Sermon du vendredi 30 octobre 2020, prononcé par Sa Sainteté le Calife, Hadrat Mirza Masroor Ahmad, à la mosquée Moubarak, à Islamabad, Tilford au Royaume-Uni. Après le Tashahoud, le Ta'awudh et la Sourate Al-Fatiha, Sa Sainteté le Calife a déclaré :

J’évoquais Moua’dh Bin Jabal dans mon précédent sermon et je relaterai aujourd’hui [d’autres récits] à son sujet. Moua’dh Bin Jabal était très généreux et c’est pourquoi il était souvent endetté. Quand ses créanciers l’avaient harcelé, Mou’adh s’était caché chez lui pendant quelques jours. Ensuite, ils (les créanciers) se sont présentés au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), lui demandant d’enjoindre à Mou’adh de les rembourser. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a envoyé quelqu’un le chercher. Vu que ses dettes dépassaient [la valeur de] ses possessions, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a déclaré : « Allah accordera Sa miséricorde à celui qui effacera ses dettes. » Certains des créanciers l’ont fait, mais pas d’autres. Sur ce, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a partagé toutes les possessions de Mou’adh entre ces derniers. Mais cela n’avait pas suffi pour rembourser toutes les dettes. Chacun de ses créanciers avait reçu quelque chose mais a insisté pour recevoir le reste. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) leur a demandé de le laisser pour l’instant car il ne pourrait pas offrir davantage et de prendre ce qui était offert. Quand Mou’adh n’avait plus rien le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui a demandé de se rendre au Yémen en disant : « Très prochainement Allah comblera tes pertes et paiera des dettes. » L’Envoyé d’Allah lui avait aussi dit : « Ô Mou’adh ! Tu es très endetté. Accepte les cadeaux qu’on t’offre. Je t’en donne la permission. »

Il n’y a aucun mal à accepter les cadeaux. S’offrir les cadeaux d’ailleurs accroît l’amour. Mou’adh a été envoyé au Yémen en tant que représentant du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et celui-ci lui avait dit qu’il pouvait accepter des cadeaux en cette qualité et qu’il pouvait en dépenser sur sa personne. En général, ces cadeaux étaient offerts à la trésorerie pour le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Mou’adh relate que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) l’avait accompagné au moment de son départ lorsque celui-ci l’avait mandaté au Yémen. Mou’adh s’est assis sur sa monture et le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) marchait à côté. Quand l’Envoyé d’Allah avait complété ses propos, il a déclaré : « Ô Mou’adh ! Il est fort probable que tu ne me rencontres pas l’année prochaine. Il est fort possible que tu traverses devant ma mosquée et ma tombe ! » En entendant ces propos, et compte tenu de la séparation, Mou’adh s’est mis à pleurer. Ensuite, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) s’est tourné vers Médine et a déclaré : « Les Mouttaquis sont les plus proches de moi, quels qu’ils soient, et là où ils se trouvent. » Selon un autre récit le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait dit à Mou’adh à l’occasion : « Très prochainement tu seras en contact avec les Gens du Livre. Quand tu les rencontreras, invite-les à témoigner qu’il n’y a d’autre dieu qu’Allah et que Muhammad est Son prophète. S’ils acceptent cela, informe-les qu’Allah leur a rendu obligatoire cinq prières quotidiennes du matin jusqu’au soir. S’ils acceptent cela, informe-les qu’Allah leur enjoint l’aumône, qui sera prélevé des riches parmi eux pour être retournés aux pauvres des leurs. S’ils acceptent cela, eh bien attention que tu ne prélèves que leurs biens les plus onéreux : prends ceux de valeur moyenne. Et évites les lamentations de l’opprimé, car il n’existe aucun obstacle entre celles-ci et Allah. »

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a envoyé Mou’adh Bin Jabal comme Qadi au Yémen. Il a enseigné à ses habitants le Coran et la religion et il a jugé leurs différends. Les collecteurs du Yémen lui confiaient la Zakat qu’ils prélevaient. D’après un récit, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait confié cette tâche à ces cinq Compagnons : Khalid Bin Sa’id, Mouhajir Bin Oumayyah, Zayd Bin Labib, Mou’adh Bin Jabal et Abou Moussa Al-Ach’ari.

Mou’adh Bin Jabal relate : « Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) m’a recommandé ceci lorsqu’il m’a envoyé au Yémen : prélever un veau d’un an pour tous les trente têtes de bétail [que possède un individu] et un veau de deux ans pour tous les quarante têtes de bétail. » C’était là le taux de la Zakat à prélever.

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui a aussi enjoint de prélever un dinar ou le prix d’un Mouwafira, un tissu yéménite de chaque adulte. Mouwafira était le nom d’une tribu qui confectionnait ce tissu à qui on a donné le même nom. Ce récit est tiré de Mousnad Ahmad Bin Hanbal. ‘Allamah Ibn Ishaaq relate que Mou’adh boitait d’un pied. En dirigeant la Salat au Yémen, il avait étendu le pied souffrant à sa droite ou devant lui d’une manière ou d’une autre. Les fidèles derrière lui en ont fait de même. Lorsqu’il a complété la Salat, il a déclaré : « Vous avez bien fait de suivre chacun de mes mouvements. Mais à l’avenir ne répétez pas ce geste ! J’avais étendu mon pied parce que j’en souffre. » Il souhaitait leur dire qu’ils avaient fait preuve d’obéissance en suivant chacun de ses mouvements : ceci est louable et il faut suivre les moindres mouvements de l’Imam. Cependant il avait fait ce mouvement du pied car il en souffrait : cela ne faisait pas partie de la Sounnah. Celui qui ne souffre pas du pied doit accomplir la Salat correctement en accord à la pratique du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.).

Mou’adh avait fait du commerce en puisant dans les fonds du Bait al-Mal et il a payé ses dettes des profits qu’il avait faits. Il est le premier à avoir fait du commerce des deniers d’Allah. Ayant la permission du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), il acceptait aussi des cadeaux à titre personnel. Grâce à cela, il disposait bientôt de trente têtes de chèvres et de moutons. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui avait certainement donné cette permission afin qu’il puisse rembourser ses dettes. Des profits qu’il faisait de son commerce, il remboursait ses dettes. Il est aussi possible qu’il prélevait les profits comme salaire pour son travail, ses efforts et ses conseils. Suite à la permission du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), le fait qu’il prélevait ces sommes afin de pouvoir rembourser ses dettes est l’hypothèse la plus plausible : il retirait une partie des profits. Mais en tout cas, ses actions étaient en accord à la permission du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Après le décès de celui-ci, Mou’adh a rencontré ‘Oumar lors du pèlerinage. Le Calife Abou Bakr avait nommé ‘Oumar responsable du Hajj à l’époque. ‘Oumar et Mou’adh se sont rencontrés [plus précisément] le jour d’At-Tarwiyah. Ils se sont fait l’accolade et se sont présentés leurs condoléances suite au décès du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Ensuite ils se sont assis à même le sol pour parler. Selon Al-Isti’ab, un recueil d’histoire, Mou’adh était très généreux et s’est en raison de cette prodigalité qu’il avait utilisé tous ses biens pour payer ses dettes. Il a plaidé auprès du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) de demander à ses créanciers de lui pardonner ses dettes. J’en avais fait mention plus tôt. Ce récit s’inscrit dans un nouveau contexte. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) en a parlé à ses créanciers mais ces derniers ont refusé d’effacer ses dettes. Si untel pardonnait les dettes d’un autre il le faisait pour le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), en raison de son éminent statut. C’était pour sa cause qu’untel pouvait effacer les dettes [de son débiteur] ou consentir à des sacrifices. Nombre de créanciers de Mou’adh ne lui ont pas effacé ses dettes et ont dit au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) qu’ils reprendront leur dû. En tout cas, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a vendu tous les biens de Mou’adh afin de payer ses dettes. Il était resté les mains vides.

Ensuite, l’année de la conquête de La Mecque, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a nommé Mou’adh émir d’une partie du Yémen et l’y a envoyé. En cette capacité, les cadeaux qu’il recevrait partaient dans les caisses du Bait al-Mal. Il était le premier à utiliser les biens d’Allah pour faire du commerce. Il est resté au Yémen jusqu’au décès du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Il y était dans une meilleure situation financière. Au cours de cette période, le commerce lui a été profitable et il en a prélevé une partie. Quand il est retourné, ‘Oumar a dit au Calife Abou Bakr : « Faites venir Mou’adh et prenez tous les biens à sa disposition hormis ceux de première nécessité. » Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui avait permis de faire usage de l’argent de la trésorerie afin qu’il puisse payer ses dettes. Étant donné qu’il avait remboursé ses créanciers et qu’il pouvait subvenir à ses besoins de première nécessité, il devait remettre tout autre bien [excédentaire]. Selon ‘Oumar, Mou’adh ne devait pas vivre dans l’opulence. L’affaire était entre les mains du Calife Abou Bakr. Aimant le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), il ne voulait pas contrer un de ses souhaits. En tout cas, Abou Bakr a déclaré : « L’Envoyé d’Allah l’avait commissionné au Yémen et je ne lui réclamerai rien en retour. » C’est-à-dire que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui avait donné la permission de prélever une partie des biens et de faire du commerce. « À moins que Mou’adh me le retourne de son propre chef, a déclaré le Calife Abou Bakr. »

‘Oumar, qui était très à cheval sur les principes, en a parlé à Mou’adh. Ce dernier a déclaré : « Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) m’avait envoyé au Yémen afin que je puisse combler mes besoins. Je ne retournerai rien. » Les récits et sa biographie démontrent que ses jours d’opulence étaient de courte durée, car généralement il distribuait tous ses biens aux autres. D’autres récits mentionneront plus loin comment il distribuait ces biens. Quelque temps plus tard, Mou’adh s’est rendu chez ‘Oumar et lui a dit qu’il était d’accord avec lui et qu’il suivra ses consignes. « Car dans un rêve, a-t-il relaté, j’ai vu que je me noyais. Et vous (c’est-à-dire ‘Oumar) m’avez sauvé. » Par la suite, Mou’adh a tout relaté au Calife Abou Bakr. Il a fait le serment de ne rien cacher de ce qu’il avait prélevé [de la trésorerie]. Le Calife Abou Bakr de déclarer : « Je ne prendrai pas un sou de votre part. Vous m’avez informé des comptes mais je ne réclame rien. Je vous ai tout offert en cadeau. » ‘Oumar a dit : « Ceci est la meilleure solution. » Étant donné que le Calife offrait tout à Mou’adh de son propre chef, ‘Oumar a accepté sa décision en faisant montre d’une obéissance parfaite. Il n’avait aucun intérêt dans l’affaire : son unique souci était qu’après le décès du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), seul le Calife est à même de décider si Mou’adh est autorisé ou non à utiliser cette somme ou à en disposer. ‘Oumar insistait dans un premier temps que Mou’adh devait rembourser la somme ; mais lorsque Abou Bakr a pris la décision de ne rien réclamer et de l’offrir en guise de cadeau, ‘Oumar n’avait plus d’argument. Il a accepté que c’était là la meilleure décision et la meilleure solution à cette affaire.

Ici, l’on remarque qu’Allah n’avait pas attiré son attention à cet égard tant que Mou’adh n’avait pas comblé tous ses besoins. Après le décès du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), quand Mou’adh a pu subvenir à ses besoins, qu’il vivait dans l’aisance et qu’il avait pu rembourser toutes ses dettes, dans un rêve Allah a attiré son attention afin qu’il se contente de ses propres revenus : il ne pouvait plus accepter de cadeau en sa qualité d’émir et il ne pouvait dépenser [sur sa personne] en puisant dans les fonds de la trésorerie. D’ailleurs, il n’a pas vécu longtemps [au Yémen]. Tel était en bref les récits à ce propos.

Mou’adh relate que lorsque le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) l’a commissionné au Yémen, il lui a conseillé ceci : « Comment jugeras-tu quand une affaire te sera présentée ? » Il a répondu : « Je prendrai ma décision en me basant sur le Livre d’Allah. » Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui a demandé : « Si le Livre d’Allah ne contient aucun édit à ce propos ? » « En ce cas, je me baserai sur la Sounnah de Son Prophète », a répondu Mou’adh. « Et si la Sounnah est silencieuse à cet égard, que feras-tu en ce cas ? », lui a demandé le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). « Je me ferai une opinion grâce à l’effort de réflexion (Ijtihad) et je ne commettrai aucune négligence à cet égard. » En entendant cela le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a tapé Mou’adh sur la poitrine et a déclaré : « Toutes les louanges appartiennent à Allah qui a permis à l’émissaire de son Prophète d’énoncer des propos qui lui ont plu ! » Mou’adh relate que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui a conseillé ceci en l’envoyant au Yémen : « Evite une vie d’opulence et de luxe, car cela est contraire à la pratique d’un serviteur de Dieu. » L’on comprend grâce à cela que ces cadeaux et ces profits du commerce visaient à rembourser ses dettes et d’ailleurs le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) savait qu’il était généreux et qu’il dépenserait sur les pauvres. Mais il lui a dit : « Je te permets cela non pas pour que tu sombres dans l’opulence et le luxe, mais pour que tu puisses subvenir à tes besoins. »

Mou’adh relate : « Quand j’ai mis mon pied dans l’étrier pour me rendre au Yémen, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) m’a prodigué ce dernier conseil : « Sois bienveillant à l’égard des gens. »

Les musulmans d’aujourd’hui se comportent-ils ainsi aujourd’hui ? Ils sont en train de célébrer le Milad al-Nabi. Or, suivre la Sounnah du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et ses conseils sont la meilleure façon de célébrer sa naissance. Quand le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a commissionné Mou’adh comme gouverneur du Yémen, il a informé ses habitants à propos de son statut en ces termes : « Je vous envoie le meilleur des miens. » Ibn Abou Naji relate : « Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a commissionné Mou’adh comme gouverneur du Yémen et a dit à ses habitants : « Je vous envoie le plus érudit et le plus pieux de parmi les miens. » Le Mousnad Ahmad Bin Hanbal relate un hadith de Mou’adh dans lequel il affirme que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui a donné ces dix conseils : « N’associe personne à Dieu, même si l’on t’y contraint en menaçant de te tuer ou de te brûler vif. Deuxièmement ne désobéit pas à tes parents, même s’ils t’expulsent et te privent de tout bien. Troisièmement, n’abandonne jamais sciemment la prière obligatoire car celui qui agit de la sorte se prive de la responsabilité et de la protection de Dieu. [Quatrièmement] ne consomme pas d’alcool, car sa consommation est la racine de toute indécence. [Cinquièmement] évite le péché et la désobéissance, car la transgression attitre la colère de Dieu. [Sixièmement] ne prends pas la fuite par peur de l’ennemi, même si les autres sont tués autour de toi. [Septièmement] si une épidémie – à l’instar de celle de la peste – sévit là où tu résides, ne quitte pas cet endroit. » Si la peste ou toute autre épidémie se répand à grande échelle, il ne faut pas sortir de l’endroit affecté si l’on s’y trouve. Ensuite le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui a conseillé : « Dépense sur tes proches dans la mesure de tes moyens (et acquitte-toi de tes devoirs envers eux) et ne sois point négligent quant à leur éducation morale et spirituelle. » C’est-à-dire qu’il faut être strict si cela est nécessaire dans certains cas afin de leur fournir une bonne formation morale et spirituelle. « Il faudra aussi leur insuffler la crainte de Dieu, a conseillé le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). » C’étaient les dix conseils qu’il lui avait donnés.

Ibn ‘Oumar relate que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait dit à Mou’adh : « Ô Mou’adh ! Je te conseille ceci comme un frère qui t’aime : adoptes la Taqwa d’Allah, visite les malades, subvient aux besoins des veuves et des démunis, partage la compagnie des nécessiteux et des pauvres, juge entre toute équité entre les hommes, dis la vérité et ne laisse pas les blâmes d’un critiqueur entraver tes devoirs dans la voie d’Allah. Ce sont les conseils que je te donne. »

Une fois, le Calife ‘Oumar a dit à ses compagnons : « Faites un souhait. » L’un a dit : « Je souhaite que ma maison soit remplie d’or et que j’offre le tout dans la voie d’Allah en aumône ! » Un autre a dit : « Je souhaite que cette maison soit remplie de diamants et de bijoux et que je les offre dans la voie de Dieu en aumône ! » C’était là les grands désirs des compagnons. Le Calife ‘Oumar de répondre : « Faites d’autres souhaits ! » Ses compagnons lui ont dit : « Ô Emir des Croyants ! Nous ignorons quel autre vœu émettre. » Il dit : « Je souhaite que cette maison soit emplie de personnes comme Abou ‘Oubaydah Bin Al-Jarrah, de Mouadh Bin Jabal, de Salim Mawla Abi Houdhayfah et de Houdhayfah Bin Al-Yaman. » C’est un récit que j’avais cité la dernière fois. Je l’évoque de nouveau dans le cadre de la mention de Moua’dh Bin Jabal. Mou’adh est resté au Yémen du 9 au 11 de l’hégire, soit deux ans.

Une fois, ‘Oumar Bin al-Khattab a placé quatre cents dinars dans un sac et a dit à son domestique de le donner à Abou ‘Oubaydah Bin Al-Jarrah. J’avais mentionné ce récit évoquant ce denier précédemment mais il restait quelques explications à ce propos. C’est pour cette raison que je présente le récit dans son intégralité ici. Le Calife ‘Oumar a ajouté : « Passe quelques jours chez Abou ‘Oubaydah et regarde comment il gère cette somme. » L’esclave est parti chez Abou ‘Oubaydah et il lui a dit : « L’Emir des Croyants vous envoie cette somme et vous demande d’en faire usage pour vos besoins. » Abou ‘Oubaydah a répondu : « Qu’Allah lui accorde Sa miséricorde ! » Ensuite Abou Oubaydah a demandé à sa domestique d’envoyer sept dinars chez untel, cinq chez un autre ou untel, et ainsi de suite tant et si bien qu’il ne restait plus rien. Il a demandé à sa domestique d’envoyer ces sommes dans différentes maisons : il s’agirait certainement de familles modestes. Ensuite l’esclave du Calife ‘Oumar est retourné chez lui et il lui a relaté toute l’affaire. Le Calife ‘Oumar avait préparé la même somme dans un sac pour l’offrir à Mou’adh. Il a dit à son esclave : « Prends cette somme et confie-la à Mou’adh et passe quelque temps chez lui et regarde ce qu’il en fait. » L’esclave s’est rendu chez Mou’adh et lui a dit : « L’Emir des Croyants vous envoie cette somme et vous demande d’en faire usage pour vos besoins. » Mou’adh a déclaré : « Qu’Allah lui accorde Sa miséricorde ! » Ensuite il a appelé sa domestique et lui a dit : « Offre tant à telle famille et tant à telle autre. » Sur ce, la femme de Mou’adh est venue et a dit : « Par Dieu ! Nous sommes pauvres nous aussi ! Il n’y a rien chez nous. Gardez quelque somme pour la maison. » Grâce à cela l’on comprendra davantage la question des cadeaux et des profits [qu’il tirait des deniers de la trésorerie.] Sa femme a dit : « Nous ne possédons rien nous non plus. Nous sommes aussi pauvres. Offrez-nous quelque chose ! » Il ne restait que deux dinars dans le sac. Mou’adh les a envoyés à sa femme. L’esclave est retourné chez le Calife ‘Oumar et lui a raconté toute l’histoire. Le Calife a été très content et a déclaré : « Ils sont certainement tous deux frères. » C’est-à-dire Abou ‘Oubaydah et Mou’adh Bin Jabal. Ils dépensent de la même manière.

Shourayb Bin ‘Oubayd et Rachid Bin Sa’d relatent que lorsque ‘Oumar est arrivé à Sarkh, un village dans la vallée de Tabouk, on l’a informé qu’une peste terrible sévissait en Syrie. ‘Oumar a déclaré : « J’ai entendu qu’une épidémie virulente sévit ici. Si ma mort est proche et qu’Abou ‘Oubaydah Bin Al-Jarrah est vivant, je le nommerai Calife pour me succéder. Si Allah questionne mon choix, je répondrai : « J’ai entendu Ton Prophète annoncer : « Chaque Oummah (nation) dispose d’un Amîn [une personne digne de confiance]. Abou ‘Oubaydah Bin Al-Jarrah est l’Amîn de mon Oummah. »

C’est un récit que j’ai mentionné dans le passé. Les gens ont évoqué leur appréhension à cet égard et ont dit : « Que se passera-t-il avec les grands des Qouraychites, c’est-à-dire les Banou Fihr ? » Le Calife ‘Oumar a déclaré : « Si le moment de ma mort est proche et qu’Abou ‘Oubayda Bin Al-Jarrah est décédé, je nommerai Mou’adh Bin Jabal comme mon successeur. Si mon Seigneur me questionne à ce sujet je répondrai : « J’ai entendu Ton envoyé déclarer qu’il sera à la tête des Oulémas le Jour de la Résurrection. » C’est-à-dire qu’il sera doué d’une grande connaissance.

Lors de la bataille de Yarmouk, Abou ‘Oubaydah bin Al-Jarrah avait nommé Moua’dh Bin Jabal le commandant du flanc droit de l’armée. L’assaut des chrétiens était si virulent que l’aile droite de l’armée musulmane s’est séparée de la partie principale de l’armée et les soldats se sont dispersés. Quand Mou’adh l’a constaté, faisant montre de bravoure et de constance, il est descendu de son cheval et a déclaré : « Je vais me battre à pied. Si quelque brave est capable d’user de ce cheval, eh bien qu’il le fasse. » Le fils de Mou’adh était aussi présent sur le champ de bataille ; il a déclaré : « Je le ferai, car je peux très bien me battre à cheval. » Père et fils ont foncé sur les rangs des soldats ennemis et se sont battus avec bravoure, tant et si bien que les musulmans se sont regroupés. Leur crainte a disparu et ils ont offert la victoire à l’armée musulmane.

Abou Idriss al-Khawlani déclare : « Je suis entré dans la mosquée de Damas. J’y ai vu un jeune homme aux dents brillantes avec des gens réunis autour de Lui. Les gens se confiaient à lui quand ils avaient un différend quelconque et ils accordaient prééminence à son opinion. J’ai demandé à son propos et on m’a informé qu’il s’agit de Mou’adh Bin Jabal. Je me suis présenté le lendemain et j’ai constaté qu’il m’avait devancé dans la mosquée vers l’après-midi. Il était en train de prier. Je l’ai attendu et je me suis présenté à lui lorsqu’il avait terminé sa prière. Je l’ai salué et je lui ai dit : « Par Allah ! Je vous aime… »

« Tu jures par Allah… ? », m’a demandé Mou’adh. J’ai répondu : « Je jure par Allah que je vous aime… » Il m’a demandé de nouveau : « Jures-tu par le nom d’Allah ? » J’ai répondu : « Oui, je jure par Allah… » Ensuite il a attrapé un coin de mon manteau, m’a attiré vers lui et m’a dit : « Sois content car j’ai entendu le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) déclarer : « Allah le Très-Haut déclare que ceux qui s’aiment pour Sa cause, ceux qui s’asseyent ensemble pour Sa cause, ceux qui se rencontrent pour Sa cause et qui dépensent les uns sur les autres pour Sa cause, mériteront certainement Son amour. » C’est-à-dire que l’amour d’Allah leur revient de droit.

Selon un récit Moua’dh Bin Jabal avait deux épouses. Lorsque qu’il était chez l’une d’entre elle quand c’était son tour, il ne consommait même pas de l’eau chez l’autre. Ainsi il faisait montre d’un grand sens d’équité. Selon un autre récit, Moua’dh Bin Jabal lorsqu’il se rendait chez l’une quand c’était son tour, il n’accomplissait même pas les ablutions chez l’autre. Toutes deux sont mortes en Syrie en raison de l’épidémie. Toutes les deux ont été enterrées dans la même tombe. Avant d’y placer leurs dépouilles Moua’dh a tiré au sort qui sera ensevelie en premier. Tel était son sens de justice.

Moua’dh avait deux épouses, confirme un récit de la Siyar al-Sahabah. Toutes deux sont mortes de l’épidémie de peste nommée Ta’oun’Amwâs qui sévissait à l’époque. Un fils de Moua’dh se nommait ‘Abdour Rahman : il avait participé à la bataille de Yarmouk à ses côtés. Il est lui aussi décédé de cette épidémie Ta’oun ‘Amwâs. Quand Abou ‘Oubayda est tombé victime de cette épidémie, le Calife ‘Oumar a nommé Mou’adh gérant de la Syrie.

‘Amwâs est le nom d’un village situé à 9 kilomètres de la route menant de Ramla à Jérusalem, comme je l’avais évoqué auparavant. Mou’adh est décédé au cours de la même année des suites de cette épidémie. Kathir Bin Mourrah dit que durant sa maladie Mou’adh, lui a dit : « J’avais entendu une parole du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) que je ne vous avais pas relatée. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait déclaré : « Celui dont la dernière parole sera « La ilaha ill-Allah » ira au Paradis. » » Selon un autre récit, Mou’adh a dit : « Je ne vous avais pas relaté ce hadith de peur que vous n’y placiez toute votre confiance et que vous négligiez les autres actions. » Mou’adh Bin Jabal était malade de la peste lorsque l’épidémie s’est répandue en Syrie. Il s’était évanoui des suites de la maladie. Lorsqu’il revenait à lui il disait : « Ô Allah ! Fais que cette épidémie ait le dessus sur moi. Par ton honneur, Tu sais que je T’aime. » Ensuite il s’est évanoui et lorsqu’il a repris connaissance il a répété ces propos.

Quand le moment de sa mort s’est approché, il a demandé : « Est-ce le matin ? » On lui a dit qu’il ne faisait pas encore jour. Et quand on l’a informé qu’il faisait jour, Mou’adh a déclaré : « Je demande la protection d’Allah contre cette nuit dont le matin mène à l’enfer. Je souhaite la bienvenue à la mort. Je désire rencontrer mon Bien-aimé Qui vient à ma rencontre après longtemps. Ô Allah ! Tu sais que je Te crains. Mais aujourd’hui je suis plein d’espoir. Je n’aime pas ce monde [et ne souhaite pas] une longue vie me permettant de creuser des canaux et planter des arbres, mais une vie me permettant d’endurer la soif de la mi-journée et ses souffrances et de passer du temps avec ces érudits qui évoquent Ton nom. »

Selon un autre récit, lorsque l’heure du décès de Mou’adh s’est rapprochée, il a commencé à pleurer. On lui a demandé : « Pourquoi pleurez-vous ? Vous êtes le compagnon du Saint Prophète (s.a.w.). » Il a répondu : « Je ne pleure ni parce que je suis triste de mourir ni parce que je laisse ce monde derrière moi. Je pleure, car il y aura deux groupes, et je ne sais pas auquel j’appartiendrai. L’un destiné au Paradis et l’autre à l’Enfer. Je crains uniquement Allah, c’est pour cela que je pleure. »

Selon le recueil de Mousnad Ahmad bin Hanbal, Mou’adh a déclaré : « J’ai entendu le Saint Prophète (s.a.w.) dire : « Prochainement vous émigrerez en Syrie, et ce pays sera conquis par vous. Mais vous serez atteints d’une maladie à boutons et à pustules et personne ne pourra s’en prémunir. Allah vous fera tomber en martyrs par cette maladie et Il purifiera vos actes. »

Il a ajouté : « O Allah, si tu sais que Mou’adh bin Jabal a entendu ce récit par le Saint Prophète (s.a.w.), alors accorde-lui [la meilleure récompense] ainsi qu’aux membres de sa famille. » Ils ont été tous atteints par la peste et aucun d’entre eux n’a survécu.

Lorsqu’une pustule s’est développée sur son index, Mou’adh a dit : « Je n’échangerai pas (ce bouton) même contre un chameau roux et je m’en contenterai. » Selon la biographie de Tabari, une pustule s’est développée sur la paume de sa main : il la contemplait et il embrassait le dos de sa main en disant : « Je n’accepterai rien en ce monde en échange de cela. » Mou’adh bin Jabal est décédé en l’an 18 de l’Hégire. Les avis divergent au sujet de son âge : on rapporte qu’il est décédé à l’âge de trente-trois ans, trente-quatre ou trente-huit ans. Moua’dh a rapporté 157 récits dans les hadiths. Deux ont été rapportés par Mouslim et Boukhari.

Le prochain compagnon que j’évoquerai se nomme ‘Abdoullah bin ‘Amr. Il était originaire de la branche Banou Salamah de la tribu de Khazraj des Ansar. Son père se prénommait ‘Amr bin Haram et sa mère s’appelait Roubab bint Qaiys. ‘Abdoullah bin ‘Amr est né environ quarante ans avant l’Hégire. Il avait ainsi quarante ans lors de l’Hégire. ‘Abdoullah bin ‘Amr était le père du célèbre compagnon Jabir bin ‘Abdoullah. ‘Abdoullah bin ‘Amr était le beau-frère d’Amr bin Al-Jamouh. Il faisait partie de ceux qui avaient participé à la deuxième Bai’ah d’Aqabah et figurait parmi les douze chefs nommés par le Saint Prophète (s.a.w.). Il avait participé à la bataille de Badr, et il était tombé en martyr lors de la bataille d’Ouhoud. Selon certains, ‘Abdoullah bin ‘Amr était le premier à tomber en martyr dans le camp musulman lors de la bataille d’Ouhoud. Le récit de sa conversion est comme suit. Ka’b bin Malik a déclaré : « Nous avions promis de rencontrer le Saint Prophète (s.a.w.), le jour du milieu des trois derniers jours du Hajj qui s’étalent du 11 au 13 Dhou’l Hijjah, à ‘Aqabah, qui se situe entre La Mecque et Mina. (J’ai déjà relaté ce récit.) Lorsque nous avons complété notre Hajj et que la nuit de notre rencontre avec le Saint Prophète (s.a.w.) est arrivée, ‘Abdoullah bin ‘Amr nous accompagnait également : il était l’un de nos chefs et était très respectable. Nous l’avions pris avec nous. Nous avions caché notre affaire des mécréants de notre peuple. Nous lui avons dit : « O Abou Jabir ! Vous êtes l’un de nos dirigeants et respecté parmi les nôtres. (Son nom d’emprunt était en effet Abou Jabir.) Nous ne souhaitons pas que vous méritiez l’enfer. »

Nous l’avons ensuite invité à accepter l’islam et l’avons informé du plan de rencontre avec le Saint Prophète (s.a.w.) à ‘Aqabah. Il a accepté l’islam et a participé à l’allégeance d’Aqabah. Il a également été désigné comme l’un des chefs. Jabir bin ‘Abdillah (r.a.) ainsi que son père et ses deux oncles maternels faisaient partie de ceux qui avaient prêté allégeance à ‘Aqabah. Un narrateur nommé Ibn Ouyaynah relate que l’un d’eux [c.-à-d. les deux oncles] était Al-Bara’bin Al-Ma’rour (r.a.). J’ai raconté les détails sur la deuxième Bai’ah d’Aqabah en citant la Sirat Khatamun-Nabiyyin précédemment en référence à deux compagnons. Je mentionnerai quelques parties de cet incident tiré du même ouvrage et liées à ‘Abdoullah bin ‘Amr (r.a.).

Au cours du mois Dhou’l-Hijjah de l’an 13 de l’Hégire, à l’occasion du Hajj, des centaines de personnes des tribus d’Aus et de Khazraj sont venues à La Mecque. Parmi ces gens, se trouvaient soixante-dix qui étaient devenus musulmans ou étaient désireux de le devenir, et qui s’étaient rendus à La Mecque pour rencontrer le Saint Prophète. À cette occasion, puisqu’une réunion privée et collective était nécessaire, après les rites de Hajj, les dates du milieu du mois de Dhou’l-Hijjah ont été fixées à cet effet. Ce jour-là, vers le milieu de la nuit, tous ces gens devaient rencontrer le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) dans la même vallée que l’année précédente, afin qu’une réunion privée puisse se tenir dans la paix et l’attention complète. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) ordonna aux Ansar : « Ne venez pas en groupe, mais arrivez par paires dans la vallée à l’heure convenue. Ne réveillez pas les dormeurs et n’attendez pas les absents. » Ainsi, à la date fixée, dans la nuit, quand environ un tiers de la nuit s’était écoulé, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a quitté son domicile. Il était accompagné de son oncle ‘Abbas, qui était toujours un idolâtre mais qui aimait le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et était un chef de la dynastie des [Banou] Hâchim. Tous deux atteignirent cette vallée et les Ansar ne tardèrent pas à arriver par paires. Ils étaient soixante-dix des tribus d’Aus et de Khazraj. Au tout début, ‘Abbās a déclaré : « Ô Khazraj ! Muhammad [s.a.w.] est vénéré et aimé au sein de sa famille. À ce jour, elle a assuré sa protection et, en cas de danger, elle s’est toujours tenue à ses côtés. Mais maintenant, Mohammad a l’intention de quitter son pays et d’habiter chez vous. Ainsi, si vous souhaitez l’accueillir chez vous, vous devez le protéger et vous devrez faire face à tous ses ennemis. Si vous êtes prêts pour tout cela, tant mieux ; sinon, donnez une réponse franche, car la franchise est meilleure. » Al-Barā’bin Ma’rour, un homme âgé et influent des Ansar, a déclaré : «’Abbas, nous avons entendu ton discours, mais nous aimerions entendre le Saint Prophète de sa propre langue bénie, afin qu’il puisse exposer la responsabilité qu’il souhaite nous imposer. » Sur ce, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a récité quelques versets du Coran et a décrit les enseignements de l’islam dans un bref discours. Tout en faisant allusion aux droits d’Allah et aux droits de Ses serviteurs, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a déclaré : « Mon unique souhait est que vous me traitiez de la même manière que vous traitez et protégez vos proches. » Lorsque le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) eut achevé son discours, selon la coutume de l’Arabie, Al-Barā’bin Ma’rour prit la main du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) dans la sienne et dit : « Ô messager d’Allah ! Nous jurons par le Dieu Qui vous a envoyé avec vérité que nous vous protégerons de nos vies. » L’un d’entre eux a déclaré : « Nous avons peur que vous retourniez dans votre pays natal quand Allah vous accordera la victoire. » Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) se mit à rire et dit : « Non, non ! Cela n’arrivera pas. Car votre sang est le mien, vos amis sont les miens et vos ennemis seront les miens. » ‘Abbas bin ‘Oubadah al-Ansari a regardé ses compagnons et a déclaré : « Ô mon peuple ! Comprenez-vous le but de ce traité et de cette promesse ? Cela signifie que vous devez vous préparer à affronter tout le monde, peu importe qui, et être prêts à offrir n’importe quel sacrifice. » Les Médinois ont demandé : « Oui, nous comprenons ; mais, ô messager d’Allah ! Que recevrons-nous en échange ? » Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) répondit : « Vous recevrez le Paradis d’Allah, qui est la plus grande de toutes Ses récompenses. » Ils ont déclaré à l’unisson : « Nous sommes d’accord avec ce marché ! Ô Messager d’Allah, tendez votre main ! » Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a sorti sa main bénie, et ce groupe de soixante-dix dévots s’est vendu à lui dans un pacte de défense. Le nom de cette allégeance est « La seconde Bai’ah d’Aqabah ». Quand la Bai’ah eut eu lieu, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) déclara : « Moïse a nommé douze chefs de son peuple qui ont agi en tant que superviseurs et protecteurs. Je souhaite également en nommer douze parmi vous. Ils seront comme les disciples de Jésus pour moi, et ils seront responsables devant moi à l’égard du peuple. Proposez les noms des hommes dignes. » Douze hommes ont été proposés : ils ont été approuvés par le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) qui a nommé chacun d’entre eux comme superviseur d’une tribu en expliquant leurs devoirs. Pour certaines tribus, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a nommé deux chefs. ‘Abdoullah Bin ‘Amr faisait partie de ces douze chefs.

Selon un récit, lors de la bataille d’Ouhoud, quand ‘Abdoullah bin Oubayy bin Saloul – le chef des hypocrites de Médine – s’était rebellé, ‘Abdoullah bin ‘Amr (r.a.) a tenté de le conseiller et ceux qui étaient avec lui. Jabir bin ‘Abdillah (r.a.) raconte : « Mon père, ‘Abdoullah bin ‘Amr et mon oncle sont tombés en martyrs lors de la bataille d’Ouhoud. Ma mère (selon d’autres narrations c’était sa tante, qui était l’épouse d’Amr bin Al-Jamouh (r.a.)) ramenaient leurs dépouilles à Médine sur un chameau quand un messager du Saint Prophète (s.a.w.) a annoncé que les martyrs devraient être enterrés là où ils ont été tués. Par la suite, les deux ont été ramenés [vers Ouhoud] et enterrés là où ils se sont battus. Selon un autre récit, Anas bin Malik (r.a.) déclare que pendant la bataille d’Ouhoud, des rumeurs se répandaient parmi les habitants de Médine que le Saint Prophète (s.a.w.) a été tué. En entendant cette nouvelle, les gens étaient très anxieux et agités. Une femme des Ansar s’est dirigée vers Ouhoud et en chemin elle a vu les dépouilles de son père, fils, mari et frère. » Le narrateur ajoute : « J’ignore quel corps elle a vu en premier. En passant auprès de chacun d’eux elle a demandé : « Qui est-ce ? » On lui disait qu’il s’agissait de son père, son frère, son mari et son fils. Elle a demandé : « Comment se porte le Messager d’Allah (s.a.w.) ? » Les gens l’ont informée que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) se tenait devant elle. Elle s’est présentée à lui et s’est accrochée à son manteau, en disant : « Ô Messager d’Allah (s.a.w.) ! Que mes parents soient sacrifiés pour vous ! Étant donné que vous êtes vivant, je ne me soucie de la mort de personne d’autre. »

Deux ou trois ans avant son élection comme Calife, Hazrat Khalifatul Masih IV (rh) prononçait des discours lors de la Jalsa Salana sur le thème de la vie et du caractère de la Saint Prophète (s.a.w.) et aussi sur ses Ghazwat (batailles). Il a raconté un incident sur ‘Abdoullah bin ‘Amr (r.a.), que je cite ici. Il a déclaré que la sœur d’Abdoullah bin ‘Amr (r.a.) (c’est-à-dire l’épouse d’Amr bin Al-Jamouh), à l’instar de son frère, avait un amour immense pour le Saint Prophète (s.a.w.). Son mari est tombé en martyr lors de cette bataille, ainsi que son frère et son fils. Cependant, la joie d’apprendre que le Saint Prophète (s.a.w.) était sain et sauf a dissipé le chagrin de la mort de tous ses proches. ‘Aïcha al-Siddiqah (r.a.) raconte : « Je me rendais sur le champ de bataille pour me renseigner sur la situation. En cours de route, j’ai rencontré Hind, l’épouse d’Amr bin Al-Jamouh, tenant les rênes d’un chameau se dirigeant vers Médine. Je lui ai demandé à propos de la situation sur le champ de bataille. Elle a répondu : « Alhamdoulillah ! Tout va bien. Le Saint Prophète (s.a.w.) est bel et bien vivant ! » J’ai remarqué le chameau était chargé de quelque fardeau. J’ai demandé ce qu’il portait. Elle a répondu : « Ce sont les dépouilles de mon mari, ‘Amr bin Al-Jamouh, de mon frère ‘Abdoullah bin ‘Amr et de mon fils, Khallad. » En disant cela, elle a tenté de retourner vers Médine, cependant le chameau s’est assis et a refusé de bouger. Quand il s’est levé finalement, il a refusé de partir dans la direction de Médine. La femme a relâché ses rênes et l’a tourné dans la direction d’Ouhoud : le chameau a commencé à bouger sans aucune réticence. C’était là la condition de cette femme et son amour pour le Saint Prophète (s.a.w.). En même temps, le Saint Prophète (s.a.w.) a commandé aux compagnons de chercher les corps d’Amr bin Al-Jamouh (r.a.) et d’Abdoullah bin ‘Amr (r.a.) afin qu’ils soient enterrés dans la même tombe, étant donné qu’ils s’aimaient aussi dans ce monde. Le Saint Prophète (s.a.w.) tenait tous les deux en haute estime. Selon un récit quand ‘Abdoullah bin ‘Amr (r.a.) était sur le point de partir pour la bataille d’Ouhoud, il a appelé son fils Jabir (r.a.) et lui a dit : « Ô mon fils ! Je crois que je serai parmi les premiers martyrs. Par Allah ! À part le Messager d’Allah (s.a.w.), personne ne m’est plus cher à mes yeux parmi ceux que je laisse derrière moi. J’ai une dette : rembourse-la pour moi. Je te commande aussi de faire preuve de gentillesse et bienveillance envers tes sœurs. » Jabir (r.a.) raconte : « Le lendemain matin, mon père était le premier à tomber en martyr et l’ennemi lui a coupé le nez et les oreilles. »

Jabir Bin Abdillah (r.a.) raconte : « Quand le Saint Prophète (s.a.w.) est venu pour l’enterrement des martyrs d’Ouhoud, il a dit : « Enterrez-les dans l’état où ils sont avec leurs blessures. Je suis un témoin sur eux. Tout musulman blessé dans la voie d’Allah se présentera à Lui le Jour du Jugement avec du sang coulant de ses blessures. Le sang sera de couleur safran mais aura la senteur du musc. »

En d’autres termes, qu’ils seront parmi les élus d’Allah le Tout-Puissant. Il n’est pas nécessaire de laver leurs dépouilles et de les ensevelir dans un linceul [spécial]. Leurs vêtements leur serviront de linceul.

Jabir (r.a.) déclare : « Un simple drap a servi de linceul à mon père. [Avant d’enterrer les martyrs] le Saint Prophète (s.a.w.) demandait qui avait mémorisé une plus grande partie du Coran. Quand ils indiquaient quelqu’un, le Saint Prophète (s.a.w.) ordonnait de le placer dans la tombe avant ses compagnons. En d’autres termes, ceux qui avaient mémorisé une plus grande partie du Coran ont été enterrés en premier. Les gens disaient qu’Abdoullah bin ‘Amr (r.a.) était le premier à tomber en martyr le jour d’Ouhoud.

Soufyan bin ‘Abd Chams était celui qui l’avait tué. Le Saint Prophète (s.a.w.) avait dirigé les prières funéraires avant la deuxième attaque et a demandé qu’Abdoullah bin ‘Amr (r.a.) et ‘Amr bin Al-Jamouh (r.a.) soient enterrés dans la même tombe étant donné [comme mentionné précédemment] qu’ils s’appréciaient et se respectaient. Le Saint Prophète (s.a.w.) a ordonné que ceux qui avaient un lien étroit dans ce monde devaient être enterrés dans la même tombe.

On dit qu’Abdoullah bin ‘Amr (r.a.) était de teint rougeâtre et n’avait pas de cheveux vers l’avant [de sa tête]. Il n’était pas très grand, tandis qu’Amr bin Al-Jamouh (r.a.) était grand : c’est pour cette raison qu’ils étaient tous deux facilement reconnaissables et ont été enterrés dans la même tombe.

Incha Allah, je relaterai le reste des récits à son sujet dans un prochain sermon.


(Le site www.islam-ahmadiyya.org prend l’entière responsabilité de la publication du texte de ce sermon)