Résumé du sermon de l’Aid-Ul-Adha (Aïd-el-Kebir), prononcé par Sa Sainteté le Calife le deux septembre 2017, à la mosquée Bait-Ul-Futuh à Londres. Après le Ta'awudh, le Tashahoud et la Sourate Al-Fatiha, Sa Sainteté le Calife a cité le verset 38 du chapitre 22 du Coran.

لَنْ يَنَالَ اللَّهَ لُحُومُهَا وَلَا دِمَاؤُهَا وَلَكِنْ يَنَالُهُ التَّقْوَى مِنْكُمْ كَذَلِكَ سَخَّرَهَا لَكُمْ لِتُكَبِّرُوا اللَّهَ عَلَى مَا هَدَاكُمْ وَبَشِّرِ الْمُحْسِنِينَ

« Leur chair ne parvient certainement pas à Allāh, ni leur sang, mais c’est votre droiture qui Lui parvient. C’est ainsi qu’Il vous les a assujettis, afin que vous puissiez proclamer la grandeur d’Allah pour vous avoir guidés. Et annonce la bonne nouvelle à ceux qui font le bien. » (Le Saint Coran, chapitre 22, verset 38)

Ce verset évoquant le thème du sacrifice est mentionné dans le Coran dans le contexte du Hajj (pèlerinage). Les musulmans possédant les moyens sont enjoints de sacrifier des animaux [en ces jours] qu’ils soient présents pour le Hajj [à La Mecque] ou pas. C’est ainsi que des millions de musulmans de par le monde sacrifient des animaux le jour de l’Aïd-Ul-Adha (ou Aïd-el-Kebir) en honneur au Hajj et au sacrifice consenti par le Prophète Abraham et son fils Ismaël. Or, le sacrifice d’un animal en soi ne fait pas mériter au musulman l’assentiment divin. La pureté du cœur et la Taqwa (crainte révérencielle et amour divin) sont les vertus qu’Allah valorise chez le croyant. Ainsi immoler l’animal le plus gras ou le plus cher n’a aux yeux d’Allah aucune valeur si sacrifice ne s’accompagne pas de crainte révérencielle de Dieu et de la purification du cœur.

Le Messie Promis (a.s.) explique que le nom « Islam » signifie immoler son être face à la personne de Dieu. Or, seul le détenteur de la Ma’rifah (gnose ou la connaissance de la personne de Dieu) pourra atteindre ce stade. La crainte de Dieu et Son amour ainsi que l’appréciation [de Sa personne] par le croyant sont la racine de cette Ma’rifah. Une fois doué de cette connaissance, le croyant se libère des péchés. Nul besoin du sang, de la croix ou de l’expiation de quelqu’un pour mériter ce salut, explique le Messie Promis (a.s.). Un seul sacrifice est exigé : celui du Nafs, de l’ego et du moi. Le nom « Islam » est synonyme de ce sacrifice. En somme, c’est en sacrifiant son Nafs qu’on mérite le titre de vrai musulman. L’Islam signifie s’immoler de plein gré devant le seuil de Dieu. Cette immolation, cependant, exige du croyant un amour parfait pour la personne de Dieu et rien d’autre, comme l'affirme le verset cité plus haut.

Dieu n’est pas à craindre parce qu’Il est terrifiant : Il ressemble à l’être qui nous est cher et que nous ne souhaitons déplaire. L’enfant craint le déplaisir de sa mère : or, personne d’autre ne l’aime le plus que celle-ci en raison du lien spécial qui les lie. Pour des amours éphémères de ce bas monde, d’aucuns sont prêts à endurer tous les caprices de leurs bien-aimés. Après avoir brûlé, cette passion-là cependant meurt au bout d’un certain temps. L’amour de Dieu, quant à lui, embelli la vie ici-bas et dans l’au-delà.

L’absence de la Ma’rifah nous pousse à commettre des transgressions. Beaucoup disent aimer Dieu tout en Lui préférant les choses de ce monde : c’est ainsi qu’ils oublient promptement les commandements divins. Ils considèrent aussi Dieu comme Tout-puissant : or, souvent, afin de plaire aux maîtres d’ici-bas, ils transgressent souvent les préceptes du Très-Haut. Certaines mauvaises habitudes sont si ancrées chez certains qu’ils ignorent tout bonnement que Dieu voit leurs moindres faits et gestes. Ceux qui possèdent la Ma’rifah ne sont pas aussi effrontés : matin et soir ils cherchent les moyens pour plaire à leur Bien-aimé dans le respect de Ses commandements. Ils ne préfèrent pas les avantages de ce monde aux préceptes d’Allah. Ils sont prêts à sacrifier leur Nafs et leurs désirs pour la cause de Dieu. Ce sacrifice, explique le Messie Promis (a.s.), se nomme « Islam ». De son plein gré et de gaieté de cœur, le croyant doit sacrifier son Nafs et promettre de préférer le spirituel au temporel.

Les sacrifices des animaux ont pour vocation de servir de rappel. Sommes-nous prêts à nous sacrifier pour Dieu, tout comme nous sacrifions pour notre bien-être ces créatures inférieures ? C’est notre Taqwa et non le sang et la chair de cet animal qui atteint Dieu. Nous devons nous sacrifier dans Sa voie à l’instar de ces animaux que nous égorgeons. Si notre Taqwa n’est pas à la hauteur, elle sera imparfaite.

Les Salat et les jeûnes dénués de sincérité ne servent pas à grand-chose. Les ascètes hindous accomplissent de longs et éprouvants exercices au point où leurs bras s'assèchent complètement. Or ces souffrances ne leur octroient aucune lumière, aucune sérénité, aucune tranquillité. Ces pratiques physiques n’ont aucune incidence sur leur spiritualité.

En somme Dieu valorise le noyau et pas l'écorce. Or, si seul l'esprit et l’intention comptent, pourquoi donc sacrifier physiquement un animal, pourquoi faire les mouvements de la Salat, pourquoi s’affamer et s’assoiffer durant le jeûne ? Sachez que sans l’apport physique, l’âme ne sera point empreinte d’humilité et de la servitude de l’adorateur (Aboudiyya). Si le corps ne s’exerce pas, l’âme ne suivra pas. Ces actions ont pour objectif de faire naître l’humilité et l’Aboudiyya – la servitude exprimée par l’adorateur à l’endroit de Dieu – la conscience que l’on doit Lui rendre culte. Le corps et l’esprit doivent ici s’exercer en symbiose. User du corps uniquement au détriment du Rouh (âme) est une grave erreur, car Allah les a liés tous deux. Le physique et le spirituel vont ainsi de pair. Quand l’âme est empreinte d’humilité, le corps s’en trouve affecté et vice-versa. Le croyant doit accroître sa Taqwa à travers ses actes d’adoration et ses sacrifices afin d’améliorer la condition de son âme et purifier son cœur.

La Taqwa est la raison d'être de nos sacrifices et d’actes d’adoration : elle est le facteur clé favorisant leur acceptation auprès de Dieu. Le Messie Promis (a.s.) défini ici-bas cette qualité maîtresse.

« Il est très important pour les Ahl-i-taqwa (les personnes pieuses) de passer leur vie dans l’humilité et la soumission. Ceci est une branche de Taqwa par laquelle nous pouvons nous débarrasser de la colère injustifiée. Le dernier stade, qui s’avère être le plus crucial pour les gens pieux et honnêtes, est d’éviter la colère. L’arrogance et la vanité proviennent de la colère ; et, inversement, la colère est quelques fois une conséquence de l’arrogance et de la vanité. La colère est engendrée lorsque l’homme donne préséance à son Nafs (moi) sur celui de l’autre. »  

Ceux qui se mettent en colère pour des broutilles doivent méditer sur ces propos. En ce jour de l’Aïd du sacrifice, qu’ils se décident à sacrifier leur colère injustifiée et leur Nafs.

Le Messie Promis (a.s.) ajoute : « Je ne désire point que les membres de ma Jama’at se considèrent les uns les autres inférieurs ou supérieurs, qu’ils soient hautains ou méprisants envers autrui. Dieu sait qui est grand ou petit. Pareilles pensées sentent le dédain et j’ai peur que ce mépris, à l’instar d’une graine, ne pousse et n’engendre la destruction de son auteur. […] Certains traitent avec grande courtoisie les grands de ce monde. Mais grand est celui qui écoute en toute humilité les paroles de l’humble et qui accorde de l’importance à ses propos et qui ne blesse pas ses sentiments. Dieu affirme à ce sujet :

وَلَا تَلْمِزُوا أَنْفُسَكُمْ وَلَا تَنَابَزُوا بِالْأَلْقَابِ بِئْسَ الِاسْمُ الْفُسُوقُ بَعْدَ الْإِيمَانِ وَمَنْ لَمْ يَتُبْ فَأُولَئِكَ هُمُ الظَّالِمُونَ

« Et ne vous diffamez pas les uns les autres, et ne vous donnez pas entre vous des sobriquets par sarcasme. »

Celui qui méprise autrui ne mourra pas avant d’avoir été frappé lui-même du mal dont il l’accuse. Ne méprisez pas vos frères. Étant donné que vous vous désaltérez tous à la même source, comment savoir qui en boira davantage ? Le plus honorable n’est pas défini par les principes de ce monde : le plus grand aux yeux d’Allah est celui qui est le plus Muttaqui. Ceci est énoncé dans le verset suivant : « En vérité, le plus honorable d’entre vous aux yeux d’Allah est le plus pieux parmi vous. Assurément, Allah est Omniscient, Très Conscient. » (Le Saint Coran, chapitre 49, verset 14)

Le Messie Promis (a.s.) prodigue les conseils suivants aux membres de sa djama’at : « Ô vous qui prétendez être les adhérents à ma Jama’at (communauté) ! Vous ne serez pas reconnus comme tels au ciel tant que vous n’empruntez pas la voie de la vraie droiture. Observez vos cinq prières quotidiennes avec une telle crainte révérencielle de Dieu, comme si vous Le voyiez réellement. Observez fidèlement le jeûne pour Son amour. Si selon la Loi, vous êtes dans l’obligation de payer la Zakāt, alors acquittez-vous en. Si vous êtes capables d’effectuer le pèlerinage à La Mecque, et s’il n’y a aucun empêchement, alors, accomplissez-le. Faites le bien par amour pour le bien ; renoncez au mal par dégoût pour le mal. Sachez que l’acte dépourvu de droiture (Taqwa) ne s’élève pas jusqu’à Dieu, et ne trouve point grâce devant Lui. La Taqwa est la source du bien. Si la source n’a pas tari, l’acte fleurira. […] Il est indispensable que vous passiez à travers diverses épreuves, afflictions ou adversités. Gare aux trébuchements ! Le monde ne pourra vous infliger aucun mal si vos liens avec le ciel sont solides. Ce sont vos propres mains, et non pas celles de vos ennemis, qui vous infligent des pertes. Si, à cause de Dieu, vous perdez tout votre honneur en ce monde, Il vous gratifiera d’une gloire éternelle au ciel. Ne L’abandonnez donc pas. […] C’est avec plaisir que je vous annonce la bonne nouvelle que votre Dieu existe réellement. Bien que nous soyons tous Ses créatures, cependant, Il choisit et favorise celui qui veut bien Le prendre pour Seigneur. Il vient vers celui qui va vers Lui, et Il glorifie celui qui proclame Sa gloire. Accourez vers Lui le cœur purifié de tout artifice et de toute duplicité ; que la langue, les yeux et les oreilles soient purifiés de toute souillure. Ainsi, Il vous acceptera. »

Le Messie Promis (a.s.) souhaitait ardemment que les membres de sa communauté soient imbus de Taqwa. Il déclare à cet effet : « Hier, le 22 juin 1899, à maintes reprises Dieu m’a révélé qu’Il vous enjoint de devenir Muttaqui. Si vous marchez sur les voies subtiles de la Taqwa, Dieu sera avec vous. […] Mon âme est meurtrie. Que dois-je faire pour que ma Jama’at fasse sienne la vraie Taqwa et la vraie pureté ? Je prie tant en ce sens au point de m’affaiblir, de sombrer dans l’inconscience, voire au point de mourir. […] Tant qu’une communauté n’est pas considérée comme Muttaqui aux yeux de Dieu, elle ne méritera pas le soutien divin. »

Qu’Allah fasse que nous puissions saisir la douleur ressentie par le Messie Promis (a.s.) et que nos actes d’adoration et nos sacrifices soient voués à Dieu uniquement. Qu’Allah nous accorde la vraie Ma’rifah et Son véritable amour.


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