Sermon du vendredi 14 décembre 2018, prononcé par Sa Sainteté le Calife, Hadrat Mirza Masroor Ahmad, à la mosquée Baitul-Futuh à Londres. Après le Ta'awudh, le Tashahoud et la Sourate Al-Fatiha, Sa Sainteté le Calife a déclaré :

Le compagnon [du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.)] que j’évoquerai aujourd’hui se nomme Mistah Bin Uthatha. Il s’appelait en fait ‘Awf et son nom d’emprunt était Mistah. Sa mère s’appelait Oumm Mistah Salmah Bint Sakhar et était la fille de Rayta Bint Sakhar, la tante maternelle d’Abou Bakr.

‘Oubayda Bin Al-Harith et ses deux frères Toufayl Bin Al-Harith et Hussain Bin Al-Harith ont émigré à Médine accompagné de Mistah Bin Uthatha. Avant d’entreprendre le voyage ils ont décidé de se rencontrer dans la vallée de Naji’. Mistah Bin Uthatha est resté en arrière car il avait été mordu par un serpent. Le lendemain ils ont eu la nouvelle de la morsure et ils sont retournés à La Mecque et ont pris Mistah Bin Uthatha pour se rendre à Médine où ils ont logé chez ‘Abdour Rahman Bin Salama.

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait établi un lien de fraternité entre Mistah Bin Uthatha et Zayd Bin Muzayan. Mistah avait participé à la bataille de Badr et à toutes les [autres] batailles menées par le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.).

Huit mois après l’hégire, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) envoya ‘Oubayda bin Al-Hārith avec un corps expéditionnaire de 60 ou 80 cavaliers. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui attacha un drapeau blanc ; il fut porté par Mistah Bin Outhatha. L’objectif de cette expédition était d’arrêter une caravane commerciale qurayshite dont le chef était Abou Soufyan, selon certains, ou ‘Ikramah Bin Abi Jahl selon d’autres. D’autres disaient que Miqrad Bin Hafs en était le chef. Cette caravane commerciale des mécréants comprenait deux cents individus. Les compagnons l’ont rattrapé dans la vallée de Rabiq, aussi connue comme Wadan.

Il ne s’agissait pas d’une simple caravane commerciale : elle était armée jusqu’aux dents et d’ailleurs le profit qu’en tireraient [les Qurayshites] serait utilisé pour livrer bataille contre les musulmans. Les incidents [qui s’ensuivirent] prouvent qu’ils étaient prêts [au combat].

Les deux belligérants se lancèrent des flèches sans livrer bataille et sans se mettre en rang pour le combat. J’ai mentionné cet incident dans le passé en évoquant un autre compagnon. Sa’d Bin Abi Waqqas était le tout premier compagnon à y décocher une flèche : c’était d’ailleurs la toute première envoyée de la part de l’islam.

Miqdad Bin Aswad et Ounayna Bin Ghazwan – ou ‘Outbah Bin Ghazwan, selon Ibn Hisham et Tabari – sortirent des rangs des polythéistes pour se joindre aux musulmans. Ils étaient musulmans et souhaitaient s’unir à eux. ‘Oubayda bin Al-Hārith avait mené là la deuxième expédition militaire de l’islam. Après s’être lancé des flèches, les deux belligérants se sont séparés, car les polythéistes craignaient qu’une grande armée musulmane n’arrivât en renfort : pris de peur, ils s’éclipsèrent. Les musulmans ne les ont pas poursuivis. »

Leur but n’était pas de livrer bataille, mais d’intercepter les Mecquois pour leur faire comprendre qu’ils étaient prêts à livrer bataille s’ils souhaitaient combattre les musulmans.

Le jour de [la bataille de] Khaybar le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a offert à Mistah et à Ibn Ilyas cinquante Wasaq (une unité de mesure) de grain comme butin. Selon le recueil Tabaqat ul Kubrah, Mistah est décédé à l’âge de 56 ans en l’an 34 de l’hégire lors du Califat d’Ousmane. On dit aussi que Mistah était toujours en vie jusqu’à l’époque d’Ali, qu’il l’avait accompagné pour la bataille de Siffin et qu’il est décédé lors de la même année, c’est-à-dire en l’an 37 de l’hégire.

Abou Bakar (r.a.) pourvoyait aux subsistances de Mistah. Or ce dernier était de ceux qui avaient calomnié ‘Aisha (r.a.) et Abou Bakr avait alors juré de ne plus le soutenir. Le verset suivant a été révélé à ce propos :

وَلَا يَأْتَلِ أُولُو الْفَضْلِ مِنْكُمْ وَالسَّعَةِ أَنْ يُؤْتُوا أُولِي الْقُرْبَى وَالْمَسَاكِينَ وَالْمُهَاجِرِينَ فِي سَبِيلِ اللَّهِ وَلْيَعْفُوا وَلْيَصْفَحُوا أَلَا تُحِبُّونَ أَنْ يَغْفِرَ اللَّهُ لَكُمْ وَاللَّهُ غَفُورٌ رَحِيمٌ

« Et que ceux d’entre vous qui possèdent des moyens et de l’abondance ne jurent pas qu’ils ne donneront point aux parents proches et aux nécessiteux, et à ceux qui ont émigré pour la cause d’Allāh. Qu’ils pardonnent et montrent de la tolérance. Ne désirez-vous pas qu’Allāh vous pardonne ? Et Allāh est Très-Pardonnant, Miséricordieux. » (24 : 22)

En tout cas, après la révélation de ce verset Abou Bakr s’est à nouveau mis à pourvoir aux subsistances de Mistah. Ensuite lorsqu’Allah a innocenté ‘Aisha, les calomniateurs ont été punis. Selon certains récits, Mistah faisait partie de ceux qui ont été fouettés pour avoir calomnié Aisha.

Le Messie Promis (a.s.) a mentionné cet incident de calomnie étant donné son importance et les leçons qui s’y trouvent pour les musulmans. Il existe beaucoup de détail à ce propos. Allah a révélé des versets à ce sujet dans le Coran. Le Messie Promis (a.s.) déclare : « Selon la pratique d’Allah, Il relègue les menaces de châtiments quand on fait pénitence, l’on se repent et l’on fait de l’aumône. Il a enseigné les mêmes valeurs à l’homme. »

Le Messie Promis (a.s.) en citant cet incident a différencié la promesse de l’avertissement.

Il ajoute : « Selon le Coran et les hadiths, les hypocrites, dans leur bassesse, ont calomnié ‘Aisha. Certains compagnons, simples d’esprit, leur ont emboîté le pas. »

Ils ne souhaitaient pas fomenter le trouble et ont été victimes de leur naïveté.

« Un de ces compagnons prenait deux repas, quotidiennement, à la table d’Abou Bakr. Suite à son erreur, Abou Bakr a juré et émis l’avertissement qu’il ne lui offrirait plus rien à manger à l’avenir. Sur ce, le verset a été révélé :   

وَلْيَعْفُوا وَلْيَصْفَحُوا أَلَا تُحِبُّونَ أَنْ يَغْفِرَ اللَّهُ لَكُمْ وَاللَّهُ غَفُورٌ رَحِيمٌ

« Qu’ils pardonnent et montrent de la tolérance. Ne désirez-vous pas qu’Allāh vous pardonne ? Et Allāh est Très-Pardonnant, Miséricordieux. »

Abou Bakr a brisé cette promesse et lui a offert son repas comme à l’accoutumée. »

Le Messie Promis (a.s.) a ici résolu un problème. Il explique : « Annuler une menace qu’on a formulée fait partie des excellences morales. Si par exemple l’on a promis de frapper cinquante fois son domestique, lui pardonner suite à son repentir fait partie de la Sounnah de l’Islam. Ce sera là une manière de copier les qualités d’Allah. Or, l’on ne peut briser sa promesse car l’on aura des comptes à rendre à ce propos. Mais cela n’est pas le cas pour une menace.

L’on fait une promesse en tenant en compte tous les aspects positifs et négatifs et il est nécessaire de la respecter. L’on aura des comptes à rendre ou des amendes à payer si l’on brise sa promesse.

Le recueil du Sahih d’Al-Boukhari évoque la calomnie portée contre ‘Aisha. Je présente ces détails étant donné l’importance de cet incident. ‘Aisha (r.a.) relate : « Chaque fois que le messager d’Allah (s.a.w.) avait l’intention de partir en voyage, il tirait au sort parmi ses femmes et il prenait avec lui celle sur laquelle le sort était tombé. Il a tiré au sort parmi nous avant de partir au combat. Le sort est tombé sur moi et je l’ai accompagné. À l’époque le commandement sur le port du voile avait été révélé. J’ai été transportée [à dos d’un chameau] dans mon howdah (palanquin) et on me descendait de la monture [alors que je me trouvais à l’intérieur]. Nous avons poursuivi notre voyage et le messager d’Allah (s.a.w.) a terminé sa Ghazwa et il est retourné. Lorsque nous nous sommes approchés de la ville de Médine, il a annoncé la nuit qu’il était l’heure de partir. Quand on a annoncé la nouvelle du départ, je me suis levée et je suis partie avant l’armée.

Après avoir terminé un appel de la nature, je suis retournée vers ma monture. J’ai alors placé ma main sur ma gorge et j’ai constaté qu’il me manquait mon collier de perles de Zifar. Je suis retournée le chercher et ma quête m’a retenue. (Entre-temps) les gens qui me portaient sur mon chameau sont venus et ont pris mon howdah et l’ont mis sur mon chameau car ils croyaient que j’étais dedans. À cette époque, les femmes étaient légères, car elles ne grossissaient pas et la chair ne couvrait pas leur corps en abondance, car elles ne mangeaient que peu de nourriture. Les chameliers ont ignoré la légèreté du howdah tout en le portant ; et à cette époque j’étais encore une jeune fille. Ils ont fait avancer le chameau et ils sont tous partis (avec lui). J’ai retrouvé mon collier après le départ de l’armée. Ensuite, je suis retournée à leur emplacement pour ne trouver personne. J’ai décidé de rebrousser chemin à l’endroit où j’étais campée, pensant qu’ils ne me trouveront pas et reviendront me chercher. Toute assise je me suis assoupie et endormie. Safwan bin Al-Muattal As-Sulami Adh-Dhakwani était derrière l’armée. (Il était l’arrière-garde et passait derrière pour voir si on n’avait rien oublié.) Lorsqu’il est arrivé dans mon camp dans la matinée, il a vu la silhouette d’une personne endormie et il m’a reconnue étant donné qu’il m’avait vue avant [la révélation du] commandement sur le port du voile. Je me suis réveillée quand il a récité « Inna li l-lahi wa inna ilaihi raji’oun » dès qu’il m’a reconnue.

Il descendit de son chameau et le fit agenouiller et je suis montée sur l’animal. Il a pris les rênes et nous sommes partis. Nous avons rejoint l’armée quand elle était à l’arrêt pour une pause. (Suite à l’événement), certains ont été voués à la destruction. (C’est-à-dire certains ont commencé à calomnier ‘Aisha). ‘Abdoullah bin Oubayy bin Saloul était l’auteur de cette calomnie.

Après notre retour à Médine, je suis tombée malade pendant un mois. Les gens répandaient la calomnie. Mais j’avais un doute car durant ma maladie le messager d’Allah (s.a.w.) ne faisait pas montre de la même gentillesse que [celle qu’il montrait] quand je souffrais généralement. »

C’est-à-dire, la rumeur s’est répandue et l’on a calomnié ‘Aisha. L’affaire est arrivée jusqu’aux oreilles du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Dès lors, celui-ci n’était plus aussi prévenant que dans le passé à l’égard d’Aisha.

Le messager d’Allah (s.a.w.) entrait, saluait et demandait : « Comment va-t-elle ? » J’ignorais tout de cette calomnie (jusqu’à ce que je me suis enquise auprès de mes parents). Je n’ai découvert la calomnie que lorsque je suis sortie après ma convalescence. Je suis partie avec Oumm Mistah à Al-Manasi, où nous avions l’habitude de répondre à l’appel de la nature. Nous ne sortions que la nuit et c’était avant que nous ayons des toilettes près de nos maisons. »

À l’époque les gens se soulageaient en plein air. Les femmes sortaient la nuit, quand il faisait noir.

« À l’instar des Arabes du passé, nous partions [loin de nos maisons] en plein air pour nous soulager. Ainsi, Oumm Mistah, fille d’Abou Rouhm et moi-même étions en cours de route quand elle a trébuché en marchant sur son voile. Elle s’est exclamée : « Qu’il soit détruit ce Mistah ! » J’ai demandé : « Tes paroles sont dures ! Maudis-tu quelqu’un qui a pris part à la bataille de Badr ? » Sur ce, elle a commenté : « Ô fille naïve ! N’as-tu pas entendu la calomnie colportée par les gens ? » Puis elle me l’a racontée. Mon malaise s’est aggravé et lorsque je suis rentrée, le Messager d’Allah (s.a.w.) est venu chez moi et après m’avoir salué il a dit : « Comment vas-tu ? » J’ai répondu : « Donnez-moi la permission de partir chez mes parents. » Je voulais être sûr de la nouvelle par leur intermédiaire. Le Prophète d’Allah m’a permis de partir et j’ai demandé à ma mère : « De quoi parle-t-on alors ? » Elle a répondu : « Ô ma fille ! Ne t’inquiète pas. Toute femme charmante aimée de son mari et qui a des co-épouses est calomniée. » J’ai répondu : « Saint est Allah ! Est-ce que les gens parlent vraiment de cette façon ? » J’ai continué à pleurer cette nuit jusqu’à l’aube, je ne pouvais ni arrêter de pleurer, ni dormir. Lorsque la révélation divine a tardé, le messager d’Allah (s.a.w.) a appelé ʻAli bin Abi Talib et Ousama bin Zaid pour les consulter sur le divorce. »

En raison de l’amour du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) pour ses épouses, Ousama bin Zaid a dit : « Ô messager d’Allah ! Elle est votre femme et nous n’avons vu que le bien chez elle. »

‘Ali bin Abi Talib, qui était plus irascible, a déclaré quant à lui : « Ô messager d’Allah (s.a.w.) ! Allah ne vous met pas en difficulté. D’ailleurs il y a beaucoup d’autres femmes. Mais demandez à sa servante qui vous dira la vérité. »

Sur ce, le messager d’Allah (s.a.w.) a appelé Barira et lui a demandé : « As-tu déjà vu de quelque chose de suspect chez Aisha ? » Barira lui a répondu : « Par Allah ! Rien de la sorte. Je jure par Celui Qui vous a envoyé avec la vérité ! Son seul défaut est qu’elle est une jeune fille insouciante et qui s’endort [souvent], en laissant la pâte exposée aux chèvres domestiques qui viennent la manger. »

C’est-à-dire, elle n’a pas de vice : sa seule faiblesse est qu’elle s’endort [souvent].

Ce jour-là, le messager d’Allah (s.a.w.) du haut de sa chaire, s’est plaint d’Abdoullah bin Ubayy bin Saloul devant ses compagnons, en disant: « Ô musulmans! Qui me soulagera de cet homme qui m’a blessée en s’attaquant à ma femme ? Par Allah, je n’ai vu que le bien en elle. Et ils ont blâmé un homme dont je ne connais rien d’autre que le bien. Il ne rentrait jamais chez moi, sauf en ma compagnie. » Sa’d bin Mou’adh, s’est levé et a dit : « Ô messager d’Allah (s.a.w.) ! Je vous vengerai. S’il appartient à la tribu d’Al-Aws, je lui trancherai la tête, et s’il vient de nos frères, c’est-à-dire d’Al-Khazraj, alors sachez que nous exécuterons votre commande. » Sur ce, Sa’d Bin ‘Oubadah, le chef d’Al-Khazraj, s’est levé. Il était un brave homme mais la fierté de sa tribu l’avait enflammé. Il a dit : « Par Allah, tu as menti ! Tu ne voudras pas le tuer et tu ne vas pas le faire ! »

Une dispute a éclaté.

Ousayd bin Houdayr dit à Sa’d bin ‘Oubada : « Par Allah ! Tu es un menteur ! Nous allons certainement le tuer. Tu es un hypocrite qui dispute pour le compte des hypocrites ! »

Les membres des deux tribus d’Al-Aus et d’Al Khazraj étaient tellement excités qu’ils étaient sur le point de se battre. Le Messager d’Allah (s.a.w.) se tenait sur sa chaire. Il en est descendu et les a calmés jusqu’à ce qu’ils se taisent et lui aussi.

‘Aisha ajoute dans ce long récit d’Al-Boukhari : « Ce jour-là, j’ai continué à pleurer et je ne pouvais pas dormir. Au matin, mes parents étaient avec moi et j’ai pleuré pendant deux nuits et une journée pensant que mon foie éclaterait à cause des larmes. Mes parents étaient assis avec moi et je pleurais, quand une femme Ansarie m’a demandé l’autorisation d’entrer. Je lui ai permis de le faire. Elle s’est assise et a commencé à pleurer avec moi.

Pendant que nous étions dans cet état, le messager d’Allah (s.a.w.) est venu et s’est assis. Or, il ne s’était jamais assis à côté de moi depuis le jour de la calomnie : il venait et demandait aux autres comment je me portais.

Un mois s’était écoulé depuis la calomnie et il ne s’était pas assis à côté de moi. Il n’avait reçu aucune révélation divine concernant mon cas. L’Envoyé d’Allah a récité le Tashah-houd puis a dit : « Ô ‘Aisha ! J’ai entendu cette nouvelle à propos de toi. » C’était la première fois que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) me parlait à ce propos.

Il a ajouté : « Si tu es innocente, bientôt Allah le révélera. Si tu as commis un péché, repens-toi et pardon à Allah. Si l’on avoue ses péchés et demande pardon à Allah, Il fait preuve de clémence. » Lorsque le messager d’Allah a terminé son discours, mes larmes ont cessé de couler complètement. J’ai dit à mon père : « Répondez au messager d’Allah (s.a.w.) en mon nom. » Mon père a dit : « Par Allah, je ne sais pas quoi dire au messager d’Allah (s.a.w.) ! ». Puis j’ai dit à ma mère : « Répondez en mon nom au messager d’Allah (s.a.w.) ! » Elle a déclaré : « Par Allah, je ne sais pas quoi dire au messager d’Allah (s.a.w.) ! »

Malgré ma jeunesse et mon ignorance du Coran, j’ai déclaré : « Par Allah ! Je sais que vous avez entendu des propos diffamatoires qui se sont implantés dans vos esprits et vous croyez que c’est vrai !

Si je vous dis que je suis innocente, vous ne me croirez pas. Allah sait que je suis innocente. Il y a eu tant de rumeurs à ce sujet qu’on ne me croirait pas ! Si j’avoue [être coupable] vous me croirez sûrement tandis qu’Allah sait que je suis innocente. Par Allah, mon cas ressemble à celui du père de Joseph qui a dit aux frères de Joseph : « Aussi, je ferai preuve d’une patience bienséante. Et c’est seulement Allāh dont l’aide doit être invoquée contre ce que vous affirmez. » Puis je me suis éloignée, retournant vers mon lit, tout en espérant qu’Allah dévoilerait mon innocence. Mais, par Allah, je n’ai jamais cru qu’Allah révélerait des versets à mon propos car je me considérais trop indigne pour être mentionnée dans le Coran. Mais j’espérais que le Messager d’Allah (s.a.w.) ferait un songe dans lequel Allah prouverait mon innocence. Or, par Allah, avant que le messager d’Allah (s.a.w.) n’ait quitté son siège et avant que les membres de la famille ne soient partis, il a reçu une révélation. Il passait, en ces moments-là, dans un état très pénible. La sueur coulait de son corps comme des perles même par un jour d’hiver.

Quand il est sorti de cet état, il s’est levé en souriant et sa première phrase était : « Ô ‘Aisha ! Allah t’a innocentée ! » Puis ma mère m’a dit : « Lève-toi et remercie le messager d’Allah (s.a.w.) ! » J’ai répondu : « Par Allah, je n’irai pas vers lui. Je ne remercierai personne autre excepté Allah. »

Allah avait en effet révélé ces versets : « En vérité, ceux qui inventèrent le mensonge sont un groupe de parmi vous. »

Après la révélation de ces versets Abou Bakr, qui subvenait aux dépenses de Mistah bin Uthatha en raison de sa relation avec lui, a déclaré : « Par Allah, je ne donnerai plus jamais un sou à Mistah bin Uthatha après ses calomnies sur Aisha ! » Puis Allah a révélé : « Et que ceux d’entre vous qui possèdent des moyens et de l’abondance ne jurent pas qu’ils ne donneront point aux parents proches et aux nécessiteux, et à ceux qui ont émigré pour la cause d’Allāh. Qu’ils pardonnent et montrent de la tolérance. Ne désirez-vous pas qu’Allāh vous pardonne ? Et Allāh est Très-Pardonnant, Miséricordieux. » (24 : 22)

Abou Bakr As-Siddiq a déclaré : « Oui, par Allah, je souhaite qu’Allah me pardonne. » Il a recommencé à subvenir aux besoins de Mistah. »

‘Aisha ajoute : « Le messager d’Allah (s.a.w.) a également interrogé Zainab Bint Jahsh (c’est-à-dire sa femme) sur mon cas. « Que sais-tu d’Aisha d’après tes observations ? » Elle a répondu : « Ô messager d’Allah (s.a.w.) ! Je m’abstiens de dire ce que je n’ai pas entendu ou vu. ‘Aisha est chaste selon moi. »

Parmi les épouses du Prophète (s.a.w.), Zainab était mon égale. Mais Allah l’a sauvée de ce mal en raison de sa piété. Sa sœur, Hamna Bint Jahsh, a commencé à arguer en sa faveur et elle a connu le même de sort ceux qui ont été détruits. » C’est-à-dire qu’elle était parmi les calomniateurs et elle s’est ruinée.

Hazrat Mirza Bashir Ahmad Saheb a évoqué dans son livre Sirat-Khataman-Nabiyyine le même incident que j’ai tiré d’Al-Boukhari en présentant des points supplémentaires.

‘Aisha rapporte : « Lorsque le compagnon [Safwan] a récité Inna lillahi wa inna ilaihi raji’oun je me suis réveillée. Dès que je l’ai vu je me suis couvert le visage car le commandement sur le voile avait été d’ores et déjà révélé. Par Allah, il n’a pas prononcé un seul mot hormis cette formule. Ensuite il a amené son chameau tout près de moi et l’a fait asseoir à mes côtés. Et il posa ses pieds sur les deux genoux du chameau, afin qu’il ne puisse pas subitement se relever. Je suis montée sur l’animal. »

‘Aisha avait une très grande considération pour la révélation envoyée par Allah à son sujet : elle n’avait jamais pensé que cela aurait été possible.

Il s’agit d’un épisode important : une accusation grave a été portée à l’encontre de la famille du Saint Prophète (s.a.w.). ‘Aisha (r.a.) avait un statut important et cela était également dû au fait que le Saint Prophète (s.a.w.) avait déclaré qu’il recevait plus de révélations dans la chambre d’Aisha (r.a.). La sourate Al-Nour offre des directives détaillées au sujet de la réaction des croyants contre ces accusateurs : dix à onze versets complets couvrent ce sujet. Le Mouslih Maw’oud explique le verset suivant cité par ‘Aisha :

إِنَّ الَّذِينَ جَاءُوا بِالْإِفْكِ عُصْبَةٌ مِنْكُمْ لَا تَحْسَبُوهُ شَرًّا لَكُمْ بَلْ هُوَ خَيْرٌ لَكُمْ لِكُلِّ امْرِئٍ مِنْهُمْ مَا اكْتَسَبَ مِنَ الْإِثْمِ وَالَّذِي تَوَلَّى كِبْرَهُ مِنْهُمْ لَهُ عَذَابٌ عَظِيمٌ

« En vérité, ceux qui inventèrent le mensonge sont un groupe de parmi vous. Ne croyez pas que ce soit une mauvaise chose pour vous ; au contraire, c’est un bien pour vous. Chacun d’entre eux aura sa part de ce qu’il s’est acquis du péché et celui d’entre eux qui y a joué le rôle principal recevra un très grand châtiment. »

Les versets suivants évoquent l’affaire en détail. Faisant le récapitulatif de ce verset Hazrat Mouslih Maw’oud explique : « Lorsqu’ils arrivèrent à Médine, Abdoullah bin Oubayy bin Saloul et ses amis avaient répandu la rumeur qu’Aisha (r.a.) était restée intentionnellement en arrière (que Dieu nous en protège) et qu’elle avait une relation avec Safwan, qui l’avait fait voyager sur son chameau. Cette rumeur a pris une telle ampleur que certains compagnons naïfs y ont crue, tels que Hassan bin Thabit, Mistah bin Uthatha ainsi que Hamnah bint Jahsh, qui était la belle-sœur du Saint Prophète (s.a.w.). »

‘Aisha (r.a.) a été grandement affectée par cet événement. Très jeune, elle s’était perdue et s’est retrouvée seule dans un lieu désolé et terrifiant. À son arrivée à Médine, elle tomba malade en raison du choc. Cette solitude a aussi été l’une des causes de sa maladie. D’autre part les hypocrites répandaient de fausses rumeurs à son sujet, qui arrivèrent finalement jusqu’aux oreilles du Saint Prophète (s.a.w.). Voyant l’état de santé d’Aisha (r.a.), il ne pouvait pas lui en parler directement. Il ne lui demanda rien sur ce que colportaient les hypocrites à son sujet. Les rumeurs prenaient de l’ampleur. Aisha (r.a.) déclara : « Je m’étonnais de voir que lorsque le Saint Prophète (s.a.w.) rentrait à la maison, il n’avait pas bonne mine, et de plus il ne m’adressait pas la parole. » Il était très inquiet.

Elle ajoute : « Il partait après avoir pris de mes nouvelles auprès des autres. Un jour, après avoir obtenu l’autorisation du Saint Prophète (s.a.w.), je suis partie chez mes parents. »

Il y a eu l’incident qui s’est passé lorsqu’elle est partie se soulager en compagnie d’un membre de sa famille.

« En mentionnant le nom de son fils Mistah, elle s’exclama : « Qu’il soit maudit ! » Sur ce, ‘Aisha lui demanda la raison de ses imprécations. Elle répondit : « Pourquoi ne pas le maudire ? Ignores-tu les rumeurs qu’il répand à ton sujet ? » 

Le Mouslih Maw’oud (r.a.) ajoute : « Il semblerait que cette femme cherchait un moyen de faire parvenir ces rumeurs à Aisha (r.a.), qui n’en savait rien. Lorsqu’elle eut vent de cela, elle en fut très attristée et elle retourna chez elle. » Comme elle l’a mentionné avant, elle était déjà très faible et par la suite elle est devenue encore plus malade.

Ensuite il écrit : « Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait ensuite réuni ‘Oumar (r.a.), ‘Ali (r.a.), et Ousama bin Zaid (r.a.) afin de leur demander des conseils. ‘Oumar (r.a.) et Ousama bin Zaid (r.a.) dirent tous les deux qu’il s’agissait de rumeurs propagées par des hypocrites : elles étaient totalement infondées. Mais ‘Ali (r.a.), qui avait un tempérament trempé, déclara : « Que cela s’avère fondé ou non, vous devriez cesser toute relation avec une femme qui a fait l’objet de telles accusations. » Et il ajouta : « Interrogez sa servante. Elle vous dira s’il y a quelque chose de suspect. » Le Saint Prophète (s.a.w.) interrogea Barira, la servante d’Aisha (r.a.) : « Connais-tu un vice chez ‘Aisha ? » Elle répondit : « Elle ne possède aucun défaut, excepté le fait qu’elle s’endort en raison de son jeune âge… » et elle mentionna la même anecdote. 

Ensuite le Mouslih Maw’oud écrit : « Le Saint Prophète (s.a.w.) sortit et réunit les compagnons, puis s’exclama : « Quelqu’un me protègera-t-il de cet homme qui m’a causé tant de peine ? » Il faisait référence à ‘Abdoullah bin Oubayy bin Saloul. Sa’d bin Mu’adhra, le chef de la tribu de Aws, se leva et déclara : « Ô Prophète d’Allah, si cet homme fait partie de notre tribu, nous sommes prêts à le tuer. S’il fait partie de la tribu des Khazraj, nous le tuerons quand même. »

Le Mouslih Maw’oud (r.a.) ajoute : « Satan cherche constamment l’occasion pour créer le désordre. Il n’a pas raté celle-là. Les membres de la tribu des Khazraj ignoraient à quel point ces rumeurs avaient blessé le Saint Prophète (s.a.w.). Lorsque Sa’d bin Mu’adh a fait sa proposition, les autres tribus se sont mises en colère.

Sa’d bin ‘Oubadah se mit debout et dit à Sa’ad bin Mu’adh : « Tu ne peux pas tuer l’un des nôtres. Tu n’en as pas la force ! » D’autres compagnons se levèrent et dirent qu’ils tueront cet homme et que personne ne peut les en empêcher.  Le Mouslih Maw’oud (r.a.) continue : « Ces disputes ne se limitèrent pas qu’aux simples paroles. Les gens de Khazraj dégainèrent leurs épées pour livrer combat. Le Saint Prophète (s.a.w.) eut beaucoup de mal à les calmer. » Les hommes d’Aws proclamaient qu’ils tueraient celui qui a causé du tort au Saint Prophète (s.a.w.). Ceux de Khazraj disaient que les Aws n’étaient pas sincères dans leur déclaration car ils savaient que cet homme faisait partie de la tribu des Khazraj. Il est également vrai que les deux tribus aimaient le Saint Prophète (s.a.w.), mais Satan sema la zizanie [entre elles]. Le Mouslih Maw’oud (r.a.) continue : « Au vu des circonstances, l’on peut facilement imaginer la précarité de la situation. D’une part le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) était très attristé, et d’autre part les musulmans étaient sur le point de s’affronter avec des épées. » Parfois Satan engendre ce genre de situations même parmi les pieux.

Ensuite le Mouslih Maw’oud (r.a.) cite le même récit d’Aisha (r.a.). Questionnée à ce sujet, elle répondit : « Je mentirai si j’accepte ces accusations et si j’affirme que je suis entièrement innocente, vous ne me croirez pas. En ce cas je vous présente la réponse du père de Joseph : « Aussi, je ferai preuve d’une patience bienséante. Et c’est seulement Allāh dont l’aide doit être invoquée contre ce que vous affirmez. »

‘Aisha (r.a.) a ajouté : « Je me suis levée et je suis ensuite partie m’allonger sur mon lit. » Ensuite le verset que j’ai cité avant a été révélé, mentionnant que ceux qui ont proféré de graves mensonges sont un groupe de parmi les musulmans, mais ne considérez pas cela comme néfaste pour vous. Cela sera au contraire bénéfique, car grâce à ces accusations, le châtiment des accusateurs a été rapidement révélé. Les musulmans ont reçu un enseignement empli de sagesse. Chacun d’entre eux aura sa part de ce qu’il s’est acquis du péché et celui d’entre eux qui y a joué le rôle principal recevra un très grand châtiment.

Après cette révélation, le visage du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) s’illumina. ‘Aisha (r.a.) déclara que sa mère lui demanda de remercier le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), mais elle répondit qu’elle ne remercierait qu’Allah.

Le Mouslih Maw’oud (r.a.) explique dans un de ses sermons, que trois des accusateurs avaient été fouettés, dont Hassan bin Thabit, qui était le grand poète du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et Mistah, qui était le cousin d’Abou Bakr (r.a.). Il était si pauvre qu’il résidait dans la maison de celui-ci et mangeait à sa table. Abou Bakr (r.a.) lui achetait même des vêtements. Le troisième condamné était une femme. Ce châtiment est également rapporté dans le Sunan Abi Daoud. Certains pensent qu’ils ont été châtiés, d’autres croient le contraire. Qu’ils aient été punis ou non, Allah l’Exalté a pardonné à ce compagnon. Il a obtenu le châtiment d’ici-bas et comme je l’ai mentionné, il avait participé aux autres batailles. Mistah avait participé à la bataille de Badr et jouissait d’un grand statut. Allah l’Exalté lui a donné une bonne fin et a maintenu son statut. Qu’Allah exalte continuellement son rang.


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