chrétien ; il avait rejoint la Jama’at en faisant la Bai’ah en 1928. La mère d’Ismail Addo Saheb décéda alors qu’il était encore très jeune. Il fut scolarisé à l’école primaire T.I. Ahmadiyya de Kumasi. Il fit ensuite une licence en anglais en 1964. Il termina plus tard sa formation au Teacher Training College du Ghana et il enseigna dans différents endroits.

Jusqu’en 1980 il servit en tant que Superviseur des Enseignants. Il fut ensuite transféré à une école de la région du centre de Saltpond. Il y enseigna l’anglais et essaya de pourvoir aux besoins des enfants musulmans. Dans chaque école où il enseignait il faisait aménager une mosquée pour les élèves musulmans. Il fut aussi par la suite enseignant d’anglais à l’Université de Science et de Technologie. Il a eu également l’opportunité d’enseigner dans plusieurs lycées. Il avait écrit un livre sur la langue anglaise et la manière de l’enseigner, qui a eu un franc succès au Ghana et au Nigeria et qui a été utilisé pour l’enseignement. Il avait obtenu une bourse par l’université de Bangor au Pays de Galles, ici au Royaume-Uni, d'où il a reçu d’autres diplômes.

Il a eu l’opportunité d’occuper de très nombreuses responsabilités dans la Jama’at au Ghana. En 1980, le gouvernement du Ghana l’avait nommé comme ambassadeur pour l’Éthiopie. Il était encore en train de servir à ce poste quand l’ONU le nomma président du comité pour la libération de l’Organisation de l’Union Africaine. Il joua un rôle crucial pour l’indépendance du Mozambique et de l’Angola. Il servit aussi quelque temps au Liberia comme ambassadeur. Là où il allait il donnait toujours préséance à la religion aux affaires mondaines. Il était toujours resté intègre.

Lorsque le quatrième Calife immigra en Angleterre, il mit un terme à sa carrière politique, et s’installa en Angleterre afin de rester avec ses enfants auprès du Califat. Il travailla ici en tant qu’enseignant d’anglais dans les écoles. Il avait un grand amour pour le Califat. Il a fait preuve d’amour à l’égard de tous les Califes, et il a fait également preuve d’un grand degré d’obéissance. Le quatrième Calife l’avait nommé membre du comité pour rédiger un livre pour répondre à Salman Rushdie. Il faisait également beaucoup de Tabligh. Il installait des stands de Tabligh à différents endroits. Il faisait des émissions de Tabligh à la radio. Il organisait également des sessions de question-réponse dans différentes Jama’ats. En 1986, le quatrième Calife créa l’Association Musulmane Ahmadiyya Panafricaine et le défunt eut l’honneur d’en être le premier président. Il fut également le premier président de la Jama’at de Peckham.

En 1994, après le lancement de la MTA, il était parmi les élèves spéciaux de la classe d’ourdou. Il s’investissait au maximum de ce qu’il pouvait afin d’apprendre l’ourdou. Il était célèbre sous le nom de Bara Bacha (Grand Enfant)  dans la classe d’ourdou, il était Ghanéen, les gens le connaissaient. Il avait deux femmes. Lors du décès du quatrième Calife, il était membre du comité en charge de l’élection du Calife. Lorsque la Jamia a été créée ici en Angleterre, il y a été affecté afin d’y enseigner l’anglais. C’était une personne très pieuse, qui passait son temps dans l’adoration : il était patient, reconnaissant et avait un cœur tendre et bienveillant. Il était dévoué dans l’adoration. Les membres de sa famille ont dit qu’il faisait régulièrement la prière de Tahajjud. Même lorsqu’il était malade, il ne cherchait aucun prétexte. Il récitait le Saint Coran avec une belle voie et une grande émotion. Il avait mémorisé de nombreuses sourates du Saint Coran ; il apprenait également leur traduction ainsi que leur exégèse afin d’en faire usage dans le cadre du Tabligh ou pour des fins d’éducation. Certains Ghanéens relatent que chez eux ils ont des copies du Coran qui comportent des notes manuscrites de monsieur Addo.

En 2005, il eut l’opportunité de faire le Hajj avec ses deux femmes. C’était une personne très joviale et simple. Qu’Allah exalte son rang, qu’Il fasse preuve de pardon et de miséricorde à son égard. Il avait 10 fils et filles et 23 petits-enfants. Qu’Allah garde sa descendance sur la voie de la piété et de la Taqwa, et qu’Il la garde attachée à la Jama’at. Comme je l’ai mentionné, après les prières je dirigerai sa prière funéraire en l’absence du corps.


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