Sermon du vendredi 27 décembre 2019, prononcé par Sa Sainteté le Calife, Hadrat Mirza Masroor Ahmad, à la mosquée Baitul-Futuh à Londres. Après le Ta'awudh, le Tashahoud et la Sourate Al-Fatiha, Sa Sainteté le Calife a déclaré :

Dans mon précédent sermon j’avais évoqué Sa’d Bin ‘Oubadah qui faisait partie des douze responsables nommés lors de la deuxième Bai’ah d’Aqabah. Dans l’ouvrage Sirat Khatam-an-Nabiyyin, Hazrat Mirza Bashir Ahmad écrit à son sujet : « Sa’d appartenait à la famille Banou Sa’adah de la tribu de Khazraj. Il était le chef de toute la tribu de Khazraj et il faisait partie des Ansar les plus distingués ayant accepté le Saint Prophète (s.a.w.), au point où, lors du décès du Saint Prophète (s.a.w.), certains Ansar avaient présenté son nom pour être nommé Calife. Il décéda à l’époque de ‘Oumar. »

Lorsque Sa’d Bin ‘Oubadah, Moundhir bin ‘Amr et Abou Dajana ont accepté l’islam, ils ont tous brisé les idoles de leur tribu, celle de Banou Sa’adah. Lors de l’émigration à Médine, lorsque le Saint Prophète (s.a.w.) passa devant les maisons des gens des Banou Sa’adah, Sa’d Bin ‘Oubadah, Moundhir bin ‘Amr et Abou Dajana dirent : « Ô Messager d’Allah ! Venez chez nous ! Nous sommes des gens respectables, riches, puissants et forts. » Sa’d Bin ‘Oubadah ajouta : « Ô Messager d’Allah, il n’y a aucun homme parmi ma tribu qui possède plus de palmeraies et de puits que moi, qui soit plus riche et plus puissant que moi ou dont la suite soit plus nombreuse que la mienne ! » Le Saint Prophète (s.a.w.) répondit : « Ô Abou Thabit ! N’obstrue pas le chemin de cette chamelle qui est sous le commandement de Dieu. Elle se déplacera à sa guise. »

Comme je l’ai mentionné, Sa’d Bin ‘Oubadah avait été nommé responsable de la tribu des Banou Sa’adah. Le Saint Prophète (s.a.w.) avait établi un lien de fraternité entre Sa’d et Toulayb bin ‘Oumayr qui avait quitté La Mecque pour émigrer à Médine. Selon Ibn Ishaq, le Saint Prophète (s.a.w.) avait établi un lien de fraternité entre Sa’d et Abou Dhar al-Ghafari. Mais certains sont d’avis contraire, à l’instar de Waqidi qui réfute ce point. Selon lui, le Saint Prophète (s.a.w.) avait établi les liens de fraternité entre les compagnons avant la bataille de Badr, et Abou Dhar al-Ghafari ne se trouvait pas à ce moment à Médine ; et de plus il n’avait pris part ni à la bataille de Badr ni à celle d’Ouhoud ni même à celle de Khandaq. Il s’était présenté auprès du Saint Prophète (s.a.w.) après ces batailles. Il s’agit là de son argument.

Dans aucune famille des tribus de Aws et de Khazraj il n’y avait quatre personnes successives qui fussent extrêmement généreuses, excepté dans le foyer de Doulaym ; [et après lui,] son fils, ‘Oubadah, son petit-fils, Sa’d, et son arrière-petit-fils, Qays. La générosité de Doulaym et de sa famille était très célèbre.

Depuis l’arrivée du Saint Prophète (s.a.w.) à Médine, Sa’d envoyait quotidiennement pour le Saint Prophète (s.a.w.) un grand bol de tharid [un plat] à base de viande et de miettes de pain cuits, ou du tharid à base de lait ou de tharid à base de vinaigre et d’olives ou encore un bol de graisse animale. Il envoyait le plus souvent un bol de viande. En plus du Saint Prophète (s.a.w.), les plats étaient également envoyés à ses épouses.

Des traditions rapportent que certains jours le Saint Prophète n’avait rien à manger. Il est possible donc que Sa’d envoyait les plats très souvent mais pas quotidiennement, ou qu’il n’en envoyait qu’au début. Il est également probable qu’en raison de sa grande générosité et de son souci des pauvres, le Saint Prophète (s.a.w.) distribuait ces plats parmi les plus démunis et parmi les visiteurs et que pour cette raison il ne lui restait plus rien.

Zayd bin Thabit relate : « Lorsque le Saint Prophète (s.a.w.) avait élu domicile chez Abou Ayyoub al-Ansari, il n’avait reçu aucune offrande. La première que je lui présentai était une assiette qui contenait du tharid de galettes de blé et de viande, ainsi que du lait. Je lui présentai cela, lui disant : « O Messager d’Allah (s.a.w.), ma mère vous a envoyé ce plat. » Le Saint Prophète (s.a.w.) répondit : « Qu’Allah bénisse ce plat. » Il appela ses compagnons et ils mangèrent ensemble. » Il ajoute : « J’étais juste arrivé jusqu’à la porte, lorsque je vis Sa’d Bin ‘Oubadah venir avec un grand plat que son esclave portait sur la tête. Je me tenais debout devant la porte d’Ayyoub ; je soulevai le tissu qui recouvrait le plat afin de voir ce que c’était et je vis qu’il s’agissait de tharid à base d’os ; l’esclave le présenta au Saint Prophète. » Zayd ajoute : « Nous habitions dans les maisons des gens des Banou Malik bin Najjar. Tous les soirs, à tour de rôle, trois ou quatre d’entre nous apportaient des plats au Saint Prophète (s.a.w.) qui logea pendant sept mois chez Abou Ayyoub al-Ansari. Au cours de cette période, Sa’d Bin ‘Oubadah et Asad bin Dararah apportait tous les jours un plat pour le Saint Prophète (s.a.w.), et ce sans interruption. »

Ainsi donc, nous avons ici plus d’information. Pendant sept mois, il recevait quotidiennement un plat ; par la suite il en recevait peut-être, mais probablement pas aussi régulièrement. » Il ajoute : « On a demandé à Oumm Ayyoub : « Le Saint Prophète (s.a.w.) a hébergé chez vous. Dites-nous quel était son plat préféré. » Elle répondit : « Il n’a jamais ordonné qu’on lui prépare un plat spécifique et je ne l’ai jamais vu critiquer un plat qu’on lui présentait. » Elle ajoute : « [Abou] Ayyoub me relata qu’un soir Sa’d Bin ‘Oubadah envoya un bol au Saint Prophète (s.a.w.) qui comportait du toufaychal, une sorte de soupe, qu’il avait bu à satiété tandis qu’il ne l’avait jamais fait auparavant. [Désormais,] nous préparions donc aussi ce plat pour le Saint Prophète (s.a.w.). »

Il ne demandait jamais qu’on lui cuisinât un plat spécifique, et il ne critiquait jamais la nourriture qu’on lui présentait. Mais lorsque cette soupe lui fut présentée il l’avait grandement appréciée, et l’avait bue en y prenant beaucoup de plaisir. Suite à cela, les compagnons avaient su que le Saint Prophète (s.a.w.) appréciait particulièrement ce plat, et dès lors ils en préparaient donc pour lui.

Zaid ajoute : « Nous préparions également pour lui du haris. » Il s’agit d’un plat célèbre qui est composé de viande et de blé qu’ils confectionnaient également car le Saint Prophète (s.a.w.) l’appréciait. Il ajoute : « Lors du dîner, cinq à seize personnes mangeaient avec le Saint Prophète (s.a.w.), le nombre dépendant de la quantité de nourriture disponible. »

Hazrat Mirza Bashir Ahmad a également écrit à propos du séjour du Saint Prophète (s.a.w.) chez Abou Ayyoub al-Ansari. Il écrit : « Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) logea pendant sept mois dans cette maison. Selon une tradition rapportée par Ibn Ishaq, il y résida jusqu’au mois de Safar de l’an 2 de l’Hégire. Le Saint Prophète (s.a.w.) y résida tant que la mosquée al-Nabawi et les maisons aux alentours n’eussent pas été construites. Abou Ayyoub lui présentait des plats, et mangeait ce qu’il en restait. En raison de son amour et de sa sincérité envers le Saint Prophète (s.a.w.), [Abou] Ayyoub plaçait ses doigts pour prendre la nourriture aux mêmes endroits où le Saint Prophète (s.a.w.) avait mangé. Les autres compagnons lui envoyaient également de la nourriture. Parmi ceux-ci, le nom le plus célèbre resté dans l’histoire est celui de Sa’d Bin ‘Oubadah, le chef de la tribu de Khazraj. »

Anas rapporte : « Sa’d Bin ‘Oubadah demanda au Saint Prophète (s.a.w.) : « O Messager d’Allah (s.a.w.), je vous invite à venir chez moi. » Le Saint Prophète (s.a.w.) se rendit donc avec lui dans sa demeure. Sa’d apporta des dattes et du sésame, et il apporta ensuite un bol de lait qu’il but. »

Qays bin Sa’d, qui est le fils de Sa’d Bin ‘Oubadah, déclare : « Le Saint Prophète (s.a.w.) nous rendit visite ; et lorsqu’il vint, il s’annonça en disant : « As-salamou ‘Alaykoum wa Rahmatoullah ! » Le Saint Prophète (s.a.w.) envoya la salutation de paix sur les membres du foyer, et mon père Sa’d répondit tout doucement à sa salutation. Je demandai à mon père : « N’allez-vous donc pas inviter le Saint Prophète (s.a.w.) à entrer ? » Sa’d répondit à son fils : « Laisse le Saint Prophète (s.a.w.) nous envoyer encore plus de salutations. » Le Saint Prophète (s.a.w.) repartit après avoir envoyé ses salutations. »

Le Saint Prophète (s.a.w.) avait envoyé des salutations, et Sa’d y avait répondu mais d’une voix très basse afin que le Saint Prophète (s.a.w.) saluât de nouveau et qu’il y eût encore plus de salutations pour son foyer.

Qays ajoute : « Le Saint Prophète (s.a.w.) rebroussa chemin après avoir envoyé ses salutations, mais Sa’d le poursuivit et lui dit : « O Messager d’Allah (s.a.w.) ! En fait, j’avais bien entendu vos salutations ! Or, je vous répondais à voix basse afin que vous nous en envoyiez encore plus ! » Le Saint Prophète (s.a.w.) revint donc avec Sa’d. »

Sa’d proposa au Saint Prophète (s.a.w.) de prendre un bain. Il le fit. Ensuite, Sa’d lui offrit ensuite une couverture jaune teinte avec du safran ou du Warss, qui est une plante jaune qui pousse au Yémen. Le Saint Prophète (s.a.w.) s’en couvrit, joignit ses mains et pria : « Ô Allah, répand Tes salutations et Ta grâce sur les enfants de Sa’d Bin ‘Oubadah! »

Anas rapporte cette tradition comme suit. « Une fois, le Saint Prophète (s.a.w.) se rendit chez Sa’d Bin ‘Oubadah et souhaita entrer chez lui, disant : « As-salamou ‘Alaykoum. » Sa’d répondit d’une voix basse : « Wa ‘Alaykoumous-salamou wa Rahmatoullah ! » mais le Saint Prophète (s.a.w.) n’entendit pas sa réponse, au point où il dut réitérer deux fois sa salutation. À chaque fois, Sa’d répondit d’une voix si basse que le Saint Prophète (s.a.w.) ne put entendre sa réponse. Il rebroussa donc chemin ; Sa’d le poursuivit et lui dit : « Ô Envoyé d’Allah que mes parents soient sacrifiés pour vous ! J’ai entendu chacune de vos salutations et j’y ai répondu, mais vous ne m’avez pas entendu. Je souhaitais profiter davantage de vos prières en faveur de la paix et de vos bénédictions ! » Ensuite, il a emmené le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) chez lui et lui a présenté des abricots. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) en a consommé et a déclaré : « Que les gens pieux ne cessent de consommer ta nourriture ! Que les anges prient en ta faveur ! Et que les jeûneurs viennent rompre leur jeûne chez toi ! »

C’est ainsi qu’il a prié pour eux.

‘Allama Ibn Sirin relate que durant la soirée on venait prendre un ou deux membres des As-hab as-Souffah pour leur offrir un repas. Sa’d Bin ‘Oubadah, quant à lui, invitait quatre-vingts As-hab as-Souffah. Selon d’autres récits certains jours les As-hab as-Souffah n’avaient rien à manger. En tout cas, en général les compagnons s’occupaient de ces pauvres qui étaient toujours au seuil du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) ; et d’entre tous, c’était Sa’d Bin ‘Oubadah qui était le plus bienveillant envers eux.

Un an après s’être établi à Médine, au cours du mois de Safar, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) se rendit à Abwa, située à 23 miles (37 km) de Jouhfa sur la route menant de Médine à La Mecque où se trouvait notamment la tombe de sa mère, Aminah. Il portait un drapeau blanc et il avait laissé Sa’d Bin ‘Oubadah comme son suppléant ou Emir à Médine. La Ghazwa d’Abwa est aussi connue comme la Ghazwa de Waddân. Hazrat Mirza Bashir Ahmad Saheb en fait mention dans son ouvrage Sirat Khataman-Nabiyyin : « À certains moments, le Saint Prophète sortait avec ses Compagnons et en d’autres occasions, il envoyait une expédition sous la direction d’un Compagnon. Les historiens ont donné des noms distincts à ces deux types de campagnes. Une campagne à laquelle le Saint Prophète avait personnellement participé est appelée Ghazwa par les historiens. Une campagne à laquelle il n’avait pas pris part personnellement est appelée Sariya ou Ba’th. Une Ghazwa ou une Sariya n’était pas forcément une expédition menée dans le but de combattre [l’ennemi] mais concerne tous ces voyages menés en temps de guerre. Chaque voyage auquel le Saint Prophète a personnellement participé, en état de guerre, est connu sous le nom de Ghazwa, même s’il n’était pas spécifiquement dans le but de combattre. De même, chaque voyage entrepris par une compagnie conformément au commandement du Saint Prophète est connu sous le nom de Sariya ou Ba’th selon la terminologie des historiens, même si son objectif n’était pas le combat. Cependant, par ignorance, certaines personnes considèrent toute Ghazwa ou Sariya comme une expédition menée pour le combat : or cette interprétation est incorrecte.

La permission divine pour livrer le combat par l’épée a été accordée pendant le mois de Ṣafar, au cours de la deuxième année de la migration. Une action immédiate était nécessaire pour protéger les musulmans des intentions sanguinaires et des stratagèmes menaçants des Qouraych. Dès lors, le Saint Prophète est parti de Médine avec une compagnie des Mouhājirīn en prenant le nom d’Allah. Avant le départ, le Saint Prophète a nommé Sa’d bin ‘Oubādah, chef des Khazraj, Emir de Médine en son absence, et s’est dirigé vers le sud-ouest de Médine sur la route de La Mecque jusqu’à ce qu’il atteigne enfin Waddan. Les habitants de la tribu des Banou Damrah résidaient là. Cette tribu était une branche des Banou Kinana et ses membres étaient les cousins paternels des Qouraych. En arrivant ici, le Saint Prophète a engagé des discussions avec le chef des Banou Damrah et a conclu un traité d’un commun accord. Les conditions de ce traité étaient que les Banou Damrah entretiendraient des relations amicales avec les musulmans et n’aideraient pas les ennemis contre les musulmans. De plus, lorsque le Saint Prophète les appellerait pour soutenir les musulmans, ils viendraient immédiatement. Pour sa part, le Saint Prophète a promis que les musulmans entretiendraient des relations amicales avec les Banou Damrah et les aideraient en cas de nécessité. Ce traité a été formellement rédigé et signé par les deux parties. Le Saint Prophète est rentré après une absence de quinze jours. La Ghazwa de Waddan est aussi connue comme la Ghazwa d’Abwâ. En effet, le village d’Abwā est proche de Waddān et la noble mère du Saint Prophète y avait rendu l’âme. Les historiens écrivent qu’en signant ce pacte avec les Banou Damrah, le Saint Prophète avait en tête les Qouraych. En effet, cette campagne du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) était pour répliquer aux stratagèmes menaçants des Qouraych. Son objectif était d’amoindrir l’influence négative et menaçante des caravanes des Qouraych contre les musulmans parmi les tribus d’Arabie, car cela avait rendu les musulmans extrêmement vulnérables durant ces jours. »

Il existe deux opinions concernant la participation de Sa’d Bin ‘Oubadah à la bataille de Badr. Selon Waqidi, Madayini et Ibn Qalbi, il aurait participé à la bataille de Badr. Mais Ibn Ishaq, Ibn ‘Ouqbah et Ibn Sa’d ne sont pas du même avis. La Tabaqat al-Koubra présente une explication à ce sujet à la lumière d’un récit. Il est dit que Sa’d Bin ‘Oubadah n’avait pas participé à la bataille de Badr. Il s’y était préparé et se rendait même chez les Ansar pour les inciter à y participer. Mais avant le départ il fut mordu par un chien et ceci l’empêcha de partir pour la bataille. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait déclaré : « Sa’d n’a pas participé à la bataille mais il souhaitait le faire. » Et le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui a offert sa part du butin de guerre.

Sa’d Bin ‘Oubadah avait participé dans les batailles d’Ouhoud et du fossé et dans les autres campagnes menées par le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Selon Al-Moustadrak, le drapeau des Ansar était entre les mains de Sa’d Bin ‘Oubadah le jour de la bataille de Badr.

Avant de partir pour la bataille Sa’d Bin ‘Oubadah a offert une épée nommée Adab au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) que celui avait utilisée lors du combat. Sa’d Bin ‘Oubadah lui avait aussi offert un âne. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait sept cottes de maille dont une se nommait Dhat al-Foudhoul en raison de sa longueur. C’était Sa’d Bin ‘Oubadah qui l’avait envoyée au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lorsqu’il était sorti pour la bataille de Badr. Cette cotte de maille était en fer et [plus tard,] le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) l’avait placée en gage auprès d’Abou Chiham le Juif, pour trente Sa’d’orge. Il s’agissait d’un emprunt négocié pour un an.

Ibn ‘Abbas relate que le drapeau du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) était avec ‘Ali et celui des Ansar entre les mains de Sa’d Bin ‘Oubadah. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) se plaçait sous le drapeau des Ansar lorsque le combat était à cheval. Les assauts des ennemis étaient plus féroces contre les Ansar car le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) se trouvait parmi eux.

Ousama Bin Zayd relatait que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) voyageait à dos d’âne : sous la selle de l’animal se trouvait un tapis de la région de Fadaq. Il avait placé derrière lui Ousama Bin Zayd et il partait visiter Sa’d bin ‘Oubadah, de la tribu des Banou Harith bin Khazraj, qui était malade. Cet incident eut lieu avant la bataille de Badr.

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) croisa en cours de route un groupe où se trouvait aussi ‘Abdoullah Bin Oubayy qui n’était pas encore musulman à l’époque. Il s’était comporté avec insolence envers le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). En effet, lorsque la monture traversa tout près de l’assistance, elle souleva de la poussière ; ‘Abdoullah Bin Oubayy se couvrit le nez avec son manteau et dit : « N’envoie pas sur nous de la poussière ! » Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui transmit ses salutations, s’arrêta, descendit de sa monture, l’invita vers la voie d’Allah et lui récita le Coran. ‘Abdoullah Bin Oubayy s’adressa au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) en ces termes : « N’y a-t-il pas de meilleures paroles que celles-là ? Même si tes propos sont vrais ne viens pas nous tourmenter ici. Retourne chez toi et raconte cela à celui qui viendra t’y voir ! » ‘Abdoullah Bin Rawaha, présent sur les lieux, déclara : « O Envoyé d’Allah ! Venez dans nos assemblées. Nous apprécions vos paroles. »

Sur ce, les musulmans, les polythéistes et les juifs ont commencé à se disputer entre eux. Ils étaient sur le point d’en venir aux mains quand le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) les a calmés et les a ramenés à la raison. Ils se sont apaisés et le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) est reparti sur sa monture vers Sa’d Bin ‘Oubadah et lui a dit : « Ô Sa’d ! Tu n’as pas entendu ce qu’Abou Houbab m’a dit aujourd’hui ! » Il parlait en fait d’Abdoullah Bin Oubayy. Ensuite, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui a relaté tout l’incident et ses propos.

Sa’d Bin ‘Oubadah de répondre : « Ô Envoyé d’Allah ! Pardonnez-lui ! Je jure par Celui qui vous a envoyé avec le Livre : Allah a fait venir la vérité ici par votre entremise. Les gens de Médine avaient décidé d’élire ‘Abdoullah Bin Oubayy chef de la ville. Étant donné qu’Allah a souhaité autrement en raison de la vérité qu’Il vous a conférée, ‘Abdoullah brûle de jalousie. C’est pour cette raison qu’il a prononcé ces paroles à votre encontre. »

En entendant ces paroles, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) l’a pardonné. Conformément aux commandements d’Allah, l’Envoyé d’Allah et ses compagnons pardonnaient les polythéistes et les gens du Livre, et ils faisaient montre de patience face à leurs outrages.

En effet Allah le Très-Haut a révélé :

لَتُبْلَوُنَّ فِي أَمْوَالِكُمْ وَأَنْفُسِكُمْ وَلَتَسْمَعُنَّ مِنَ الَّذِينَ أُوتُوا الْكِتَابَ مِنْ قَبْلِكُمْ وَمِنَ الَّذِينَ أَشْرَكُوا أَذًى كَثِيرًا وَإِنْ تَصْبِرُوا وَتَتَّقُوا فَإِنَّ ذَلِكَ مِنْ عَزْمِ الْأُمُورِ

« Vous serez sûrement éprouvés dans vos biens et dans vos personnes, et vous entendrez sûrement beaucoup de choses blessantes de la bouche de ceux à qui le Livre a été transmis avant vous, et des associateurs. Mais si vous êtes endurants et agissez avec droiture, cela relève d’une forte volonté. » (3 : 187)

Allah a aussi déclaré :

وَدَّ كَثِيرٌ مِنْ أَهْلِ الْكِتَابِ لَوْ يَرُدُّونَكُمْ مِنْ بَعْدِ إِيمَانِكُمْ كُفَّارًا حَسَدًا مِنْ عِنْدِ أَنْفُسِهِمْ مِنْ بَعْدِ مَا تَبَيَّنَ لَهُمُ الْحَقُّ فَاعْفُوا وَاصْفَحُوا حَتَّى يَأْتِيَ اللَّهُ بِأَمْرِهِ إِنَّ اللَّهَ عَلَى كُلِّ شَيْءٍ قَدِيرٌ

« Un grand nombre de Gens du Livre aimeraient par pure jalousie vous ramener à l’incroyance, après que vous ayez cru, une fois que la vérité leur soit devenue manifeste. Pardonnez-leur et laissez passer, en attendant qu’Allah envoie Son jugement. Assurément, Allah a le pouvoir de faire tout ce qu’Il veut. » (2 : 110)

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) préférait le pardon, conformément aux commandements divins. En fin de compte, quand Allah lui en a donné la permission, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a livré bataille à Badr ; et lorsqu’Allah a fait mourir de grands chefs de Koraïchites, ‘Abdoullah Bin Oubayy Bin Saloul et ses suivants, qui étaient des polythéistes et des idolâtres, ont conclu que la communauté [de l’islam] avait pris de l’ampleur. Ils ont donc prêté allégeance au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et se sont convertis à l’islam.

Anas relate que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a demandé conseil aux compagnons avant la bataille de Badr lorsqu’il a su qu’Abou Soufyan était en route. Abou Bakr a pris la parole et le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) s’est détourné de lui. Ensuite ‘Oumar a voulu présenter son avis ; le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) s’est détourné de lui aussi. Ensuite Sa’d Bin ‘Oubadah a pris la parole et a dit : « Ô Envoyé d’Allah ! Vous nous demandez notre avis. Je jure au nom de celui qui détient ma vie entre ses mains ! Si vous nous demandez de sauter dans la mer avec nos chevaux, nous le ferons ! Si vous nous demandez de nous rendre à cheval à Bark Al-Ghimad, nous le ferons certainement. » Bark Al-Ghimad est une ville yéménite sur la côte située à 5 nuits de voyage de La Mecque.

Sur ce, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a invité les gens au combat et ils l’ont accompagné jusqu’à Badr. Les gens des Qouraychites y sont venus puiser de l’eau ; il s’y trouvait un Abyssinien des Banou Hajjaj. Les compagnons l’ont capturé l’ont interrogé à propos d’Abou Soufyan et de son armée.

Il répondait : « J’ignore tout d’Abou Soufyan, mais je sais qu’Abou Jahl, ‘Outbah, Chayba et Oumayyah Bin Khalf sont campés tout près. » Les compagnons l’ont quand même frappé. L’esclave avouait : « Arrêtez ! Je vais vous dire où se trouve Abou Soufyan » Lorsqu’ils le relâchaient, il donnait de nouveau sa première version de la réponse : « Je ne sais pas où se trouve Abou Soufyan, mais je sais qu’Abou Jahl, ‘Outbah, Chayba et Oumayyah Bin Khalf sont en cours de route, tout près de Badr. »

Les musulmans l’ont roué de coups lorsqu’il a offert cette réponse. Quand le bruit de ce tumulte arriva jusqu’aux oreilles du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), il s’empressa de terminer sa prière et dit : « Je jure par Celui Qui détient ma vie entre Ses mains ! Lorsqu’il dit la vérité vous le frappez, et lorsqu’il ment vous le laissez ! »

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a déclaré : « Il dit la vérité. » Ensuite il a indiqué où tomberait sur le champ de bataille chacun des ennemis qu’il avait cités. Et le rapporteur déclare qu’ils sont morts exactement aux endroits qu’avait indiqués le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.).

Dans la soirée d’un vendredi avant la bataille d’Ouhoud, Sa’d Bin Mou’adh, Ousayd Bin Houdhair et Sa’d Bin ‘Oubadah se sont rendus à la mosquée du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avec leurs armes afin d’assurer sa sécurité devant sa porte jusqu’au matin.

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) est sorti de Médine pour la bataille à cheval : il avait son arc à l’épaule, sa lance dans la main et Sa’d Bin Mou’adh et Sa’d Bin ‘Oubadah couraient devant lui. Ils portaient tout deux leurs cottes de maille et les autres s’étaient placés à la droite et à la gauche du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.).

Hazrat Mirza Bashir Ahmad Saheb relate ceci à propos de la bataille d’Ouhoud : « Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) est sorti de Médine après la prière d’Asr avec un grand nombre de ses compagnons. Sa’d Bin Mou’adh et Sa’d Bin ‘Oubadah, les deux chefs de la tribu d’Aws et de Khazraj, couraient lentement devant la monture du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Les autres compagnons étaient à sa droite, à sa gauche ou derrière lui. Sa’d Bin ‘Oubadah faisait partie de ceux qui s’étaient tenus fermement aux côtés du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lors de la bataille d’Ouhoud.

De retour à Médine, Sa’d Bin Mou’adh et Sa’d Bin ‘Oubadah avaient aidé le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) à descendre de sa monture avant qu’il ne rentrât chez lui. Il était blessé.

Jabir Bin ‘Abdillah relate qu’ils avaient des dattes comme provision lors de la Ghazwa de Hamra al-Asad. Cette expédition a eu lieu au cours du mois de Chawwal en l’an trois de l’Hégire après la bataille d’Ouhoud. Les Qouraych, qui étaient campés à Rawha, situé à 36 miles (57 km) de Médine, ont décidé de lancer une attaque surprise sur la ville étant donné que les musulmans seraient dans l’incapacité de répliquer en raison des nombreuses pertes qu’ils avaient encouru.

Ayant connu leurs intentions, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) est sorti à la poursuite des Qouraych et s’est arrêté à Hamra al-Asad qui est situé à 8 miles (13 km) de Médine dans la direction de Dhoul Halifah. L’armée Qouraychite a pris la fuite vers La Mecque lorsqu’elle a eu vent de l’intention du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et de l’assaut des musulmans qu’ils avaient crus faibles.

Le rapporteur déclare que Sa’d Bin ‘Oubadah a apporté trente chameaux et des dattes à Hamra al-Asad. Certains jours deux et d’autres trois chameaux étaient égorgés pour être mangés.

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a mené une expédition contre la tribu juive des Banou Nadir au cours du mois de Rabi’al-Awwal en l’an 4 de l’Hégire et avait assiégé leur forteresse pendant 15 jours pour ensuite les expulser à Khaybar. Ayant reçu les butins, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a demandé à Thabit Bin Qays de faire venir tout son peuple. Thabit Bin Qays lui a demandé s’il devait faire venir que la tribu Khazraj. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui a demandé de faire venir tous les Ansar. Sur ce, Thabit Bin Qays a invité les Aws et les Khazraj. Après avoir loué Allah, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a évoqué les faveurs accordées par les Ansar aux Émigrants en disant : « Vous les avez accueillis chez vous et vous les avez préférés à vos personnes. Si vous le souhaitez, je distribuerai à parts égales entre vous les Ansar et les Émigrants les butins que nous avons pris des incroyants (sans que les musulmans n’aient à livrer bataille). En ce cas, les Emigrants partageront vos maisons et vos biens comme dans le passé. Ou si vous le souhaitez, je distribuerai tous ces butins aux Emigrants et ils devront sortir de vos maisons et ils n’auront plus de droits sur vous. »

Sur ce Sa’d Bin Mou’adh et Sa’d Bin ‘Oubadah ont répondu : « Ô Envoyé d’Allah ! Offrez tout aux Emigrants mais ils pourront demeurer dans nos maisons comme dans le passé et nos liens de fraternité seront maintenus. »

Tous les Ansar ont dit à l’unisson : « Nous sommes d’accord et nous nous soumettons, ô Envoyé d’Allah ! » Sur ce, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a déclaré : « Ô Allah ! Aie pitié des Ansar et de leur fils ! »

Ainsi le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a-t-il distribué tous ces biens aux Emigrants et à deux Ansaris qui vivaient dans le besoin. Il s’agit de Sahl Bin Hounayf et d’Abou Dajana. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a offert l’épée d’Abou Houqayq à Sa’d Bin Mou’adh.

Hamra Bint Mas’oud, la mère de Sa’d, est décédée lorsque le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) s’était rendu à l’expédition de Dawmat al-Jandal au cours du mois de Rabi’al-Awwal en l’an 5 de l’Hégire. Sa’d l’avait accompagné lors de cette expédition.

Sa’id Bin Mousayba relate que la mère de Sa’d Bin ‘Oubadah est décédée lorsque le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) était à l’extérieur de Médine. Sa’d lui a dit : « Ma mère est décédée et je souhaite que vous dirigiez sa prière funéraire. » Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) l’a fait alors qu’un mois s’était déjà écoulé depuis le décès quand ils en ont eu la nouvelle. Ibn ‘Abbas relate que Sa’d Bin ‘Oubadah a demandé conseil au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) à propos d’un vœu fait par sa mère et qu’elle n’avait pas pu accomplir avant son décès. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui dit de l’accomplir à sa place.

Sa’id Bin Mousayba relate : « Sa’d Bin ‘Oubadah s’est présenté au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) l’a informé que sa mère n’avait pas fait de testament et demandait s’il pouvait faire une aumône en son nom et si cela lui serait profitable. L’Envoyé d’Allah a répondu à l’affirmative. Sa’d lui a demandé qu’elle était l’aumône qu’il préférait. « Offrir de l’eau », a répondu le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). En effet l’eau faisait grandement défaut. Selon un récit, Sa’d a creusé un puits en disant que s’était au nom de sa mère.

‘Allama Abou Tayyib Shams oul Haq Azimabadi a écrit un commentaire des hadiths d’Abou Dawoud. Il commente que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait dit à Sa’d que la meilleure des aumônes était d’offrir de l’eau parce qu’elle manquait durant ces jours et c’est la denrée la plus importante. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a aussi déclaré que l’aumône de l’eau est la meilleure car elle est très avantageuse dans le domaine religieux et temporel, en particulier dans les pays chauds. Allah a aussi évoqué cette faveur dans le verset suivant :

وَأَنْزَلْنَا مِنَ السَّمَاءِ مَاءً طَهُورًا

« et Nous faisons descendre de l’eau pure des nuages… » (25 : 49)

Ainsi à Médine l’eau était-elle la denrée la plus précieuse en raison de la chaleur et en raison de sa rareté. L’eau est tout aussi précieuse aujourd’hui ; et c’est pour cette raison que l’État demande de ne pas la gaspiller.

En tout cas, Sa’d Bin ‘Oubadah ne s’est pas contenté de creuser un puits. Ibn ‘Abbas relate qu’il n’était pas présent à Médine lors du décès de sa mère. Il est parti en informer le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) peut-être après son retour de son voyage. Il lui a demandé s’il pouvait offrir quelque aumône au nom de sa mère. Quand il a répondu à l’affirmative, Sa’d a déclaré : « Ô Envoyé d’Allah ! J’offre mon verger de Mikhraf en aumône et je vous en prends comme témoin. »

Il faisait beaucoup d’aumônes et était très généreux envers les pauvres. J’évoquerai, Incha Allah, d’autres récits à propos de Sa’d Bin ‘Oubadah.


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