Sermon du vendredi 29 mars 2019, prononcé par Sa Sainteté le Calife, Hadrat Mirza Masroor Ahmad, à la mosquée Baitul-Futuh à Londres. Après le Ta'awudh, le Tashahoud et la Sourate Al-Fatiha, Sa Sainteté le Calife a déclaré :

J’évoquerai aujourd’hui encore les compagnons ayant participé à la bataille de Badr. Le premier se nomme Toulayb Bin ‘Oumayr. Son nom d’emprunt était Abou Adi. Sa mère se nommait Arwa et elle était la fille d’Abdoul Mouttalib et ainsi la tante paternelle du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Toulayb Bin ‘Oumayr faisait partie des tout premiers musulmans. Il avait embrassé l’islam quand le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) était encore à la Dar al-Arqam.

Abou Salama Bin ‘Abdir Rahman relate que Toulayb Bin ‘Oumayr se rendit immédiatement chez sa mère après avoir embrassé l’islam et lui dit : « J’ai décidé de suivre le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et je crois en Allah, le Seigneur de tous les mondes. » Sa mère lui répondit : « Le fils de ton oncle mérite le plus ton soutien et ta coopération. » C’est-à-dire, tu as très bien fait d’avoir accepté le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Elle ajouta : « Je jure par Dieu ! Si nous, les femmes, étions aussi fortes que les hommes, nous l’aurions certainement accepté, soutenu et défendu. »

Toulayb dit à sa mère : « Pourquoi donc ne suivez-vous pas le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) en acceptant l’islam ? Votre frère Hamza est lui aussi devenu musulman. » Sa mère répondit : « Je verrai d’abord le comportement de mes sœurs et je me joindrai aussi à elles. »

Toulayb commenta : « Je vous demande, au nom d’Allah, de partir à la rencontre du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), de le saluer et de l’accepter. Témoignez que personne n’est digne d’adoration excepté Allah et que Mohammad (s.a.w) est Son prophète. »

Sa mère répondit : « Je témoigne moi-aussi que personne n’est digne d’adoration exceptée Allah et que Mohammad (s.a.w) est Son prophète. » Par la suite la mère de Toulayb Bin ‘Oumayr défendait verbalement le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et elle encourageait son fils à le soutenir et à lui obéir.

On dit à propos de Toulayb qu’il était le premier à avoir blessé un polythéiste qui avait insulté le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.).

Un jour ‘Awf Bin Sabra al-Sahmi avait insulté le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Toulayb l’a frappé et blessé avec l’os de la mâchoire d’un chameau. Quelqu’un est parti se plaindre auprès d’Arwa, la mère de Toulayb, lui disant : « N’avez-vous pas vu ce qu’a fait votre fils ? »  Elle répondit : « Toulayb a soutenu le frère de son oncle. Il a apaisé sa tristesse avec son sang et ses biens. »

Selon certains, Toulayb Bin ‘Oumayr aurait frappé un certain Abou Ihab Bin Azib al-Darmi et selon d’autre il s’agirait d’Abou Lahab ou d’Abou Jahl.

Selon un récit, lorsqu’on se plaignit auprès de sa mère pour l’action qu’il aurait commise, celle-ci répondit : « Le meilleur des jours de Toulayb est celui où il a défendu son cousin, c’est-à-dire le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), qui a été suscité avec la vérité. »

Toulayb faisait partie des musulmans immigrés en Abyssinie. Mais par la suite, quand la rumeur s’y est répandue que les Qurayshites avaient embrassé l’islam, certains musulmans sont retournés à La Mecque. Toulayb en faisait aussi partie.

Comme mentionné auparavant, selon Hadrat Mirza Bashir Ahmad Saheb, certains historiens pensent que les musulmans en Abyssinie ont entendu la rumeur selon laquelle les Qurayshites auraient embrassé l’islam et que la paix régnait à La Mecque. Certains de ces musulmans sont retournés sans réfléchir ; ensuite ils ont su que la nouvelle était fausse. J’ai donné des détails à ce sujet quelques semaines de cela dans un de mes sermons. En tout cas, ils sont retournés là-bas et ont pris la protection de certains chefs. Certains sont retournés [en Abyssinie], lorsqu’ils ont découvert qu’il s’agissait d’un mensonge. J’ai expliqué aussi la cause de cette rumeur : ce n’est pas la peine de la répéter ici.

En tout cas, les compagnons sont retournés [en Abyssinie] parce que les persécutions perpétrées par les Qurayshites prenaient de l’ampleur. Suite aux ordres du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), d’autres musulmans s’exilaient en cachette. On dit que le nombre d’émigrants musulmans en Abyssinie était 101, dont 18 femmes. Très peu de musulmans étaient restés en compagnie du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.).

Après leur retour [à La Mecque], ils sont de nouveau partis en Abyssinie. Les historiens nomment cet exil « la deuxième émigration en Abyssinie ».

Toulayb a quitté La Mecque pour se rendre à Médine : là-bas, il a logé chez ‘Abdoullah Bin Salma al-’Ajlani. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a établi un lien de fraternité entre Toulayb et Mounzir Bin Amr. Toulayb avait participé à la bataille de Badr et il était compté parmi les grands compagnons du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Il avait aussi participé à la bataille d’Ajnadayn au cours du mois de Jamad al-Oula en l’an 13 de l’hégire : il y tomba en martyr à l’âge de 45 ans.

Ajnadayn est un lieu en Syrie où les musulmans livrèrent bataille contre les Byzantins en l’an 13 de l’hégire. Mais selon d’autres, Toulayb tomba en martyr lors de la bataille de Yarmouk.

Le prochain compagnon se nomme Salim Maula ibn Abi Houdhaifa. Abou Abdillah était son nom d’emprunt ; son père se nommait Ma’qil ; il était orignal d’Istakhr, en Perse. Salim faisait partie des grands compagnons. Il était aussi un émigrant et s’était rendu à Médine avant le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.).

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait établi un lien de fraternité entre Salim et Mou’adh Bin Ma’is. Salim était l’esclave de Soubayta Bint Yar, qui était la femme d’Abou Hudhayfa. Soubayta Bint Yar avait affranchi Salim selon la coutume dite « Sai’bah ». Selon la loi générale de l’époque, après sa mort, les biens de l’esclave affranchi étaient légués à celui qui l’avait libéré. Sai’bah est l’esclave affranchi par son maître pour la cause de Dieu : après la mort de l’esclave, ses biens n’étaient pas légués à son libérateur.

Abou Houdhaifah avait adopté Salim comme fils. Par la suite, on le nommait Salim ibn Abi Houdhaifa. Abou Houdhaifa avait de surcroît marié sa nièce Fatimah Bint Walid à Salim.

Allah, par la suite, avait révélé le verset suivant :

ادْعُوهُمْ لِآَبَائِهِمْ هُوَ أَقْسَطُ عِنْدَ اللَّهِ فَإِنْ لَمْ تَعْلَمُوا آَبَاءَهُمْ فَإِخْوَانُكُمْ فِي الدِّينِ وَمَوَالِيكُمْ وَلَيْسَ عَلَيْكُمْ جُنَاحٌ فِيمَا أَخْطَأْتُمْ بِهِ وَلَكِنْ مَا تَعَمَّدَتْ قُلُوبُكُمْ وَكَانَ اللَّهُ غَفُورًا رَحِيمًا

Appelez-ces fils [adoptifs] du nom de leur père. Cela est plus équitable aux yeux d’Allāh. Mais si vous ne connaissez pas leur père, alors ils sont vos frères dans la foi, et vos amis. Et il n’y a aucun péché de votre part si vous avez fait une erreur quelconque à cet égard, excepté ce que vos cœurs ont fait intentionnellement. Et Allāh est Très-Pardonnant, Miséricordieux. (33 : 6)

Après la révélation de ce verset, on le nomma Salim Mawla Abi Houdhaifa. Auparavant, après sa libération, il était connu comme le fils d’Abou Houdhaifa. Par la suite il était connu comme « l’esclave affranchi » ou « l’ami » [d’Abou Houdhaifa].

Mohammad Bin Ja’afar relate qu’Abou Houdhaifa et Salim Mawla Abi Houdhaifa logèrent chez Abad Bin Bishr lorsqu’ils quittèrent La Mecque pour Médine.

‘Oumar relate que les premiers émigrants de La Mecque résidèrent à Asbah, tout près de Qouba, lorsqu’ils se rendirent à Médine. Salim était leur Imam, car il connaissait le plus le Coran.

Mas’oud Bin Hounaydah relate lorsqu’ils accompagnèrent le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) à Qouba pour y élire domicile, ils virent une mosquée orientée vers Jérusalem dans laquelle priaient les compagnons. Salim Mawla Abi Houdhaifa était leur imam.

Salim était un Qari et était un des quatre compagnons choisis par le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) pour enseigner le Coran.

Selon Hadrat Mirza Bashir Ahmad Saheb certains esclaves affranchis étaient de très grands érudits. Salim Bin Ma’qil Abi Houdhaifa faisait partie de ces érudits de grand renom et était un des quatre compagnons choisis par le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) pour enseigner le Coran.

Il ajoute que selon l’histoire, Salim Bin Ma’quil n’était qu’un simple esclave affranchi d’Abou Houdhaifa. Mais il avait acquis une si grande connaissance que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) l’avait choisi parmi les quatre compagnons pour enseigner le Coran aux musulmans : il était à cet effet un des adjoints du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.).

Selon un autre récit, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a déclaré : « Apprenez le Coran de ces quatre compagnons : Abdoullah Bin Mas’oud, Salim Mawla Abi Houdhaifa, Oubayy Bin Ka’ab et Mou’adh Bin Jabal.

Selon un récit, un jour ‘Aïcha arriva en retard chez le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Quand celui-ci lui en demanda la raison, elle répondit : « Un Qari récitait le Coran d’une voix très mélodieuse et je l’écoutais. D’où mon retard. »

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) se vêtit de son châle et sortit pour voir Salim en train de réciter le Coran. Il déclara : « Je remercie Dieu d’avoir accordé à mon Oumma des Qaris comme toi ! »

Salim Mawla Abi Houdhaifa eu l’occasion de laver les blessures subies par le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lors de la bataille d’Ouhoud.

Qatadah relate que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) fut blessé au front et aux dents situées entre les incisives centrales et les canines. Quand Salim Mawla Abi Houdhaifa était en train de laver les blessures du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) celui-ci demandait : « Comment la nation qui traite ainsi son prophète aura-t-elle le salut ? » Allah révéla le verset suivant à cette occasion :

لَيْسَ لَكَ مِنَ الْأَمْرِ شَيْءٌ أَوْ يَتُوبَ عَلَيْهِمْ أَوْ يُعَذِّبَهُمْ

« Cette affaire ne dépend aucunement de toi ; il se peut qu’Il se tourne vers eux avec clémence ou qu’Il les châtie, car ce sont des injustes. » (3 : 129)

Salim relate une parole du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) qui mérite ici grande attention. L’Envoyé d’Allah a déclaré : « Le jour de la résurrection une nation aux œuvres aussi importantes que la chaîne de montagnes Tihama sera présentée. »

Les montagnes Tihama s’étendent sur la côte de l’Arabie : elles débutent d’un terrain escarpé du Sinaï pour s’étendre vers le sud-ouest de la péninsule arabique. Il s’agit d’une chaîne montagneuse qui débute dans le golfe de la mer rouge.

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a déclaré : « Les bonnes œuvres de cette nation ressembleront aux montagnes de Tihama, mais Allah les rejettera toutes lorsqu’elles Lui seront présentées ; et ces gens finiront en enfer. »

Salim a déclaré : « Ô Envoyé d’Allah ! Que mes parents soient sacrifiés pour vous ! Indiquez-nous qui sont ces gens afin que nous puissions les reconnaitre ! Je jure au nom de Celui qui vous a envoyé avec la vérité, j’ai craint d’en faire partie ! »

La [réponse du] Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) mérite attention. Il a répondu : « Ces gens-là jeûnent, accomplissent la Salat et dorment très peu la nuit. » C’est-à-dire qu’ils accomplissent des prières facultatives. « Or, lorsqu’on leur présente des biens illicites, ils tombent dessus. » En dépit de leurs œuvres, ils céderont à leurs convoitises, sans distinguer le licite de l’illicite. Allah réduira à néant leurs œuvres pour cette raison.

Tha’ban relate que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a déclaré : « J’ai connaissance de certains membres de mon Oummah se présentant le jour de la résurrection avec des œuvres méritoires aussi brillantes que les montagnes Tihama. Or, Allah l’Exalté, n’y accordera guère d’importance et les sèmera aux quatre vents. »

Un autre rapporteur déclare [que] Tha’ban a déclaré : « Ô Envoyé d’Allah ! Indiquez-nous les signes de ces gens-là afin que nous n’en fassions pas partie et que nous ne soyons pas des leurs inconsciemment. »

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a expliqué : « Ils sont vos frères. Leurs peaux ressemblent aux vôtres. » C’est-à-dire, qu’ils appartiennent à votre ethnie. « Comme vous, ils passent la nuit à rendre culte à Dieu. Mais ils ne respectent pas les interdits fixés par Allah. »

C’est-à-dire, qu’ils ne distingueront pas le licite de l’illicite des choses interdites par Dieu et le monde aura le dessus sur eux. Ce [conseil] mérite une réflexion constante et ceci est très alarmant. Qu’Allah nous permette à tous d’accomplir de manière constante notre introspection.

Les fils d’Abdoullah Bin Amr se nommaient Salim, Waqid et Abdoullah : conformément aux noms de certains grands compagnons. L’un se nommait Salim, à l’instar de Salim Mawla Abi Houdhaifa.

Sa’id Bin Al-Mousayab relate : « ‘Abdoullah Bin Amr m’a demandé : « Sais-tu pourquoi j’ai nommé mon fils Salim ? » J’ai répondu : « Je l’ignore. » ‘Abdoullah a déclaré : « Je l’ai ainsi nommé en raison de Salim Mawla Abi Houdhaifa. » Il a demandé : « Sais-tu pourquoi je nommé [un autre fils] Waqid ? » Ayant répondu que je l’ignorais, il a expliqué : « Je l’ai ainsi nommé en raison de Waqid Bin ‘Abdillah Yarboui. Sais-tu pourquoi j’ai nommé mon [autre] fils ‘Abdoullah ? » Lorsque j’ai répondu négativement, il a expliqué : « Je l’ai ainsi nommé en raison d’Abdoullah Bin Rawaha. »

Les grands compagnons étaient tenus en haute estime et [les musulmans] donnaient leurs noms à leurs enfants pour une raison particulière.

‘Abdoullah Bin Amr relate : « Certains [musulmans] qui avaient accompagné le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lors d’une bataille avaient pris peur (en raison de la férocité de la bataille.) Je suis sorti avec mes armes et j’ai vu Salim Mawla Abi Houdhaifa qui tenait lui aussi ses armes. Son visage était digne et serein : il n’y avait aucune trace de peur dessus et il avançait. Je me suis dit que j’irais derrière ce saint homme, tant et si bien que nous avons atteint le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et nous nous sommes assis en sa compagnie. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) est sorti tout courroucé et a demandé : « Pourquoi cette peur ? N’êtes-vous pas capables de montrer le même courage que ces deux croyants ? »

La peur n’avait pas lieu d’être. Salim et son compagnon avaient respecté, sans crainte aucune, leur engagement.

Après la conquête de La Mecque relate Ibn Ishaq, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) envoya des petits groupes de combat dans les alentours de la Ville sainte afin d’inviter les différentes tribus vers l’islam. Or, ils n’avaient pas la permission de livrer combat. Ils avaient été envoyés pour le Tabligh (la prédication) et non pas pour combattre. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) envoya Khalid Bin Walid vers la tribu des Banou Jazima afin de l’inviter vers l’islam. Les membres de cette tribu ont pris leurs armes quand ils sont vu Khalid. Celui-ci leur a dit : « Ces gens ont embrassé l’islam. Ce n’est pas la peine de prendre les armes. » Un certain Jahdam a déclaré : « Je ne baisserai certainement pas mes armes ! Il s’agit de Khalid et je n’ai pas confiance. Par Allah ! Après avoir baissé nos armes, nous serons emprisonnés et exécutés par la suite. »

Certains membres de sa tribu l’ont attrapé et lui ont dit : « Ô Jahdam ! Souhaites-tu faire couler notre sang ? Les autres ont baissé leurs armes et la guerre a pris fin. » Ils lui ont arraché les armes et ensuite ils ont déposé les leurs. »

[Salim relate] : « Après qu’ils eurent déposé leurs armes, Khalid a tué certains d’entre eux et en a emprisonné d’autres et nous a confié nos prisonniers. Le lendemain Khalid nous a ordonné à chacun de tuer nos prisonniers. »

Salim Mawla Abi Houdhaifa relate : « J’ai déclaré au nom d’Allah que je ne tuerai pas mes prisonniers et que mes compagnons ne le feront pas non plus. »

Ibn Hicham relate qu’un compagnon s’en alla relater au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) toute l’affaire. Ceci a déplu à l’Envoyé d’Allah qui a demandé : « L’action de Khalid avait-il déplu à l’un des vôtres ? » L’autre a répondu : « Oui ! Un homme de teint clair et de taille moyenne a exprimé son déplaisir. Khalid l’a réprimandé et il s’est tu. Une deuxième personne, de grande taille, a aussi exprimé son déplaisir et Khalid s’est disputé avec elle et ils ont échangé des paroles amères. »

Sur ce ‘Oumar Bin Khattab a déclaré : « Ô Envoyé d’Allah ! Je connais ces deux personnes. Le premier est mon fils ‘Abdoullah et le deuxième est Salim Mawla Abi Houdhaifa. »

Selon Ibn Ishaq le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a fait venir ‘Ali pour lui donner le commandement suivant : « Va vers cette tribu et enquête sur la raison de cette affaire. Écrase complètement sous tes pieds cette affaire ayant trait aux jours de l’ignorance. »

‘Ali est parti avec beaucoup biens confiés par le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) afin de compenser les pertes de vies et de biens subies par la tribu. Il leur a envoyé ces biens afin de compenser les pertes de vies et de biens qu’ils avaient injustement subies.

Après [la distribution] des biens il en resta encore entre les mains d’Ali. Il demanda : « Quelqu’un d’autre n’a-t-il pas été compensé ? » Ils répondirent : « Non. » Tout le monde fut traité avec justice et personne ne fut oublié. ‘Ali commenta : « Par précaution, je vous confie le restant des biens envoyés par le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), car il sait ce que vous ignorez. » Il leur confia les biens et s’en retourna auprès du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et l’informa à propos de la distribution. L’Envoyé d’Allah déclara : « Tu as accomplis cette tâche à merveille ! » Ensuite en se tournant vers La Mecque pria en ces termes : « Ô Allah ! Je m’absous auprès de Toi de ce que Khalid Bin Walid a fait. »

C’était là une action condamnable de sa part. Si un musulman avait été coupable d’une injustice ou d’une faute, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) exprimait non seulement son déplaisir et y mettait fin, mais il compensait aussi le méfait et faisait tout pour consoler les lésés. En dépit du fait que certains qui avaient pris les armes eussent aussi été des ennemis, il n’avait pas souhaité pareille action. Tel était son sens de justice.

Le père d’Ibrahim Bin Handala rapporte ceci : « Le jour de la bataille de Yamama on confia le drapeau entre les mains de Salim Mawla Abi Houdhaifa. Certains lui ont dit qu’ils craignaient pour sa vie et qu’on devait confier le drapeau à d’autres personnes. Sur ce Salim répondit : « En ce cas, je serai un bien piètre porteur du Coran ! » C’est-à-dire, je suis un grand savant du Coran et si en dépit de cette connaissance, je n’applique pas ses conseils, ce sera là une action fort condamnable. Ou si j’évite une obligation imposée par le Coran par peur de perdre ma vie, cette connaissance du Coran ne me servira pas à grand-chose.

Quand Salim perdit sa main droite lors de la bataille, il prit l’étendard dans celle de gauche. Quand il perdit la main gauche, il le serra [entre son menton et] son cou et récita ceci :

وَمَا مُحَمَّدٌ إِلَّا رَسُولٌ وَكَأَيِّنْ مِنْ نَبِيٍّ قَاتَلَ مَعَهُ رِبِّيُّونَ كَثِيرٌ

C’est-à-dire, Mohammad n’est qu’un prophète et de nombreux saints hommes ont combattu en compagnie des prophètes.

Quand Salim tomba, il demanda ce qu’il était advenu d’Abou Houdhaifa. On lui répondit qu’il était tombé en martyr. Il demanda à propos d’un autre et on l’informa qu’il était aussi tombé en martyr. Sur ce Salim déclara : « Enterrez-moi entre ces deux-là. »

Après son martyre, ‘Oumar envoya l’héritage qu’il avait légué chez Thoubayta Bin Ya’ar, qui avait libéré Salim. Mais il n’accepta pas en disant qu’il l’avait libéré pour la cause de Dieu [sans contrepartie]. Par la suite, ‘Oumar plaça l’héritage dans la caisse de la Bayt al-Mal.

Quand les musulmans s’étaient dispersés lors de la bataille de Yamama, rapporte Muhammad Bin Thabit, Salim déclara : « Nous n’agissions pas de la sorte en compagnie du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). » (C’est-à-dire que nous ne prenions pas la fuite.) Il creusa un trou et s’y plaça. Il avait entre les mains l’étendard des émigrants : il se battit bravement avant de tomber en martyr, en l’an douze de l’hégire lors de la bataille de Yamama, au cours du Califat d’Abou Bakr. Cette référence est tirée de Tabaqat al-Koubra.

Ziyad Bin Thabit rapporte qu’après le martyre de Salim, les gens racontèrent qu’un quart du Coran avait disparu. C’est-à-dire un des quatre érudits choisis par le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) pour l’enseignement du Coran n’était plus là.

Le prochain compagnon se nomme Itban Bin Malik : il appartenait à la branche des Banou Salim Bin ‘Awf de la tribu de Khazraj. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait établi un lien de fraternité entre Itban et ‘Oumar. Itban avait participé aux batailles de Badr, d’Ouhoud et du fossé. Il avait commencé à prendre la vue au cours de la vie du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et il décéda à l’époque de Mou’awiya.

Itban Bin Malik et ses compagnons se présentèrent au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lorsqu’il arriva à Médine et lui demanda de loger chez eux. Or, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) déclara : « Laissez ma chamelle, car elle marche sous le commandement [de Dieu] et ne s’arrêtera que là où Dieu le voudra.

‘Oumar relate : « Nous habitions mon voisin Ansari et moi à Banou Oummaya Bin Zayd, un des villages situés en hauteur dans les alentours de Médine. Nous partions à tour de rôle à la rencontre du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Je partais un jour et mon voisin partait le lendemain. Quand j’y allais, je lui rapportais les révélations ou les nouvelles du jour : il en faisait de même lorsqu’il y allait. Un jour, quand c’était son tour, il est revenu frapper vigoureusement à ma porte et a demandé si j’étais présent. Je suis sorti tout inquiet et il m’a informé d’un grand malheur. Je suis parti chez Hafsa pour constater qu’elle était en larmes. Je lui ai demandé : « Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) t’a-t-il donné le divorce ? » « Je l’ignore », a-t-elle répondu. Sur ce je suis parti demander au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) s’il avait divorcé de ses épouses. Quand il a répondu négativement j’ai crié : « Allahou Akbar ! »

Certains récits font mention d’une foule de détails, notamment que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) vivait en solitude pendant un mois : il s’était séparé de ses épouses et de ses compagnons aussi. Certains croyaient qu’il avait divorcé de ses épouses et qu’il était fâché pour quelque raison. Or les raisons étaient tout autres.

Sayyid Zainoul ‘Abidîn Walioullah Shah écrit ceci dans son commentaire des hadiths de Boukhari. « ’Oumar relate qu’il partait un jour [chez le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.)] et son compagnon partait le lendemain. Ainsi, si l’on n’a pas l’entière possibilité d’acquérir le savoir l’on doit le faire à tour de rôle avec un compagnon, à l’instar d’Oumar et d’Itban Bin Malik Ansari. »

L’on en déduit aussi l’engouement des compagnons. Ils laissaient leurs occupations pour parcourir 5 ou 6 kilomètres afin de consacrer une journée entière à la quête du savoir.

‘Allama ‘Ayni, dans son commentaire du Boukhari [nommé] Oumdat al Qari déclare : « On dit que le voisin se nommait Itban Bin Malik. Or ce voisin d’Oumar se nommait en réalité Aws Bin Khawli. » En tout cas l’on trouve mention du nom [d’Itban] dans le récit d’Oumar.

Selon un récit Itban Bin Malik avait demandé au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) la permission de ne pas accomplir la Salat en congrégation à la mosquée lorsqu’il avait perdu la vue. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui a demandé : « Est-ce que tu entends l’appel à la prière ? » « Oui », a répondu Itban. Sur ce le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) ne lui a pas donné cette permission.

Il s’agit d’un hadith très connu mais qui mérite aussi quelques explications.

Selon le récit d’Al-Boukhari, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait, par la suite, permis à Itban Bin Malik d’accomplir la Salat à la maison. Il le lui avait interdit dans un premier temps avant de lui accorder cette permission.

Selon le récit de Boukhari, Itban Bin Malik officiait comme Imam des gens de son quartier et il était aveugle. Il avait déclaré : « Ô Envoyé d’Allah ! Il fait nuit et il y a des inondations quand il pleut beaucoup. L’eau coule à torrent dans la vallée et je suis malvoyant. Ô Envoyé d’Allah ! Venez prier chez moi afin que j’en fasse un lieu de prière. Il m’est difficile de me rendre à la mosquée. Venez chez moi et veuillez prier à l’endroit que j’ai réservé pour la Salat. »

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) s’est rendu chez lui et lui a demandé : « Où souhaites-tu que j’accomplisse la Salat ? » Itban a indiqué un coin et le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) y a accompli la Salat.

Ainsi en des situations particulières, il est permis d’accomplir la Salat à la maison. Or, selon les récits, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) l’accomplissait en congrégation quand, en raison du mauvais temps et des routes impraticables, les gens ne pouvaient pas se rendre à la mosquée. Ainsi, il n’y a pas lieu de [chercher un] prétexte. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait donné cette permission à condition qu’il accomplisse la Salat en congrégation dans une partie de sa maison.

Hazrat Sayyed Walioullah Shah Saheb, commente à propos [de ce hadith] de Boukhari rapporté sous [l’intitulé] : « Conditions autorisant à faire la prière chez soi en raison de la pluie ou d’autres raisons » « L’Imam Boukhari énumère les conditions d’handicap, pour lesquelles il est permis de ne pas accomplir la prière en congrégation. Mais le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) ne leur avait jamais autorisé à prier seul à la maison. » Il ne leur a pas autorisé à prier seuls à la maison en dépit qu’il essayait au mieux de rendre les enseignements applicables. Il leur a enjoint de faire la prière en congrégation.

Ensuite il écrit : « Itban était aveugle, et sur son chemin (vers la mosquée) coulait un ruisseau, il demanda au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) l’autorisation de faire la prière chez lui. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) accepta mais à condition qu’il la fasse en congrégation. S’il était permis d’accomplir les prières obligatoires tout seul, alors le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) aurait certainement autorisé Itban de prier chez lui, le considérant infirme. »

Si les distances sont longues et que vous ne disposez pas de moyens de transport ou de temps, comme je l’ai dit à maintes reprises les ahmadis doivent transformer leurs foyers en centre de prière et réunir les voisins pour y prier ensemble. Qu’Allah nous permette à tous de mettre en application ces enseignements.

Je vais maintenant faire mention de quelques personnes décédées dont je dirigerai la prière funéraire. Le premier s’appelle Ghulam Mustafa Awan Saheb de Rabwah. Il est décédé le 16 mars dernier à l’âge de 78 ans. Inna lillahi wa inna ilaihi raji’oun. Par la grâce d’Allah, il est né ahmadi. L’Ahmadiyya entra dans sa famille par l’intermédiaire de son grand-père Diwan Bakhsh Saheb. Le défunt accomplissait les cinq prières quotidiennes régulièrement, ainsi que la prière de Tahajjoud, il était pieux, empli de sympathie, courtois, humble et simple de disposition. Il priait beaucoup et avait un grand sens de l’hospitalité. Il aidait les pauvres et était respectueux des liens de parentés. Il donnait préséance à sa foi sur les choses mondaines, il était pieux et sincère.

Il avait une grande relation d’obéissance envers l’administration de la Jama’at et envers le Califat. Il a également résidé en Arabie Saoudite dans le cadre de son travail. Il y eut l’occasion de faire le pèlerinage à neuf reprises, et la ‘Oumra d’innombrables fois. Il eut également l’occasion de faire des travaux de construction à la Ka’bah et à la mosquée al-Nabawi. Par la grâce d’Allah, il faisait partie du système de Wassiyyat. Un jour, son état de santé se dégrada soudainement, et son souci premier était qu’il n’avait pas encore payé la somme correspondant au Hissa Jaidad. Lorsqu’Allah lui accorda une bonne santé, il vendit aussitôt une partie de ses biens pour payer cette somme. Il laisse derrière lui sa femme, son fils Ahmad Murtaza qui est en Allemagne, et quatre filles. L’un de ses gendres, Mohammad Javed Saheb, est missionnaire en Zambie, et un autre, Jameel Ahmad Saheb Tabbassum, est missionnaire en Russie, et ils ont dédié leur vie. Les filles du défunt ont été mariées à ces missionnaires, et elles sont avec leurs maris, qui ont dédié leurs vies. Étant donné qu’elles sont à l’étranger, elles n’ont pu se rendre sur place pour les funérailles et elles ont dû supporter cette tragédie à l’étranger. Qu’Allah leur permette de supporter cette perte avec patience, et qu’Il élève le rang du défunt.

La deuxième prière funéraire sera celle d’Amtul Haye Saheba, l’épouse de Mohammad Nawaz Thagri Saheb, qui décéda le 15 mars dernier. Inna lillahi wa inna ilaihi raji’oun. Elle était originaire de Bagol, un village dans les alentours de Qadian. Elle n’avait que deux ans, lorsque son père décéda. Son oncle paternel Mohammad Ibrahim s’occupa d’elle par la suite. La défunte était née ahmadie ; l’Ahmadiyya entra dans sa famille en 1903. Après la création du Pakistan, elle émigra avec la famille de son oncle à Jaranwala. Ensuite elle émigra à Rabwah en 1981 pour l’éducation de ses enfants, où elle résida pour toujours.

Par la grâce d’Allah, elle faisait partie du système de Wassiyyat, et Allah l’Exalté lui a accordé six fils et cinq filles. L’une de ses filles décéda dans son jeune âge. Elle commença à dédier ses enfants. Ses petits-enfants aussi ses sont dédiés. Son fils aîné Rana Farooq Ahmad Saheb, est missionnaire dans la Nazarat Da’wat-e-Ilallah. Son quatrième fils, Hafiz Mahmood Ahmad Tahir, est un enseignant à la Jamia Ahmadiyya de Tanzanie, et n’a pu se rendre au Pakistan pour les funérailles de sa mère. L’un de ses petits-fils est aussi missionnaire, et un autre petit-fils est missionnaire au Ghana. L’un de ses petits-fils et une de ses petites-filles ont mémorisé le Saint Coran. Elle a marié beaucoup de ses petites-filles avec des missionnaires et des personnes qui ont dédié leur vie.

Son fils Hafiz Mahmood déclare : « Nos parents ont toujours donné préséance au service de la communauté, et ils étaient prêts à faire tous les sacrifices pour attacher leurs enfants avec l’organisation de la Jama’at et avec le Califat, et afin que leurs enfants fassent régulièrement les prières en congrégation. Ils avaient un grand intérêt pour le Tabligh. Tous les frères et sœurs de notre mère étaient non-ahmadis. Elles leur transmettaient le message autant que possible. Grâce à son Tabligh, l’un de ses frères Abdul Hamid Saheb, eut l’opportunité d’accepter l’Ahmadiyya, et ses enfants aussi, par la grâce d’Allah, servent la communauté.

Lorsqu’elle était à Shorkot les circonstances de 53 et de 74 étaient terribles pour la communauté. Elle a supporté ces conditions avec beaucoup de courage, et elle ne s’est pas laissée affecter par la peur. » Il ajoute : « Lors des événements de 74, un jour, la femme du chef du village vint chez nous, et nous fit part du message du chef qui annonçait qu’un cortège d’opposants s’avançait afin de détruire les maisons des ahmadis. Il demandait aux hommes de se cacher dans les champs et aux femmes de venir chez eux. Mais notre mère répondit : « Nous resterons chez nous, même si nous devons mourir. »

Durant ces jours, des manifestants arrivèrent jusque devant sa maison, aucun homme n’était présent à la maison ; il n’y avait que ses sœurs et sa mère. Les manifestants se trouvaient devant la porte. Elle faisait des va et vient dans la cour de la maison, armée d’une hache. Une voix se fit entendre de l’extérieur qui disait : « Attaquez leur maison ! » Elle leur répondit de l’intérieur : « Si quelqu’un rentre en escaladant le mur alors je le décapiterai et je jetterai sa tête dehors comme Safiyya ! » En voyant ce courage les opposants se dispersèrent. En 1971, l’un de ses fils était prisonnier de guerre, il était soit soldat ou soit fonctionnaire. Il resta prisonnier pendant 3 ans, et elle fit preuve d’une grande patience ; et dès qu’il revint son père l’envoya auprès du troisième Calife. »

Il ajoute : « Notre mère portait un grand amour pour le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), et dès qu’il y avait une discussion à la maison, elle nous demandait de raconter des anecdotes du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Jusqu’à ses dernières heures, elle parlait du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et du Messie Promis (a.s.), et disait qu’ils arrivaient. » Qu’Allah exalte son rang, qu’Il fasse preuve de pardon à son égard, et qu’Il permette à ses enfants et à sa progéniture de perpétuer ses actes de piété.


(Le site www.islam-ahmadiyya.org prend l’entière responsabilité de la publication du texte de ce sermon)