Traduction du sermon du vendredi 10 octobre 2014, prononcé par Sa Sainteté le Calife, Hadrat Mirza Masroor Ahmad, à la mosquée Baitul-Futuh, à Londres.

Allah enjoint le croyant d’être Son véritable adorateur et de respecter toutes les exigences de la moralité afin qu’il mérite son titre [de croyant]. Le signe distinctif de celui-ci est qu’il rend culte à Dieu tout en évitant toute chose futile. Il n’est point possible de se dire croyant pour ensuite commettre des actes contraires à la moralité. En règle générale l’on est coupable d’inconvenance quand on nourrit en soit de l’arrogance ; d’où cette affirmation du Coran à propos des serviteurs du Dieu Gracieux :

يَمْشُونَ عَلَى الْأَرْضِ هَوْنًا

à savoir qu’ils marchent sur la terre humblement. Celui qui possède cette qualité ne se contente pas de se prémunir des querelles et des troubles, il est aussi toujours enclin à la réconciliation, il possède aussi d’autres vertus des plus nobles. L’on sera un croyant véritable quand, tout en faisant montre de ces grandes qualités, on se fixe pour objectif le plaisir de Dieu et qu’on s’évertue à Lui rendre culte.

Tout individu possède des aptitudes et une capacité physique qui lui sont propres ; d’ailleurs certaines conditions temporaires peuvent entraver [le progrès du croyant], ce qui sous-entend qu’il ne peut maintenir à un seuil constant sa condition morale ou ses actes d’adorations, dont le but premier est d’affiner sa spiritualité.

D’où les concessions qu’Allah a accordées au croyant suivant de sa condition : Il ne confie point à l’homme des fardeaux qu’il ne peut porter. Dire qu’il est impossible de mettre en pratique certains préceptes de Dieu dans le cas de l’Islam est inacceptable.

Allah a certes rendu obligatoire au croyant la Salat (les cinq prières quotidiennes), mais Il lui a aussi accordé de nombreuses concessions. Par exemple, si l’on ne peut se tenir debout pour prier on a la permission de s’asseoir pour le faire. Celui qui ne peut s’asseoir parce qu’il est malade ou faible peut prier en s’allongeant. D’ailleurs aucune règle qui ne stipule que l’on doit s’allonger d’une manière particulière. Le voyageur ou celui qui est sujet à d’autres contraintes peut raccourcir ses prières ou les combiner. En somme personne ne peut dire que sa condition l’empêche d’accomplir la prière. Il est aussi permis à ceux qui sont contraints de porter des vêtements sales en raison de leur emploi de prier avec. S’il n’y pas d’eau pour accomplir les ablutions, on peut faire le tayyammum. Ainsi aucune personne douée de bon sens n’acceptera le prétexte qu’il est impossible de prier. La Salat est une obligation tant que l’on est en pleine possession de ses facultés mentales. L’affirmation qu’il est impossible de l’accomplir en telle ou telle situation est de ce fait inacceptable. [Cependant] d’aucun osent présenter des prétextes [pour ne pas prier]. Ceux qui y ont recours s’écartent en fait de la foi. Il incombe à chacun d’entre nous d’être vigilant à ce propos.

Après le sermon que j’ai prononcé en Irlande, dans lequel j’ai attiré votre attention sur la salat (les cinq prières quotidiennes), j’ai reçu une lettre d’un missionnaire des Etats-Unis – et d’autres venues d’ailleurs ­– qui disaient qu’il y avait désormais une plus grande présence à la mosquée. Cela met en évidence que d’aucuns ne venaient pas à la prière en raison de certaines contrainte ou parce que c’était impossible : c’était tout simplement la paresse qui les en empêchait. Les conseils qu’on leur a prodigués à ce propos ont eu de l’effet sur eux ; il leur importe maintenant de maintenir cet effet. D’ailleurs une autre distinction du croyant est qu’il est attentif aux conseils qu’on lui donne.

La Majlis-Khuddam-Ul-Ahmadiyya ainsi que la Lajna Imaillah doivent lancer une campagne spéciale visant à promouvoir chez les jeunes l’habitude à accomplir la Salat. Il est plus facile de respecter les exigences de la Salat [quand on est jeune] et qu’on jouit de bonne santé : c’est là une réalité qu’évoque le Messie Promis (a.s.). A un âge avancé la maladie empêche le croyant de satisfaire toutes les exigences du culte de Dieu. Ainsi l’on doit, s’il est nécessaire, forcer sa nature afin de s’acquitter des obligations imposées par Dieu, au lieu de les éviter en dépit de toutes les concessions qu’Il a accordées. Ayant reçu une bonne santé de la part Dieu, Il nous sied de Lui prouver notre reconnaissance en respectant nos obligations envers Lui et en L’adorant. Nous devons faire preuve de la plus grande vigilance à ce propos sinon notre foi ne sera point parfaite.

Je me tourne maintenant vers le deuxième point qui concerne l’éthique [ou les hautes valeurs morales]. Une des distinctions de ceux qui en possèdent est qu’ils sont honnêtes, qu’ils s’accrochent à la vérité. Pareil comportement sera possible quand on éprouvera une haine farouche à l’égard du mensonge ; mais dans la vie courante on y a recours en maintes occasions. D’aucuns disent : « Je n’avais pas l’intention de mentir. Le mensonge est sorti de ma bouche par inadvertance. » C’est ce qu’on entend de certains demandeurs d’asiles [qui tentent de s’établir ici]. S’ils n’avaient pas l’habitude de mentir des contrevérités ne seraient jamais sorties de leurs bouches. En tout cas Allah est Pardonnant, Il excuse ceux qui prennent conscience de leurs erreurs. Mais ces derniers doivent, en pareilles situations, éprouver du remords pour l’impair qu’ils ont commis. Si un menteur ne ressent aucun regret pour le mensonge qu’il a proféré et que sa tromperie a nuit aux intérêts d’autrui, s’il n’essaye pas de compenser le tort qu’il a causé mais qu’il s’entête à travestir la réalité, ou s’il insinue qu’il ne peut se passer de cette contrevérité, en ce cas il ne peut ni se cramponner à la foi ni faire montre de valeurs morales. Pareil individu doit comprendre qu’il n’est certainement pas sur le droit chemin.

En ce qui concerne les règles de la bienséance Allah déclare :

وَقُولُوا لِلنَّاسِ حُسْنًا

« Vous devez parler avec bienveillance aux hommes… » (Saint Coran, chapitre 2, verset 84) : c’est-à-dire qu’il faut être courtois envers les hommes, les parler avec bienveillance.

Même si d’aucuns ont un caractère rude ou brutal ils ne parlent pas généralement aux autres de manière brusque. Quand Allah dit qu’il faut parler aux hommes avec bienveillance, Il s’adresse à ceux qui sont rudes et leur demande d’être aimables, de ne pas prononcer des paroles blessantes, de ne pas s’emporter pour des broutilles. Mais d’aucuns, en raison de leur caractère, sont vifs et s’emportent sur le champs. Si ces individus, après avoir prononcer des paroles dures, en ressentent du remords, s’ils tentent de compenser les peines qu’ils ont causé à autrui, s’ils font pénitence et implorent le pardon divin, qu’ils sachent que Dieu a maintenu grande ouverte la porte du pardon et qu’Il acceptera leur repentir.

Mais quant à ceux qui font fi de ce précepte divin, qui ont toujours recours à la violence et à la brutalité, et qui ne ressentent aucun remords, ceux-là tombent dans la bassesse morale et de surcroît sont pécheurs aux yeux de Dieu. Leurs actes d’adorations ne sont d’aucune utilité. Allah promet Son pardon à ceux qui commettent un impair suite à une émotion passagère ou sous le coup de la colère, mais qui, après s’être maîtrisé, ressentent du remords et de la honte pour leurs actes et qui essayent de réparer les torts qu’ils ont commis. Mais celui qui ne ressent aucun regret après avoir recouvrer ses esprits n’aura aucune excuse à présenter face à Dieu. Il nous est ainsi nécessaire d’entreprendre notre analyse de conscience.

On me présente de nombreux cas à l’instar des disputes entre époux : d’aucuns lorsqu’ils sont en colère se déchaînent avec une telle violence – même quand il s’agit de chose ayant traits à la foi – qu’ils ne voient pas ce qu’ils font, qu’ils n’entendent pas ce qu’ils disent. Ils blessent les sentiments de leurs épouses, ils les frappent même. D’autres sont coupables de comportements indignes et ne tentent même pas de s’amender. Ils persistent et signent en dépit de tous les efforts entrepris par le comité de réforme ou la Qada pour les ramener à la raison. Quand la djama’at est contraint de prendre des sanctions à leur encontre c’est là qu’ils prennent, un tant soi peu, conscience de leur actes. Dans leurs lettres ils implorent mon pardon, ils tentent aussi de s’amender pour les torts qu’ils ont causés. Certes ceux qui sont pardonnés après être sanctionnés se prémunissent ainsi d’une mauvaise fin, mais ils portent quand même l’opprobre de la sanction. S’ils ne s’étaient pas asservis à leur ego ils auraient pu, d’un commun accord, résoudre leur différend. Ces personnes-là devraient se soucier de leur foi et tenter de la sauver. D’aucuns n’acceptent aucun compromis : ceux-là sont partis très loin. Le monde, ses avantages et ses conforts sont éphémères. Nous devons nous soucier de notre fin et trouver les moyens pour attirer les faveurs divines.

J’ai rappelé, à maintes reprises, à la djama’at la nécessité de rehausser la norme de nos valeurs éthiques et morales et d’éviter de nous faire les esclaves de notre ego en nous querellant pour des broutilles. Il incombe en somme à tout ahmadi de servir de référence en matière de valeurs éthiques et humaines.

Certes nous exprimons notre colère en certaines occasions ; c’est là un trait de la nature humaine. Cependant Dieu recommande aux croyants de respecter Ses directives : nous devons maîtriser nos émotions et faire en sorte que leur expression soit en accord au désir de Dieu.

J’ai cité l’exemple des relations entre époux : étudiez les versets qu’on cite lors du sermon du Nikah et vous verrez le nombre d’ordres divins en référence à la Taqwa, autant de directives qu’il incombe aux hommes et aux femmes de respecter, chose que la majorité [d’entre nous] néglige. On se dit que le Nikah a été prononcé, que le mariage a eu lieu [et qu’on n’a plus aucune obligation]. D’aucuns s’obstinent à défendre coûte que coûte leur opinion, au contraire ils en sont fiers. Loin de se soucier de ces directives, quand il y a conflit ils s’obstinent, et sont fiers de ne pas avoir renoncer à leurs avis et d’avoir pu humilier l’autre. Ils pensent que leurs opinions sont fondées et ne se soucient pas de celle d’autrui. Ils croient que leurs actions sont louables, que la partie adverse méritait le traitement qu’ils leur ont infligé, et qu’il n’y avait pas d’autre solution à leur litige.

Si on accepte leur opinion cela voudrait dire que la religion qu’ils ont accepté est fausse, car il y a contradiction entre leurs propos et ce que préconise l’Islam. Ils peuvent certes affirmer qu’il leur est difficile d’appliquer ses préceptes, mais dire que l’on soit contraint de les enfreindre signifierait que l’on est en train de démentir cette religion.

Allah déclare que vous devez réfréner votre colère, traiter les autres aimablement, ne pas vous obstiner dans l’erreur, vous évertuer à respecter vos devoirs envers autrui. Le Messie Promis (a.s.) est allé jusqu’à dire que celui qui ne s’acquitte pas de ses obligations envers les hommes, celui qui n’est pas un exemple des valeurs morales préconisées par Dieu, ne peut s’acquitter de ses devoirs envers Dieu. Ses prières et ses ibadah ne sont qu’ostentation, car ils n’ont pas apportés en lui les changements qui distinguent les croyants [des autres]. Ils ne font pas preuve de cette humilité qui les rapprochera de Dieu.

Si l’on se filme quand on se met en colère – chose qui est facile à faire aujourd’hui – toute personne douée de bon sens serait fort embarrassée de se regarder après avoir recouvrer ses esprits. Je vous présente ici des conseils prodigués par le Messie Promis (a.s.) sur la colère. Celui qui en est l’esclave perd raison et sagesse : il se trouve dans un état proche de la démence. Quand sa colère ne cesse de monter il perd tout discernement. C’est pour cette raison que le Messie Promis (a.s.) nous encourage à faire preuve de patience : c’est une vertu qui affine le jugement et le raisonnement.

Le Messie Promis (a.s.) dit : « Sachez qu’il existe entre le discernement et la colère une inimitié des plus farouches. Quand on s’emporte et qu’on est ivre de colère, l’on n’est plus à même à agir avec discernement. Mais quant à celui qui fait preuve de patience et d’indulgence, il reçoit une lumière, qui affine son esprit et son intelligence, une lumière qui ne cesse de croître. Quand on se met dans une colère noire et que l’on s’emporte, un voile ténébreux recouvre et l’esprit et le cœur. Et les ténèbres en engendrent d’autres. »

Le Messie Promis (a.s.) dit aussi que les cœurs de ceux qui s’emportent pour des broutilles sont dénués de sagesse. Il dit : « Sachez que celui qui est impitoyable et qui se déchaîne [contre autrui], ne peut prononcer des paroles imbues de savoir et de sagesse. Le cœur de celui qui s’emporte facilement face à l’autre et qui se déchaîne est privé de pensées sages. Celui dont l’esprit est malsain et la langue débridée est privé de la source des [sagesses] subtiles ; et il ne peut prononcer des paroles vertueuses. La colère et la sagesse ne vont pas de pair ; celui qui s’emporte et entre dans une rage folle est inepte et obtus. Il ne remporte aucune victoire ni ne mérite-t-il aucun soutien dans aucun domaine. La colère est la moitié de la folie ; mais quand elle prend de l’ampleur elle se transforme en démence totale. »

Le Messie Promis (a.s.) dit encore : « Il est deux dispositions qui mènent l’homme aux portes de la démence : le fait de penser du mal des autres, et la colère, quand elle atteint des proportions extrêmes. Quand on s’abandonne entièrement à la colère et que celle-ci atteint un seuil critique, et quand on entretient à tout instant des mauvaises pensées à l’égard d’autrui l’on atteint un stade proche de la folie. L’on doit de ce fait se prémunir de ces deux maux. »

Le Messie Promis (a.s.) affirme aussi que le croyant ne doit à aucun instant se départir de son discernement, sinon son état ressemblera à celle de la démence. Il dit : « L’homme doit utiliser à bon escient ses aptitudes et en des situation où il lui est permis de le faire. A titre d’exemple quand la colère dépasse le seuil du permis, elle pousse l’homme vers la porte de la démence. Il est très peu de différence entre folie et colère. Celui qui s’abandonne à cette dernière est privé de la source de la sagesse. Evitez de vous emportez, même quand vous conversez avec un adversaire. »

Le croyant maîtrise sa colère, comme le stipule le Coran :

وَالْكَاظِمِينَ الْغَيْظَ وَالْعَافِينَ عَنِ النَّاسِ

« et ceux qui réfrènent leur colère et qui pardonnent aux autres… » (Saint Coran, chapitre 3, verset 135).

Certes les Evangiles préconisent le pardon et l’indulgence, mais ils n’étaient réservés qu’aux Enfants d’Israël. La compassion de Jésus n’était point destiné aux autres peuples : il annonça ouvertement qu’il n’avait à cœur que le sort des enfants d’Israël, qu’il n’était point concerné si les autres étaient voués à la destruction ou s’ils mériteraient le salut. »

Le pardon et l’indulgence du Messie du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) embrassent, quant à eux, l’humanité toute entière. Ainsi il nous importe d’élargir le cercle de notre pardon et de notre indulgence. Voilà comment agir si nous désirons profiter de la lumière divine : il nous incombe de cultiver ces valeurs que sont la patience, la persévérance et l’indulgence. Si nous désirons que des paroles empreintes de sagesses et de savoir sortent de nos lèvres, que les autres soient influencés par nous, et que nous puissions faire avancer la mission du Messie Promis (a.s.), nous devrons bannir brutalité et colère au sein de notre cercle familiale et dans notre vie de tous les jours. Si nous désirons point anéantir nos facultés mentales nous devrons nous prémunir de toute mauvaise pensée à l’égard d’autrui ainsi que de la colère. Si nous désirons être de véritables croyants nous devrons utiliser à bon escient nos aptitudes. Même s’il nous arrive d’être en colère cette dernière ne doit point nous pousser vers le stade de la folie ; nous devons exprimer notre colère afin de conduire à la réforme. La rage et les passions débridées poussent l’homme vers la folie, d’où le besoin de suivre la voie du juste milieu. Si la colère est nécessaire en certains cas elle doit se limiter à la réforme d’autrui ; elle ne doit point être le canal pour assouvir [les désirs de] son ego ou pour prouver sa supériorité. Le Messie Promis (a.s.) affirme que celui dont la colère dépasse ce seuil nuit à sa foi.

Il dit aussi que la beauté de l’Islam gît dans ces hautes valeurs éthiques qu’il préconise ; il nous encourage à réfréner une colère excessive et à faire preuve d’indulgence. Il incombe à chacun d’entre nous de faire sienne cette vertu – ceci est primordiale car sans ce faire il serait impossible de se faire vrai croyant.

En maints endroits dans ses écrits et ses dires le Messie Promis (a.s.) nous conseille de maîtriser nos émotions. Mais les lacunes abondent en nous : [nombre] d’ahmadis et les responsables en ne respectent pas ces préceptes. Il en est ceux qui prodiguent des conseils aux autres leur demandant de se maîtriser : mais ils oublient le conseil du Messie Promis (a.s.) dans lequel il nous recommande de nous comporter humblement comme si nous avions tort même quand nous avons raison.

Mais dans la vie courante les menteurs se posent en véridiques et les iniques, en victimes d’injustice. Comment ramener à la raison pareils individus en qui il n’existe pas une once de foi ? La foi requiert, qu’une fois que l’on ait recouvré ses esprits, de ne point s’obstiner, de réparer l’injustice commise de ses mains. Quand on a blessé les sentiments d’autrui, il faut réparer les torts. Tout au moins l’on doit ressentir du remords et des regrets pour ses actes. Posons-nous la question suivante : combien d’entre nous nourrissent pareilles sentiments au cœur ? Si le croyant a commis un tort dans un emportement passager, après s’être calmé il lui incombe de le compenser. S’il ne le fait point et s’il ne ressent point du remords selon le Messie Promis (a.s.) il n’est point sincère dans sa foi : cette dernière n’est qu’ostentation. Elle ressemble à cette bulle au fond de l’eau qui ne contient rien d’autre de que l’air.

Comme je viens de l’énoncer il incombe à nous tous d’entreprendre notre introspection : combien de fois avons-nous été patients quand nous avons été victimes d’une injustice ? Combien de fois n’avons-nous pas répliqué en laissant exploser notre colère ? Si vous êtes un responsable, combien de fois avez-vous rendu un verdict équitable en faveur de celui qui, naguère, a été injuste envers vous ?

La tolérance ne signifie point faire montre de cette vertu face aux puissants et être muet face à eux. La tolérance signifie faire preuve d’indulgence quoique que l’on soit en mesure de punir autrui.

Un éclaircissement est nécessaire ici : l’indulgence n’est point opportun si les responsables recommandent – dans le respect des exigences de la justice et de la shariah – que l’on prenne des sanctions à l’encontre d’un individu. Car si l’on a commis un tort et que l’on mérite d’être puni, faire preuve d’indulgence serait un péché. A l’instar d’un parent qui puni son enfant ou d’un instituteur un élève, un juge doit lui aussi prononcer une peine contre celui qui a outrepassé les limites et a été coupable d’injustice. Si l’on tombe sous le coups d’une sanction, c’est parce qu’on a enfreint une règle de la shariah ou parce qu’on a lésé autrui.

hadrat-khalifatul-massih-al-khamis

Ces éclaircissement sont nécessaires ici parce que d’aucuns sont coupables de délits, transgressent les règles de la shariah, lèsent les droits d’autrui et quand la djama’at les frappe d’une peine, ils citent mes propos dans lesquels je recommande le pardon et l’indulgence. On l’a fait dans le passé et peut être qu’on va le faire de nouveau. D’aucuns vont implorer mon indulgence en citant les propos que je viens de tenir.

Je l’ai dit auparavant et je le répète de nouveau : je ne voue d’inimitié personnelle à l’égard de personne. D’aucuns m’envoient des lettres remplies d’insultes et je n’ai jamais ressenti pour autant la moindre colère à leur encontre. Généralement ce sont des lettres anonymes ou elles sont signées sous un faux nom. Mais je rassure ici les auteurs : même s’ils signent sous leurs vrais noms aucune sanction ne sera prise à leur encontre. Ils peuvent envoyer autant de lettres emplies d’insultes. Je ressens encore plus de pitié pour ceux-là et cela m’offre encore plus d’occasion pour implorer le pardon de Dieu. Ainsi, moi je n’en tire que des bénéfices.

L’on prend des sanctions à l’encontre de ceux qui lèsent les droits d’autrui ou ceux qui enfreignent les lois de la shariah. C’est avec un cœur meurtri que je prononce ces sanctions et non avec plaisir. Le jour le plus joyeux pour moi est quand je reçois une recommandation de la Nazarat Oumouré Ama ou de l’Amir Saheb, plaidant en faveur du pardon d’untel qui s’est amendé pour une faute commise. Etant donné que je suis lié par mes obligations, ne m’obligez pas [à prononcer ces sanctions].

Certes je dois aussi conseiller ceux qui confient leurs litiges à la Qada. Si cette instance ou les responsables rendent leur verdict une de deux parties doit s’acquitter de ses obligations : à titre d’exemple si c’est un litige d’ordre financier elle doit payer ce qu’elle doit. La partie qui a eu gain de cause et qui recevra quelque compensation financière doit, quant à elle, prendre en considération la situation de la partie adverse. Si sa situation financière est difficile on doit lui accorder toutes les facilités nécessaires et non faire preuve d’intransigeance à son égard. Dieu et Son Prophète (s.a.w.) nous recommande de ne point être injuste par orgueil.

En tout cas nous devons à tout instant prouver notre reconnaissance envers Dieu et être conscient du fait que nous sommes les disciples de celui à qui Il a conféré le titre de Messie. Pourquoi lui a-t-Il donné ce titre ? Qu’est-ce qui distingue le Messie des autres prophètes ? Il n’est point de doute que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) réuni en sa personne toutes les excellences et tous les attributs [des autres prophètes] : il les dépasse tous dans ce domaine, étant donné qu’il est l’homme parfait et qu’il a apporté la shariah parfaite. Mais les autres prophètes possèdent chacun une qualité qui les différencie des autres. Ce qui distingue le premier Messie doit aussi être présent chez le messie du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) : d’où la similitude entre les deux. Selon le deuxième Calife leur similarité découle de l’emphase qu’ils mettent tous deux sur l’indulgence.

Dans les Evangiles Jésus(a.s.) dit : « Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre. Si quelqu’un veut plaider contre toi, et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Si quelqu’un te force à faire un mille, fais-en deux avec lui. » (Mathieu, chapitre 5, verset 39 à 41)

Voilà l’enseignement particulier apporté par Jésus (a.s.). Dieu a conféré le titre de Messie à Hadrat Mirza Ghulam Ahmad(a.s.) et Il a souligné la ressemblance entre les deux, ceci sous-entend que le Messie du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) doit mettre en valeur l’indulgence dans ses enseignements. Certes il porte aussi le titre de Messie car il a été envoyé aux chrétiens. Il a aussi été envoyé aux adeptes des autres religions, à l’instar des hindous et c’est pour cette raison aussi qu’il porte le titre de Krishan.

Il a aussi été envoyé aux musulmans et à l’humanité toute entière, étant donné qu’il s’est asservi au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). On souligne l’importance de son titre de Messie car Hadrat Mirza Ghulam Ahmad(a.s.) a mis beaucoup d’accent sur l’indulgence dans ses enseignements et il a condamné toute forme de brutalité. Il dit à cet effet :

« …Dieu espère voir une transformation radicale changer celle-ci. Il exige de vous que vous vous infligiez une sorte de mort après quoi Il vous insufflera une nouvelle vie. Hâtez-vous de promouvoir la paix entre vous, de pardonner à vos frères leurs faiblesses, car celui qui n’est point enclin à faire la paix avec son frère est méchant, et il risque d’être exclu parce qu’il est source de dissensions. Renoncez à vos vils désirs et ne cultivez pas la rancœur. Même si vous avez raison, comportez-vous humblement comme si vous aviez tort, afin que le pardon vous soit réservé. Éliminez l’obésité de votre ego, car étroite est la porte par laquelle il faut passer. » (Kishti-e-Nuh)

Si nous négligeons ces préceptes cela sous-entend que nous sommes en train de tromper le monde. Quel droit avons-nous d’inviter les autres vers ces valeurs si nous ne sommes pas, en premiers, en train de les appliquer au quotidien ? Il est plus que nécessaire d’effectuer en nous une grande réforme. Il nous incombe de maîtriser parfaitement nos émotions et de servir d’exemple à cet effet.

Lors de l’ouverture de la mosquée d’Irlande j’avais dit que lorsque nous prêcherons notre message les autres rétorqueront : « Vous dites que les autres musulmans sont privés de direction parce qu’ils n’ont pas accepté le Messie Promis (a.s.). Vous qui l’avez accepté, quelle révolution avez-vous apporté en vos personnes ? » Notre conduite doit ainsi refléter nos préceptes. Les adeptes des autres religions ne sont pas tous coupables de conduite immorale. Tous les chrétiens, tous les hindous, tous les suivants des autres religions et ceux qui n’en n’ont pas, passent-ils tous leur temps à se quereller ? Certainement non. Nombre d’entre eux aiment la réconciliation et la justice. Si d’aucuns parmi nous sont enclins à la réconciliation et d’autres aux querelles, ou si d’aucuns des nôtres sont coupables de bassesses morales, qu’est-ce qui nous distinguera des autres ? Distinction il y aura quand nous respecterons ces préceptes et quand il ne restera plus trace de mésentente parmi nous ou qu’il y en aura si peu qu’elles seront presque invisibles. Et quand nous éprouverons de la répugnance à l’égard de ces quelques individus qui en sont coupables.

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a dit que pour mettre fin au mal, il faut soit l’enlever de ses mains, sinon le condamner de ses lèvres ou au minimum en ressentir du dégoût en son cœur. Au sein de la société ahmadi il faut arrêter et condamner toute mauvaise conduite et immoralité. Si tout le monde à été conscientiser à cet effet, personne ne tombera dans l’immoralité ; au contraire l’on s’évertuera à gravir les échelons de la moralité. Nous ne devons point soutenir l’injuste, au contraire nous devons suivre les ordres donnés par Dieu et Son Prophète (s.a.w.), ordres sur lesquels le Messie Promis (a.s.) a mis beaucoup d’emphase.

Nous devons avoir recours au pardon et à l’indulgence. Si quelqu’un est coupable d’une injustice, à nos yeux il ne l’a point commise contre un individu, mais contre nous tous, voire il s’est attaqué au Messie Promis (a.s.), car il a méprisé la tâche pour laquelle le Messie Promis (a.s.) a été envoyé. Il nous incombe d’arrêter pareils assaillants. Si nous ne pouvons le faire par la main, usons de notre langue, condamnons-le en notre for intérieur et prions pour que l’opprimé se libère de son oppresseur. Si nous condamnons tous ces maux ces injustices disparaîtront d’elles mêmes.

Mais nous constatons en nombre d’occasions que parents, frères et sœurs, soutiennent l’iniquité [de leurs proches], surtout dans les cas de mésententes conjugales. D’aucuns les soutiennent [les coupables] au noms de l’amitié au lieu de les ramener à la raison. Afin de réformer la société, au lieu de soutenir la méchanceté, considérez toute attaque contre un individu comme une attaque contre le Messie Promis (a.s.). Si nous agissons ainsi notre société va vite s’assainir. Notre conduite aidera à faire avancer la cause du Messie Promis (a.s.).

Qu’Allah fasse que tout en rendant culte à Dieu nous puissions faire montre de hautes valeurs morales et que nous ne soyons pas de ceux qui ternissent la mémoire du Messie Promis (a.s.) en négligeant ces préceptes et en nous empêtrant dans des querelles.

A la fin de son sermon Sa Sainteté le Calife a dirigé la prière funéraire de Mme Asia Begum Sahiba épouse de feu Chaudhry Mohammad Abdul Rahman. La défunte a rendu l’âme le 3 octobre dernier à l’âge de 69 ans. Elle était la mère de Ishtiaq Ahmad Saheb, qui est missionnaire et de M. Ijaz Ur Rahman qui travaille dans le département de la sécurité. Qu’Allah exalte le statut de la défunte et lui accorde Son pardon.


(Le site www.islam-ahmadiyya.org prend l’entière responsabilité de la publication du texte de ce sermon)