Sermon du vendredi 10 novembre 2017, prononcé par Sa Sainteté le Calife, Hadrat Mirza Masroor Ahmad, à la mosquée Baitul-Futuh à Londres. Après le Ta'awudh, le Tashahoud et la Sourate Al-Fatiha, Sa Sainteté le Calife a cité les trois versets suivants du Coran :

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آَمَنُوا كُونُوا قَوَّامِينَ بِالْقِسْطِ شُهَدَاءَ لِلَّهِ وَلَوْ عَلَى أَنْفُسِكُمْ أَوِ الْوَالِدَيْنِ وَالْأَقْرَبِينَ إِنْ يَكُنْ غَنِيًّا أَوْ فَقِيرًا فَاللَّهُ أَوْلَى بِهِمَا فَلَا تَتَّبِعُوا الْهَوَى أَنْ تَعْدِلُوا وَإِنْ تَلْوُوا أَوْ تُعْرِضُوا فَإِنَّ اللَّهَ كَانَ بِمَا تَعْمَلُونَ خَبِيرًا

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آَمَنُوا كُونُوا قَوَّامِينَ لِلَّهِ شُهَدَاءَ بِالْقِسْطِ وَلَا يَجْرِمَنَّكُمْ شَنَآَنُ قَوْمٍ عَلَى أَلَّا تَعْدِلُوا اعْدِلُوا هُوَ أَقْرَبُ لِلتَّقْوَى وَاتَّقُوا اللَّهَ إِنَّ اللَّهَ خَبِيرٌ بِمَا تَعْمَلُونَ

وَمِمَّنْ خَلَقْنَا أُمَّةٌ يَهْدُونَ بِالْحَقِّ وَبِهِ يَعْدِلُونَ

La norme de justice et d’équité qu’Allah a enjointe aux musulmans de respecter est inexistante dans toute autre Écriture religieuse. Or, malheureusement, à tous les niveaux, un nombre important de musulmans, dont les leaders et les oulémas, ne respectent pas toutes les exigences de la justice. De même, au sein des foyers, parmi les musulmans ordinaires, l’on ne respecte généralement pas dans les affaires quotidiennes la norme de justice qu’Allah l’Exalté préconise et qu’Il souhaite voir chez le croyant.

Lors des conflits conjugaux, et les hommes et les femmes, s’intentent souvent des procès en présentant des faits irréels. L’on a recours à de faux témoignages ; l’on a recours aux mensonges pour usurper les droits d’autrui ou pour avoir gain de cause frauduleusement. Ainsi, beaucoup se détournent de la vérité parce qu’ils croient avoir raison ou pour priver autrui de ses droits. Ils mentent pour ce faire et trompent aussi les tribunaux à cet égard.

En certains lieux, les juges, pour leurs intérêts personnels, rendent des verdicts inéquitables. Le système en soi est corrompu. En tout cas, les maux ne cessent de se répandre dans la société en raison de ces injustices.

Ensuite, au niveau national, les dirigeants ne sont pas équitables : ils ne sont pas justes ni envers leurs populations ni dans leurs relations avec les autres Etats. Les oulémas, quant à eux, ont fait de la religion leur fonds de commerce. Les musulmans affirment qu’ils sont le meilleur des peuples et que l’islam est la religion qui pourra présenter la meilleure des solutions aux problèmes de ce monde. Certainement, les musulmans sont le meilleur des peuples s’ils respectent les injonctions divines et s’ils mettent en pratique les enseignements du Coran. Indubitablement, l’islam présente au monde la solution à tous ses problèmes, à condition que l’on respecte la justice et la vérité selon ses préceptes.

Les versets que j’ai cités sont tirés de trois sourates différentes : Al-Nisa, Al-Ma‘idah et Al-A’raf. La traduction du premier verset est comme suit : « Ô vous qui croyez ! Soyez fermes dans l’application de la justice et soyez les témoins d’Allah, quand bien même ce serait contre vous-mêmes ou contre vos parents ou vos proches parents. Que ce soit un riche ou un pauvre, Allah est plus attentif à eux que vous ne l’êtes. Ne suivez donc pas de vils désirs pour que vous puissiez agir équitablement. Et si vous êtes ambigus dans votre témoignage ou si vous l’éludez, souvenez-vous qu’Allah est Très Conscient de ce que vous faites. » (Saint Coran, chapitre 4, verset 136)

Ce commandement préconise le respect de la justice : à la fois dans le cadre personnel et au niveau de la société. C’est-à-dire, quelle qu’en soit la situation, l’on se cramponnera fermement à la justice. Les croyants ont reçu l’ordre de témoigner pour la cause d’Allah. Ceci est possible quand on porte en Dieu une foi parfaite : il faut que la norme de la foi soit excellente et qu’elle soit ferme. Il faut que l’on soit déterminé à être juste, qu’elles qu’en soient les circonstances. Cette fermeté existera ou se dévoilera quand l’on sera prêt à témoigner contre sa propre personne, contre sa femme et ses enfants, contre ses parents si cela est nécessaire, et contre ses proches.

Ce verset stipule que l’assouvissement de vils désirs écarte [l’être humain] de la vérité et de la justice. Aujourd’hui les conflits gangrènent la société en raison du non-respect de la norme de justice exigée par Dieu. Se défendre avec l’aide de subterfuges est monnaie courante. Il est fort malheureux de constater que certains des nôtres, sous l’influence du matérialisme, et en dépit du fait d’avoir prêté allégeance au Messie Promis (a.s.), ont recours à des contre-vérités. Allah nous interdit le recours à des paroles ambiguës, même si nos intérêts ou ceux de nos parents sont lésés. Il ne faut pas non plus donner l’impression que l’on use de subterfuges afin de cacher la vérité, que l’on tente d’éluder de vrais témoignages.

Pareilles actions sont monnaie courante de nos jours, qu’il s’agisse de conflits conjugaux. Dans nombre de cas présentés à la Qadha (le tribunal d’arbitrage) l’on a recours aux mensonges. Dans les affaires d’argent on cache aussi la vérité. D’aucuns, quoique détenteurs du savoir religieux et qui rendent, apparemment, de grands services à la religion, sont coupables de pareilles indignités, engendrant, chez autrui, de grosses inquiétudes. « Comment ces gens, qui sont apparemment de grands érudits et qui exercent une bonne influence sur autrui, peuvent-ils énoncer de tels propos ? » se demande-t-on.

Allah le Très-Haut affirme qu’il ne faut point cacher la vérité même si elle est contre ses propres intérêts, celui de ses parents ou de ceux avec qui l’on est apparenté de sang. Or, ces gens-là cachent la vérité afin de respecter leurs liens d’amitié ou pour leurs intérêts personnels : ils ont recours à des propos ambigus ou évitent de porter de vrais témoignages. Ils se préparent très bien à l’avance pour étayer leurs arguments : ils savent quoi faire pour se sortir d’affaire et quels raisonnements mettre de l’avant si tout éclate au grand jour. Or, n’oublions pas qu’Allah est pleinement au courant de ce que nous faisons et que nous ne pouvons point Le tromper. On pourra profiter des avantages de ce monde, affirme Allah ; or même si nous arrivons à éviter Ses châtiments ici-bas, nous serons certainement attrapés dans l’Au-delà. Le registre de toutes nos œuvres sera devant Dieu, Celui qui est au courant de toutes nos actions. L’imam que nous avons accepté a suivi ces commandements coraniques pour laisser des exemples qui laissaient les autres bouche bée.

Un récit nous vient de sa jeunesse, à l’époque où il ne s’était pas encore proclamé Messie et Mahdi : Il était assigné à comparaître au tribunal lors d’un litige entre son père et ses agriculteurs. Dans le respect des exigences de la justesse et de la justice, le Messie Promis (a.s.) a dit la vérité : les agriculteurs ont eu gain de cause et son père a perdu le procès. L’avocat du Messie Promis (a.s.) lui avait demandé de répéter la déclaration qu’il lui présentait ; au cas échéant il serait perdant. Le Messie Promis (a.s.) a, quant à lui, insisté qu’il allait dire la vérité. En tout cas, le verdict du juge était favorable aux agriculteurs. Selon les témoins de l’affaire, le Messie Promis (a.s.) retourna tout joyeux après avoir perdu le procès : ceux qui ignoraient le verdict auraient cru qu’il l’avait remporté.

Le Messie Promis (a.s.), serviteur parfait du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) que nous avons accepté, nous présente cet exemple : nous devons donc analyser chacun de nos témoignages en le prenant pour modèle.

À titre d’exemple, beaucoup dans ces pays occidentaux cachent leurs revenus actuels afin de payer moins d’impôts. D’autres trompent l’État afin de recevoir des allocations. Or, face à la situation économique désastreuse du monde, les États des pays développés sont en train de tout scruter à la loupe. Là où ils ont des doutes, ils mènent une enquête. Les ahmadis doivent éviter de ternir leur image et celle de la Jama’at ; qui plus est, dans le but de plaire à Allah l’Exalté, ils doivent être prêts à endurer des pertes matérielles ; ils ne doivent pas cacher la réalité et dire tout le temps la vérité. Si l’on a de bonnes intentions, l’on doit porter des témoignages avec justice pour la cause d’Allah et énoncer des vérités franches : en ce cas, Allah Qui est le Rabb (Seigneur) et le Pourvoyeur, comblera les besoins et bénira les provisions.

Ainsi, nous devons nous analyser constamment. Si nous ne tentons pas d’atteindre cette norme requise au niveau de la justice, nous ne pourrons pas préserver la paix de nos foyers, ni celle des sociétés où nous vivons. En négligeant ce commandement, la relation entre les membres de la Jama’at va s’effriter. Les fausses déclarations et l’injustice de certaines personnes atteignent un seuil qui nous laisse pantois. Des pères de certaines jeunes femmes m’ont informé que si ces dernières sont divorcées, leurs ex-beaux-parents s’en vont colporter des mensonges à leur encontre dans ces familles où elles tentent de se marier de nouveau. Ils tentent de tenir l’image de la jeune femme.

Des parents de certains jeunes hommes se plaignent auprès de moi que les parents de leurs ex-épouses tentent de les diffamer ; ils les accusent afin de briser leurs nouvelles alliances ou de leur mettre les bâtons dans les roues. C’est là un comportement des plus dangereux : il peut détruire la paix de la société et c’est un non-respect de son engagement. Cela signifie s’éloigner des commandements d’Allah le Très-Haut. Il nous a accordé la faveur de pouvoir accepter l’Imam de l’époque, nous offrant ainsi l’occasion d’être des frères. Or, pour nos intérêts personnels, en raison de notre inimitié ou dans le but de nous venger, nous allons si loin que la crainte de Dieu disparaît complètement de nos cœurs. Si quelqu’un s’est senti lésé et que l’affaire est close, il doit se détourner du coupable et laisser l’affaire entre les mains d’Allah, Celui qui connaît tout. Le bonheur du croyant réside dans le fait qu’il laisse tout entre les mains d’Allah.

Après avoir enjoint au croyant d’être juste et véridique au sein de sa société, dans ses affaires personnelles et nationales, Allah lui recommande de faire preuve d’un grand sens de justice à l’égard de ceux qui appartiennent à d’autres nations. Si l’on ne fait pas montre d’une grande équité à l’égard des ennemis, l’on ne marchera pas sur les pas de la Taqwa. La traduction du verset 9 de la sourate Al-Ma’idah que j’ai cité est comme suit : « Ô vous qui croyez ! Soyez fermes dans la cause d’Allah en portant témoignage avec justice. Et ne laissez pas l’hostilité d’un peuple vous inciter à agir autrement qu’avec justice. Soyez toujours équitables, car l’équité est plus près de la piété. Et craignez Allah. Assurément, Allah est Très Conscient de ce que vous faites. »

Lors des débats religieux, les suivants de certaines religions commettent des excès : en pareilles circonstances, il ne sied pas à un croyant de se venger de la même manière et de négliger les exigences de la justice. Le premier Calife a prodigué des conseils à ce sujet lors d’un de ses dars. À l’époque, les hindous tourmentaient les musulmans sur leurs lieux de travail et les poussaient au licenciement. En pareilles circonstances, il sied aux musulmans de ne pas leur rendre la pareille : c’est là qu’ils pourront respecter cet enseignement. Il incombe au croyant de respecter la justice, d’avoir recours à la Taqwa et de laisser ses affaires entre les mains d’Allah, Celui qui connaît tout. Il incombe au croyant véritable de suivre les commandements de Dieu fermement et de ne point être négligent à cet égard. Pour être un musulman modèle, il incombe au croyant d’agir uniquement pour la cause de Dieu. C’est là le signe d’un véritable croyant et d’un véritable musulman. Porter témoignage avec justice signifie suivre à la lettre les préceptes de l’islam au point où l’on serve d’exemple aux adeptes des autres religions et nations.

Or, loin de servir d’exemple pour les autres nations, les musulmans sont critiqués en Occident pour leur injustice : « S’ils ne peuvent pas être justes envers leurs coreligionnaires, comment pourront-ils l’être envers les suivants des autres religions ? » se demande-t-on. C’est là un grand malheur : les musulmans eux-mêmes sont en train de ternir l’image de l’islam par leurs actions. Les dirigeants lèsent les droits des populations et ces dernières se sont soulevées contre l’État. Des villes toutes entières ont été la cible d’exactions et sont détruites. Des prétendus groupes islamiques sont en train de tuer d’autres musulmans. Ils viennent dans ces pays occidentaux pour commettre des atrocités. Pour se justifier, ils avancent que les Occidentaux sont en train de tuer des musulmans et qu’ils ont le droit d’user de la force. Or, des musulmans sont en train d’en tuer d’autres – avec l’aide des non-musulmans bien sûr.

Quelques jours auparavant, les groupes extrémistes qui mènent des attaques ici et là dans ces pays ont présenté un nouveau plan : « Nous allons nous en prendre à des enfants et les tuer devant leurs parents, car ces pays occidentaux sont en train de bombarder nos villes et tuer nos enfants. »

En réalité, ces bombardements ont lieu avec l’aval des dirigeants musulmans. Cette inimitié entre les peuples va s’accroître et en engendrer d’autres ; et cela ne s’arrêtera jamais. C’est pour cette raison qu’Allah affirme qu’il ne faut pas laisser l’inimitié d’un peuple vous pousser à être injustes. Il faudra, en toute situation, faire preuve d’équité. C’est en raison de ce manque de justice que ces exactions ont pris de l’ampleur. Les non-musulmans nous critiquent parce que les actions des musulmans sont contraires aux préceptes de l’islam. Les musulmans auraient dû servir d’exemples, présenter au monde les beaux enseignements de l’islam et prêcher son message. Or, ici nous voyons le contraire. On ne voit rien d’autre que des atrocités dans les pays musulmans.

En effet, c’est en présentant les beaux aspects des préceptes de l’islam que l’on pourra témoigner en faveur de l’islam ou en faveur d’Allah l’Exalté. Voyez cet enseignement sublime du Coran : l’hostilité d’un peuple ne doit pas vous contraindre à être injuste. Aucune autre Écriture religieuse ne présente pareil enseignement. Il n’y a aucune distinction dans l’application de la justice. Musulmans et non-musulmans sont tous les deux égaux quant il s’agit de faire preuve d'équité, voire il faut même être équitable envers ses ennemis et être très vigilant à cet égard. C’est là un bel enseignement, mais en dépit de son existence les actions des musulmans sont, quant à elles, en train de ternir l’islam dans le monde non-islamique. Des musulmans ordinaires, les oulémas et les dirigeants sont tous coupables de ces actions. Et leurs actions nous imposent la responsabilité de présenter au monde nos exemples et de lui faire comprendre que l’islam prône un tel degré de justice que l’on pourra établir la paix dans le monde par ce moyen.

Je vous proposerai à présent quelques exemples de la rigueur avec laquelle le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a conseillé certains de ses compagnons à ce sujet. Un jour, il avait envoyé quelques musulmans à La Mecque pour recueillir des renseignements. Les musulmans étaient en grand danger à l’époque et pouvaient être attaqués à n’importe quel moment. Ces compagnons, partis en mission, ont rencontré quelques ennemis dans l’enceinte sacrée de la Ka‘bah. Les musulmans se sont dit que ces témoins informeront les autres de leur présence et qu’ils seront tués, s’ils ne tuent pas en premiers ces mécréants. Les musulmans les ont donc attaqués et ont tué un ou deux des leurs.

Ces compagnons retournés à Médine, ont été poursuivis par quelqu’un de La Mecque qui a informé [le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.)] que ces musulmans avaient tués deux Mecquois dans l’enceinte sacrée. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) n’a pas répliqué qu’ils avaient commis tant d’exactions dans le passé et qu’ils ne devaient se plaindre de ce qui était survenu. Il a pris les mesures adéquates immédiatement en répondant qu’ils ont été en effet lésés et traités injustement. Il se peut que les mécréants ne se soient pas défendus parce qu’ils étaient dans l’enceinte de la Ka‘bah. En accord avec les traditions arabes, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a payé le prix du sang pour les deux tués et il a sévèrement réprimandé les compagnons qui étaient coupables.

Selon un autre récit, les compagnons auraient tué une femme, par mégarde, lors d’une bataille. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) fut très en colère contre ses compagnons quand il en eut connaissance. Jamais auparavant pareille colère n’avait empourpré son visage, disent les rapports. En dépit du fait que ce fût une erreur de la part des compagnons, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) en fut fort peiné, car la justice avait été bafouée.

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a aussi fait preuve d’une grande équité en jugeant un différend entre un juif et un musulman. Selon les récits, le musulman devait quatre dirhams à un juif et le délai du paiement avait expiré. Le juif s’en est allé se plaindre au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) que le musulman ne lui avait pas remboursé son dû. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a fait venir ce compagnon, nommé Abdullah, et l’a sommé de rembourser ce qu’il devait au juif. Abdullah a expliqué : « O Prophète d’Allah ! Je jure par Celui qui vous a envoyé, que je n’ai pas les moyens de rembourser cette dette ! Je sais que je lui dois de l’argent mais je n’en ai pas les moyens ! » Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a insisté, lui demandant de le rembourser.

Abdullah a offert la même réponse, ajoutant qu’il avait promis au juif de le rembourser lorsqu’il recevrait sa part des butins après la campagne à Khaibar. Or, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a insisté : « Rembourse-le ! » Or, lorsque le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) répétait une parole à trois reprises, celle-ci avait valeur de verdict final.

Abdullah portait un tissu en guise de pagne ainsi qu’un turban à la tête. Il est parti au marché, a enlevé son turban pour se couvrir et vendu son pagne pour quatre dirhams. C’est ainsi qu’il a remboursé sa dette. Ceci est la norme que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a établie : il n’a pas demandé au juif d’accorder à son débiteur un délai selon son souhait. Il a au contraire demandé à celui-ci de rembourser la dette immédiatement et c’est pour cette raison que l’autre a vendu son vêtement.

C’est là la norme de la justice que nous allons devoir respecter à tous les niveaux : ce faisant, nous serons parmi les véritables disciples du serviteur parfait du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et nous accomplirons ainsi le but de son avènement. Le Messie Promis (a.s.) a été suscité afin de faire connaître au monde les enseignements de l’islam et sa beauté, permettant ainsi au plus grand nombre de se réunir sous la bannière du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Nous accomplirons cette mission lorsque nous guiderons le monde sincèrement et quand, en toute sincérité, nous appliqueront les préceptes de nos enseignements.

Dans le verset de la sourate Al-A‘raf que j’ai cité, Allah enjoint le même conseil en ces termes : « Et parmi ceux que Nous avons créés, il y a un groupe qui guide les hommes par la vérité, et qui par là, exerce la justice. »

De tout temps, ce sont ceux qui ont recours à la vérité et la justice qui accordent la direction aux autres. Aujourd’hui, ceux qui auront du succès sont ceux qui guideront autrui avec la vérité et qui respecteront les exigences de la justice. Tant que l’on n’est pas soi-même guidé, comment pourra-t-on offrir la direction à autrui ? Si nous souhaitons respecter le serment d’allégeance prêté au Messie Promis (a.s.), compléter sa mission et transmettre comme il se doit le message de l’islam, nous allons devoir adopter toutes les vertus préconisées par l’islam, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et le Messie Promis (a.s.), suivant ces principes.

Si nos témoignages ne s’accordent pas à la vérité et la justice, si nos relations familiales et sociétales ne sont pas en consonance avec les injonctions du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), si nos cœurs ne sont pas vides de rancœur envers nos ennemis, en ce cas notre Tabligh ne réformera pas les autres. Les gens, constatant notre état et le degré de justice dont nous faisons preuve, nous diront : « Réformez-vous en premiers ! Établissez la justice dans votre société avant de nous faire la morale ! » Une grande responsabilité incombe donc à chaque ahmadi, et c’est celle d’ouvrir des chemins pour le Tabligh en faisant preuve d’exemplarité dans nos actes. Lorsque les gens verront nos actes, ils écouteront notre message, et apprendront également [bien des choses] au sujet de l’islam après avoir été impressionnés par nos actions ; ils seront amenés à connaître la beauté des enseignements de l’islam.

Qu’Allah fasse qu’en suivant Ses commandements nous puissions nous réformer, et que nous puissions être à la hauteur de la Bai’at du Messie Promis (as), et que nous puissions établir une exemplarité de réforme et de justice pour les autres.

Après la prière je vais diriger une prière funéraire en l’absence du corps du défunt ; il s’agit de Hassan Mohammad Khan Arif, le fils de Fazal Mohammad Khan Saheb Shimlavi. Hassan Mohammad Khan Arif était l’ex-Naib Wakil-ul-Tabshir de Rabwah et aussi l'éditeur du magazine Ahmadiyya Gazette du Canada.  Il est décédé le 3 novembre à l’âge de 97 ans. Inna lillahi wa inna ilaihi raji‘oun.

Par la grâce d’Allah, il faisait partie du système de Wassiyat (Testament). Hassan Mohammad Khan Arif Saheb est né le 26 janvier 1920 à Jalundhar ; son père Fazal Mohammad Khan Saheb a eu l’opportunité de faire la Bai’at en 1915 sur la main du deuxième Calife (ra). Le père de Hassan Mohammad Khan Saheb avait travaillé 35 ans en tant que fonctionnaire, et il prit sa retraite en tant que qu'adjoint du conseiller financier. Il avait un grand engouement pour le Tabligh : deux Anglais se sont convertis à l’islam par son intermédiaire, et de très nombreuses personnes ont accepté l’Ahmadiyya grâce à lui. Il avait fait une licence. Il avait rejoint la fonction publique auparavant. Suite à la demande du deuxième Calife (ra) il avait fait une licence, et par la suite un Master, en venant à Rabwah.

En 1943, quand le deuxième Calife (ra) s’était rendu à Delhi, Hassan Mohammad Khan Arif Saheb avait décidé de dédier sa vie : il était alors en train de servir dans un département du gouvernement indien. Lorsque Hassan Mohammad Khan Arif avait fait part de cela à son père, ce dernier s’en était grandement réjoui, et il lui avait dit : « Tu vas dédier ta vie ; ne pense pas que tu vas vivre une vie de confort. Si tu veux dédier ta vie comme il se le doit, sache alors que c’est une route pleine d’épines : tu n’auras pas une vie de prince, et tu devras vivre comme une personne simple. L’allocation  qui te sera accordée sera nettement inférieure à ce que tu gagnes actuellement, et tu devras vivre avec ces maigres moyens. »

Sur ce il avait répondu qu’il voulait quand même dédier sa vie, et, accompagné de son père, il s’était présenté au deuxième Calife (ra) qui lui avait alors demandé de compléter d’abord une licence avant de dédier sa vie. Il avait complété ainsi sa licence en 1945 ; il en avait ensuite informé le deuxième Calife (ra), qui lui avait alors demandé de se présenter sur-le-champ. Suite à cela, il avait démissionné du gouvernement et était venu servir au Centre. Il fut nommé Naib Wakil-ut-Tijarat. Ensuite après la partition de l’Inde, Hassan Mohammad Khan Arif Saheb avait demandé qu’il serve en tant que derviche à Qadian de façon permanente. Le deuxième Calife (ra) accepta cette demande ; mais après quelque temps il fut rappelé au Pakistan pour les besoins du Centre. Il avait servi en tant que Naib Wakil-ut-Tajarat, ensuite il avait été responsable du bureau de la Furqan Force. En 1951 il fut affecté au Wakal-ut-Tabshir.

Pendant les émeutes de 1953 au Pendjab, la police avait fait une perquisition dans le bureau du Tahrik-i-Jadid, et à cette occasion Hassan Mohammad Khan Arif Saheb avait également été arrêté car il recevait les compte-rendus des activités du monde entier et il écrivait des lettres tous les mois aux missionnaires. Après  l’instauration de la loi martiale, il fut libéré. Ainsi Allah l’Exalté lui avait également accordé la faveur d’être prisonnier dans Son chemin.

Il avait aussi servi en tant que responsable du comité pour les logements. Il avait servi ensuite de nouveau dans le bureau du Wakalat-ut-Tabshir en tant que l'adjoint du Wakil-ut-Tabshir. Il avait eu l’opportunité de servir à ce poste pendant 30 ans. Il servait également ponctuellement dans différents bureaux. Il avait servi en tant que Wakil-ud-Diwan et également en tant que Wakil-ul-Talim, et aussi en tant que Wakil-uz-Zira’at, Wakil-ul-Mal, et officier de l’Amanat.

Il avait pris sa retraite en 1981, et avait ensuite émigré au Canada. Il y servait en tant qu’éditeur de l’Ahmadiyya Gazette ; il a eu l’opportunité de servir en cette capacité pendant 26 ans. Il avait fait la Wassiyat depuis le début, son numéro est le 5745. C’était également un combattant du front en ce qui concerne le Tahrik-i-Jadid, il avait à ce moment-là le numéro 151.

En 1978, il écrivit un livre en ourdou intitulé « Le Saint Suaire de Turin ». Il avait initialement commencé à l’écrire en anglais, car il avait un très bon niveau, mais le troisième Calife (ra) lui demanda de l’écrire en ourdou, car ce serait ainsi le premier livre écrit en ourdou sur le Suaire de Jésus de Nazareth. Il a également écrit des livres pour les enfants qui comprennent entre autres : Les prophéties du Messie Promisas et Sayyidina Bilalra.

Il s’était marié en 1944 avec Syeda Akhtar Faizi Saheba, la fille de Fazlul Rahman Saheb. Il a eu de cette union 4 garçons et 2 filles, qui sont aux États-Unis et au Canada. Sa belle-fille, la femme de Fareed Ahmad Arif, écrit : « Il faisait régulièrement la prière de Tahajjud et il priait avec une vraie inquiétude et douleur. Il faisait preuve d’un grand amour et d’une grande obéissance envers l’institution du Califat. » Elle ajoute : « Après son décès nous avons appris qu’au Pakistan, il y avait de nombreuses veuves et orphelins qu’il aidait régulièrement. »

L’Amir du Canada écrit : « Il y a de nombreux Sikhs dans le quartier où il habite, et en raison de leur amitié avec lui, ils l’ont nommé président de l’Association culturelle de Sikhs. Ils avaient lourdement insisté dessus. 

Il ne pouvait pas conduire mais malgré cela il venait faire la prière du vendredi de Brampton. Il faisait des correspondances sur deux ou trois autobus pour y arriver. »

L’un des adjoints de l’Amir écrit : « Après être venu au Canada, il a rehaussé le niveau de l’Ahmadiyya Gazette. Il en était fier. Il avait une grande foi dans l’institution du Califat, et il avait un amour intense pour tous les Califes. »

Je le connais depuis mon enfance, mais après être élu Calife, j’ai vu un grand changement chez lui à mon égard et j’en ai été très surpris. Jadis, lorsqu’il n’y avait pas d’ordinateur, il écrivait la partie ourdoue de l’Ahmadiyya Gazette à la main, et il tapait à la machine la partie en anglais. Il faisait la traduction en anglais des sermons ; il la relisait sans cesse et tant qu’il n’en était pas pleinement satisfait, il ne la publiait pas dans la gazette. Il avait une mémoire vive ; il avait une profonde connaissance de l’histoire islamique. Il lisait constamment, que ce soit des livres ou des revues. Il prenait grand plaisir à lire son journal. Il racontait souvent des anecdotes des Compagnons ; cela consolidait la foi [d’autrui]. Une personne a écrit : « À mon époque, toutes les pages de l’Ahmadiyya Gazette étaient pleines d’anecdotes consolidant la foi provenant de l’ouvrage Mirqat-ul-Yaqin, du premier Calife (ra), publiées en ourdou et en anglais.

Qu’Allah fasse preuve de pardon et de grâce à l’égard du défunt, qu’Il élève son rang, et qu’Il permette aussi à ses enfants et à sa progéniture d’établir une relation solide avec l’institution du Califat et la Jama’at Ahmadiyya.


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