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 Sermon du vendredi 01 février 2019, prononcé par Sa Sainteté le Calife, Hadrat Mirza Masroor Ahmad, à la mosquée Baitul-Futuh à Londres. Après le Ta'awudh, le Tashahoud et la Sourate Al-Fatiha, Sa Sainteté le Calife a déclaré :

Le compagnon que j’évoquerai aujourd’hui se nomme Abou Houdhaifah bin ‘Outbah. Son nom d’emprunt était Abou Houdhaifah. Son nom d’origine était Hushaym, Hashim, Qays, Hisal, Isal ou Hiksam. Sa mère Oumm Safwan, portait [à l’origine] le nom de Fatimah Bint Safwan. Abou Houdhaifah était grand de taille et beau. Il avait embrassé l’islam avant que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) n’eût choisi Dar al-Arqam comme centre de l’islam.

Il faisait partie des premiers musulmans. Hazrat Mirza Bashir Ahmad Saheb écrit à son propos : « Abou Houdhaifah Bin ‘Outbah appartenait au clan Banou Oumayya. Son père se nommait ‘Outbah Bin Rabi’a et était l’un des chefs mecquois. Abou Houdhaifah est tombé en martyr lors de la bataille de Yamama menée contre Musaylama le menteur au cours du Califat d’Abou Bakr. »

Abou Houdhaifah avait participé aux deux immigrations en Abyssinie. Sahla Bint Souhayl, sa femme, y avait aussi participé. J’avais déjà évoqué le pourquoi et le comment de cette immigration en Abyssinie en mentionnant d’autres compagnons. J’en fais mention ici de nouveau brièvement. Hazrat Mirza Bashir Ahmad présente cet événement en puisant dans différents recueils d’histoire et de livres de Hadith. J’en mentionnerai ici quelques points. Il déclare : « Quand la souffrance des musulmans a atteint son apogée et que la persécution des Qouraychites a pris de l’ampleur, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a demandé à ceux qui en avaient les moyens de migrer en Abyssinie en ajoutant que son roi est juste et que personne n’est persécuté dans son royaume. L’Abyssinie était un Etat chrétien fort puissant dont le roi portait le titre de Négus. L’Arabie entretenait des relations commerciales avec ce pays.

Le nom propre du Négus de l’époque était Achamah, un roi réputé pour son équité, son intelligence et sa puissance. Quand les malheurs des musulmans se sont aggravés, le Saint Prophète a demandé à ceux qui en avaient les moyens de migrer en Abyssinie. Au cours du mois de Rajab en la cinquième année de son prophétat, onze hommes et quatre femmes ont immigré en Abyssinie sous les directives de l’Envoyé divin. Ils se nommaient entre autres : ‘Outhman bin ‘Affan et son épouse Ruqayyah, la fille du Saint Prophète ; ‘Abdur-Rahmān bin ‘Auf, Zubair bin Al-’Awwām, Abou Houdhaifah bin ‘Outbah (il était présent dans ce premier groupe), ‘Outhmān bin Maz’oun, Mous’ab bin ‘Oumair, Abou Salamah bin ‘Abdil-Asad et sa femme Oumm Salamah. Il est fort étrange que la majorité de ces premiers immigrants appartenaient à de puissantes tribus des Qouraychites : rares étaient ceux issus des couches faibles. Ceci démontre deux choses : premièrement, même ceux qui appartenaient aux puissantes tribus de La Mecque n’étaient pas à l’abri des cruautés des Qouraychites. Deuxièmement, les faibles à l’instar des esclaves, étaient dans un tel dénuement qu’ils ne pouvaient même pas s’exiler. Les immigrants ont mis le cap vers le sud pour atteindre Cha’ibah, un port d’Arabie à cette époque. Par la grâce d’Allah, ils y ont trouvé un navire de commerce en partance pour l’Abyssinie et s’y sont embarqués en toute sécurité. Une fois en Abyssinie, les musulmans ont vécu dans une grande sérénité ayant prié tout au long de leur voyage pour être à l’abri des cruautés des Qouraychites. »

Comme l’expliquent certains historiens, ces musulmans étaient à peine en Abyssinie qu’ils ont entendu la rumeur que tous les Qouraychites avaient embrassé l’islam et que la paix régnait à La Mecque. Ainsi sans réfléchir, la majorité des immigrants sont retournés à La Mecque.

Hazrat Mirza Bashir Ahmad Saheb explique le comment et le pourquoi de cette rumeur en ces termes : « Cette rumeur, complètement fausse et infondée, était répandue probablement par les Qouraychites pour faire retourner les immigrés d’Abyssinie et les mettre en difficulté. En fait, à y regarder de plus près, cette rumeur et le récit du retour des immigrés semblent en soi sans fondement. Cependant, s’il est considéré comme vrai, un incident signalé dans divers Aḥādīth pourrait être caché sous la surface. Comme mentionné dans le Sahih d’Al-Boukhārī, une fois le Saint Prophète avait récité des versets de la sourate An-Najm dans la cour de la Ka’bah. De nombreux chefs de mécréants étaient également présents, ainsi que des musulmans. Lorsque le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) termina sa récitation, il tomba en prosternation et avec lui tous les musulmans ainsi que les mécréants. Les hadiths n’évoquent pas la raison de la prosternation des mécréants. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait récité les versets divins de manière à toucher les cœurs.

Ces versets évoquaient l’unicité de Dieu, Sa puissance et Sa majesté d’une manière extrêmement éloquente et claire ainsi que Ses faveurs. Ensuite, les Qouraychites ont été avertis d’une manière très majestueuse et impressionnante [de ceci] : s’ils ne s’abstenaient pas de leurs mauvaises actions, ils connaîtraient le même sort que les nations du passé qui avaient rejeté les Messagers de Dieu. Puis, à la fin de ces versets, il fut ordonné de venir se prosterner devant Allah. Après la récitation de ces versets, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et tous les musulmans tombèrent immédiatement dans un état de prosternation. Cette parole et cette scène eurent un effet si envoûtant sur le Qouraychites, qu’ils tombèrent également involontairement en prosternation.

Cela ne devrait pas être surprenant, car en pareilles circonstances, comme cela a été mentionné ci-dessus, le cœur humain est parfois captivé et commet involontairement un acte contre ses principes et sa religion. C’est pourquoi nous avons parfois été témoins du fait qu’au cours d’une violente et brutale calamité, même un athée s’écrie : « Ô Mon Dieu ! » ou « Ô Rām ! » (Une divinité hindoue)

Or, les Qouraychites n’étaient pas athées : ils croyaient en l’être de Dieu, même s’ils étaient des polythéistes. »

Le constat est le même aujourd’hui. Quand on demande aux athées si le nom de Dieu leur vient à l’esprit ou sur les lèvres lorsqu’ils sont soudainement confrontés à un malheur, d’aucuns répondent à l’affirmative.

Ainsi, après la récitation de cette parole majestueuse, pleine de mots terrifiants, la communauté des musulmans est tombée en prosternation ; cela produisit un effet si envoûtant que les Qouraychites tombèrent également involontairement en prosternation. Cependant, pareille influence est généralement temporaire et l’homme retourne rapidement à son état d’origine. Il en fut de même des Qouraychites : en dépit de se prosterner, ils sont demeurés [idolâtres].

Tout cet événement est rapporté dans le recueil authentique d’Al-Boukhari. Par conséquent, si la nouvelle du retour des immigrés d’Abyssinie est vraie, elle indiquera que les Qouraychites (qui souhaitaient toujours le retour des immigrés d’Abyssinie, échappés de leur emprise) avaient probablement utilisé cet évènement pour répandre la rumeur selon laquelle les Qouraychites de La Mecque avaient embrassé l’islam et que cette ville était dorénavant sans danger pour les musulmans. Les immigrants d’Abyssinie étaient naturellement ravis d’entendre cette rumeur et, dans leur enchantement, étaient revenus sans réfléchir. Lorsqu’ils se trouvaient près de La Mecque, ils ont été informés de la situation réelle : certains, secrètement et d’autres sous la protection d’un chef puissant et influent des Qouraychites, étaient entrés à La Mecque, tandis que d’autres avaient rebroussé chemin.

Quoi qu’il en soit, s’il existait une vérité dans la rumeur de la conversion des Qouraychites à l’islam, elle se limiterait à l’incident de la prosternation lors de la récitation du chapitre An-Najm. Allah sait mieux.

En tout cas, même si les immigrants d’Abyssinie sont revenus [à La Mecque], la majorité d’entre eux est repartie [en Abyssinie]. De plus, étant donné que la tyrannie des Qouraychites et leur oppression augmentaient de jour en jour, sur l’instruction du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) les musulmans ont commencé à se préparer secrètement à émigrer. Au final le nombre d’immigrants en Abyssinie a atteint 101, dont 18 femmes. Très peu de musulmans sont restés à La Mecque avec le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Certains historiens ont qualifié cette migration de « deuxième migration en Abyssinie ».

Une première émigration avait donc été suivie par une deuxième.

Par la suite, après la permission d’immigrer à Médine, Abou Houdhaifah et Salim, son esclave affranchi, sont partis tous les deux à Médine. Ils avaient migré en Abyssinie dans un premier temps pour ensuite retourner à La Mecque. Puis, ils sont partis pour Médine où ils ont logé chez ‘Abbad Bin Bichr.

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a établi un lien de fraternité entre ‘Abbad Bin Bichr et Abou Houdhaifah.

Abou Houdhaifah avait aussi participé à l’expédition d’Abdoullah Bin Jahsh. Je présente quelques détails et l’arrière-plan de cette expédition selon les explications fournies dans l’ouvrage Sirat-Khataman-Nabiyyine.

Kurz bin Jābir al-Fihrī, un chef de La Mecque, avec une compagnie de Qouraychites, avait très habilement et subitement attaqué un pâturage de Médine, situé à seulement quatre kilomètres de la ville et avait fui avec des chameaux appartenant aux musulmans. Dès que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) en fut informé, il désigna Zaid bin Ḥārithah comme Amīr en son absence et se mit à la poursuite des assaillants avec un groupe de Compagnons. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) les poursuivit jusqu’à Safwān, une zone proche de Badr, mais Kurz réussit à s’échapper. Cette ghazwah est également connue sous le nom de la première ghazwah de Badr.

Ce raid de Kurz bin Jābir n’était pas un simple pillage commis par des Bédouins : il s’était attaqué aux musulmans au nom des Qouraychites, avec un motif particulier. Il est très probable qu’ils soient venus spécifiquement pour attenter à la vie du Saint Prophète, mais qu’en raison de la vigilance des musulmans ils se soient contentés de voler leurs chameaux avant de s’enfuir. Cela démontre également que les Qouraychites de La Mecque avaient prévu de piller Médine afin de détruire complètement les musulmans.

Naturellement, l’attaque soudaine de Kurz bin Jābir avait terrifié les musulmans ; et d’ailleurs les chefs de La Mecque menaçaient d’attaquer et d’anéantir les musulmans. Face à ces menaces, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) décida de surveiller de plus près les mouvements des Qouraychites, afin que toutes les informations nécessaires les concernant puissent être disponibles à temps et que Médine soit à l’abri de toutes attaques soudaines. À cette fin, le Saint Prophète rassembla un groupe de huit Mouhājirīn. Par sagesse, il choisit des hommes appartenant aux diverses tribus des Qouraychites, de sorte qu’il fût plus facile d’obtenir des renseignements sur les complots des Qouraychites. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) nomma son cousin paternel, ‘Abdoullah bin Jahsh, au poste de commandant de ce détachement. Abou Houdhaifah en faisait partie.

 Afin de s’assurer que la mission principale de ce détachement soit gardée secrète, même aux masses musulmanes, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) n’a même pas informé le commandant de l’endroit où il serait envoyé et le but de sa mission. Au moment de leur départ, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui a remis une lettre scellée et a déclaré : « Ceci contient les instructions nécessaires à votre intention. Ayant parcouru une distance de deux jours de Médine dans telle direction, ouvrez la lettre et agissez conformément aux instructions stipulées. »

‘Abdoullāh et ses compagnons ont suivi les ordres de leur maître. Après avoir parcouru deux jours de voyage de Médine, ‘Abdoullāh a ouvert les instructions du Saint Prophète, qui étaient les suivantes : « Dirigez-vous vers la vallée de Nakhlah entre La Mecque et Ṭā’if, obtenez des informations sur le Qouraychites et revenez avec les nouvelles à ce sujet. »

Comme cette mission de renseignement si proche de La Mecque était une tâche très délicate, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait écrit au bas de cette lettre qu’après que l’objectif de cette mission soit connu, si un des compagnons hésitait à l’accompagner et souhaitant revenir, il sera autorisé à le faire. ‘Abdoullāh a lu ces instructions à ses compagnons, qui ont unanimement affirmé : « Nous nous présentons volontiers pour ce service. » Ensuite, le détachement s’est rendu à Nakhlah. Sa’d bin Abī Waqqāṣ et ‘Outbah bin Ghazwān ont perdu leurs chameaux en cours de route et ont été séparés de leurs compagnons. Malgré tous leurs efforts, ils n’ont pas été en mesure de rejoindre leurs compagnons. Il ne restait donc plus que six personnes dans le détachement. Ils sont arrivés à Nakhlah et ont commencé leur mission qui était de s’informer sur les intentions des mécréants de La Mecque. Afin de garder leur mission secrète, certains se sont rasé la tête pour ne pas alerter les voyageurs afin qu’ils les prennent pour des pèlerins venus avec l’intention d’accomplir la ‘Oumra. Cependant, ils étaient à peine sur place quand une petite caravane de Qouraychites arriva soudainement : elle se rendait de Tā’if à La Mecque, et les deux groupes se sont rencontrés. Ils ont su qu’il s’agissait de musulmans. Ces derniers se sont consultés sur l’action à prendre. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) les avait envoyés dans le but d’obtenir secrètement des renseignements, mais d’autre part, la guerre avec les Qouraychites avait commencé.

Les deux adversaires étaient face à face et naturellement, étant donné que les membres de la caravane des Qouraychites avaient repéré les musulmans, leur mission secrète de renseignement ne resterait plus secrète. Une autre difficulté était que certains musulmans pensaient que c’était peut-être le dernier jour de Rajab, un des mois sacrés au cours duquel les combats étaient interdits, comme le stipulait l’ancienne coutume arabe. D’autres pensaient que le mois de Sha’bān avait déjà commencé. Selon certains récits, cette expédition avait été envoyée au cours du mois de Jamādiyul-Âkhir. Il y avait un doute sur le fait de savoir si ce jour était de celui de Jamādī ou de Rajab. D’autre part, la vallée de Nakhlah était située juste à la périphérie du Ḥaram (enceinte sacrée de la Ka’bah) et il était évident que si une décision n’était pas prise ce jour-là, la caravane entrerait dans le Ḥaram le lendemain, dont le caractère sacré était définitif. Par conséquent, en tenant compte de tous ces facteurs, les six musulmans ont décidé d’attaquer la caravane et de capturer ou de tuer ses membres. Par conséquent, ils ont lancé une attaque au nom d’Allah, causant la mort d’un homme appelé ‘Amr bin Al-Ḥadramī : deux autres ont été capturés mais le quatrième individu s’est échappé. Les musulmans n’ont pas réussi à l’appréhender. Par la suite, les musulmans ont saisi les biens de la caravane. Puisqu’un homme appartenant aux Qouraychites s’était échappé et que la nouvelle de ce conflit arriverait inévitablement rapidement à La Mecque, ‘Abdoullah bin Jahsh et ses compagnons sont rapidement rentrés à Médine avec le butin. »

Les orientalistes ont critiqué cet incident affirmant que ces compagnons ont été envoyés à dessein afin d’attaquer les mécréants. Cette accusation est infondée.

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) était extrêmement fâché quand il a su à propos de l’attaque lancée par les musulmans et a déclaré : « Je ne vous avais pas permis de vous battre au cours du mois sacré. » Il a refusé de prendre une part du butin.

Abdoullāh et ses compagnons ont ressenti un remords et une honte extrêmes. Ils se sont dit qu’ils étaient ruinés étant donné qu’ils avaient attiré la colère de Dieu et de Son Prophète. Ils étaient fort inquiets et d’ailleurs les autres compagnons les ont réprimandés en disant : « Vous vous êtes battus pendant le mois sacré, bien que vous n’ayez pas reçu l’ordre de vous battre durant cette campagne. »

D’autre part, les Qouraychites ont également soulevé un tollé, disant que les musulmans avaient violé la sainteté du mois sacré. Étant donné que ‘Amr bin Al-Ḥaḍramī, celui qui avait été tué, était un chef de clan et était également un allié de ‘Outbah bin Rabī’a, un chef de La Mecque, cet événement a enflammé les Qouraychites. Ils se sont âpretés à attaquer Médine.

Cette attaque au cours du mois sacré avait causé du bruit à la fois parmi les musulmans et les mécréants, et finalement le verset coranique suivant a été révélé, soulageant les musulmans, comme l’explique Hazrat Mirza Bashir Ahmad :

يَسْأَلُونَكَ عَنِ الشَّهْرِ الْحَرَامِ قِتَالٍ فِيهِ قُلْ قِتَالٌ فِيهِ كَبِيرٌ وَصَدٌّ عَنْ سَبِيلِ اللَّهِ وَكُفْرٌ بِهِ وَالْمَسْجِدِ الْحَرَامِ وَإِخْرَاجُ أَهْلِهِ مِنْهُ أَكْبَرُ عِنْدَ اللَّهِ وَالْفِتْنَةُ أَكْبَرُ مِنَ الْقَتْلِ وَلَا يَزَالُونَ يُقَاتِلُونَكُمْ حَتَّى يَرُدُّوكُمْ عَنْ دِينِكُمْ إِنِ اسْتَطَاعُوا

Ils t’interrogent à propos du combat pendant le Mois Sacré. Dis-leur : « Se battre pendant le Mois Sacré est grave, mais aux yeux d’Allāh, il est encore plus grave d’empêcher les hommes de suivre la voie d’Allāh, de se montrer ingrat envers Lui et d’empêcher les croyants de se rendre à la Saint Mosquée et d’en expulser ses vrais ayants droit ; et la persécution est un crime encore plus grave que le fait de tuer. » Ô musulmans les mécréants ne cesseront pas de vous combattre jusqu’à qu’ils vous aient détournés de votre foi, s’ils le peuvent. (2 : 217)

Selon l’histoire, les chefs des Qouraychites menaient leur propagande sanguinaire même pendant les mois sacrés. Voire ils étaient encore plus actifs dans leurs desseins maléfiques au cours de ces mois, profitant des rassemblements et des voyages qui y avaient lieu. En outre, de manière éhontée et afin de se satisfaire, ils réarrangeaient l’ordre des mois sacrés, [une pratique] connue sous le nom de Nas’ī.

Ils ont ainsi traité les musulmans jusqu’à la conquête de La Mecque.

Lors du traité de Ḥoudaibiyyah, malgré l’alliance conclue, les mécréants de La Mecque et leurs alliés ont attaqué une tribu alliée aux musulmans, dans la région du aram. Et ensuite, quand les musulmans ont commencé à soutenir cette tribu, ils se sont également battus contre eux dans la région même du Haram. Par conséquent, il était naturel que les musulmans trouvent réconfort dans cette réponse, et les Qouraychites se sont également calmés. Pendant ce temps, deux de leurs hommes sont arrivés à Médine pour faire libérer leurs deux captifs. Cependant, jusqu’à présent, Sa’d bin Abī Waqqāṣ et ‘Outbah n’étaient pas revenus. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) craignait qu’ils ne soient entre les mains des Qouraychites et que ces derniers ne les tuassent. C’est pour cette raison que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a refusé de libérer les captifs jusqu’à leur retour et a déclaré : « Lorsque mes hommes reviendront à Médine sains et saufs, je relâcherai les vôtres.» Par conséquent, quand ils sont retournés à Médine, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a libéré les deux captifs contre rançon. Cependant, un des deux captifs était si profondément impressionné par les hautes qualités morales du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et par la vérité de l’enseignement de l’islam lors de son séjour à Médine, qu’il a refusé de retourner, et a rejoint les serviteurs du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) en lui prêtant allégeance. Il a finalement été martyrisé à Bi’r-Ma’ūnah. Il s’appelait Ḥakam bin Kaisān.

Si on convertissait des gens par la violence et la force, il n’aurait pas ainsi accepté l’islam.

Le jour de la bataille de Badr, Abou Houdhaifah s’apprêtait à combattre son père, qui n’était pas musulman et qui avait accompagné les mécréants ; mais le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) l’en empêcha en disant : « Laisse-le. Quelqu’un d’autre le tuera ou le combattra. » Le père, l’oncle, le frère et le neveu d’Abou Houdhaifah ont été tués à Badr. Abou Houdhaifah a fait montre d’une grande patience et était satisfait du décret d’Allah. Il a remercié Allah d’avoir dévoilé la véracité du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) en lui accordant la victoire.

Ibn ‘Abbas relate ceci à ce propos. « Le jour de la bataille de Badr, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a ordonné de ne pas tuer ‘Abbas si jamais on le combattait parce qu’il avait été contraint de prendre part à la bataille. Il fallait l’emprisonner et pas le tuer. Abou Houdhaifah a commenté à ce sujet devant un de ses compagnons et pas directement devant le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) : « Allons-nous tuer nos pères, nos frères et nos proches, mais laisser en vie ‘Abbas ? C’est quoi, cela ? Si jamais je le trouve en face de moi, je le tuerai ! »

En entendant cela le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a dit à ‘Oumar : « Ô père de Hafs ! Que l’on s’attaque à coups d’épée à l’oncle du Prophète de Dieu ! »

‘Oumar déclara que c’était la première fois que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) s’adressait à lui par son nom d’emprunt « Père de Hafs ». ‘Oumar a répondu : « Ô Envoyé d’Allah permettez-moi de trancher le cou de celui qui a énoncé ces propos, car il est certainement un hypocrite. »

Abou Houdhaifah relate : « Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a empêché ‘Oumar d’accomplir son dessein. Mais à partir de ce jour je n’étais pas en paix en raison de la grande erreur que j’avais commise en énonçant ces propos malveillants. Je vivrai toujours dans la peur [de ces paroles] jusqu’à ce que le martyre pour la cause de l’islam m’en protège. »

On rapporte qu’il tomba en martyr le jour de la bataille de Yamama. Il avait prononcé ces paroles sous l’emprise de l’émotion : or il vécut dans la crainte tout au long de sa vie jusqu’au jour où il connut le martyre.

‘Aïcha relate que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a ordonné qu’on jette les cadavres des polythéistes dans une fosse ou un puits. Après l’exécution de son ordre le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) s’est placé devant les cadavres et a déclaré : « Ô vous qui gisez dans le puits ! La promesse que vous a faite votre seigneur s’est-elle accomplie ? (Celle faite par leur idole). La promesse que m’a faite mon Seigneur s’est réalisée. »

Dans un autre sens la promesse faite par Allah aux polythéistes signifie leur châtiment.

« La promesse que m’a faite mon Seigneur s’est accomplie : c’est-à-dire qu’il punira les polythéistes et qu’ils n’auront pas le dessus sur moi », a déclaré le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.).

Les compagnons ont demandé : « Ô Prophète d’Allah ! Parlez-vous à des cadavres ? »

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a répondu : « Ils ont su que la promesse que vous a faite votre Seigneur s’est accomplie. »

Le visage d’Abou Houdhaifah s’assombrit quand on jeta les cadavres dans le puits, car son père en faisait partie.

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui a demandé : « Ô Abou Houdhaifah ! Par Allah ! On dirait que le sort réservé à ton père t’a déplu ? »

Abou Houdhaifah répondit : « Ô Envoyé d’Allah ! Par Allah ! Je n’ai aucun doute sur Allah et Son Messager. Or mon père était tolérant, véridique et un bon conseiller. Il croyait qu’il avait raison et il n’avait aucune mauvaise intention. J’ai souhaité qu’Allah le guide vers l’islam avant sa mort. Or j’ai été triste lorsque j’ai constaté qu’il n’en sera pas ainsi et qu’il a connu une mort pareille. »

Sur ce, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) pria en faveur du bien-être d’Abou Houdhaifah. Celui-ci avait participé à toutes les batailles menées par le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et tomba en martyr lors de la bataille de Yamama au cours du Califat d’Abou Bakr à l’âge de 53 ou 54 ans.

Je vais mentionner à présent un ancien serviteur de la communauté et aîné de la Jama’at qui a rendu l’âme quelques jours auparavant. Il s’agit du Professeur Sa’oud Ahmad Khan Dehlvi, décédé le 21 janvier dernier. C’est à Allah que nous appartenons et c’est à Lui que nous retournerons. Son père, Hazrat Mohammad Hassan Ahsan Dehlvi était un compagnon du Messie Promis (a.s.). Le grand-père du défunt, Hazrat Mahmoud Hassan Khan, enseignant à Patiala, était lui aussi un compagnon du Messie Promis (a.s.) et il l’avait inscrit au numéro 301 de la liste de ses 313 compagnons en consignant ceci : « Maulvi Mahmoud Ahmad Khan Saheb, enseignant employé à Patiala. »

Dans son ouvrage Siraj-e-Mounir le Messie Promis (a.s.) a consigné une liste de ceux qui ont contribué à la construction d’une résidence pour les invités. Il s’y trouve le nom du grand-père du défunt : Maulvi Mahmoud Hassan Khan, de Patiala. »

Hazrat Mohammad Hassan Ahsan Dehlvi, le père du défunt, avait dix ans lorsqu’il assista au sermon révélé à Qadian et témoigna de visu de ce grand signe.

Le professeur Sa’oud Ahmad Khan dédia sa vie en avril 1945. Il avait complété sa maîtrise en la langue persane à l’université d’Aligarh. Dans un sermon de 1955, Hazrat Mouslih Maw’oud a évoqué le Waqf du défunt et de ses frères en ces termes : « Mohammad Hassan Ahsan Dehlevi à fait montre d’un exemple qui mérite des éloges. Il était un simple enseignant aux revenus modestes. Il s’est sacrifié afin de fournir une éducation tertiaire à ses enfants. De ses sept fils, il a confié quatre à la Jama’at ; et ces derniers sont en train de servir la religion. Ils servent tous en toute sincérité, respectant ainsi les exigences de leur Waqf. S’ils ne s’étaient pas tous dédiés ils auraient honoré le nom de leur père pour dix ou vingt ans tout au plus, en disant que leur père était un brave homme. Or, lorsque mon sermon sera publié, dit Hazrat Mouslih Maw’oud, des centaines de milliers d’ahmadis loueront Mohammad Hassan Ahsan, en disant qu’il était un ahmadi persévérant. Malgré ses maigres moyens, il a financé l’éducation tertiaire de ses sept fils et a confié quatre des leurs à la Jama’at. C’est-à-dire qu’il les a dédiés. D’ailleurs ses fils sont vertueux au point où ils ont accepté avec joie le sacrifice de leur père et l’ont soutenu dans sa décision.

De juin 1946 à octobre 1949, Sa’oud Khan Saheb a enseigné au lycée Talim-ul-Islam à Qadian. En octobre 1949, il a servi en tant que professeur d’anglais. Le deuxième Calife l’avait envoyé au Ghana, en Afrique de l’Ouest, pour servir la religion. Il était le premier vice-principal de l’école secondaire Ahmadiyya du Ghana. Afin de s’y rendre, il entama son voyage depuis Karachi le 30 avril 1950, et arriva à Kumasi le 30 juin. Ce voyage dura ainsi deux mois. Aujourd’hui ce trajet est faisable en 5-6 heures. Et dès le 1er juillet il commença à enseigner à l’école secondaire de Kumasi. Expliquant pourquoi son trajet avait duré deux mois, son neveu Irfan Khan écrit : « Pour sa première affectation, il partit pour le Ghana de Rabwah, et après un trajet très difficile de deux mois il arriva à Kumasi. À cette époque, on voyageait de bateau en bateau. » Les gens ne voyageaient pas en avion, ils voyageaient principalement en bateau. Il ajoute : « Il quitta Karachi pour se rendre à Aden. Il acheta un billet au prix de 160 roupies, les frais de restauration n’étaient pas inclus. Afin de se rendre de Aden jusqu’au Ghana, mis à part le bateau, il avait voyagé en bus et sur des camions, et il s’était rendu au Nigéria en avion. Afin d’acheter le billet d’avion pour le Nigéria, qui coûtait 55 livres sterling, il avait vendu sa valise, et d’autres de ses biens, et il enveloppa toutes ses affaires dans un drap. Ensuite le missionnaire du Nigéria lui acheta un ticket de bus pour se rendre au Ghana. »

En 1950, un projet a été lancé, qui consistait à envoyer huit missionnaires ahmadis en Afrique de l’Ouest, de l’Est et aux Pays-Bas. Son nom figure tout en haut de cette liste, où il est écrit : Numéro 1 Sa’oud Ahmad Khan Saheb, départ pour le Ghana le 25 du mois d’Awan 1329 de l’hégire.

Sur ordre du Mouslih Maw’oud, il revint au Pakistan en 1958, et fit un master en histoire à l’université du Pendjab. Au cours de cette période, son père, Mohammad Hassan Ahsan Dhelvi, décéda en août 1955 alors qu’il se trouvait au Ghana. En 1961, il fut affecté de nouveau au Ghana, où il eut l’opportunité de servir grandement la religion.

Sur accord du troisième Calife, pendant sa tournée des pays européens, on a décidé d’organiser dans la mosquée Moubarak de Rabwah après la prière du Maghrib une assemblée consistant d’un discours éducatif quotidien de quinze minutes. Cela débuta le 7 juillet. Ces discours étaient écoutés avec grand intérêt : on y présentait des faits religieux.

Sa’oud Khan comptait parmi les savants de la communauté qui avaient eu l’opportunité de faire des discours dans le cadre de ces assemblées. Lorsque le système de traduction des discours de la Jalsa Salana a été mis en place, le défunt eut l’honneur de traduire les discours du troisième Califerha en anglais et il rendit ce service jusqu’à la dernière Jalsa de Rabwah. Parmi les élèves du Professeur Sa’oud Khan Dehlvi, on compte Abdoul Wahab Adam du Ghana et Biké Adou qui avait vécu ici.

En 1968, lorsqu’il retourna au Pakistan, le troisième Califerha nomma le Professeur Sa’oud Ahmad Khan Dehlvi comme enseignant au lycée Talim-ul-Islam en 1969.

Le quatrième Calife nomma le Professeur Sa’oud Khan Saheb comme enseignant d’anglais à la Jamia Ahmadiyya pendant une année. Lorsqu’il fut affecté à la Jamia Ahmadiyya, il continua à enseigner au lycée Talim-ul-Islam. Le 2 mars 1987, il commença à servir à la Jamia Ahmadiyya, et il le fit pendant une année. Le frère aîné du Professeur Sa’oud Khan, Massoud Khan Dehlvi, qui était éditeur d’Al-Fazl, et qui est décédé il y a quelques années, avait pour habitude de dire : « Mon frère Sa’oud Ahmad est une bibliothèque ambulante. » C’est-à-dire, il avait beaucoup de connaissances et était un savant. Sa fille Rashida Saheba écrit : « Mon père était une personne emplie de compassion, très humble et un grand érudit. Il priait beaucoup, accomplissait la prière de Tahajjoud. Il avait un sens développé de l’hospitalité et était d’une grande modestie. » Tout ce qu’elle a écrit est vrai. Son neveu Nafis Ahmad Atiq, qui est missionnaire, écrit : « Le défunt était une personne humble, juste, qui avait confiance en Allah ; il était pieux et faisait preuve de simplicité. Sa fidélité et son enthousiasme pour servir la religion sont exemplaires pour toute personne qui a dédié sa vie. » Ce missionnaire ajoute : « Un jour, il m’a dit qu’il faut se vêtir et profiter des facilités de ce monde dans la mesure du raisonnable. Il n’est pas digne d’un Waqif-e-Zindagi qu’il s’adonne à la mode et qu’il ne recherche que le confort. Il était très pudique. »

L’un des élèves de Sa’oud Khan, Aiké Aliassi, qui est Ghanéen, écrit : « Sa’oud Saheb était le premier vice-principal de l’école secondaire Talim-ul-Islam de 1950 à 1955. Le docteur S.P. Ahmed Saheb en était le premier principal. Sa’oud Saheb était un grand savant de la langue anglaise, de l’histoire anglaise, et de l’histoire de l’Europe. Je n’ai vu personne qui l’égalait en maitrise de la grammaire de la langue anglaise, en particulier l’analyse des phrases. » Et il ajoute : « Il a joué un rôle crucial dans l’amélioration de mon niveau de langue. »

Mubashar Ayyaz, principal de la section sénior de la Jamia Ahmadiyya de Rabwah, écrit : « Le professeur Sa’oud Khan était une personne humble, sage, et savante. J’étais également étudiant quand il enseignait à la Jamia Ahmadiyya et jusqu’à la dernière année de la Jamia je l’ai vu se rendre à l’heure dans la salle de classe ; et il enseignait jusqu’à la dernière minute du cours. Les étudiants essayaient parfois de le distraire par diverses discussions afin de ne pas étudier, mais il l’évitait d’une belle manière, et non en étant sévère envers eux et il continuait son enseignement. » Il ajoute : « J’ai remarqué qu’il avait une grande considération à l’égard des étudiants qui avaient dédié leur vie, et si jamais dans la salle de classe il devait faire preuve de sévérité pour rappeler quelqu’un à l’ordre, il le faisait tout en préservant sa dignité. » Il continue : « Au tout début de la MTA, lorsque différentes émissions étaient enregistrées, Sa’oud Khan Saheb avait participé aux émissions qui portaient sur la vie du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Il était à un âge avancé, mais en dépit de cela il préparait lui-même l’intégralité des émissions avec beaucoup d’efforts, et il répartissait les questions entre nous. » Il ajoute : « Parfois, lors de la préparation des émissions les esprits s’échauffaient, et cela pouvait mener à des disputes au sujet du déroulé de l’émission ; mais comme le défunt était doux et modeste, aucun pli n’apparaissait sur son front, et on avait l’impression qu’aucune parole amère n’avait atteint son oreille. Si jamais une personne proférait de telles paroles, il souriait légèrement et reprenait en toute sérénité l’enregistrement de l’émission. »

Après le décès du Professeur Sa’oud Khan, son voisin Fazal Ilahi Malik Saheb, éclatant en sanglots déclara : « Tout le monde n’a pas la chance d’avoir un tel voisin. Le défunt était une personne très simple et emplie de connaissance. »

Il laisse derrière lui une fille et deux fils. L’un de ses fils Sa’ad Sa’oud Saheb sert actuellement en tant que président d’une Jama’at au Royaume-Uni. Qu’Allah exalte son rang. Comme je l’ai mentionné précédemment, en réalité il possédait des qualités plus exemplaires que celles que j’ai mentionnées. Le défunt éprouvait un énorme amour et une grande fidélité envers le Califat. Voire ces qualités dépassaient chez lui le seuil de l’ordinaire.

Qu’Allah permette à ses enfants et à sa descendance d’être toujours attachés à la Jama’at, et qu’Il exalte continuellement son rang. Après la prière je dirigerai sa prière funéraire en l’absence de la dépouille.


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