Sermon du vendredi 22 décembre 2017, prononcé par Sa Sainteté le Calife, Hadrat Mirza Masroor Ahmad, à la mosquée Baitul-Futuh à Londres. Après le Ta'awudh, le Tashahoud et la Sourate Al-Fatiha, Sa Sainteté le Calife a déclaré :

Dans mon précédent sermon j’avais fait mention du haut statut des compagnons (qu’Allah soit content deux), de leur grandeur et de leur exemplarité. J’avais présenté des récits de la vie de certains d’entre eux et je voulais en mentionner d’autres, mais par manque de temps je n’avais pu le faire. Au vu des retours que j’ai eus à travers les lettres que j’ai reçues, je me suis dit que je vais au moins présenter tous les récits au sujet desquels j’avais pris des notes, afin qu’en apprenant un peu plus de la vie des compagnons et de leurs sacrifices, on soit d’autant plus enclin à suivre leurs exemples. De ce fait, je vais continuer sur ce thème aujourd’hui.

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait un illustre compagnon se nommant Abu ‘Ubaydah Bin Al-Jarrah. Il avait certes un grand statut en raison du fait qu’il était un compagnon, mais il possédait par ailleurs de nombreuses qualités ; de plus, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait particulièrement attesté du fait qu’il était digne de confiance. Il est rapporté que lorsque les gens de Najran avaient formulé la demande de leur envoyer quelqu’un afin pour gérer les finances, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait déclaré qu’il allait certainement leur envoyer une personne de confiance. Les compagnons du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) levèrent la tête afin de voir qui serait le chanceux à se voir confier cet honneur. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) demanda à Abu ‘Ubaydah de se lever, et il lui confia cette mission. Anas (r.a.) a rapporté que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a dit : « Au sein de chaque Oummah (peuple) se trouve un Amine (personne de confiance). O mon Oummah ! Notre Amine est ‘Ubaydah Bin Al-Jarrah. »

On trouve un autre récit à son sujet, à propos de la bataille d’Uhud, lors de laquelle il reçut un grand statut. Lors de cette bataille, les ennemis lancèrent une pluie de pierres contre les musulmans quand ces derniers subissaient un revers. Les musulmans menaient la bataille au début, mais les mécréants menèrent une contre-attaque parce que certains soldats musulmans avaient abandonné leur poste. Les mécréants lancèrent des pierres, certaines en direction du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Quelques-unes l’heurtèrent très violemment, au point où deux anneaux de fer de la partie de son armure lui recouvrant le visage se brisèrent et pénétrèrent dans sa joue bénie jusque dans l’os. C’était Abu ‘Ubaydah qui avait extrait ces deux anneaux de sa joue. Abu Bakr déclare : « Il a retiré le premier anneau en la prenant par ses dents et en tirant très fort. Il était solidement logé [dans l’os]. Il finit par sortir, mais cela avait requis une telle force qu’Abu ‘Ubaydah tomba en arrière et une de ses dents se cassa. Il arracha également le deuxième anneau de la même manière, en le tirant avec ses dents, et se cassa une deuxième dent. » Il tomba une fois encore en arrière. Ils étaient très profondément enfoncés dans le visage du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). 

Grâce à ce récit d’amour et de fidélité, le souvenir d’Abu ‘Ubaydah restera à jamais vivant. Les gens disaient qu’ils n’avaient jamais vu quelqu’un d’aussi beau malgré les deux incisives frontales brisées. Souvent lorsque quelqu’un perd ses dents cela altère sa physionomie. Mais malgré le fait qu’il avait perdu ses dents, il paraissait encore beau.

Il y a un récit également au sujet de son humilité, et du fait qu’il réglait les affaires avec bonne volonté et avec sagesse. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait envoyé une armée lors d’une mission avec ‘Amr Bin al-‘As comme son chef. En arrivant sur place, ils s’étaient aperçus que le nombre d’ennemis était plus important qu’ils avaient estimé. De plus, sa troupe comprenait principalement des [bédouins] arabes : il s’y trouvait peu de musulmans émigrés ou d’éminents compagnons.  Au vue de cette situation, ‘Amr Bin al-‘As demanda des renforts au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), qui envoya un groupe dirigé par ‘Ubaydah. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) conseilla à ce dernier de coopérer avec l’autre chef. Mais comme ce détachement était venu en renfort, ‘Amr Bin al-‘As considéra qu’il devait être sous son commandement, et il commença à donner des ordres directement aux soldats venus avec ‘Ubaydah. Les grands compagnons qui avaient accompagné ‘Ubaydah disaient que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) l’avait envoyé en tant que chef indépendant de sa troupe. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) l’avait enjoint de coopérer avec ‘Amr Bin al-‘As qui est également commandant de son armée. Or ‘Amr Bin al-‘As déclara qu’il était le seul chef, car il fut envoyé en premier. Au lieu de créer une polémique, Abu ‘Ubaydah lui dit : « Certes le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) m’a envoyé en tant que commandant libre de mon détachement, mais il m’avait également commandé de coopérer avec vous. C’est pour cette raison que je coopérerai ; même si vous m’écoutez ou pas, j’accepterai tout ce que vous direz. »

Voyant la délicatesse du moment, il avait pris la bonne décision en abandonnant ses prérogatives et il a ainsi renforcé le camp des musulmans. C’est cet esprit de coopération qui peut transformer la force des musulmans en une grande force et c’est ce dont ils ont besoin aujourd’hui. Si seulement les dirigeants musulmans pouvaient faire preuve d’assez d’intelligence pour coopérer et gouverner avec justice.  

Abu ‘Ubaydah nous présente comment conquérir le cœur de l’ennemi. Lorsque le Roi des Romains avait réuni les armées de tout son royaume pour les envoyer combattre les musulmans, ‘Ubaydah était, à l’époque, le commandant de l’armée des musulmans. Au début, les musulmans sont sortis victorieux. Mais ensuite l’Empereur des Romains envoya une autre grande armée. Bien que les musulmans aient conquis de nombreuses régions et villes chrétiennes, après s’être concerté avec ses généraux, ‘Ubaydah a décidé de se retirer stratégiquement de certaines villes conquises par les musulmans. Mais après leurs conquêtes les musulmans avait déjà récolté les taxes de la part des non musulmans ; ils leur remboursèrent ces sommes en leur disant que pour le moment ils ne pouvaient plus assurer leur sécurité et ni remplir leurs droits. Ils remboursèrent ainsi les grosses sommes qu’ils avaient récoltées des villes chrétiennes et des régions conquises.

Cette justice et cette honnêteté avait tellement surpris les chrétiens qu’ils versèrent des larmes en faisant leurs adieux aux musulmans, et prièrent de tout cœur que Dieu les ramène rapidement.

Voilà la pratique de ces gens qui, restant en compagnie du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), ont établi des exemples de justice que personne ne pouvait imaginer, ni jadis ni aujourd’hui.

À présent, la paix dans le monde repose uniquement sur la justice et l’honnêteté, et non pas par la domination de petits états par de grandes puissances qui leur imposent leur dictat sous peine de sanction. Ni encore par la situation dans laquelle se trouve la majorité des pays musulmans, où, au lieu de dépenser sur la population les impôts collectés de cette dernière, les leaders les empochent pour remplir leurs coffres personnels tout en osant proclamer leur l’amour du Prophète et de ses Compagnons.

‘Abbas, l’oncle du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) était renommé pour sa générosité et son respect des liens de parenté. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait déclaré que parmi les Koreïchites, ‘Abbas était le plus libéral et le plus respectueux des liens de parenté. En entendant cela, ‘Abbas fit libérer 70 esclaves. Tel était leur degré de générosité.

Jaffar était le cousin du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), et le frère d’Ali. Il eut l’honneur d’accepter l’islam durant sa première ère, et il émigra en Abyssinie en raison des persécutions que subissaient les musulmans à La Mecque. Lorsque les Mecquois eurent vent de cela, ils envoyèrent deux de leurs chefs avec de nombreux cadeaux en Abyssinie pour les chefs locaux, accompagné d’un message qui disait que certains de leurs jeunes naïfs avaient abandonné leur religion d’antan et étaient venus s’installer dans leur ville, précisant qu’ils n’avaient pas non plus accepté la religion locale mais qu’ils s’étaient convertis à une toute nouvelle confession.

En offrant des cadeaux aux chefs et aux notables, ils tentèrent d’avoir audience avec le Roi d’Abyssinie par leur truchement. Ils avaient également apporté de nombreuses offrandes pour le Roi.

L’audience eut lieu. Ils présentèrent les cadeaux au Roi. Après avoir écouté les mécréants représentant les Mecquois, le Négus d’Abyssinie fit appeler les musulmans. Ces derniers étaient très inquiets de leur sort. Le Négus leur demanda les raisons qui les avaient motivés à renoncer à leur religion ancestrale : pourquoi n’avaient-ils ni accepté la confession d’une autre nation, ni la leur, c’est-à-dire le christianisme ?

Jaffar (r.a.), représentant les musulmans, déclara : « O Roi, nous étions des ignorants. Nous adorions des idoles et nous consommions de la charogne. Commettre des infamies et maltraiter les membres de nos familles étaient des pratiques courantes. Les forts de parmi nous écrasaient les faibles. Dans ces conditions, Allah l’Exalté a suscité un Prophète parmi nous.  Nous étions tous bien au courant de sa bonté, de sa véridicité, de son honnêteté, de sa pureté et de sa noblesse ancestrale. Il nous a appelés vers l’unicité et vers l’adoration d’Allah Exalté. Il nous a enseigné de n’associer personne à Dieu, et de ne pas adorer les idoles. Il nous a enseigné de dire la vérité, d’être honnête, de respecter les liens de parenté, de bien se comporter avec les voisins, de ne pas se battre ni verser de sang sans aucune raison. Il nous a mis en garde contre l’indécence, le mensonge, contre l’usurpation des biens des orphelins, et la calomnie des gens chastes. Il nous a ordonnés d’adorer le Dieu Unique. Nous l’avons accepté et nous avons obéi à ses commandements, et nous mettons en pratique ses enseignements. C’est pour cette raison que notre peuple s’oppose à nous. Ils nous ont torturés et tourmentés. Ne pouvant plus supporter pareilles afflictions, nous avons quitté notre pays pour trouver refuge dans le vôtre, ayant eu écho de votre esprit de justice. O grand Roi ! Nous souhaitons n’être victimes d’aucune injustice en ces terres ! »

Le Négus fut grandement impressionné, et demanda : « Pourriez-vous me citer une partie des révélations qu’a reçue votre prophète ? » Il cita donc quelques versets de la Sourate Maryam d’une voix si mélodieuse, que le Négus commença à pleurer. Il déclara : « Je jure par Dieu ! On dirait que cette parole et celle qu’a reçue Moise sont sorties de la même source. » Il dit ensuite aux ambassadeurs de La Mecque : « Je ne vous retournerai pas ces gens-là ! Ils resteront ici ! » Après avoir tenu conseil, les Mecquois décidèrent de dire au roi que les musulmans ne partagent pas les croyances chrétiennes au sujet de Jésus et qu’ils le considèrent inférieur. Le roi fit venir les musulmans de nouveau et leur demanda de décrire leur croyance au sujet de Jésus. Jaffar répondit : « Il fut révélé à notre prophète que Jésus est un serviteur d’Allah et son prophète, qu’Allah l’Exalté a conféré à la Vierge Marie. » Le Négus prit une brindille du sol et déclara : « Le statut de Jésus ne dépasse pas, du poids de cette brindille, la description que vous avez faite. » Il accorda aux musulmans le droit de vivre, en toute liberté, sur sa terre. Grâce à la sagesse du roi, sa perspicacité et son savoir, les musulmans purent continuer à résider là-bas.

Mus‘ab Bin ‘Umair était un autre compagnon du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Sa mère était très riche, et il avait lui-même grandi dans l’aisance et portait des vêtements onéreux. Il était d’ailleurs lui-même très beau. Sa‘d bin Abi Waqqas déclara qu’il avait vu Mus‘ab Bin ‘Umair quand il vivait dans l’aisance et ensuite quand il était devenu musulman. Il avait enduré de grandes souffrances dans la voie de Dieu. « Lui qui avait vécu dans l’aisance, perdait sa peau, en raison de la persécution à l’instar d’un serpent qui faisait sa mue. Un jour Mus‘ab Bin ‘Umair se présenta dans une audience avec le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) : il portait des vêtements rapiécés de morceaux de peau et non de tissu. Voyant son état les compagnons baissèrent la tête, car beaucoup l’ayant vu au faîte de la gloire, ne pouvaient pas lui venir en aide.

Quand Mus‘ab Bin ‘Umair présenta ses salutations, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui répondit chaleureusement : il avait les larmes aux yeux en se rappelant du temps où il était riche et en voyant sa condition. Pour l’encourager le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) déclara : « Toutes les louanges appartiennent à Allah. J’ai vu Mus‘ab Bin ‘Umair au temps où il était le plus nanti de La Mecque. Il était l’enfant préféré de ses parents et profitait des mets les plus exquis. Or, l’amour pour Dieu et son Prophète (s.a.w.) l’a fait tomber dans cette condition. Il a abandonné la richesse pour le plaisir d’Allah Qui en retour lui a accordé cette lumière au visage. »

Mus‘ab Bin ‘Umair était un fin prédicateur et prêchait le message de l’islam avec beaucoup d’amour. Il disait à son auditoire : « Si mes paroles vous plaisent, écoutez-moi, sinon vous êtes libre de partir. » C’est ainsi qu’il a prêché le message de l’islam aux étrangers vivant à Médine. Beaucoup embrassèrent l’islam grâce à lui.

Sa‘d bin Rabī‘ était un Ansari de Médine. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) le lia à Abdur Rahman Bin ‘Auf lorsqu’il institua le pacte de fraternité [entre les musulmans de Médine et de La Mecque.] Sa‘d bin Rabī‘ l’emmena chez lui et lui offrit un riche repas. Il voulut ensuite lui offrir la moitié de son patrimoine afin de renforcer leur lien de fraternité. « J’ai deux épouses, » dit-il à Abdur Rahman Bin ‘Auf. « Je peux divorcer de celle qui te plaira et tu pourras l’épouser. » Abdur Rahman, en valeureux croyant, lui répondit : « Que Dieu bénisse tes biens et tes épouses ! Je suis un commerçant et je me débrouillerai. Montre-moi tout simplement le chemin du marché. Je te remercie pour tes nobles sentiments. » Sur ce Abdur Rahman Bin ‘Auf lança son commerce et après quelques temps il devint un [commerçant] des plus riches.

Sa‘d bin Rabī‘ avait participé à la bataille d’Uhud où il tomba en martyr. Ubayy Bin Ka‘b relate que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) l’ordonna : « Vas chercher Sa‘d bin Rabī‘ : je l’avais vu entouré d’ennemis lors de la bataille. » Je partis le chercher et le trouva dans un coin, en sang de la tête aux pieds, raconte Ubayy. Je lui dis : « Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) m’a envoyé te chercher et te transmettre ses salutations et m’a demandé de tes nouvelles. » Sa‘d bin Rabī‘ répondit : « Présente mes salutations au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et dis-lui que j’ai été percé de lances et de flèches et que je suis grièvement blessé. Je ne crois pas que je survivrai. Donne-lui ce message : « O Prophète d’Allah ! Qu’Allah fasse que nous, ta nation, soyons pour toi source de plus grande joie que tout autre prophète d’antan n’ait tiré de son peuple. » À mon peuple donne ce message après lui avoir présenté mes salutations : « Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) est un dépôt divin qu’il vous incombe de protéger tant qu’il vivra parmi vous. S’il ne reste qu’un seul des vôtres, mais qu’il manque à ce devoir, au jour de la Résurrection aucune de vos excuses ne sera admissible auprès de Dieu ! » » Sa‘d bin Rabī‘ rendit l’âme après avoir donné ce message.

Usayd Bin Hadir al-Ansari embrassa l’islam par l’entremise de Mus‘ab. Il relate : « Je passe par trois états : si je vis constamment dans l’un des trois, je me considérerai comme un habitant du paradis. Quand je lis le Coran ou j’écoute sa récitation, la crainte divine s’empare de moi. Si je vis constamment dans cette condition je me considérerai un habitant du paradis. Deuxièmement, si la condition dans laquelle je me trouve quand j’écoute attentivement le sermon du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) perdure, je mériterai le paradis. Troisièmement, quand je participe à une prière funéraire, je la considère comme la mienne et que c’est à moi qu’on est en train de demander des comptes. Si cet état perdure pour toujours, je me considérerai être un habitant du paradis. »

C’était là un aperçu de sa grande crainte divine. C’est cet état qui fera vivre l’homme dans le respect constant de la crainte divine. Ce faisant, l’homme tentera constamment d’accomplir de bonnes œuvres et se souviendra de Lui à tout instant. Le fait qu’il soit passé par ces différents états, à un moment ou un autre, prouve sans nul doute qu’il était un habitant du paradis et qu’il avait mérité le plaisir divin.

Une des distinctions d’Usayd Bin Hadir était sa grande affection pour l’adoration divine et la Salat. Il était l’imam de la mosquée de son quartier et s’y rendait même quand il était malade. Quand il n’arrivait pas à se tenir debout, il s’asseyait pour prier, afin de profiter des bénédictions de la Salat en congrégation. C’était là la condition de ces personnes qui sont pour nous des modèles pour ce qui est du culte divin. Usayd Bin Hadir Ansari était aussi un bon conseiller. Quand il avait offert son avis, Abu Bakr As-Siddiq disait qu’aucune dissension n’avait plus lieu d’être. Usayd Bin Hadir al-Ansari vit le califat d’Abu Bakr et d’Umar et décéda au cours de la période de ce dernier. Il fit preuve d’une grande obéissance à l’égard du califat. Il était le chef de la tribu d’Aws : à celle-ci, il avait demandé de prêter allégeance à Abu Bakr (r.a.) même si les autres tribus de Médine refusaient de le faire.

Ubayy Bin K‘ab al-Ansari était un autre compagnon du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Pratiquant érudit, il accomplissait les cinq prières quotidiennes en compagnie du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Il relate qu’une fois le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait remarqué que deux personnes n’étaient pas venues pour la prière du Fajr, pour ensuite déclarer : « Les prières du Fajr et d’Icha sont très difficile pour ceux ayant une foi faible ainsi que pour les hypocrites. S’ils savaient à quel point elles sont méritoires, ils y participeraient, même s’ils devaient ramper sur les genoux. » C’est là l’importance que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a accordé à ces deux Salats.

Ubayy Bin K‘ab avait aussi présenté, dans ses récits, des solutions à différentes questions. Quelqu’un l’informa qu’il avait trouvé un fouet – qu’on utilisait pour faire avancer les chameaux ou les chevaux – et lui demanda ce qu’il devait en faire. Ubayy Bin K‘ab relata : « Il ne s’agit que d’un fouet. Or, une fois j’avais trouvé cents dinars et j’avais demandé au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) ce que je devrais en faire. Il m’avait conseillé d’annoncer pendant un an que j’avais trouvé un objet perdu et que le propriétaire pouvait le récupérer chez moi. Or, personne n’était venu réclamer cette somme, même après en avoir fait l’annonce pendant un an. Je me suis présenté de nouveau au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) pour l’en informer. Et il m’a demandé de répéter l’annonce pendant la deuxième année ; mais personne n’a réclamé son dû. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) m’a conseillé de l’annoncer pour une troisième année. Personne n’ayant réclamé les cents dinars, lorsque je me suis enquis une quatrième fois auprès du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), il a dit que je pouvais l’utiliser. » C’était là la norme de sa Taqwa (crainte de Dieu).

Ubayy Bin K‘ab dit une fois au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) : « O Envoyé d’Allah ! Je souhaite consacrer la majeure partie de mes supplications aux prières et salutations en faveur de votre personne. Pourrais-je y consacrer un quart de mes supplications ? » Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) répondit : « Tu pourras y consacrer autant que tu voudras et en faire plus si tu le souhaites. » Ubayy Bin K‘ab demanda : « Pourrais-je consacrer la moitié du temps de mes prières aux prières et salutations en votre faveur ? » Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) répondit : « Tu pourras y consacrer autant que tu voudras et même plus si tu le souhaites. » Ubayy Bin K‘ab demanda : « Deux tiers en ce cas ? » Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) répondit : « Tu pourras y consacrer autant que tu voudras et même plus si tu le souhaites. » Ubayy Bin K‘ab, exprimant son souhait, déclara : « O Envoyé d’Allah ! Je souhaite consacrer toutes mes supplications à prier pour vous et à envoyer des salutations sur votre personne. » Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) commenta : « Si tu y consacres la majeure partie de tes prières, Allah fera disparaitre ta tristesse, pardonnera tes péchés et exaltera ton rang. »

Ubayy Bin K‘ab avait aussi un grand amour pour le Coran. Il le récitait souvent. Il était par ailleurs d’une honnêteté hors pair. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) l’avait nommé collecteur de la Zakat et l’avait envoyé chez les tribus Bani Uzra et Bani Sa‘d dans les environs de Médine.  Ubayy Bin K‘ab relate : « Je leur rendis visite afin de collecter la Zakat. En retournant à Médine, je croisai la route d’un croyant sincère qui devait payer comme Zakat une chamelle d’un an pour le troupeau de chameaux qu’il possédait. Ayant fait ma requête, il me répondit : « Que ferez-vous avec une chamelle d’un an ? On ne peut ni l’utiliser comme monture ni comme bête de somme. Je vous offre comme Zakat une chamelle adulte, belle et jeune, qui sera plus utile. » Ubayy Bin K‘ab lui répondit : « Je ne suis qu’un simple dépositaire et je suis venu collecter ces biens. Je ne peux, de mon propre chef, accepter une chamelle adulte. » Or, le croyant sincère lui demanda incessamment de l’accepter. Ubayy Bin K‘ab lui proposa d’aller présenter en personne cette chamelle adulte au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). L’intéressé se rendit donc auprès de l’Envoyé divin, présenta ses arguments et lui demanda d’accepter son offrande. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) était ravi de son sacrifice en ajoutant : « Si tu l’offres de gaité de cœur, Allah t’accordera la meilleure des récompenses en retour. »

Ubayy Bin K‘ab était aussi un fin érudit, avait une grande connaissance du Coran et évoquait des points des plus profonds lors de ses réunions. Ainsi, il s’acquit une très bonne et grande réputation. Les faveurs de ces compagnons perdurent jusqu’à présent et nous sommes en train d’en profiter jusqu’aujourd’hui.

Le Messie Promis (a.s.) déclare : « Par quel moyen le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait-il engendré en ses compagnons une sincérité telle qu’ils ne s’étaient pas contentés de renier l’idolâtrie et l’adoration de la chose créée, mais leur désir de ce monde avait complètement disparu de leur cœur ? Ils commencèrent à voir Dieu : avec zèle et engouement ils s’étaient voués à Dieu l’Exalté qu’on eût dit qu’ils étaient tous devenu des Abrahams. Ils œuvrèrent en toute sincérité à manifester la gloire divine, laissant pour le monde des exemples sans pareil. Ils étaient prêts, de gaité de cœur, à se faire égorger dans la voie de la religion. D’aucuns croyaient qu’ils n’avaient pas mérité le statut de martyr parce que leur sincérité faisait défaut. Le Saint Coran y fait allusion en ces termes :

فَمِنْهُمْ مَنْ قَضَى نَحْبَهُ وَمِنْهُمْ مَنْ يَنْتَظِرُ

C'est-à-dire, certains sont déjà tombés en martyrs et d’autres attendent le moment de mériter ce statut.

Le Messie Promis (a.s.) ajoute : « Croyez vous que ces gens-là n’avaient aucune nécessité, aucun amour pour leurs enfants, et qu’ils n’entretenaient pas d’autres liens ? Or, l’attirance [pour Dieu] les avait enivrés tant et si bien qu’ils avaient préféré la foi à toute chose [mondaine.] »

Le Messie Promis (a.s.) explique : « Sauf en quelques rares occasions, les musulmans Koreïchites de La Mecque, ne jouissait pas de l’aide des gens d’autres peuples, et ils avaient soutenu le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) uniquement grâce à leur foi et leur connaissance de Dieu et non pas par quelque autre moyen. Ils n’avaient pas dégainé leurs épées et n’avaient pris aucune flèche entre leurs mains : l’usage de la force physique leur était tout à fait interdit. Ils disposaient pour seules armes brillantes la force de leur foi et la lumière de la connaissance divine. Ils ont fait valoir le mérite de cet arsenal fait de patience, de constance, d’amour, de sincérité, de fidélité, de savoir divin et de vérités exaltées. On les insultait, on les menaçait de mort, on les humiliait ; or ils étaient si enivrés d’amour qu’ils ne s’en souciaient guère, et ils ne craignaient aucun malheur, aucun trouble. Matériellement, que possédait le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) à l’époque qui aurait pu les pousser à mettre en péril leur vie et leur honneur et à briser avec leur peuple leur relation ancienne et profitable ? À l’époque, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) vivait dans le dénuement et dans la privation : c’était une période de grandes difficultés et de grands malheurs, et il n’y avait aucun signe suscitant l’espoir pour l’avenir. Ils ont néanmoins été fidèles à cet ascète indigent, qui était en fait, un souverain glorieux en ces temps périlleux, lui vouant tout leur amour et toute leur affection. Loin d’offrir quelque signe d’un futur prospère, l’époque ne garantissait même pas que ce Réformateur vivrait quelques jours de plus. L’ardeur de leur foi était la seule raison de cette fidélité à l’endroit du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) : ils en étaient si ivres qu’ils se tenaient debout, prêts à offrir leur vie, à l’instar de l’assoiffé se tenant devant une source désaltérante. »

Dans son ouvrage Sirr-ul-Khilafah, le Messie Promis (a.s.) déclare : « Qu’Allah vous fasse miséricorde ! Sachez que tous les compagnons du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) ressemblaient aux membres de son corps. Ils étaient la fierté de l’humanité. Certains étaient les yeux de l’Envoyé divin, d’autres ses mains, et d’autres ses pieds. Les œuvres de ces compagnons sont conformes à ces membres. Leur unique objectif était d’acquérir le plaisir divin. »

Qu’Allah fasse qu’en suivant les exemples de ces étoiles éclairants nous prouvions notre amour pour Allah et Son Envoyé et que chacune de nos actions soient conforme au plaisir divin.

Après les prières, je dirigerai la prière funéraire en absence de Madame Aresha Dieffenthaler, épouse de M. Fahim Dieffenthaler, des Pays-Bas et qui se trouvait au Bénin. Elle est décédée le 11 décembre dernier des suites d’un arrêt cardiaque à l’âge de 62 ans. C’est à Allah que nous appartenons et c’est à Lui que nous retournerons.

Après avoir complété ses études, elle avait commencé à travailler dans une banque. En 2002, M. Fahim Dieffenthaler l’avait épousé après avoir reçu l’aval du quatrième Calife. La défunte n’avait pas encore embrassé l’islam à l’époque, quoiqu’elle était intéressée par la Jama’at. Après son mariage, pour tenter l’expérience, elle a jeûné au cours du Ramadan. M. Fahim, son mari, est un ahmadi d’origine néerlandaise. Il relate : « Lors d’une de nos conversations elle a commencé à pleurer. J’ai cru avoir dit quelque chose de blessant. Or elle m’a dit qu’elle était en train de se comparer à l’Ahmadiyya. Elle a vu qu’il existait une grande différence entre elle et l’Ahmadiyya. « Jamais je ne pourrais être musulmane. C’est ce sentiment qui m’a fait pleurer. »

Elle avait accompagné M. Fahim en Gambie. Là-bas, elle a vu les œuvres et cela a eu un effet très positif sur sa personne. M. Fahim lui a présenté le formulaire de la Bai’ah (l’allégeance à l’Imam Mahdi). Elle a lu les conditions du serment d’allégeance. Dans un premier temps elle a déclaré qu’elle ne pourra jamais la signer. Après l’avoir bien lu, le 18 mars 2006 elle l’a rempli et m’a envoyé sa lettre. Elle avait un grand amour pour le Califat et soutenait son mari dans ses œuvres. Elle était aussi secrétaire des médias au sein de la Jama’at des Pays-Bas et aidait dans les traductions.

Quand elle a su à propos du plan d’Al-Wassiyyah et a écouté mon sermon, elle s’y est jointe. En 2009, elle et son mari se sont dédiés sous l’égide de l’organisation Humanity First afin de gérer un orphelinat au Bénin. En apparence c’était une décision prise sur un coup de tête, parce que la défunte avait un emploi lucratif au sein d’une banque. Elle avait donc démissionné. Le missionnaire des Pays-Bas avait tenté de la convaincre du contraire en disant que la situation en Afrique n’est pas aussi confortable. Il voulait la préparer mentalement. La défunte a répondu : « Ce n’est pas la peine de m’expliquer tout cela. J’ai pris ma décision après mûre réflexion. » 

Ses proches eux aussi ont tenté de la dissuader de partir en Afrique. Ils pensaient que la Jama’at est comme tout autre compagnie et qu’elle peut faire faillite. Ils avaient peur qu’il en soit ainsi et qu’elle perde tout. Mais la défunte avait une foi très ferme et a répondu à ses proches chrétiens que ce n’était pas la peine de s’inquiéter et que la Jama’at n’était pas comme une compagnie susceptible de faire faillite. Elle ne s’effondrera jamais. « Si je décède, je souhaite être enterrée dans cet orphelinat. »

La défunte avait grandi en Occident et avait un très bon emploi. Cela nonobstant, elle a respecté son engagement brillamment en Afrique, en dépit de la situation difficile. Elle a assumé toutes ses responsabilités.

Elle était régulière dans ses Salats depuis qu’elle a embrassé l’Ahmadiyya, et elle faisait aussi la prière de Tahajjud. Elle n’avait jamais abandonné la Salat et encourageait aussi les autres à prier aux heures prescrites. Elle écoutait les sermons régulièrement et avec attention et appliquait tous les conseils y prodigués. L’on peut déduire son attachement à l’islam et à l’Ahmadiyya par le fait qu’elle était très triste quand les autres ahmadis n’appliquaient pas tous les enseignements de l’islam. Elle récitait le Coran régulièrement, tout en lisant la traduction et les commentaires.

La défunte n’avait pas d’enfants. Les orphelins sous sa charge étaient pour elle ses enfants. Ahmad Yahya de Humanity First relate : « Je suis parti visiter l’orphelinat Dar-ul-Ikram. Il s’y trouvait des enfants âgés de deux mois à douze ans. En dépit du personnel présent, la défunte avait toujours dans les bras un enfant de deux mois. Quand un enfant était malade, elle était très attentive quant à ses repas et ses médicaments. La défunte tentait d’améliorer les soins qu’on lui offrait. Quand je lui ai demandé à propos de ses besoins personnels, elle répondait : « Nous nous sommes dédiés. Nous remercions Dieu de nous avoir offert l’opportunité de servir ces orphelins. Nous sommes très contents, ne vous souciez pas de nous. » Mais lorsqu’il était question de l’orphelinat et de son avancement, elle lui attirait immédiatement l’attention.

Athar Zubair, le président de Humanity First en Allemagne, relate : « M. Fahim disait que la défunte jouait aux loteries, qui sont très en vogue en Europe. Quand on lui a dit que c’est interdit en islam, elle a abandonné cette habitude sur-le-champ et contribuait toutes les semaines dans le fond pour la mosquée la somme qu’elle dépensait pour s’acheter des loteries. Quand je relatais à la défunte les tournées du Calife en Allemagne, elle était très émue. »

Elle avait aussi un très grand sens de l’hospitalité et avait un énorme respect pour les gens de là-bas. C’est en raison de cet amour que tous les habitants du quartier béninois où elle résidait lui avaient donné le nom de « Mama ». Ils venaient lui demander conseils.

L’Amir de la Jama’at du Bénin relate : « La défunte était très soucieuse quant à ses contributions financières. Elle était très régulière dans ses Chandas et disait au missionnaire de la région de Porto-Novo de collecter ses contributions à temps. Elle offrait ses contributions d’Al-Wassiyyah à la première heure ; elle a participé de gaité de cœur dans le fond pour la reconstruction de la mosquée Baitul-Futuh. Et prenait aussi des informations sur différents fonds. Elle offrait sincèrement ses services au sein de l’orphelinat. Elle portait des enfants en bas-âge et était soucieuse de leur condition. Les enfants de Dar-Ul-Ikram sont à présents des orphelins après son décès. »

Qu’Allah exalte son statut et qu’Il lui accorde son pardon. Qu’Il accorde davantage à la Jama’at des serviteurs fidèles et soucieux de leur Waqf.


(Le site www.islam-ahmadiyya.org prend l’entière responsabilité de la publication du texte de ce sermon)