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 Sermon du vendredi 05 juin 2020, prononcé par Sa Sainteté le Calife, Hadrat Mirza Masroor Ahmad, à la mosquée Moubarak, à Islamabad, Tilford au Royaume-Uni. Après le Ta'awudh, le Tashahoud et la Sourate Al-Fatiha, Sa Sainteté le Calife a déclaré :

Aujourd’hui, j’évoquerai de nouveau des compagnons de Badr et en particulier Souhayb bin Sinan (ra). Le père de Souhayb se prénommait Sinan bin Malik, et sa mère Salama bin Qa’id. Souhayb était originaire de Mossoul. Le père ou l’oncle paternel de Souhayb officiait comme gouverneur de Chosroès à Al-Ouboullah, une ville située au bord du Tigre, rebaptisée Bassora plus tard. Les Byzantins avaient attaqué cette ville et avaient emprisonné Souhayb, alors qu’il était très jeune. Selon Abou Al-Qassim Al-Maghribi, Souhayb s’appelait ‘Oumayra : les Byzantins l’avaient ensuite nommé Souhayb. Il était d’un teint très rougeâtre. Il n’était ni très grand de taille ni très petit et avait une chevelure dense. Souhayb avait été élevé par les Byzantins et il bégayait.

Qalb l’avait acheté aux Byzantins et l’avait amené à La Mecque. Par la suite, ‘Abdoullah bin Joud’an l’a acheté et l’a libéré. Souhayb resta à La Mecque avec ce dernier jusqu’à son décès. C’est après cela que le Saint Prophète (s.a.w.) a été commissionné par Dieu.

Un enfant de Souhayb a rapporté que lorsque son père avait atteint l’âge de la raison et de la pleine conscience, il s’était enfui de Byzance pour se rendre à La Mecque, et était devenu l’allié d’Abdoullah bin Joud’an, demeurant avec lui jusqu’à son décès.

Hazrat Mouslih Maw’oud (ra) déclare à son sujet : « Souhayb était un esclave de Byzance. Il était un serf d’Abdoullah bin Joud’an, qui plus tard l’avait affranchi. Il avait accepté la véracité du Saint Prophète (s.a.w.) et avait enduré maintes tribulations pour lui. »

Hazrat Mouslih Maoud (ra) a mentionné l’allégation des mécréants rapportée dans le Saint Coran, notamment que le Saint Prophète (s.a.w.) avait fabriqué le Coran à l’aide d’étrangers et probablement des esclaves. L’une des réponses à cette objection est que ces esclaves ont traversé des épreuves et ont subi des persécutions parce qu’ils étaient devenus musulmans. Avaient-ils aidé le Saint Prophète (s.a.w.) afin de s’attirer toutes ces souffrances ? Avaient-ils préféré de l’aider ouvertement afin de traverser des épreuves et subir des persécutions tout en faisant preuve d’une grande fermeté ? » Le Mouslih Maw’oud a démontré ici qu’il s’agissait d’une accusation entièrement infondée. Il ajoute : « C’était la foi de ces croyants en la personne du Saint Prophète (s.a.w.) et en Dieu qui leur avait permis d’être fermes dans leur foi. Ils avaient appris l’islam par le Saint Prophète (s.a.w.) et ils ont cru en la révélation d’Allah le Très Haut. »

‘Ammar bin Yasir a déclaré : « J’ai rencontré Souhayb à la porte du Dar al-Arqam, tandis que le Saint Prophète (s.a.w.) se trouvait à l’intérieur. Je lui ai demandé : « Quelle est ton intention ? ». Il a répliqué : « Quelle est la tienne ? ». Je lui ai répondu : « Je souhaite rencontrer le Saint Prophète (s.a.w.) et écouter ses paroles. » Il m’a dit qu’il souhaitait la même chose. »

‘Ammar raconte qu’ils s’étaient tout deux rendus auprès du Saint Prophète (s.a.w.) qui leur avait présenté l’islam, suite à quoi ils sont devenus musulmans. Ils étaient restés toute la journée là-bas et la nuit tombée ils sont partis en se cachant. ‘Ammar et Souhayb avaient accepté l’islam après plus de trente personnes. Anas a rapporté : « Le Saint Prophète (s.a.w.) a déclaré : « Il existe quatre pionniers parmi les musulmans. Je suis le pionnier pour l’Arabie. Souhayb est le pionnier parmi les Romains, Salman est le pionnier pour la Perse et Bilal est le pionnier pour l’Abyssinie. »

‘Abdoullah bin Mas’oud a déclaré : « Les premiers à avoir annoncé qu’ils avaient accepté l’islam sont au nombre de sept. Le Saint Prophète (s.a.w.), à qui la Charia était révélée, Abou Bakr, ‘Ammar et sa mère Soumayya, Souhayb, Bilal et Miqdad. Allah le Très Haut avait protégé le Saint Prophète (s.a.w.) par l’intermédiaire de son oncle paternel Abou Talib, et Il avait protégé Abou Bakr par l’intermédiaire de son peuple. »

Dans un sermon précédent, j’avais expliqué qu’il s’agit de l’avis personnel du rapporteur, car le Saint Prophète (s.a.w.) et Abou Bakr (r.a.) ont été la cible de persécutions, bien qu’au début ils en aient été quelque peu protégés ; mais par la suite ils ont certes subi des persécutions. Le rapporteur a ajouté que les autres ont été capturés par les mécréants qui les ont enchaînés et exposés au soleil brûlant. Toutes ces personnes avaient fini par accepter les demandes des mécréants excepté Bilal qui n’accordait plus aucune valeur à sa personne par amour pour Allah ; et il n’avait aucune valeur aux yeux de son peuple. Il était saisi puis confié aux jeunes qui le traînaient de force dans les ravins de La Mecque ; Bilal, quant à lui, répétait constamment « Ahad ! Ahad ! (Dieu est Un ! Dieu est Un !) »

Comme je l’ai mentionné, ils avaient tous subi des persécutions, et ils s’étaient tous cramponnés fermement à leur foi. Bilal (ra) a été la cible d’âpres persécutions.

Souhayb faisait partie des croyants considérés faibles et qui étaient âprement persécutés à La Mecque dans la voie de Dieu. Selon un récit, ‘Ammar bin Yassir était si tourmenté qu’il ne se rendait plus compte de ses actions. C’était également le même cas pour Souhayb, Abou Fa’id, ‘Amir bin Fouhayra et d’autres compagnons. Le verset suivant a été révélé à leur propos :

ثُمَّ إِنَّ رَبَّكَ لِلَّذِينَ هَاجَرُوا مِنْ بَعْدِ مَا فُتِنُوا ثُمَّ جَاهَدُوا وَصَبَرُوا إِنَّ رَبَّكَ مِنْ بَعْدِهَا لَغَفُورٌ رَحِيمٌ

« Alors assurément, ton Seigneur – envers ceux qui ont émigré après avoir été persécutés, et ont ensuite lutté durement pour la cause d’Allāh, et sont restés constants – assurément, après cela ton Seigneur est Très-Pardonnant, Miséricordieux. » (16 : 110)

Selon un autre récit, ‘Ali et Souhayb bin Sinan étaient les derniers à émigrer à Médine. Cet événement a eu lieu au milieu du mois de Rabi’al-Awwal. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) résidait à Qouba et il ne s’était pas encore rendu à Médine.

Selon un récit, lorsque Souhayb a entrepris le voyage vers Médine, un groupe des mécréants l’a poursuivi. Il est descendu de sa monture et a sorti toutes ses flèches de son carquois et a annoncé : « O Qouraychites, vous n’ignorez pas que je suis un de vos meilleurs archers. Je jure au nom de Dieu que vous ne pourrez m’atteindre avant que toutes mes flèches ne vous atteignent ! Je vous combattrai ensuite avec mon épée, jusqu’à ce que je n’ai plus rien à la main. Faites ce que vous désirez ! Je suis prêt à vous informer où se trouvent mes biens si vous me laissez partir ! » Ses poursuivants ont accepté sa requête. Sur ce, Souhayb les a informés où se trouvaient ses biens. Lorsqu’il s’est présenté au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), celui-ci de déclarer : « Cette transaction a été avantageuse à Abou Yahya. Elle lui a été profitable. » Le rapporteur déclare que le verset suivant a été révélé par la suite :

وَمِنَ النَّاسِ مَنْ يَشْرِي نَفْسَهُ ابْتِغَاءَ مَرْضَاةِ اللَّهِ وَاللَّهُ رَءُوفٌ بِالْعِبَادِ

« Et parmi les hommes, il y a aussi celui qui vendrait son âme pour obtenir le plaisir d’Allah ; et Allah est Compatissant envers Ses serviteurs. »

Selon un autre récit, Souhayb a quitté La Mecque pour se rendre auprès du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), qui résidait à Qouba : Abou Bakr et ‘Oumar se trouvait en sa compagnie. On avait placé devant eux des dattes fraîches apportées par Koulthoum Bin Hidham. En cours de route les yeux de Souhayb ont été atteints de conjonctivite et il avait extrêmement faim. Il était fatigué en raison du voyage. Quand Souhayb s’est avancé pour prendre des dattes, ‘Oumar a dit : « O Envoyé d’Allah ! Veuillez regarder Souhayb ! Il est atteint de conjonctivite mais consomme des dattes. » Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a répondu en plaisantant : « Consommes-tu des dattes alors que tu as la conjonctivite (et les yeux enflés et larmoyants) ? » Souhayb a répondu : « Je mange à l’aide de cette partie de mes yeux qui est bien portante. » En entendant cela, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a souri.

Ensuite Souhayb a dit à Abou Bakr : « Vous aviez promis de me prendre avec vous lors de l’émigration, mais vous êtes parti sans moi. » Ensuite il a dit : « O Envoyé d’Allah ! Vous aviez promis de me prendre avec vous. Mais vous aussi vous êtes parti sans moi. Les Qouraychites m’ont attrapé et emprisonné. J’ai racheté ma vie et celle de mes proches au prix de mes biens. » L’Envoyé d’Allah (s.a.w.) a répondu : « Cette transaction a été avantageuse. » Sur ce Allah a révélé ce verset suivant :

وَمِنَ النَّاسِ مَنْ يَشْرِي نَفْسَهُ ابْتِغَاءَ مَرْضَاةِ اللَّهِ وَاللَّهُ رَءُوفٌ بِالْعِبَادِ

« Et parmi les hommes, il y a aussi celui qui vendrait son âme pour obtenir le plaisir d’Allah ; et Allah est Compatissant envers Ses serviteurs. »

Souhayb a relaté : « O Envoyé d’Allah ! J’avais pris un demi-kilo de farine comme provision. Je l’ai préparé à Abwa et me suis ensuite présenté à vous. » C’est-à-dire qu’il s’agissait de sa seule nourriture du voyage.

Hazrat Mouslih Maw’oud (r.a.) relate : « Souhayb (r.a) était un marchand prospère et considéré comme un notable de La Mecque. Or en dépit de sa richesse et de son affranchissement, les Qouraychites continuaient à le malmener jusqu’au point de le faire s’évanouir. Quand le Saint Prophète (s.a.w.) quitta La Mecque pour s’installer à Médine, Souhayb (r.a) voulut le suivre, mais les Mecquois l’en empêchèrent, lui disant qu’il ne pouvait faire sortir de La Mecque la fortune qu’il avait amassée dans cette ville. Souhayb (r.a) leur offrit d’abandonner tous ses biens et sa richesse s’ils le laissaient partir, ce qui fut accepté. Souhayb (r.a) arriva à Médine les mains vides, en ayant tout offert aux Mecquois, et alla voir le Saint Prophète (s.a.w.) qui, l’ayant entendu, le félicita par ces mots : « Tu as fait la meilleure transaction de ta vie».

C’est-à-dire dans le passé tes profits se comptaient en pièces sonnantes et trébuchantes : cette dernière transaction t’a offert la foi. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a établi un lien de fraternité entre Souhayb et Harith Bin Sima après l’émigration.

Souhayb avait participé aux batailles de Badr, d’Ouhoud, du fossé et en fait de toutes les autres batailles en compagnie du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.).

‘Âidh Bin ‘Amr relate que Salman, Souhayb et Bilal étaient assis avec d’autres quand Abou Soufyan Bin Harb est passé par là. Les gens ont dit : « Les épées d’Allah n’ont pas encore frappé les ennemis d’Allah ! » Abou Bakr a demandé : « Enoncez-vous pareils propos à l’égard du chef de La Mecque ? » Ayant eu vent de cette conversation, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a commenté : « O Abou Bakr ! Peut-être que tu les as froissés ! Si tu les as blessés, tu auras aussi froissé ton Seigneur le Très-Haut ! » Sur ce, Abou Bakr est retourné chez ces compagnons et il a déclaré : « Mes frères peut-être que vous êtes en colère contre moi ! » Ils ont répondu : « Non ! Abou Bakr ! Qu’Allah vous accorde son pardon ! »

Souhayb relate : « J’étais présent dans tout combat auquel avait participé le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). J’étais présent dans toutes les allégeances qu’il a acceptées. J’étais présent dans toute expédition qu’il avait envoyée. J’étais aussi présent dans toute bataille à laquelle il avait pris part. J’étais soit à sa droite, soit à sa gauche. Lorsque les gens ressentaient quelque danger en avant, j’étais devant. Lorsque les gens ressentaient quelque danger à l’arrière, j’étais derrière eux. Je n’ai jamais laissé le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) se placer entre moi et l’ennemi, et ce jusqu’à sa mort. »

Durant sa vieillesse, Souhayb réunissait les gens et leur contait avec grand plaisir ses faits d’armes. Il est à noter que Souhayb ne parlait pas l’arabe avec éloquence.

Le père de Zayd Bin Aslam relate : « J’ai accompagné [le Calife] ‘Oumar dans un verger de Souhayb situé à Aliya. Quand Souhayb a vu ‘Oumar il a déclaré : « Yannas ! Yannas ! » ‘Oumar croyant qu’il disait « An-Nas » (les gens), a demandé : « Pourquoi donc invite-t-il des gens ? » Le rapporteur lui a expliqué : « Il appelle en fait son esclave nommé Youhannas. » En raison de son défaut d’élocution il n’arrivait pas à prononcer son nom correctement.

‘Oumar a déclaré : « O Souhayb ! Je ne trouve en toi que trois défauts. Si tu ne les avait pas je n’aurai accordé supériorité à personne au-dessus de toi. Tu te dis d’origine arabe tandis que tu parles comme un étranger. Tu te donnes le nom d’Abou Yahya – le nom d’un prophète – et tu fais des dépenses inutiles. » Souhayb a répondu : « Pour ce qui est de mes « dépenses inutiles » sache que j’use de mon argent à bon escient. Pour ce qui de mon nom, c’est le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) en personne qui m’a nommé Abou Yahya et je n’abandonnerai certainement pas ce nom. Pour ce qui est de mon origine arabe, sache que les Byzantins m’avaient emprisonné alors que j’étais tout enfant et j’ai appris leur langue. J’appartiens à la tribu Namir Bin Qasid. »

Le [Calife] Oumar avait une grande affection pour Souhayb. Il nourrissait de grands sentiments à son égard. Lorsqu’Oumar a été blessé, il a choisi Souhayb pour diriger sa prière funéraire et diriger la prière en congrégation durant trois jours tant que les membres de la Choura n’élisent pas le [nouveau] Calife. Souhayb est décédé au cours du mois de Chawwal en l’an 38 de l’Hégire. Selon certains, il serait décédé en l’an 39 de l’Hégire. Il avait 73 ans lorsqu’il a rendu l’âme – ou 70 ans selon d’autres récits. Il a été enterré à Médine.

Sa’d Bin Ar-Rabi’est le prochain compagnon que j’évoquerai. Il appartenait à la famille Banou Harith de la tribu de Khazraj des Ansar. Son père se nommait Rabi’Bin ‘Amr et sa mère Huzaila Bint ‘Inaba. Sa’d avait deux épouses : l’une se nommait ‘Amra Bint Hizam et la deuxième Habibah Bint Zayd. Une des deux filles de Sa’d se nommait Oumm Sa’d, on dit qu’elle se nommait aussi Oumm Sa’id. Son nom d’origine était Jamilah. Sa’d Bin Ar-Rabi’savait lire et écrire à l’époque de l’ignorance quand très peu de personnes détenaient ce savoir. Sa’d était le Naqib (surveillant) de sa tribu, les Banou Harith. ‘Abdoullah Bin Rawaha était lui aussi le Naqib de la même tribu. Sa’d Bin Ar-Rabi’avait participé à la première et à la deuxième Bai’ah d’Aqabah. Après l’émigration à Médine, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a établi un lien de fraternité entre Sa’d et ‘Abdour Rahman Bin ‘Awf. Sa’d lui a dit : « Je suis le plus riche parmi les Ansar. Je vais t’offrir la moitié de mes biens. Je divorcerai d’une de mes femmes qui te plaira. Après sa période d’attente tu pourras te marier avec elle. »

‘Abdour Rahman a répondu : « Je n’ai pas besoin d’autant. Dis-moi tout simplement s’il y a un marché dans les environs. » Sa’d lui a indiqué celui des Qaynouqa’. ‘Abdour Rahman s’y est rendu tôt le matin et y a acheté du fromage et du beurre clarifié. Il s’y rendait tous les matins. Après quelque temps ‘Abdour Rahman s’est présenté au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) en portant des traces de safran, qui indiquait qu’il s’était marié. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) l’ignorait et lui a demandé s’il s’était marié. ‘Abdour Rahman a répondu à l’affirmative. L’Envoyé d’Allah lui a demandé : « Avec qui ? » Il a répondu : « Avec une femme des Ansar. » « Combien lui as-tu offert comme Mahr (dot) ? », a demandé le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Il a répondu : « Une pépite d’or. » Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui a demandé d’organiser sa Walima (repas de noces), même s’il ne devait offrir qu’une chèvre ou à la mesure de ses moyens.

Sa’d Bin Ar-Rabi’avait participé aux batailles de Badr et d’Ouhoud : il est tombé en martyr lors de cette dernière bataille. Le jour d’Ouhoud, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a demandé : « Qui m’informera du sort de Sa’d Bin Ar-Rabi’? » Quelqu’un a répondu qu’il le fera. Il est parti le trouver parmi les tués. Sa’d Bin Ar-Rabi’lui a demandé ce qu’il faisait. Il a répondu : « Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) m’a envoyé prendre de tes nouvelles. » Sa’d Bin Ar-Rabi’a répondu : « Présentez mes salutations au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et informe-le que j’ai reçu douze blessures par lance. Mon adversaire a reçu deux blessures. Dis à ma tribu qu’ils n’auront aucune excuse auprès de Dieu, si le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) est tué tandis qu’ils sont toujours vivants. »

On dit que c’était Oubayy Bin Ka’b qui s’était rendu auprès de Sa’d Bin Ar-Rabi’. Celui-ci a dit : « Dis à mon peuple que Sa’d Bin Ar-Rabi’leur demande de craindre Dieu. »

Selon un autre récit, il aurait dit : « Souvenez-vous de la promesse que vous avez faites au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) la nuit d’Aqabah. Par Allah, vous n’aurez aucune excuse aux yeux d’Allah si les mécréants atteignent le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et qu’un seul parmi vous est toujours vivant. »

Oubayy Bin Ka’b ajoute : « J’étais avec lui quand il a rendu l’âme. Son corps était couvert de blessures. Je suis parti voir le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et l’ai informé de la conversation, de son état et de son martyre. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a déclaré : « Qu’Allah aie pitié de lui ! Durant sa vie et après sa mort, il n’a souhaité que le bien pour Allah et Son Prophète. »

Sa’d Bin Ar-Rabi’et Kharija Bin Zayd ont été enterrés dans la même tombe.

Hazrat Sahibzada Mirza Bashir Ahmad évoque le martyre de Sa’d en ces termes : « Le Saint Prophète était également descendu sur le champ de bataille et on commençait à prendre soin des corps des martyrs. La scène qui s’offrait aux musulmans faisait couler des larmes de sang. »

C’est-à-dire après la bataille, alors qu’il était blessé, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) est venu sur le champ de bataille. On avait commencé à s’occuper des dépouilles des martyrs et à soigner les blessés. La terrible scène qui s’offrait aux musulmans était à faire couler des larmes de sang.

« Soixante-dix musulmans gisaient dans la poussière et le sang du champ de bataille et présentaient une scène horrible : leurs dépouilles avaient été mutilées suivant une tradition arabe barbare. »

Non seulement avaient-ils été tués, mais on les avait aussi mutilés. Les membres de leurs corps avaient été tranchés et on leur avait défiguré le visage.

« Parmi les victimes, six étaient des Mouhajirin et les autres étaient tous des Ansar. Vingt-trois Quraychites avaient été tués. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) s’approcha du corps de son oncle paternel et frère de lait, Hamzah bin ‘Abdil-Mouttalib : il fut abasourdi, car Hind, l’épouse infâme d’Abou Soufyan, avait atrocement mutilé son cadavre. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) se tut pendant un certain temps : le chagrin et la colère se lisaient sur son visage. Pendant un moment, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait même cru que ces bêtes sanguinaires de La Mecque ne se ressaisiraient pas tant qu’ils ne recevaient pas un avant-goût de leurs propres méfaits. Mais il abandonna cette idée et fit preuve de patience. En fait, après cela, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) interdit pour toujours en Islam la mutilation des corps ennemis en déclarant que l’ennemi pouvait commettre pareille barbarie, mais les musulmans s’en abstenir et suivre la voie de la vertu et de la bienveillance.

Safiyyah bint ‘Abdil-Muttalib, la tante paternelle du Saint Prophète, aimait beaucoup son frère Hamzah. En apprenant la nouvelle de la défaite des musulmans, elle est sortie de Médine. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a demandé à son fils Zubayr bin Al-‘Awwam de ne pas montrer à sa mère le corps de son oncle maternel. Comment l’amour d’une sœur pourrait-il endurer cela?

«Permettez-moi de voir le corps de Hamzah, a-t-elle insisté, je promets d’être patiente et de ne pas me lamenter. » Elle est partie ; et en voyant le corps de son frère, elle a prononcé : « C’est à Allah que nous appartenons et c’est à Lui que nous retournerons. »

Après cela, elle n’a pas dit un mot. Les Qouraychites avaient infligé le même traitement barbare aux dépouilles des autres compagnons. Le corps d’Abdoullah bin Jahch, le cousin paternel du Saint Prophète, avait également été horriblement défiguré. À mesure que le Saint Prophète se déplaçait d’un corps à l’autre, les signes de douleur et d’angoisse devenaient de plus en plus évidents sur son visage. C’est peut-être à cette occasion qu’il aurait dit : « Que quelqu’un parte se renseigner sur l’état de Sa’d bin Ar-Rabi’, chef des Ansar. Est-il vivant ou est-il tombé en martyr ? Durant la bataille, j’ai vu qu’il était dangereusement entouré par les lances ennemies. » Suite aux instructions du Saint Prophète, Oubayy bin Ka’b, un Compagnon des Ansar, a commencé à chercher Sa’d ici et là sur le champ de bataille, mais en vain. Enfin, il a crié à haute voix le nom de Sa’d, mais personne n’a répondu. Perdant espoir, il était sur le point de revenir quand il pensa prendre le nom du Saint Prophète afin d’avoir plus de succès. Ainsi il a crié : « Où se trouve Sa’d bin Ar-Rabi’? Le Messager d’Allah m’a envoyé le chercher ! » Cet appel a électrifié le corps à moitié mort de Sa’d, qui gisait sous d’autres dépouilles. Devenant soudain alerte, mais d’une voix très faible, il a répondu : « Qui est-ce ? Je suis là. » Oubayy bin Ka’b vit au loin, parmi un tas de cadavres, le corps de Sa’d, qui prenait ses derniers souffles. Il lui a dit : « Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) m’a envoyé prendre de tes nouvelles. » Sa’d a répondu : « Présente mes salutations de paix au Messager d’Allah et dis-lui : Qu’Allah vous accorde une plus grande récompense que celle conférée à tous les prophètes de Dieu suite aux sacrifices et à la sincérité de leurs disciples. Qu’Il vous accorde le délice de vos yeux. Transmettez également mes salutations de paix à mes frères musulmans et dis ceci à mon peuple : « Si le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) subit la moindre blessure tandis qu’un souffle de vie demeure en vous, vous n’aurez aucune excuse aux yeux de Dieu. »

Sa’d bin Ar-Rabi’a rendu l’âme en prononçant ces mots.

Hazrat Mouslih Maw’oud (r.a.) a évoqué cet incident en ces termes. « Après la bataille d’Ouhoud, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a demandé à Oubayy Bin Ka’b de s’enquérir de l’état des blessés. Oubayy est tombé sur Sa’d qui était grièvement blessé et qui prenait ses derniers souffles. Oubayy lui a demandé s’il avait un message à offrir à ses proches. Sa’d a répondu en souriant : « J’attendais qu’un musulman s’approchât afin que je pusse lui donner ce message. Place ta main dans la mienne et promets-moi que tu transmettras mon message. » Son message était : « Offre mes salutations à mes frères musulmans. Dis à mon peuple et à mes proches que le Prophète Muhammad (s.a.w.) est un dépôt sacré confié par Dieu. Nous n’avons cessé de protéger ce dépôt au prix de notre vie. Je quitte ce monde et je vous confie la protection de ce dépôt. Ne faiblissez point dans sa protection. »

Le Mouslih Maw’oud ajoute : « Quand on est sur le point de mourir on pense à un millier de choses. Comment va vivre ma femme ? Qui va s’occuper de mes enfants ? Mais l’unique message offert par ce compagnon était : « Je quitte ce monde protégeant le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Suivez la même voie. Notre plus grand devoir est de protéger le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). » Ces personnes possédaient une telle force dans leur foi qu’ils ont retourné le monde sens dessus dessous, et ils ont renversé les trônes de César et de Chosroès.

L’empereur byzantin s’étonnait des musulmans. Il a écrit à son général : « Si tu es incapable de vaincre ces Arabes, retourne chez toi et portes des bracelets comme des femmes ! Es-tu incapable d’arrêter des gens qui consomment des immondices ? » Le général a répondu : « Ce ne sont pas des êtres humains. Ils sont une calamité. Ils sautent sur nos épées et de nos lances. Tel est leur zèle. Comment pourront nous les vaincre ? »

Une fois Oumm Sa’d, la fille de Sa’d Bin Ar-Rabi’, s’est présentée à Abou Bakr qui a étalé pour elle son manteau. ‘Oumar est venu et a demandé qui c’était. Abou Bakr a répondu : « Il s’agit de la fille de celui qui était meilleur que toi et moi. » ‘Oumar a dit : « O Calife du Prophète ! Qui est-ce ? » « Il s’agit d’une personne décédée à l’époque du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et qui a mérité sa place au Paradis, tandis que nous sommes encore là ! » a répondu Abou Bakr.

Jabir Bin ‘Abdillah relate que la veuve de Sa’d Bin Ar-Rabi’s’est présentée au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avec ses deux filles et a dit : « O Envoyé d’Allah ! Voici les deux filles de Sa’d Bin Ar-Rabi’, qui est tombé en martyr à Ouhoud en se battant à vos côtés. Leur oncle a pris tout l’héritage de leur père. Il n’a rien laissé pour elles et elles ne peuvent pas se marier sans biens. » Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a répondu : « Allah rendra Son verdict à ce propos. » Sur ce, les versets sur l’héritage ont été révélés. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a fait venir l’oncle et il lui a dit : « Donne un tiers des biens de Sa’d à ses filles, un huitième à leur mère et tu pourras prendre le reste. »

Hazrat Mirza Bashir Ahmad Saheb explique ce sujet dans son ouvrage Sirat-Khatamun-Nabiyyine : « Sa’d était un homme riche et possédait un statut distinct au sein de sa tribu. Il n’avait pas de fils et avait laissé derrière lui deux filles et son épouse. Jusqu’à cette époque, aucune nouvelle injonction concernant la division de l’héritage n’avait été révélée au Saint Prophète. Ainsi l’héritage était divisé entre les compagnons selon l’ancienne coutume stipulant que si le défunt n’avait pas de progéniture mâle, ses parents paternels prendraient possession de tout l’héritage et la veuve et les filles demeuraient les mains vides. Suite au martyre de Sa’d bin Ar-Rabi’, son frère a pris possession de tout l’héritage et sa veuve et ses filles se sont retrouvées sans aucun soutien. Troublée par cette situation, la veuve de Sa’d s’est présentée au Saint Prophète avec ses deux filles, et a exprimé son chagrin et ses soucis. Ce récit douloureux a touché la nature pure du Saint Prophète, mais étant donné qu’aucune injonction divine n’avait été révélée à cet égard, il lui a dit : « Attends quelque temps et je rendrai un verdict en accord aux injonctions révélées par Dieu. » Ainsi, le Saint Prophète a supplié Dieu, et peu de temps après quelques versets concernant l’héritage lui ont été révélés et qui sont désormais dans la sourate An-Nisā’du Saint Coran.

Sur ce, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a appelé le frère de Sa’d et lui a ordonné d’offrir deux tiers de l’héritage aux filles du défunt, un huitième à sa belle-sœur et de garder le reste pour lui. Dès lors, de nouvelles lois sur le partage de l’héritage ont été instituées, selon lesquelles une femme a droit à un huitième de l’héritage de son mari s’il a des enfants et à un quatrième s’il n’a pas d’enfants ; et une fille a droit à une part équivalente à la moitié de son frère de l’héritage de son père, et si elle n’a pas de frère, les deux tiers ou la moitié (selon les circonstances) ; et une mère a droit à un sixième de l’héritage de son fils, s’il a des enfants, et à un troisième si son fils n’a pas d’enfants. De même, les parts des autres héritiers ont également été fixées et de cette manière le droit naturel d’une femme, qu’on avait usurpé, a été restitué. »

Hazrat Mirza Bashir Ahmad Saheb ajoute : « Il ne serait pas inutile de noter que la pleine protection des droits légitimes de la femme est une des grandes distinctions de l’enseignement du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.).

En vérité ni avant ni après le Saint Prophète, aucun individu dans l’histoire n’a protégé les droits des femmes comme lui. Qu’il s’agisse d’héritage, de mariage, de relations conjugales, de divorce, de droit à la propriété personnelle, de droit d’utiliser ses biens, de droits à l’éducation, de droits de garde et d’éducation des enfants, de droits de participer aux affaires nationales et intérieures, de droit sur la liberté individuelle ou des droits et obligations religieux : en somme dans tous les domaines religieux et mondains qui peuvent concerner la femme, le Saint Prophète a accepté tous ses droits légitimes et a proclamé que leur protection est un dépôt sacré et un devoir à assumer par sa communauté.

C’est pour cette raison même que les femmes d’Arabie considéraient l’avènement du Saint Prophète comme un message de salut. Je suis obligé de m’éloigner du sujet des droits de la femme, sinon, j’aurais expliqué que l’enseignement du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) en ce qui concerne les femmes est sur un piédestal élevé qu’aucune religion et aucune civilisation n’a pu atteindre. Très certainement, cette belle déclaration du Saint Prophète est basée sur une vérité profonde, à savoir : « Parmi les choses de ce monde, auxquels ma nature est encline sont les femmes et le parfum, mais le plaisir de mon œil est dans la Salat (c’est-à-dire l’adoration d’Allah). »

Le monde d’aujourd’hui parle des droits de la femme. En prenant quelques points superficiels, qui n’ont d’ailleurs aucun lien avec la liberté, on critique les injonctions de l’islam qui visent, quant à elles, à garantir l’honneur de la femme, la paix du foyer et l’éducation de la prochaine génération. La réalité est que ce sont les enseignements de l’islam qui ont garanti la liberté de la femme et ses droits.

Qu’Allah fasse que le monde puisse comprendre cette réalité et se prémunir de toute impureté et de tout trouble et que nos femmes puissent aussi comprendre cette réalité. Parfois elles suivent [aveuglément] cette liberté [offerte] par le monde. Qu’elles puissent comprendre que l’islam confère à la femme un statut qui n’est accordé par aucune religion ou aucun organisme ou mouvement prétendument éclairé défendant les droits de la femme.

Qu’Allah fasse que les hommes puissent respecter les droits des femmes en accord aux préceptes de l’islam, afin que [notre] société soit sereine.

Je voudrais brièvement évoquer la situation contemporaine et vous demander de prier qu’Allah débarrasse le monde de l’épidémie du Coronavirus et que l’humanité puisse comprendre que son salut et sa protection se trouvent dans l’adoration de Dieu et dans le respect des droits mutuels et dans la fin de troubles, en consentant à des sacrifices personnels. Qu’Allah fasse comprendre aux États qu’ils doivent être équitables dans la gestion de leurs affaires. Les États-Unis sont secoués par la frustration et les troubles : qu’Allah protège tous les ahmadis de leurs mauvaises conséquences ; et que la population puisse réclamer et recouvrer ses droits de manière légitime. Si les Afro-Américains saccagent leurs propres maisons ils seront les premiers perdants. De nombreux leaders Afro-Américains leur ont demandé de ne pas mettre à feu et de ne pas saccager leur maison. Ils doivent certes réclamer leurs droits mais de manière légitime ; et protester dans la mesure où l’État le permet. Mais il n’y aura aucun avantage à brûler ses biens : au contraire ils subiront des pertes. Ceux qui protestent doivent réfléchir en ce sens. Les autorités doivent comprendre, à la lumière de tous ces troubles, qu’on ne résout pas les problèmes en ayant recours à la force. Celle-ci n’est pas non plus la solution à tout problème. On gouverne en respectant les droits de tous les citoyens de manière équitable : c’est par ce moyen que l’on pourra garantir la paix et la stabilité. Il n’existe pas d’autres moyens. Le gouvernement peut être puissant : mais si la population est frustrée aucun gouvernement ne durera longtemps. En tout cas, qu’Allah mette fin à ces troubles dans le monde et que les États respectent les droits des populations et que ces dernières mettent de la pression sur les États en ayant recours à des moyens légitimes.

De même, l’État pakistanais doit cesser de persécuter les ahmadis, par peur de Mollahs. Il doit gouverner en toute justice et tirer leçon de son histoire. Aucun gouvernement du passé n’a duré en mettant de l’avant la question de l’Ahmadiyya et en persécutant les Ahmadis ; d’ailleurs aucun gouvernement futur ne durera en ayant recours à pareils moyens. Abandonnez l’idée que cette question favorisera le maintient au pouvoir pour une longue durée. Certes suite à ces persécutions, l’Ahmadiyya a progressé davantage dans le monde et progressera davantage à l’avenir Incha Allah. C’est là l’œuvre de Dieu et personne ne pourra l’arrêter.

En tout cas, nous prions qu’Allah mette fin à ces injustices et à ces troubles partout dans le monde et que l’humanité puisse tirer des leçons de cette pandémie qui sévit ces jours-ci et qu’elle puisse se réformer. Et que nous, les ahmadis, puissions respecter davantage nos devoirs envers le culte de Dieu et Ses créatures afin de pouvoir mériter davantage l’amour divin et témoigner de plus grands progrès.


(Le site www.islam-ahmadiyya.org prend l’entière responsabilité de la publication du texte de ce sermon)