Sermon du vendredi 04 mai 2018, prononcé par Sa Sainteté le Calife, Hadrat Mirza Masroor Ahmad, à la mosquée Baitul-Futuh à Londres. Après le Ta'awudh, le Tashahoud et la Sourate Al-Fatiha, Sa Sainteté le Calife a déclaré :

Le Messie Promis (a.s.) déclare : « Quelle était la condition de la culture, des mœurs et de la spiritualité de la nation arabe au moment de l’avènement du Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) ? Chaque foyer était en proie aux conflits, aux beuveries, à l’adultère, au brigandage et aux bagarres. Tous les maux sévissaient dans cette société. Aucun de ses membres n’avait de relation ou d’affinité avec Dieu ou les excellences morales. Chacun se posait en pharaon. Or, avec l’avènement du Saint Prophète Mohammad (s.a.w.), quand ils ont embrassé l’Islam, ils étaient empreints d’un si grand amour pour Dieu et d’unité, tant et si bien que chacun d’entre eux était prêt à mourir dans la voie de Dieu. Ils ont démontré par leurs actes la réalité du serment d’allégeance en laissant leur exemple à cet égard. Les compagnons du Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) ont fait montre d’une grande fidélité : on n’a pas vu d’exemples similaires dans le passé et on n’en verra pas à l’avenir. Or si Allah le souhaite, Il peut en montrer aujourd’hui encore. Ces exemples sont bénéfiques pour autrui. Dieu peut en faire naître dans ma Jama’at. Allah a brillamment décrit ces compagnons en ces termes :

مِنَ الْمُؤْمِنِينَ رِجَالٌ صَدَقُوا مَا عَاهَدُوا اللَّهَ عَلَيْهِ فَمِنْهُمْ مَنْ قَضَى نَحْبَهُ وَمِنْهُمْ مَنْ يَنْتَظِرُ

Parmi les croyants se trouvent ceux qui ont respecté la promesse faites à Allah. Certains ont déjà offert leurs vies et d’autres sont prêts à le faire. Si l’on réunit les versets du Coran définissant les vertus des compagnons, l’on n’en trouvera pas de plus éloquent que le verset précédent. »

Ainsi, ces compagnons sont pour nous des exemples dans le domaine de la vertu et du sacrifice. Dans certains de mes précédents sermons, j’ai évoqué les compagnons du Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) qui avaient participé à la bataille de Badr et quelques autres. Je me suis décidé à présenter, dans un premier temps, ceux qui ont participé à la bataille de Badr, en raison de leur statut particulier. Ils ont mérité le plaisir spécial d’Allah.

Pour le sermon d’aujourd’hui j’évoquerai Hamza, fils d’Abdoul Mouttalib : l’histoire et les hadiths évoquent en détail sa conversion à l’Islam ainsi que son martyre. Il est connu sous le titre de Sayyid-ous-Shouhada (le chef des martyrs), d’Asadoullah (le lion d’Allah) et d’Asad-our-Rasoul (le lion du prophète). Hamza était le fils d’Abdoul Mouttalib, un des chefs de La Mecque. Il était aussi l’oncle du Saint Prophète Mohammad (s.a.w.). Sa mère s’appelait Hala et était la cousine de la mère du Saint Prophète Mohammad (s.a.w.). Hamza était deux ans plus âgé que le Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) selon un récit et quatre ans selon un autre. Il était aussi le frère de lait du Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) : ils avaient été allaités par une esclave nommée Sobia. Hamza avait embrassé l’Islam six ans après que le Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) s’était proclamé envoyé divin, à l’époque du Dar-Arqam.

Dans son style particulier Hazrat Mouslih Maw’oud (r.a.) a relaté la conversion de Hamza à la lumière de l’histoire. Je vais mentionner quelques faits brièvement et en détail. L’on peut saisir la raison de sa conversion et son sens de l’honneur à l’égard du Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) grâce au récit de la persécution qu’Abou Jahl avait fait subir à l’Envoyé d’Allah.

Le Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) était assis sur une pierre entre les collines de Safa et de Marwa, se demandant comment établir l’unicité divine. Abou Jahl passa par là et l’apostropha : « Tu ne cesseras donc pas tes campagnes ? » Il proféra ensuite de grossières insultes à l’endroit du Saint Prophète Mohammad (s.a.w.). Celui-ci l’écouta patiemment sans broncher. L’infâme Abou Jahl s’avança et gifla le Saint Prophète Mohammad (s.a.w.). Devant l'endroit où se déroulait toute la scène se trouvait la maison de Hamza, qui n’était pas encore musulman à l’époque. Comme à l’accoutumée il était parti chasser à l’arc le matin. Il retournait le soir et assistait à la réunion des Koraïchites. Le jour de l’incident, il était parti à la chasse, mais son esclave avait été témoin de toute la scène. Elle avait vu de la porte de la maison comment Abou Jahl insultait le Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) et comment ce dernier endurait ces avanies sans broncher.

Hazrat Mouslih Maw’oud (r.a.) commente : « Elle était certes une femme et une incroyante. Certains habitants de La Mecque maltraitaient peut-être leurs esclaves mais certains, de nobles caractères, leur réservaient aussi de bons traitements. Après quelque temps l’esclave devenait membre à part entière de la famille. Il en était de même de l’esclave de Hamza. Elle était très émue ayant tout vu de ses yeux et tout entendu de ses oreilles. Elle était cependant impuissante : elle a enduré ces insultes et ces maltraitances, mais brûlait en son for intérieur. Quand le Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) est parti, elle est retournée à ses tâches. Le soir quand Hamza est retourné de la chasse, il est descendu de sa monture avec son arc fièrement dans la main. L’esclave, qui avait réprimé ses émotions pendant longtemps, s’est exclamée : « Tu n’as pas honte. Tu te pavanes comme un brave ! » Hamza lui a demandé tout étonnée : « Qu’est-ce qui se passe ? » L’esclave a répondu : « Ton neveu était assis là et Abou Jahl s’en est pris à lui ; il l’a grossièrement insulté pour ensuite le gifler. Mais Mohammad (s.a.w.) n’a pas bronché et a tout écouté silencieusement. Abou Jahl n’a cessé de l’insulter et il est parti quand il s’était lassé. Tu te poses en brave et tu es retourné fièrement de la chasse. Tu devais avoir honte qu’on traite ainsi ton neveu en ta présence. »

Hamza n’était pas musulman à l’époque parce qu’étant un des notables de La Mecque. En raison de son statut, il n’était pas prêt à embrasser l’Islam, quoiqu’il croyait que le Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) était véridique. Or, il n’était pas prêt à sacrifier sa gloire et son statut pour sa foi. Il avait les yeux rouges de colère quand il a entendu cela de la bouche de son esclave : ceci a attisé son sens de l’honneur pour sa famille. Ainsi, sans se reposer et tout courroucé il est parti vers la Ka’aba et il en a fait le tour. Ensuite il s’est joint à la réunion où siégeait aussi Abou Jahl, qui rirait de l’incident, tirant grand plaisir en le racontant. Bouffi d’orgueil, il disait : « Aujourd’hui j’ai insulté Mohammad (s.a.w.) et je l’ai maltraité ! » Hamza est directement parti vers Abou Jahl et lui a frappé durement à la tête à l’aide de son arc et lui a dit : « Tu te dis brave ! Tu racontes comment tu as humilié Mohammad (s.a.w.) et que celui-ci n’a pas bronché ? Je vais t’humilier à présent ! Si tu es brave, réponds-moi ! »

Abou Jahl était considéré comme un roi à La Mecque et se pavanait comme pharaon. Ses amis ont tenté de lui porter secours et ont voulu s’en prendre à Hamza. Mais Abou Jahl, qui était sidéré par le comportement de Hamza, s’est interposé et les a retenus. Il leur a dit : « Laissez-le ! J’ai eu tort et Hamza a raison. »

Hazrat Mouslih Maw’oud (r.a.) relate : « Quand le Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) retournait des collines de Safa et de Marwa il se disait : « Je ne vais pas me battre. Je vais endurer patiemment ces insultes. » Or, Dieu, sur son trône disait : « Allah n’est-il pas suffisant pour son serviteur ? » C’est-à-dire, ô Mohammad (s.a.w) tu n’es pas prêt à te battre. Mais ne sommes-nous pas présents afin de combattre l’ennemi à ta place ? » C’est ainsi que ce jour-là Allah lui accorda un dévoué [compagnon] pour combattre Abou Jahl. Dans cette même réunion où Hamza frappa Abou Jahl à la tête avec son arc, il s’annonça croyant et lui déclara : « Tu insultes Mohammad (s.a.w.) pour la simple raison qu’il se dit prophète d’Allah et que des anges descendent sur lui. Écoute ceci : à partir d’aujourd’hui je suis la religion de Mohammad (s.a.w.) et j’atteste en faveur de tous ses propos. Si tu es brave, viens te battre contre moi. »

C’est ainsi que Hamza devint musulman et selon les récits sa conversion renforça la foi des musulmans. Sir William Muir, l’historien britannique, commente que la conversion de Hamza et d’Omar renforça l’objectif du Saint Prophète Mohammad (s.a.w.).

Hamza émigra à Médine en compagnie d’autres musulmans et logea dans la maison de Kalthoum Bin Al-Hadam selon un récit ou dans la demeure de Sa’ad Bin Haithama selon un autre. Après l’émigration à Médine, le Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) établit un lien de fraternité entre Hamza et Zaid Bin Harith [de Médine]. C’est pour cette raison que Hamza fit un testament en faveur de son frère adoptif lorsqu’il se rendait à la bataille d’Ouhoud.

Les intrigues des mécréants ne cessèrent pas après l’émigration des musulmans et ils les tourmentèrent. D’où la vigilance des musulmans qui surveillaient les va-et-vient des mécréants. Le Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) envoyait des patrouilles observer les mouvements des Koraïchites et leurs intrigues et Hamza eu l’occasion de rendre de fiers services à cet égard. Au cours du mois Rabi-Ul-Awwal de la deuxième année de l’hégire le Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) envoya une patrouille de trente Muhajirine montés à dos de chameau sous le commandement de Hamza vers l’est. En atteignant leur destination, ils y virent Abou Jahl, le grand chef de La Mecque, accompagné de trois cents soldats pour les accueillir. Ils étaient dix fois plus nombreux ; or les musulmans étaient sortis en obéissance à Dieu et à Son Prophète et ne reculèrent pas par peur de la mort. Les deux armées belligérantes s’apprêtèrent à combattre quand Majdi Bin Amr Al Juhni, le chef de la région, qui était en relation avec les deux belligérants servit de médiateur et mit fin aux hostilités.

Selon les récits le Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) remit le tout premier étendard à Hamza. Selon d’autres Abou Ubaydah et Hamza étaient tous deux partis mener la même campagne ; d’où certains doutes à ce propos. En tout cas lors de la bataille [contre les] Banu Qaynouqa ce fut Hamza qui porta l’étendard du Saint Prophète Mohammad (s.a.w.).

Hamza a toujours respecté le conseil que le Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) lui avait donné, notamment de protéger sa dignité et son respect de soi. Selon les récits, après l’émigration, la situation financière de Hamza, à l’instar de celle des autres musulmans, était difficile. Abdoullah Bin Amr relate que durant cette période Hamza se présenta au Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) et lui demanda de lui confier quelque charge afin qu’il puisse subvenir à ses besoins. Le Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) lui répondit : « Hamza ! Souhaites-tu préserver ta dignité ou la bafouer ? » Hamza répondit : « Je préfère la protéger. » Le Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) ajouta : « En ce cas sauvegarde la ! »

Ensuite le Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) lui conseilla de mettre l’accent sur la prière, lui en enseigna quelques-unes, dont celle-ci qu’il lui recommanda fortement :

اللَّهُمَّ إِنِّي أَسْأَلُكَ بِاسْمِكَ الأَعْظَمِ وَرِضْوَانَكَ الأَكْبَرَ

C’est-à-dire : « ô Allah ! Je t’implore par Ton plus grand nom et Ton plus grand souhait. » Hamza a toujours goûté aux fruits de cette prière : selon les récits il avait une grande foi et une grande certitude dans ces supplications. Cela devait certainement en être le cas, car ce furent grâce aux bénédictions de ces prières qu’Allah fit sortir les Muhajirine de leur dénuement et combla tous leurs besoins. Quelque temps après Hamza épousa Khawla, la fille Qays, une Ansarie de la tribu Banou Najjar. Le Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) se rendait chez eux. Khawla relata par la suite ces moments affectueux en compagnie du Saint Prophète Mohammad (s.a.w.). Un jour elle lui demanda : « ô Envoyé d’Allah ! J’ai su qu’au jour de la résurrection Allah vous accordera la source d’Al-Kawthar, qui sera d’ailleurs intarissable. » Le Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) répondit : « En effet ! Sache aussi que je préfère que ton peuple, les Ansar, en profite plus que les autres. »

Le Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) ressentait cette grande affection pour les Ansar parce qu’ils lui avaient tout offert quand son peuple l’avait contraint à l’exil.

Selon les annales de l’histoire, la bataille de Badr eu lieu au cours de la deuxième année de l’Hégire. Aswad Bin Abdoul Asad Al-Makhzumi, un odieux et malveillant personnage de parmi les mécréants, promit qu’il boirait de la réserve d’eau du Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) et des musulmans. Il avait l’intention de corrompre cette eau ou de mourir tout près du réservoir. Hamza vint à la rencontre d’Aswad Bin Abdoul Asad Al-Makhzumi pour le combattre : d’un coup d’épée il lui trancha la jambe. Aswad tomba à la renverse et tenta de se rapprocher de la réserve d’eau afin d’accomplir sa promesse. Hamza le poursuivit et lui donna le coup de grâce tout près de l’eau. Il n’avait pu cependant en boire ou la corrompre.

Ali (r.a.) raconte ceci à propos de la bataille de Badr : « Les mécréants étaient beaucoup plus nombreux que les musulmans. Le Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) a passé toute la nuit à supplier Dieu en toute humilité. Nous nous sommes alignés quand l’armée ennemie s’est rapprochée de nous et nous avons vu soudainement un individu sur un chameau rouge dans les rangs ennemis. Le Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) m’a requis de demander à Hamza qui était cette personne, étant donné qu’il était plus proche des mécréants et de lui rapporter ses propos. Le Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) a commenté : « S’il est quelqu’un capable de leur prodiguer de bons conseils, il s’agit de celui monté sur ce chameau rouge. » Après quelque temps Hamza est venu informer le Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) qu’il s’agissait d’Utba Bin Rabia : il déconseillait aux mécréants de participer à la bataille. Abou Jahl lui répliquait qu’il était un lâche et qu’il avait peur de combattre. Utba, tout courroucé, a ajouté qu’on verra en ce jour qui est un véritable lâche. Ali relate qu’Utba Bin Rabia est sorti des rangs accompagnés de son fils et de son frère pour engager des duels. Plusieurs jeunes Ansar ont répondu à leur appel. Quand ils ont décliné leur nom, Utba leur a dit qu’il n’avait aucun grief contre eux et qu’il était sorti combattre uniquement les fils de son oncle.

Le Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) a demandé à Hamza, à Ali et à Ubaydah Bin Harith de s’apprêter au combat. Hamza s’est avancé dans la direction d’Utbah, Ali vers Shayba et Ubaydah vers Walid. Hamza et Ali ont fatalement blessé leurs adversaires et ont achevé Walid avant de porter Ubaydah hors du champ de bataille. Le Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) avait demandé à Hamza, à Ali et à Ubaydah Bin Harith de s’engager aux combats individuels. Étant donné qu’ils avaient le visage masqué Utbah leur a demandé de révéler leur identité. Quand Hamza s’est présenté annonçant qu’il était le lion d’Allah et de Son prophète, Utbah a répondu : « Ce sera là un valeureux combat ! »

Hamza portait une plume d’autruche afin de terrifier les mécréants lors de la bataille de Badr. Abdur Rahman bin Awf rapporte : « Ummaya Bin Khalf était l’un des chefs des Koraïchites qui torturait Bilal à La Mecque. Il a été tué à Badr par des Ansar. Il m’avait demandé qui était l’individu portant la plume d’autruche. J’ai répondu qu’il s’agissait de Hamza fils d’Abdoul Mouttalib. Il a commenté que Hamza leur avait fait subir les plus grandes pertes en ce jour de Badr. »

Sir William Muir, historien britannique, commente en ces termes sa participation de à la bataille de Badr : « Hamza, avec sa plume d’autruche flottant au vent, était partout. Il tua plusieurs chefs mecquois. »

Il fit montre de sa bravoure lors de la bataille d’Ouhoud : ses faits d’armes furent très douloureux aux yeux de Koraïchites de La Mecque. Le recueil de Boukhari relate en fait mention. Ja’afar Bin Amr Bin Ummaya Zamri relate : « Je suis sorti avec Ubaydullah bin ‘Adi Al-Khaiyar. Quand nous sommes arrivés à Homs (une ville en Syrie), Ubaydullah bin Adi m’a dit : « Voudriez-vous voir Wahshi pour que nous puissions l’interroger au sujet du meurtre de Hamza ? » J’ai répondu : « Oui ». Wahshi vivait à Homs. Nous nous sommes renseignés sur lui et quelqu’un nous a dit : « Il est à l’ombre de son palais, comme s’il était une outre pleine d’eau. » Nous sommes donc allés le voir, et quand nous étions à une courte distance de lui, nous l’avons salué et il nous a répondu. Ubaydullah portait son turban et Wahshi ne pouvait voir que ses yeux et ses pieds. Ubaydullah lui a demandé : « O Wahshi, est-ce que tu me reconnais ? » Wahshi l’a regardé attentivement et a répondu : « Non, par Allah ! Mais je sais que ‘Adi bin Al-Khiyar a épousé une femme appelée Um Qital, la fille d’Abou Al-Is, et elle lui a donné un garçon à La Mecque. J’ai cherché une nourrice pour cet enfant ; (une fois) je l’ai porté avec sa mère et ensuite je le lui ai remis. Tes pieds ressemblent à celui de cet enfant. Alors Ubaydullah découvrit son visage et dit (à Wahshi) : « Raconte-nous l’histoire de l’assassinat de Hamza. »

Wahshi a relaté : « Hamza avait tué Touayma bin ‘Adi bin Al-Khaiyar à Badr. Mon maître, Joubair bin Mut’im m’a dit : « Si tu tues Hamza pour te venger de mon oncle, tu seras libre. » Le peuple est parti pour la bataille d’Ouhoud. Aynayn est une montagne près du mont Ouhoud : entre les deux se trouve une vallée. Je suis sorti avec les gens pour la bataille. Quand l’armée s’est alignée pour le combat, Siba est sorti déclarant : « Y a-t-il quelqu’un pour accepter mon défi à un duel ? » Hamza bin Abdoul Mouttalib est sorti et a annoncé : « O Siba ! Mets-tu au défi Allah et Son Apôtre ? » Alors Hamza l’a attaqué et l’a tué, faisant de lui un être non-existant, comme le passé d’hier. Je me suis caché derrière un rocher, et quand Hamza s’est approché de moi, j’ai envoyé ma lance, l’enfonçant dans son abdomen et le faisant sortir de l’autre côté. C’était son dernier moment. Quand tous les gens sont revenus à La Mecque, je les ai accompagnés. Je suis resté à La Mecque jusqu’à ce que l’Islam s’y répande. Ensuite je suis parti pour Taïf. Quand le peuple (de Taïf) a envoyé leurs messagers à l’Apôtre d’Allah, on m’a dit qu’il ne pas faisait pas de mal aux messagers. Je suis sorti avec eux jusqu’à ce que j’atteigne l’Envoyé d’Allah. Quand il m’a vu il m’a demandé : « Es-tu Wahshi ? J’ai répondu : « Oui. » Il a dit : « Est-ce toi qui as tué Hamza ? » J’ai répondu : « C’est ce qui s’est passé tel que l’on vous a raconté. » Il a commenté : « Vaux mieux que tu ne te présentes plus devant moi. » Je suis donc parti.

Quand le Prophète d’Allah est mort, et que Mousaylama le menteur s’est rebellé, je me suis dit : « Je me battrai contre Mousaylama : peut-être pourrais-je le tuer et m’expier ainsi du meurtre de Hamza. Alors je suis sorti avec les gens (pour combattre Mousaylama et ses partisans) et ensuite des événements célèbres ont eu lieu concernant cette bataille. Soudainement j’ai vu un homme (c’est-à-dire Mousaylama) se tenant près d’une brèche dans un mur. Il ressemblait à un chameau de teint basané et ses cheveux étaient ébouriffés. J’ai envoyé ma lance, l’enfonçant dans sa poitrine jusqu’à ce qu’elle sorte entre ses épaules. Puis un Ansari lui a tranché le cou. » C’était là la fin de Mousaylama.

Umair Bin Ishaq rapporte que le jour de la bataille d’Ouhoud, Hamza Bin Abdoul Mouttalib se battait devant le Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) avec deux épées dans les mains. Il annonçait : « Je suis le lion d’Allah ! » Il avançait et reculait quand tout d’un coup il a trébuché et est tombé sur le dos. Wahshi Bin Aswad l’a vu et selon Abou Ousama, il l’a tué d’un coup de lance. »

Hamza est tombé en martyr lors de la bataille d’Ouhoud, lors du trente-deuxième mois de l’émigration du Saint Prophète Mohammad (s.a.w.). Il avait 59 ans. Selon les récits, Hind, la femme d’Abou Soufyan avait accompagné l’armée lors de la bataille d’Ouhoud. Hamza avait tué son père à Badr lors du duel et pour se venger elle s’était promis de consommer le foie de Hamza. Quand ce dernier est tombé sur le champ de bataille, les polythéistes ont commencé à mutiler les dépouilles des soldats musulmans, en leur tranchant le nez, les oreilles et les membres. On a apporté à Hind un morceau du foie de Hamza. Elle l’a mâché mais ne pouvant l’avaler, elle l’a craché. Quand le Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) a entendu à propos de l’incident, il a déclaré : « Allah a interdit au feu de l’enfer de goûter à la chair de Hamza. »

Quand le Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) s’était approché de la dépouille de Hamza et avait exprimé sa profonde tristesse, [Dieu] lui a informé à propos de l’éminent statut du martyr. La biographie d’Ibn Hisham relate que le Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) s’est adressé à la dépouille en ces termes : « Face à ton malheur, jamais je ne souffrirai tant. Je n’ai jamais vu de scène plus douloureuse. » Ensuite il ajouta : « L’ange Gabriel est venu et m’a informé que Hamza bin Abdoul Mouttalib a été reconnu dans les sept cieux comme le lion d’Allah et de Son Prophète. »

Zoubair (r.a.) a rapporté qu’à la fin de la journée de la bataille d’Ouhoud, une femme s’avança très rapidement et était sur le point de voir les dépouilles des martyrs. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) ne souhaitait pas qu’aucune femme les voie ; cela laisse suggérer à quel point les corps étaient mutilés. Il ordonna donc : « Arrêtez-la ! Arrêtez-la ! » Zoubair (r.a.) déclare : « Lorsque j’ai regardé attentivement j’ai vu qu’il s’agissait de ma mère Safia (r.a.). J’ai couru vers elle et j’ai réussi à l’intercepter avant qu’elle n’arrive jusqu’aux corps des martyrs. En me voyant, elle me frappa la poitrine et me repoussa  – c’était une femme forte – et me dit : « Ôte-toi de mon chemin, je ne veux point t’écouter. » J’ai répondu : « Le Saint Prophète (s.a.w.) m’a ordonné de vous arrêter ! Ne regardez pas ces corps ! » En entendant cela elle s’arrêta net et en sortant des draps elle me dit : « Voici deux tissus que j’ai apportés pour mon frère Hamza, car on m’a informé qu’il est tombé en martyr. » »

Tel était le degré d’obéissance dont faisait preuve les gens à cette époque, en attendant ce que le Saint Prophète (s.a.w.) avait dit, malgré sa grande peine et le fait qu’elle était sous la forte emprise de ses émotions, elle se contrôla, et s’arrêta aussitôt lorsqu’elle entendit que l’ordre provenait du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Il s’agit là d’une obéissance totale, elle dit ensuite qu’elle avait apporté des tissus pour son frère en apprenant qu’il était tombé en martyr et demanda qu’on recouvre la dépouille.

Il ajoute : « Quand nous allions recouvrir le corps de Hamza (r.a.) de ces deux draps, nous avons vu à son côté un Ansar tombé en martyr. Il avait subi le même sort que Hamza (r.a.). Nous étions embarrassés à l’idée de recouvrir le corps de Hamza (r.a.) avec deux draps et pas celui de l’Ansar. C’est pour cette raison que nous avons décidé d’utiliser un pour Hamza et l’autre pour l’Ansar. Lorsqu’on a évalué la taille des martyrs, nous avons remarqué que l’un des deux était plus grand que l’autre. Nous avons donc procédé à un tirage au sort pour attribuer un drap à chaque corps. Le corps de Hamza (r.a.) a ainsi été couvert d’un seul linceul. Mais lorsque le linceul couvrait sa tête ses pieds se dénudaient, lorsqu’il était tiré vers les pieds sa tête était à découvert. Sur ce le Saint Prophète (s.a.w.) ordonna de couvrir sa tête, et de recouvrir les pieds avec de la paille ou de l’herbe coupée. Hamza et Abdoullah bin Hajsh, qui était son neveu, ont été enterrés dans la même tombe. Le Saint Prophète (s.a.w.) dirigea d’abord la prière funéraire de Hamza. Abdoullah bin Massoud rapporte que le Saint Prophète (s.a.w.) mit la dépouille de Hamza devant lui pour sa prière funéraire. Le corps d’un compagnon Ansar fut placé à ses côtés, et ensuite il dirigea la prière funéraire de ce dernier. Le corps de ce compagnon était ensuite retiré, mais celui de Hamza restait au même endroit. De ce fait, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) dirigea la prière funéraire de Hamza 70 fois aux côtés des autres martyrs, car à chaque prière funéraire.

Abou Houraira rapporte que Hamza faisait montre d'une grande compassion à l’égard de ses proches et était toujours parmi les premiers à accomplir de bonnes œuvres. Après son martyre, en s’adressant à la dépouille de Hamza, le Saint prophète (s.a.w.) proclama : « Que les grâces d’Allah t’accompagnent ! Il semble que personne d’autre n’était plus affectueux et pieux que toi. À partir de ce jour aucune tristesse ne t’affligera ! »

Les compagnons mentionnaient avec tristesse les conditions désolantes et pénibles dans lesquelles Hamza, l’oncle du Saint Prophète (s.a.w.) et chef courageux fut enterré. Par la suite à l’époque d’aisance, en se remémorant ces moments difficiles Khabaab avaient pour coutume de dire que le linceul de Hamza était court : on couvrit sa tête avec le tissu et de l’herbe fut placé sur ses pieds.

Abdour Rahman bin Awf relate un récit similaire. Un jour à la rupture de son jeûne on lui offrit un copieux repas : cela lui rappela la période d’austérité. Il commenta : « Hamza tomba en martyr : il était meilleur que moi et son linceul n’était pas assez grand. Par la suite nous avons obtenu les biens de ce monde, j’ai peur que nous ayons reçu trop rapidement les récompenses de nos actes de piété. » C’est-à-dire qu’ils avaient été récompensés ici-bas. Ensuite il fondit en larmes : il pleura tellement qu’il arrêta de manger.

Allah était satisfait de ces personnes et elles étaient satisfaites d’Allah. Dans les moments de prospérité ils se souvenaient de leurs frères et de leurs conditions d’antan. Qu’Allah fasse preuve de pardon à l’égard de tous. Allah l’Exalté leur avait donné la bonne nouvelle du Paradis : qu’Il exalte continuellement leur rang.

Abdoullah Bin Omar rapporte que lorsque le Saint Prophète (s.a.w.) est rentré d’Ouhoud, il avait entendu que les femmes des Ansar pleuraient et se lamentaient de la mort de leurs maris. Le Saint Prophète (s.a.w.) déclara : « Que se passe-t-il ? Pourquoi personne ne pleure Hamza ? » Quand les femmes des Ansar apprirent au sujet du martyr de Hamza, elles se réunirent pour se lamenter.

Ensuite le Saint Prophète (s.a.w.) s’était endormi, et lorsqu’il se réveilla les femmes étaient encore en train de pleurer. Le Saint Prophète (s.a.w.) déclara : « Vont-elles continuer à pleurer ainsi en prenant le nom de Hamza ? Dites-leur de repartir. » Le Saint Prophète (s.a.w.) leur demanda de rentrer et de ne jamais se lamenter et s’affliger de la mort d’une personne. 

En déconseillant cette pratique, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) mit un terme à toute forme de lamentation. Il avait pris en considération avec sagesse les sentiments des femmes des Ansar. Au lieu de les empêcher de se lamenter sur la mort de leurs maris et de leurs frères, il a d’abord attiré leur attention sur Hamza et ce grand malheur ayant frappé la communauté : le Saint Prophète (s.a.w.) en était le plus attristé. Ensuite en leur ordonnant de ne pas se lamenter sur la mort de Hamza, il présenta son propre exemple et leur enseigna la patience : cela fut très efficace. Le Saint Prophète (s.a.w.) ressentit jusqu’à la fin la tristesse de la séparation de Hamza.

Lorsque Hamza tomba en martyr, Kaab Bin Malik avait écrit dans ses vers funèbres : « Mes yeux sont en larmes ; ils ont raison de pleurer le décès de Hamza. Mais à quoi bon ces sanglots, ces lamentations sur la mort du lion d’Allah ? Hamza, lion d’Allah ! Le jour de son martyre le monde s’exclama : un vaillant guerrier n’est plus ! »

Qu’Allah exalte continuellement le rang de ces compagnons, et que les musulmans puissent se remémorer jusqu’aux derniers jours leurs exemples de sacrifices et qu’Il nous permette aussi de suivre leur pas dans la voie de la piété et de la vertu.


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