La Suisse - le minaret n’est pas un symbole politique

Le 29 novembre 2009 les Suisses vont voter pour ou contre la construction de nouveaux minarets sur le territoire helvétique. Ce référendum est l’initiative de l’UDC (Union démocratique du centre), parti de droite nationaliste suisse, et vise à amender l’Article 72 de la constitution en y ajoutant la phrase « la construction de minarets est interdite ».

L’UDC et ses partisans affirment que le minaret « exprime la volonté d’imposer un pouvoir politico-religieux » et l’initiative pour l’interdiction des minarets vise à « interdire un symbole de pouvoir politico-religieux qui exclut la tolérance afin de garantir la liberté religieuse pour tous ». Ces affirmations sont complètement infondées.

Dans la tradition musulmane, le but premier du minaret est d’offrir au muezzin une position élevée pour lancer l’appel à la prière. L’appel à la prière en Islam est comparable aux sonneries de clocher pour une église : ils ont pour but de signaler aux fidèles l’heure du culte. Par respect pour les riverains et pour ne pas les incommoder, aucun appel n’est lancé du haut des minarets des mosquées de la communauté Ahmadiyya ; l’appel est fait à l’intérieur même de la mosquée. Néanmoins, le minaret est un aspect architectural important des mosquées.

Le minaret n’a aucun but politique et il n’a pas pour vocation de dominer la société ou d’interdire la liberté religieuse. Dans toutes les mosquées de la communauté Ahmadiyya du monde, les valeurs inculquées reflètent les principes fondamentaux de l’Islam : la justice absolue, l’amour et la tolérance. « Point de contrainte en religion », comme l’affirme le Coran.

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Mosquée Mahmoud (construite en 1963) à Zurich
Son minaret est le plus ancien de Suisse

À noter que le plus vieux minaret en Suisse est celui de la mosquée Mahmoud, inaugurée en 1963 (à Zurich) par la Communauté Islamique Ahmadiyya. Il n’y avait pas d’opposition à la construction de la mosquée en 1962 et depuis, la mosquée fait partie du paysage urbain et ne dérange personne.

À propos du référendum, M. Abid Khan, porte-parole de la Communauté Islamique Ahmadiyya déclare :

« Ceux qui veulent interdire les minarets ont mené une campagne incendiaire et irresponsable aux relents d’islamophobie. Leur affiche de campagne anti-minaret présente une femme vêtue d’une burqa noire devant un maquis de minarets en forme de missiles sortant du drapeau helvétique. Pareille affiche favorise l’hostilité et la mésentente au lieu de promouvoir le dialogue et la compréhension.

L’interdiction des minarets en Suisse sera une atteinte aux droits fondamentaux des musulmans sur ce territoire. Cet amendement constituera une violation des articles 18 et 9 de la Charte internationale des droits de l’homme et de la Convention européenne des droits de l'homme respectivement. Ces deux articles qui garantissent le droit de manifester sa religion ou sa conviction ont été ratifiés par le gouvernement helvète. »

L’interdiction des minarets est d’autant plus étonnante et inquiétante pour un pays comme la Suisse, réputée pour sa tolérance religieuse et qui est une terre d’asile pour les adeptes d’autres croyances. Ces idéaux sont menacés par une proposition discriminatoire et l’on ne peut qu’espérer que les Suisses vont voter contre cet amendement le 29 novembre prochain.


Muezzin : Le membre de la mosquée chargé de lancer l'appel à la prière cinq fois par jour.