Sermon du vendredi 15 décembre 2017, prononcé par Sa Sainteté le Calife, Hadrat Mirza Masroor Ahmad, à la mosquée Baitul-Futuh à Londres. Après le Ta'awudh, le Tashahoud et la Sourate Al-Fatiha, Sa Sainteté le Calife a cité le verset 100 du chapitre 9 du Coran avant d'entamer son sermon.

وَالسَّابِقُونَ الْأَوَّلُونَ مِنَ الْمُهَاجِرِينَ وَالْأَنْصَارِ وَالَّذِينَ اتَّبَعُوهُمْ بِإِحْسَانٍ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُمْ وَرَضُوا عَنْهُ وَأَعَدَّ لَهُمْ جَنَّاتٍ تَجْرِي تَحْتَهَا الْأَنْهَارُ خَالِدِينَ فِيهَا أَبَدًا ذَلِكَ الْفَوْزُ الْعَظِيمُ

« Et quant à ceux qui sont plus en avant parmi les croyants, les premiers des Émigrés et des Ansars, et ceux qui les ont suivis de façon excellente, Allah est satisfait d’eux, et ils sont satisfaits de Lui ; et Il a préparé à leur intention des Jardins sous lesquels coulent des rivières. Ils y demeureront éternellement. C’est là le triomphe suprême. » (Le Saint Coran, chapitre 9, verset 100)

Ce verset évoque les compagnons du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) qui s’étaient surpassés [en excellences] et qui avaient atteint les sommités de la spiritualité, qui avait dépassé les autres dans leur foi et dans l’accomplissement de bonnes œuvres en accord aux préceptes divins. Ils étaient du nombre des premiers croyants et ont légué à leurs successeurs leurs exemples, afin qu’ils les suivent. Allah annonce dans ce verset que les compagnons du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) sont des exemples à suivre et qu’Il est satisfait de leur foi excellente et de leurs actions. Ces compagnons avaient d’ailleurs fait du plaisir divin l’objectif suprême de leur vie. En toute situation, ils ont fait preuve de gratitude à l’égard de Dieu. Ceux qui les prendront pour modèles, en excellant dans leur foi, leur sincérité, leur fidélité et leurs œuvres méritoires, profiteront des faveurs divines, assure Allah. D’ailleurs, Celui-ci a informé le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) du statut éminent des compagnons ajoutant qu’ils servent de direction à ceux qui les suivront.

Umar (r.a.) relate dans un hadith : « J’ai entendu le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) dire : « Je me suis enquis auprès d’Allah au sujet des différends entre mes compagnons et Il m’a révélé ceci : « À Mes yeux, ils sont comme les étoiles dans le ciel : certaines sont certes plus brillantes d’autres, mais la lumière émane de chacune d’elles. Celui qui suivra n’importe lequel parmi tes compagnons sera, selon Moi, guidé. »

Selon Umar (r.a.) le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a aussi déclaré : « Mes compagnons sont comme des étoiles : ils vous guideront tous, que vous suiviez celui-là ou un autre. » Ceci est le statut qu’Allah l’Exalté a conféré à ces compagnons. Chacun est pour nous une torche éclairant notre voie. Le Messie Promis (a.s.) explique ci-dessous qu’Allah était satisfait d’eux et qu’ils étaient de même contents de Lui. Il déclare : « Les vertueux compagnons ont montré dans la voie d’Allah et de Son Prophète une sincérité si grande [qu’ils] ont entendu cette voix :

رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُمْ وَرَضُوا عَنْهُ

Mériter le plaisir d’Allah et être satisfaits de Lui, est, sans nul doute, un éminent statut. C'est-à-dire Allah est satisfait d’eux et ils sont contents de Lui. Les mots font défaut pour décrire les mérites et les excellences de ce statut. L’on ne saurait, par ses propres moyens, être satisfait de Dieu : ceci exige qu’on Lui voue une confiance aveugle, qu’on se confie entièrement à Lui et que l’on soit satisfait de Son décret : une fois ce stade atteint l’on ne nourrit, à l’égard de son Seigneur, aucunes doléances. Mériter le plaisir d’Allah dépend des excellences, de la sincérité, de la fidélité, d’une grande pureté et d’une obéissance parfaite. L’on en déduit que les compagnons avaient parcouru toutes les étapes de la perception divine et de la voie menant à Dieu. »

Le Messie Promis (a.s.) nous conseille : « Purifiez vos cœurs et l’Ami Bienveillant sera content de vous. Soyez vous aussi satisfaits de Lui. » C’est-à-dire, n’émettez jamais aucunes doléances à Son encontre. Et poussez votre sincérité, votre véridicité et votre fidélité à leur apogée afin de Lui plaire. Purifiez-vous au plus haut point et faites preuve d’une obéissance indéfectible. « Ce faisant vous attirerez le plaisir d’Allah et vous serez satisfaits de Lui. Sur ce Il bénira et vos corps et vos propos. »

Les compagnons sont nos références si nous souhaitons jouir de la proximité divine. Même si nous constatons des différends entre eux, Allah nous les a présentés comme des exemples à suivre et des étoiles brillantes. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a déclaré à leur propos de leur statut : « Ayez la crainte de Dieu au cœur quand vous [évoquez] mes compagnons : évitez toute raillerie et tout sarcasme à leur propos. Celui qui les prend en affection le fait en raison de l’amour qu’il porte pour moi. Celui qui les détestera le fera en raison de la rancune qu’il nourrit à mon sujet. Celui qui les blesse, me blesse moi. Celui qui m’a lésé, lèse en fait Allah l’Exalté. Celui qui a lésé Dieu et s’est attiré son courroux sera certainement châtié par Lui. »

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a aussi déclaré : « N’insultez pas mes compagnons ! » Cela se passe [pourtant] au sein de l’islam, quand les différentes sectes s’attaquent les unes les autres ; on le voit en particulier chez les Chiites. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) nous demande de ne pas insulter ses compagnons et de ne pas critiquer leurs actions. « Je jure par Dieu qui détient ma vie entre ses mains ! Même si vous offrez en aumône autant d’or que le mont Uhud, vous ne mériterez pas la récompense qu’ils ont eue en dépensant autant de graines contenues dans deux mains réunies ou la moitié de cela. »

Ces compagnons jouissaient donc d’un éminent statut : ils nous servent de références auxquelles nous devons nous conformer, si nous souhaitons profiter du plaisir divin. Il serait malséant de les critiquer ou de jauger leur statut selon une norme que nous avons conçue de toutes pièces.

Le Messie Promis (a.s.) nous explique davantage le statut des compagnons du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) en ces termes : « Étudions, en toute équité, la fidélité démontrée à l’endroit de Dieu et de Son Envoyé par les compagnons de notre Guide parfait (que les bénédictions d’Allah soient sur lui !). Contraints à l’exil, persécutés et âprement tourmentés, ils n’ont pas, pour autant, cessé d’avancer, la sincérité et la fidélité au cœur. D’où venait pareil dévouement ? Il avait pris naissance dans un amour sincère pour Dieu, amour dont les rayons baignaient leurs cœurs. Comparez le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) à d’autres prophètes : vous ne trouverez nulle part pareils exemples de détachement du monde et de sang versé avec bravoure pour la vérité ; autant de vertus engendrées par les préceptes et l’effet sanctifiant du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Tel est le statut des compagnons du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Le Coran décrit, en deux phrases, l’amour réciproque qui existait entre eux :

وَأَلَّفَ بَيْنَ قُلُوبِهِمْ لَوْ أَنْفَقْتَ مَا فِي الْأَرْضِ جَمِيعًا مَا أَلَّفْتَ بَيْنَ قُلُوبِهِمْ

C’est-à-dire, que tu n’aurais pas pu unir leurs cœurs dans l’affection même si tu avais offert une montagne d’or, [voire plus]. La communauté du Messie, nouvellement formée, doit engendrer en elle les qualités des compagnons du Prophète décrites par le Coran. Ressemblez-vous à ces compagnons, sachant qu’Allah affirme que les suivants du Messie ressembleront aux Compagnons du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) ? » Ces derniers avaient offert dans la voie de la vérité leurs biens et leur patrie. Ils avaient tout abandonné. L’on a entendu à maintes reprises l’histoire d’Abou Bakr, le Véridique : il avait offert toutes ses possessions quand il avait reçu l’ordre de dépenser dans la voie d’Allah. Lorsque le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui avait demandé ce qu’il avait laissé à la maison, il avait répondu : « Allah et son Prophète ! » Chef de La Mecque la veille, il était indigent le lendemain ! »

Lui qui était naguère un des chefs de La Mecque, portait les habits d’un pauvre, ayant accepté l’islam.

« Ces gens s’étaient offerts en martyrs dans la voie de Dieu. Le paradis, pour eux, se trouvait à l’ombre de l’épée. Or, pareille rigueur n’est pas notre destinée, car il est dit que le Mahdi abolira la guerre. »

Le Messie Promis (a.s.) décrit en ces termes le style de vie des compagnons : « Croyez-vous que les compagnons du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) ont vu la victoire sur les mécréants en se vautrant dans le luxe ? Certainement pas ! Les anciennes Écritures prédisent à leur propos : « Ils veilleront la nuit en prière et jeûneront durant la journée. » Le verset suivant du Coran brosse tout le tableau de leurs journées en ces termes :

وَمِنْ رِبَاطِ الْخَيْلِ تُرْهِبُونَ بِهِ عَدُوَّ اللَّهِ وَعَدُوَّكُمْ

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آَمَنُوا اصْبِرُوا وَصَابِرُوا وَرَابِطُوا

Et préparez contre eux à la frontière des chevaux afin que vous puissiez, par l’épouvante, dissuader l’ennemi d’Allah et votre ennemi. (Le Saint Coran, chapitre 8, verset 61)

« Ô vous qui croyez ! Soyez constants et efforcez-vous d’exceller en constance. »

Ribat signifie les chevaux placés à la frontière pour dissuader l’ennemi. Les compagnons avaient l’ordre d’être prêts à combattre l’ennemi. Le terme Ribat exigeait qu’ils soient constamment sur le qui-vive. Ils avaient deux missions : mener le combat physique et le combat spirituel. Se tenir constamment sur le qui-vive est essentiel pour le combat spirituel. Ribat, selon le dictionnaire, signifie aussi l’âme et le cœur. Il est évident qu’un cheval n’est utile qu’une fois domestiqué et entraîné. Les chevaux d’aujourd’hui sont de même apprivoisés et dressés, à l’instar des enfants éduqués à grands soins à l’école. Sans les entraîner on ne pourra pas les domestiquer : ils ne serviront à rien et au lieu d’être utiles ils seront effrayants et dangereux. » De même, il est essentiel d'apprivoiser l’âme, il faut le maîtriser et l’entraîner. Ainsi, l’état de Ribat perdurera lorsque le croyant tentera de progresser intellectuellement et dans la pratique et lorsqu’il attellera son âme. 

Je présente ici-bas quelques exemples de l’effet sanctifiant que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a eu sur les compagnons. Le Messie Promis (a.s.) nous a relaté plus haut que Abou Bakr As-Siddique avait offert tout ce qu’il possédait dans un moment de besoin. Voici un exemple de son humilité et de sa crainte d’Allah l’Exalté. Un désaccord éclata un jour entre Abou Bakr (r.a.) et Umar (r.a.) : la discussion s’envenima et leurs voix s’élevèrent. Par la suite Abou Bakr (r.a.) se rendit chez Umar (r.a.) pour s’excuser auprès de lui pour les propos durs qu’il avait peut-être utilisés lors de la conversation. Or, Umar (r.a.) n’accepta pas ses excuses. Abou Bakr (r.a.) se rendit chez le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) pour lui raconter toute l’affaire et lui présenter ses excuses. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) dit : « Qu’Allah te pardonne ! » Quelque temps après Umar (r.a.) fut pris de remords et se rendit chez Abou Bakr (r.a.) pour s’excuser. Ne le trouvant pas chez lui, il se rendit chez le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), dont le visage s’empourpra de colère en le voyant. Voyant le courroux du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) contre Umar (r.a.), Abou Bakr (r.a.) se mit sur ses genoux et plaida : « J’étais fautif ! Veuillez pardonner Umar ! » Telle était l’humilité d’Abou Bakr (r.a.) et sa crainte d’Allah. Umar (r.a.) était aussi embarrassé et s’est excusé. Il y avait des remords de parts et d’autre. Telle était la société pure qu’avait engendrée le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) : ceux qui y résidaient s’étaient attiré le plaisir d’Allah.

L’on trouve mention de l’humilité d’Umar (r.a.) dans le récit suivant. Quelqu’un lui dit qu’il était meilleur qu’Abou Bakr (r.a.). Umar (r.a.) commença à pleurer et déclara : « Une nuit et une journée dans la vie d’Abou Bakr (r.a.) sont meilleurs que la vie entière d’Umar et de ses enfants. Veux-tu que je décrive cette nuit et ce jour ? Une de ses nuits fut quand le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) était contraint à l’exil et quand Abou Bakr (r.a.) l’accompagna. Un de ses jours fut, quand après le décès du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), les Arabes refusèrent d’accomplir la Salat et de payer la Zakat. Contre mon avis, Abou Bakr (r.a.) décida de mener le Jihad. En lui accordant le succès, Allah prouva qu’Il avait raison. »

Uthman (r.a.) était un autre illustre compagnon du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Il fut élu troisième Calife. Il avait un très grand respect des liens de parenté et possédait d’innombrables excellences. Selon Aisha (r.a.), Uthman (r.a.) respectait les liens de parenté et craignait Allah plus que les autres. Ils étaient nombreux à consentir à des sacrifices financiers. Vint le jour où l’on devait agrandir la mosquée du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Il demanda qu’on achète les maisons des alentours afin de les inclure dans l’édifice cultuel. Évidemment, il avait fallu les acheter et Uthman (r.a.) déboursa sur-le-champ 15 000 dirhams pour ce projet. Quand les musulmans faisaient face à une pénurie d’eau, ne pouvant s’approvisionner d’un puits appartenant à un juif, Uthman (r.a.) l’acheta au prix exorbitant demandé par ce dernier, offrant ainsi de l’eau aux musulmans. Telle était sa sympathie à l’égard de l’humanité.

L’Amir Mu’awiyah voulut qu’un individu lui décrive les qualités de Sayyidina Ali (r.a.). La personne demanda à Mu’awiyah s’il était prêt à l’écouter et ce dernier lui donna son accord. Comme on le sait déjà, un conflit avait éclaté entre Ali (r.a.) et Mu’awiyah. « Sache, dit-il, qu’Ali était d’une grande persévérance et d’une grande détermination. Il énonçait des paroles décisives et était juste dans ses décisions. Il était une source de savoir et la sagesse émanait de sa personne. Il honnissait ce monde et son faste et chérissait la solitude de la nuit. (C’est-à-dire, rendre culte à Dieu la nuit était son œuvre préférée au lieu de s’empêtrer dans le matérialisme.) Il pleurait beaucoup et méditait longuement. Il menait une vie très simple comme nous. En dépit de notre amour et de notre proximité avec lui, en raison du respect qu’il nous inspirait, nous avions peur de lui parler. Il honorait les pratiquants et était chaleureux à l’égard des pauvres. Il arrêtait sur-le-champ les puissants qui tentaient de profiter indûment d’une situation par avidité. Les faibles quant à eux ne désespéraient pas de sa justice. » C’était là les qualités d’Ali (r.a.). En entendant tout cela l’Amir Mu’awiyah déclara : « Tu dis la vérité. » Et il fondit en larmes.

Abdur Rahman Bin Auf était un autre compagnon du Saint Prophète (s.a.w.) : il consentait à de grands sacrifices financiers. Il était un riche négociant et possédait une énorme fortune. Un jour, quelqu’un qui faisait la circumambulation de la Ka’bah entendit quelqu’un prier en ces termes : « O mon Seigneur ! Protège-moi contre l’avarice de mon âme ! » Il se rendit compte qu’il s’agissait d’Abdur Rahman Bin Auf. Une de ses caravanes commerciales s’arrêta un jour à Médine : elle comprenait sept cents chameaux chargés de blé, de farine et d’autres marchandises. Il y avait grand bruit à Médine suite à l’arrivée de cette caravane. Ayant eu connaissance de cela, Aisha (r.a.) commenta : « J’ai entendu le Saint Prophète (s.a.w.) dire qu’Abdur Rahman Bin Auf serait un habitant du paradis ! » Quand l’intéressé sut à ce propos, il se présenta à Aisha (r.a.) et déclara : « Je vous prends à témoin que j’offre dans la voie de Dieu ces sept cents chameaux portant leurs marchandises. »

Il y eut un jour un différend entre Abdur Rahman Bin Auf et Khalid. Le Saint Prophète (s.a.w.) déclara : « Cher Khalid ! Ne critique pas mes compagnons ! Même si tu dépenses de l’or équivalant au mont Uhud, tu ne vivras pas une journée ou un soir qu’a vécu Abdur Rahman Bin Auf suite au jihad qu’il a mené dans la voie d’Allah l’Exalté. »

Sa’d bin Waqqas était un autre compagnon. Il relate : « Ma mère a désapprouvé ma conversion à l’islam. Abandonne cette religion, m’a-t-elle dit, sinon je ne mangerai et ne boirai rien, jusqu’à ce que je meure et les gens te condamneront pour avoir tué ta mère ! » Je lui ai conseillé de ne pas le faire car je n’abandonnerai pas ma religion. Or, elle a refusé et n’a rien mangé et bu rien pendant trois jours et trois nuits. La faim l’avait affaibli. Je lui ai dit : « Je jure par Dieu ! Même si vous aviez des milliers de vies, et que vous perdiez chacune d’entre elles, je n’abandonnerais pas ma foi ! » Quand elle a vu la détermination de son fils, elle s’est remise à manger.

Allah nous enjoint d’obéir à nos parents et de les servir. Or lorsqu’il est question de la foi et de la personne d’Allah l’Exalté, il faudra en ce cas obéir à Allah.

Sa’d bin Waqqas servait le Saint Prophète (s.a.w.) et assurait sa protection. Aisha (r.a.) relate que la situation était tendue lorsque le Saint Prophète (s.a.w.) arriva à Médine : il ne pouvait pas dormir à l’aise la nuit. Ayant passé plusieurs nuits blanches, il déclara : « Si seulement il y avait quelqu’un pour assurer la sécurité ! » Le Saint Prophète (s.a.w.) souhaitait se prémunir de tout danger et profiter du peu de repos qu’il s’accordait. Alors qu’il énonçait ces propos, il entendit des bruits d’armes. « Qui va là ? » demanda-t-il. Sa’d répondit que c’était lui et qu’il venait assurer sa protection parce qu’il le croyait en danger. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) put dormir à l’aise et pria pour lui.

Zubair bin Al-Awam, était un compagnon qui éprouvait une grande crainte à l’égard de Dieu, de peur de commettre quelque action attirant son déplaisir. Son fils lui demanda un jour pourquoi il ne relatait pas autant d’ahadith que les autres compagnons. Zubair bin Al-Awam déclara : « Je ne me suis pas séparé du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) depuis que j’ai embrassé l’islam. J’ai entendu beaucoup de paroles de sa bouche, mais je crains aussi cet avertissement de sa part : « Celui qui m’attribuera une parole que je n’ai pas énoncée finira en enfer. » J’ai grand peur de relater un propos que j’ai mal compris ou erroné. »

Zubair bin Al-Awam était aussi très brave. Quand le siège d’Alexandrie se rallongea, il tenta d’escalader le mur de la forteresse à l’aide d’une échelle. Ses compagnons le dissuadèrent en disant qu’une peste virulente sévissait à l’intérieur de la forteresse. Il répondit : « Cela ne fait aucune différence, car nous sommes là pour percer. » Sur ce il franchit le mur de la place forte. Il était aussi très riche et offrit la majeure partie de ses biens en aumône dans la voie d’Allah. 

Talha bin Obeidullah était un autre compagnon. Il était lui aussi riche et il dépensait dans la voie d’Allah.

Une fois il a vendu un patrimoine coûtant 700 000 dirhams à Uthman et a dépensé le tout dans la voie de Dieu. L’hospitalité était également l’une de ses grandes qualités. Une fois, trois personnes indigentes appartenant à la même tribu se présentèrent au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) après avoir accepté l’islam. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) demanda à ses compagnons si l’un d’eux pouvait s’occuper de leur hospitalité. Talha accepta avec grande joie de le faire ; il emmena les trois personnes chez lui, il les logea et s’occupa d’eux jusqu’à en faire des membres permanents de sa famille, et ce jusqu’à ce que la mort le sépara d’eux.

Talha remplissait également très bien ses devoirs envers ses amis. Ka’b bin Malik avait été puni d’ostracisme en raison du fait qu’il n’avait pas participé à la bataille de Tabouk. Quelque temps âpres, suite à l’ordre d’Allah l’Exalté, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) annonça son pardon. Pendant que Ka’b se rendait auprès du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), Talha courut passionnément afin de l’accueillir, et il le félicita en lui serra la main. Ka’b disait que personne n’était plus accueillant et chaleureux que Talha.

L’une de ses femmes mentionne également les qualités qu’il possédait en tant que mari. Elle dit : « Il rentrait toujours avec le sourire. » Il travaillait beaucoup et était très occupé, mais lorsqu’il rentrait l’expression de son visage ne faisait pas peur aux membres de sa famille au point où ils se mettent à l’écart. Au contraire, il rentrait chez lui souriant et ressortait content. Il avait un comportement exemplaire avec les membres de sa famille et il restait toujours heureux. Il n’avait pas une certaine humeur chez lui et une autre à l’extérieur. Elle ajoute : « Quand on lui demandait quelque chose il n’était pas avare. Si on lui demandait quelque chose il la donnait aussitôt, et même lorsqu’on ne le lui demandait pas, il le donnait de son propre chef, sans aucune requête. » Il ne donnait pas que lorsqu’une demande était formulée. Il était lui-même attentif aux besoins de son entourage, et essayait de subvenir aux besoins de sa famille. 

Il avait quatre femmes, et elles étaient très heureuses. Elle ajoute : « Lorsque nous faisions une action pieuse, il en était reconnaissant, et lorsque nous commettions une erreur il nous pardonnait. » Ce sont ces principes qui fondent la base de la sérénité du foyer, et qui renforcent la relation entre le mari et la femme. C’est également un exemple que nous devons tous suivre.

Il y a un récit à propos du compagnon Abdullah bin Mas’oud en rapport à son obéissance envers le Califat. Umar l’avait nommé comme responsable de l’éducation du peuple de Koufa. Il écrivit aux habitants de Koufa que bien qu’il avait grand besoin d’Abdullah à Médine, pour leur bien il entreprenait ce sacrifice, et il le leur envoyait pour qu’il puisse se charger de leur éducation. Il avait un statut éminent. Uthman avait également respecté son statut, il l’avait de plus nommé Amir de Koufa, juge et gestionnaire de la trésorerie de l’Etat.

Mais des tensions commençaient à se faire ressentir. Les gens de Koufa ourdissaient régulièrement des complots, et cela engendrait encore plus de troubles. En fin de compte, Uthman le retira de ses fonctions d’Amir, et le rappela à Médine. Les gens de Koufa lui demandaient de ne pas partir et lui disaient qu’ils allaient assurer de sa protection. Sur ce, Abdullah Bin Mas’oud déclara : « Je suis dans l’obligation d’obéir au Calife, je ne peux jamais penser à lui désobéir et ainsi ouvrir une porte au désordre. » Il partit ensuite à Médine. L’un des rapporteurs de hadiths a dit à son sujet : « J’ai participé à de nombreuses assemblées des compagnons, mais Abdullah bin Mas’oud était particulièrement détaché de ce monde et attaché à l’Au-delà. » Il appréciait la propreté. Malgré le fait qu’il n’était pas matérialiste, l’un de ses domestiques de maison a relaté : « Il portait de beaux vêtements blancs, et utilisait de bons parfums. » Talha dit à son sujet : « Son parfum sentait tellement bon que, même dans l’obscurité de la nuit, on pouvait savoir qu’Abdullah bin Massoud passait par là. » Il utilisait les biens de ce monde, mais il n’y était pas attaché.

Ensuite il y a Bilal qui a supporté tous les tourments, mais en dépit de cela il a toujours chanté les slogans de l’unicité de Dieu. Il a été traîné sur des pierres et sur le sable brûlant, mais malgré cela il est resté ferme sur sa croyance, et il n’a eu de cesse de crier Ahad, Ahad (L’Unique, l’Unique). Il a toujours énoncé la proclamation de foi : « Nul n’est digne d’être adoré à part Allah, Muhammad est le messager d’Allah. »

Il y a ensuite Sa’d bin Mu’az, qui était un ansari. Il était le représentant des Ansars avant la bataille de Badr. Étant à la hauteur des attentes que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait envers les Ansars il déclara : « O Prophète de Dieu, nous avons cru en vous, et nous avons attesté de votre véracité, et nous avons témoigné que les enseignements que vous avez apportés sont vrais, et nous avons promis fermement de toujours obéir tout de suite à vos commandements. O Prophète de Dieu, continuez conformément à votre souhait. Insha Allah vous nous trouverez à vos côtés : si vous nous commandez de sauter dans la mer, nous le ferons, et aucun de nous ne restera en arrière ; et nous ne craignons pas le combat avec l’ennemi, nous savons très bien combattre, nous espérons de tout cœur qu’Allah l’Exalté vous montrera par nos actions tout ce qui apaisera votre cœur. Vous pouvez nous emmener là où vous le souhaitez ! » Ces personnes ont rempli leurs promesses, et ont laissé leurs exemples, et Allah l’Exalté a été satisfait d’eux.

Je vous ai présenté quelques récits de ces compagnons : l’histoire en regorge. Ils sont pour nous des références à suivre.

Le Messie Promis (a.s.) déclara : « Il est impossible d’obtenir le succès en abandonnant le Saint Coran. Ce succès derrière lequel courent ces gens est imaginaire. Regardez les exemples des compagnons : ils ont suivi les pas du Prophète de Dieu, et ils ont accordé préséance à leur foi sur le monde, et en retour Allah l’Exalté a accompli toutes les promesses qu’Il leur avait faites. Au commencement, les opposants leur riaient au nez, en leur disant qu’ils parlaient de souveraineté alors qu’ils ne pouvaient même pas sortir librement. Mais en se perdant totalement dans l’obéissance du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), les compagnons ont obtenu ce qu’ils n’ont jamais pu obtenir pendant des siècles. Ils aimaient le Saint Coran et le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), et ils passaient leur temps, nuit et jour, dans son obéissance. Ils ne suivaient pas les mécréants… » (C’est-à-dire lorsqu’ils ont eu la foi, ils ont abandonné toutes actions aux relents de la mécréance et ils ont commencé à suivre exclusivement les enseignements islamiques.) « …tant que l’islam est resté dans cet état, il était dans son âge d’or. » Durant cette période l’islam a progressé.

Évoquant les excellences des compagnons, le Messie Promis (a.s.) déclare : « Les compagnons du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui étaient tellement fidèles qu’on ne trouve pas pareils exemples chez les disciples des autres prophètes. Ils suivaient si fermement les commandements divins que le Saint Coran regorge de leurs éloges. Lorsque le commandement interdisant l’alcool fut révélé, ils vidèrent les jarres de vin dans les rues. On rapporte que des ruisseaux de vin coulaient dans les rues, et par la suite personne n’en consomma à nouveau. »

Une fois abandonné, ils ne touchèrent plus au vin et devinrent son ennemi acharné.

« Voyez leur détermination et leur constance dans l’obéissance. Personne d’autre n’a prouvé à l’égard [de leur prophète] l’obéissance, la fidélité, l’amour et l’affection qu’ils ont démontrés à l’égard du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). L’histoire de Moise nous apprend que sa communauté a voulu, à maintes reprises, le lapider. Les apôtres de Jésus étaient si faibles dans leur foi, que selon chrétiens Jésus lui-même affirme dans les Évangiles qu’ils avaient une foi moribonde. Ils ont fait preuve d’une grande traîtrise à l’égard de leur maître : ils lui ont été infidèles et l’ont abandonné au comble du malheur. L’un l’a fait arrêter et le deuxième l’a maudit et l’a répudié. Or, les compagnons du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) nourrissaient à son égard une grande affection et une grande fidélité, Dieu témoigne qu’ils n’ont pas hésité à sacrifier leur vie dans sa voie et qu’ils possédaient chaque vertu de la foi. Ils étaient des adorateurs, des vertueux, des généreux, des braves, des dévoués serviteurs, autant de conditions de la foi que nous ne voyons pas chez d’autres peuples.

Le Messie Promis (a.s.) affirme : « L’on ne trouve pas, chez les autres nations, les récits des malheurs et souffrances endurés par les compagnons au début de l’histoire de l’islam. Cette nation brave a enduré les malheurs sans abandonner pour autant l’islam. Lorsque cette persécution a atteint son comble, ils ont dû abandonner leur patrie et s’exiler en compagnie du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Lorsqu’aux yeux d’Allah les méchancetés des mécréants avaient outrepassé les limites et qu’ils méritaient d’être châtiés, Allah a confié cette mission à cette même nation. Eux qui se consacraient matin et soir au culte de Dieu dans les mosquées, eux qui étaient peu nombreux et sans armes, sont descendus sur le champ de bataille afin d’arrêter les assauts ennemis. » Ces batailles de l’islam étaient, rappelons-le, défensives.

Le Messie Promis (a.s.) déclare : « Étudiez l’époque du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et de ses compagnons (qu’Allah soit content d’eux) et vous constaterez qu’ils étaient des gens forts simples. À l’instar de ce récipient qu’on astiquait et dont on blanchissait le fond, leurs cœurs étaient exempts d’immondices de l’âme et baignaient dans les lumières divines. Ils étaient les reflets parfaits de l’énoncé coranique :

قَدْ أَفْلَحَ مَنْ زَكَّاهَا

Si l’on se purifie et que l’on brille à l’instar de ce récipient dont l’intérieur a été astiqué et blanchi, l’on pourra recevoir les saints aliments des faveurs divines. Or, combien sont-ils ainsi et méritent l’énoncé قَدْ أَفْلَحَ مَنْ زَكَّاهَا (celui qui s’est purifié l’âme aura le salut) ? »

Ainsi nous devons tenter de nous réformer et d’astiquer nos récipients. Ayant accepté le Messie Promis (a.s.), l’amoureux parfait du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), il faudra tenter de suivre tous les conseils qu’il nous a prodigués et démontrés par le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) dans sa pratique ainsi que par ses compagnons. Nous serons de véritables musulmans en respectant ces conditions. Qu’Allah nous en accorde la possibilité.


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