Les ahmadis acceptent-t-ils le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) comme dernier prophète d’Allah ?

Les adversaires de la Communauté Musulmane Ahmadiyya exploitent la sensibilité des musulmans en clamant que les ahmadis n’acceptent pas le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) comme dernier prophète de Dieu et en affirmant que leur interprétation de la locution Khātaman-Nabiyyīne est contraire à la définition universellement acceptée par tous les musulmans. Ils soutiennent que les ahmadis ont porté atteinte à l’honneur du Saint Prophète Muhammad (s.a.w) en acceptant Hadrat Mirza Ghulam Ahmad (a.s), le fondateur de la communauté Ahmadiyya, comme prophète.

Mohammad (Muhammad ou Mahomet) prophète de Dieu (saw)

Ces accusations se basent sur une interprétation erronée de la locution Khātaman-Nabiyyīne et aussi sur une représentation tronquée de la croyance de la Communauté Musulmane Ahmadiyya à propos du Saint Prophète Muhammad (s.a.w) et de son statut en tant que « Sceau des Prophètes ».

Ni Hadrat Mirza Ghulam Ahmad (a.s) ni les membres de la Communauté Musulmane Ahmadiyya ne nient le fait que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) est le Sceau des Prophètes, statut qui lui a été conféré par Dieu. Il ne s’agit en fait que d’une question d’interprétation.

Les croyances communes des ahmadis et des autres musulmans

D’emblée, il est sied d’évoquer les convergences entre les ahmadis et les autres musulmans sur les croyances fondamentales de l’Islam. Ci-dessous sont quelques déclarations coraniques auxquelles s’adhèrent tous les musulmans, sans exception, y compris les ahmadis.

Tous acceptent que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) a apporté la dernière religion et la dernière loi divine et qu’après lui, Dieu n’enverra personne qui abrogera le Saint Coran ou apportera une nouvelle religion.

Le Saint Coran affirme sans équivoque que l’Islam est la seule religion qui offrira à l’homme le salut :

إِنَّ الدِّينَ عِنْدَ اللَّهِ الْإِسْلَامُ

« Assurément, la vraie religion aux yeux d’Allāh, c’est l’Islam… » (Le Saint Coran, chapitre 3, verset 20)

وَمَنْ يَبْتَغِ غَيْرَ الْإِسْلَامِ دِينًا فَلَنْ يُقْبَلَ مِنْهُ

وَهُوَ فِي الْآَخِرَةِ مِنَ الْخَاسِرِينَ

« Et quiconque cherche une religion autre que l’Islam, cela ne sera pas accepté de lui, et dans l’au-delà il sera parmi les perdants. » (Le Saint Coran, chapitre 3, verset 86)

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) : miséricorde pour l’humanité et seul référence jusqu’à la fin des temps

Les versets suivants évoquent la prééminence du Saint Prophète Muhammad (s.a.w) :

قُلْ إِنْ كُنْتُمْ تُحِبُّونَ اللَّهَ فَاتَّبِعُونِي يُحْبِبْكُمُ اللَّهُ

وَيَغْفِرْ لَكُمْ ذُنُوبَكُمْ وَاللَّهُ غَفُورٌ رَحِيمٌ

Dis : « Si vous aimez Allāh, alors suivez-moi (c.-à-d. le Saint Prophète Muhammad (s.a.w)), Allāh vous aimera et vous pardonnera vos péchés, et Allāh est Très-Pardonnant, Miséricordieux. » (Le Saint Coran, chapitre 3, verset 32)

لَقَدْ كَانَ لَكُمْ فِي رَسُولِ اللَّهِ أُسْوَةٌ حَسَنَةٌ لِمَنْ

كَانَ يَرْجُو اللَّهَ وَالْيَوْمَ الْآَخِرَ وَذَكَرَ اللَّهَ كَثِيرًا

« En vérité, dans le Prophète d’Allāh vous avez un excellent modèle pour celui qui garde l’espoir en Allāh et le Dernier Jour, et qui se souvient d’Allāh beaucoup. » (Le Saint Coran, chapitre 33, verset 22)

وَمَا أَرْسَلْنَاكَ إِلَّا رَحْمَةً لِلْعَالَمِينَ

« Et Nous ne t’avons envoyé que comme une miséricorde pour tous les peuples... » (Le Saint Coran, chapitre 21, verset 108)

قُلْ يَا أَيُّهَا النَّاسُ إِنِّي رَسُولُ اللَّهِ إِلَيْكُمْ جَمِيعًا

Dis: « Ô hommes, en vérité, je suis auprès de vous tous le Messager d’Allāh… » (Le Saint Coran, chapitre 7, verset 159)

Ainsi, les ahmadis ont pour religion l’Islam, ils acceptent le Saint Coran comme dernier livre de Dieu et le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) comme leur seul modèle et intercesseur entre Dieu et les hommes ; il est le truchement par lequel l’on pourra atteindre Dieu et mériter le salut.


L’Islam, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) et le Saint Coran selon Hadrat Mirza Ghulam Ahmad (a.s)

Conseillant les membres de sa communauté Hadrat Mirza Ghulam Ahmad (a.s), le Messie Promis (a.s) et Imam Al-Mahdi dit :

« Surtout, n’abandonnez pas le Saint Coran, car votre vie s’y trouve. Ceux qui honorent le Saint Coran seront honorés au ciel. Ceux qui le préfèrent aux Hadiths ou autres traditions, seront préférés au ciel. Pour l’humanité toute entière, il n’y a qu’un seul Livre pour la guider : le Saint Coran ; et pour tous les descendants d’Adam, il n’y a qu’un seul Messager et intercesseur : Muhammad, l’élu (sur lui bénédictions et paix !). Efforcez-vous donc de cultiver un amour sincère pour ce très distingué et majestueux Prophète, et ne lui préférez personne, afin qu’au ciel vous soyez du nombre de ceux qui jouissent du salut. Sachez que le salut n’est pas un privilège réservé à l’autre monde seulement. Le véritable salut manifeste sa lumière en ce monde même. Savez-vous à qui est destiné le salut ? A celui qui croit avec certitude que Dieu existe, que Muhammad (sur lui bénédictions et paix !) est l’intercesseur des hommes auprès de Dieu, et qu’il n’y a pas, sous le firmament, de Messager égal à lui en rang, ni de Livre aussi excellent que le Saint Coran. » (Ruhani Khazain 19, L’arche de Noé, page 13 à 14)

« Dieu veut que vous croyiez qu’il n’y a qu’un seul Dieu, et que Muhammad (sur lui bénédictions et paix !) est Son Prophète, le Sceau des Prophètes, le plus grand d’entre eux. Aucun prophète ne viendra après lui, sauf celui qui est spirituellement paré de son manteau ; ainsi, le maître et son serviteur ne font qu’un, et la branche ne saurait être indépendante de la racine. Donc, celui qui, en se confondant avec son maître, reçoit de Dieu Lui-Même le titre de prophète, ne brise pas le sceau du « prophétat » de Muhammad (sur lui bénédictions et paix !). Le cas est à se rapprocher de celui de l’image produite dans un miroir. L’objet et son image ne sont pas deux entités indépendantes ; ils ne font qu’un. En apparence, ils sont deux. La différence est celle qui existe entre l’objet et son image. Allah a voulu que le Messie Promis soit une telle image du Saint Prophète (sur lui bénédictions et paix !). (Ruhani Khazain volume 19 - L’arche de Noé, pages 14 à 15)

Evoquant le statut de Messie et de Mahdi que Dieu lui a conféré, Hadrat Mirza Ghulam Ahmad (a.s) déclare :

« Et il n’aurait pas été possible pour moi d’obtenir cette bénédiction si je n’avais pas suivi les voies de mon maître et seigneur, l’honneur de tous les Prophètes et le meilleur de tous, le Saint Prophète Muhammad, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. En définitive, tout ce que j’ai acquis résulte du fait de l’avoir suivi. J’estime, en me basant sur un savoir bien-fondé et complet, que personne n’est en mesure d’atteindre Dieu sans suivre le Saint Prophètesaw ; ni ne peut-on avoir une portion de la connaissance complète sans passer par lui. » (Haqiqat-ul-Wahyi, Ruhani Khaza’in, vol. 22, p. 64-65)

Voir aussi nos articles :

  1. La Nubuwwah du Messie Promis (as)
  2. Pourquoi j’ai été appelé Messie Promis

La vie et la mort de Jésus-Christ (a.s) prouveront si l’Ahmadiyya est supercherie ou pas

La question de la finalité de la Nubuwwah (prophétat) du Saint Prophète Muhammad (s.a.w) est intimement liée avec les prophéties sur l’avènement du Messie et du Mahdi. À la lumière de ce que rapportent les Hadiths, les musulmans acceptent que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) avait annoncé l’avènement du Messie, Jésus fils de Marie, le Prophète Dieu, qui viendra soutenir l’Islam dans les derniers temps.

La seule différence entre les ahmadis et les autres musulmans est que ces derniers affirment que ‘Isa Ibn Mariamas (Jésus-Christ) est toujours vivant au ciel depuis plus de 2000 ans et qu’il reviendra sur terre en chair et en os.

Les ahmadis, quant à eux, disent que Hadrat Mirza Ghulam Ahmad (a.s) est le Messie prophétisé par le Saint Prophète Muhammad (s.a.w). Selon les autres musulmans, Jésus-Christ ne brisera pas la finalité du Saint Prophète Muhammad (s.a.w) lors de sa deuxième venue, car il fut prophète avant l’avènement de celui-ci ; en d’autres termes, selon eux, un ancien prophète peut venir après le Khātaman-Nabiyyīne et non pas un nouveau prophète.

Si Khātaman-Nabiyyīne signifie être le dernier prophète envoyé sur terre, il ne pourra pas avoir après lui un autre prophète ancien ou nouveau qui viendra servir l’Islam. Si Khātaman-Nabiyyīne signifie littéralement l’arrêt de l’avènement des prophètes, aucun prophète même né avant le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) ne pourra venir.

Le différend concerne l’identité de la personne attendue et non pas la prophétie de son avènement ; tous s’accordent à dire que l’avènement du Messie n’affectera pas la finalité du Saint Prophète Muhammad (s.a.w). La solution repose sur le verdict du Saint Coran et celui des hadiths : Jésus-Christ est-il toujours vivant au ciel ou est-il décédé ? Si le Saint Coran affirme qu’il est monté au ciel, il faudra prendre les prophéties du Saint Prophète Muhammad (s.a.w) au pied de la lettre et attendre sa venue en chair et en os. Celui qui prouvera que Jésus-Christ est toujours vivant au ciel, à la lumière du Saint Coran et des dires du Saint Prophète Muhammad (s.a.w), prouvera par la même occasion que l’Ahmadiyya est une supercherie.

(Voir notre article à ce sujet : La mort de Jésus-Christ (a.s) selon le Saint Coran)


Interprétation de la locution « Khātaman-Nabiyyīne »

La pomme de discorde entre les ahmadis et les autres musulmans concerne l’interprétation de l'expression Khātaman-Nabiyyīne, que certains traduisent comme « Sceau des prophètes » et d’autres comme « dernier des prophètes ». Cette locution est mentionnée dans le verset suivant :

مَا كَانَ مُحَمَّدٌ أَبَا أَحَدٍ مِنْ رِجَالِكُمْ وَلَكِنْ رَسُولَ اللَّهِ وَخَاتَمَ النَّبِيِّينَ وَكَانَ اللَّهُ بِكُلِّ شَيْءٍ عَلِيمًا

« Muhammad n’est le père d’aucun de vos hommes, mais il est le Messager d’Allāh, et le Sceau des Prophètes ; et Allāh a pleine connaissance de toutes choses. » (Saint Coran, chapitre 33, verset 41)

Etymologie du terme خَاتَمٌ

L’expression خَاتَمَ النَّبِيِّينَ (Khātaman-Nabiyyīne) est composée du nom خَاتَمٌ suivi de son complément au génitif النَّبِيِّينَ (les prophètes) qui lui est annexé (المضاف اليه) .

خَاتَمٌ a pour racine le verbe خَتَمَ dont les sens sont : cacheter, sceller, apposer une empreinte (avec un sceau), achever, clore.

Selon Mufradat - célèbre dictionnaire des sens des mots du Saint Coran de l’Imam Raghib - le premier sens du verbe خَتَمَ est « laisser une empreinte sur un objet tout comme avec un sceau ».

خَتَمَهُ a le même sens que طَبَعَهُ à savoir : il l’a scellé, il l’a estampillé, il a cacheté, il a laissé une impression (Al-Mufradat)

Les autres sens sont :

خَتَمَ الشيءَ : il est arrivé à la fin de la chose

خَتَمَ القُرْانَ : il a terminé [la recitation] du Coran.

L’usage du verbe خَتَمَ dans le Saint Coran :

خَتَمَ اللَّهُ عَلَى قُلُوبِهِمْ وَعَلَى سَمْعِهِمْ

Allāh a scellé leur cœur et leurs oreilles… (Le Saint Coran, chapitre 2, verset 8)

الْيَوْمَ نَخْتِمُ عَلَى أَفْوَاهِهِمْ

Ce jour-là Nous scellerons leur bouche… (Le Saint Coran, chapitre 36, verset 66)

يُسْقَوْنَ مِنْ رَحِيقٍ مَخْتُومٍ - خِتَامُهُ مِسْكٌ وَفِي ذَلِكَ فَلْيَتَنَافَسِ الْمُتَنَافِسُونَ

« On leur donnera à boire d’une boisson pure, cachetée. Le cachet (ou l’arrière-goût) en sera de musc. » (Le Saint Coran, chapitre 83, versets 26 à 27)

Les termes خَتْمٌ et خَاتَمٌ ont des sens similaires :

خَتْمٌ signifie : l’empreinte laissée par un cachet ; il a aussi le sens « de couvrir quelque chose », « protéger par un sceau ce que l’on a écrit ».

خَاتَمٌ signifie : anneau, bague, sceau, cachet, tampon, la fin ou le résultat ou l’issue de quelque chose.

انما الاعمال بخواتمها signifie : les actions seront jugées par leurs résultats.

Compte tenu que le verbe ختم comporte le sens de clore, finir ou terminer, certains dictionnaires déduise que l’expression خاتَم النبيين – (littéralement : Sceau des prophètes) signifie « dernier des prophètes ».

Selon le Mufradat de l’Imam Raghib :

وخاتم النبيين لأنه ختم النبوة، أي: تممها بمجيئه.

خاتَم النبيين signifie qu’il est le sceau de la Nubuwwah, c’est-à-dire, il l’a parachevé avec son avènement.

Il est important de déterminer le sens selon le contexte de la révélation de ce verset. Il est aussi essentiel de savoir si selon l’usage arabe le « Khātam » d’une catégorie de personnes signifie « le dernier des leurs » ou « le meilleur d’entre eux ». La littérature arabe classique abonde d’exemples de cet usage :

  1. خاتم الشعراء : le Khātam (ou meilleur) des poètes
  2. خاتم الأولياء : le Khātam (ou meilleur) des Awliya

« Khātam » signifie-t-il dernier ?

Alors qu’il étudiait l’arabe dans une université londonienne durant sa jeunesse, feu Hadrat Mirza Tahir Ahmad, le quatrième calife de la Jama’at Ahmadiyya, traduisit la phrase suivante « Marwan Bin Muhammad était le dernier calife des Omeyyades » ainsi :

كان مروان بن محمد خاتم خلفاء بني أمية

C’est-a-dire, Marwan Bin Muhammad était le Khātam des califes des Omeyyades.

Son professeur d’arabe, qui était un égyptien, l’apostropha en disant que la traduction correcte était :

كان مروان بن محمد آخر خلفاء بني أمية

- utilisant le terme Akhīr et non Khātam pour « dernier ».

Sur ce Hadrat Mirza Tahir Ahmad répliqua : « Si Khātam ne signifie pas dernier alors pourquoi insistez vous pour dire que Khātaman Nabiyyine signifie « le dernier des prophètes » ?

Traduction du verset par des non-ahmadis

« Muhammad n’est le père d’aucun de vos hommes, il est l’Envoyé d’Allah, le sceau des Nabis, Allah, savant en tout. (Traduction par André Chouraqui)

« Non, Muhammad n’est le père d’aucun homme d’entre vous, mais il est l’Envoyé de Dieu et le sceau des prophètes. Dieu est au courant de tout.  » (Le Noble Coran (Nouvelle traduction française du sens de ses versets)

« Muhammad n’est le père d’aucun de vous. Il est l’envoyé de Dieu et le sceau des prophètes. Dieu connaît tout. » Traduction par Kasimirski)

« Muhammad n’a jamais été le père de l’un de vos hommes, mais le messager de Dieu et le dernier des prophètes. Dieu est Omniscient. » Référence


Les circonstances de la révélation du verset

Tous les exégètes du Saint Coran sont unanimes que le verset en question fut révélé en réponse aux objections des adversaires du Saint Prophète Muhammad (s.a.w) à propos de son mariage avec Zainab bint Jash, qui s’était divorcée de Zaid bin Harith, son fils adoptif.

Maududi, farouche adversaire de la communauté Ahmadiyya, explique qu’Allah, en sanctifiant ce mariage, a légalisé le mariage des musulmans avec les femmes divorcées de leurs fils adoptifs. « [En réponse aux accusations selon lesquelles] en épousant sa belle-fille il était en infraction avec sa propre loi – puisque la femme de l’un de ses fils est interdite à un père – Dieu Tout-Puissant affirme que le Saint Prophète n’avait pas de fils, pour bien montrer que la femme qu’il venait d’épouser n’était pas sa belle-fille. Et ainsi, il ne s’agissait pas d’une violation de la loi. » (Maududi, Finality of prophethood)

Selon Maududi, la controverse ne s’est pas arrêtée là, et les critiques du Prophète(s.a.w.) auraient déclaré : « Même si l’on admet qu’un fils adoptif ne soit pas un fils réel et que par conséquent il soit légal qu’un père puisse épouser la femme divorcée de l’un de ses fils adoptifs, pour quelle raison le Prophète aurait-il fait une chose pareille ? »

Maududi écrit : « Pour répondre à cette accusation, Allah déclara : « il est le Messager d’Allah ». La signification étant qu’il s’agissait du mandat du Saint Prophète d’éliminer tous les préjugés et les tabous que les coutumes païennes avaient imposés aux hommes. Et c’est pour souligner ce point particulier que Dieu révéla que le Prophète était Khātaman Nabiyyine. »

Jusque là, on ne peut pas s’opposer par principe aux arguments présentés par Maududi. Toutefois, on peut s’étonner qu’après avoir expliqué, avec une certaine intégrité, les raisons de la révélation de ce verset, il laisse ses préjugés reprendre le dessus et déclare à propos de l’expression Khātaman-Nabiyyīne :

« Et il est le dernier dans la ligne des prophètes, » ce qui signifie qu’aucun messager, ou prophète ne viendra après lui, même si c’était pour réformer quelques unes des lois de la société qui auraient pu être oubliées (Dieu nous pardonne) à l’époque du Saint Prophète, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui. C’est parce qu’Allah a décidé que son ministère serait le dernier qu’il était impératif que le Saint Prophète élimine les coutumes païennes. » (Maududi, Finality of prophethood)

Si comme les adversaires de la Communauté Musulmane Ahmadiyya le déclarent, l’expression Khātaman-Nabiyyīne signifie que le Saint Prophète(s.a.w.) est le dernier des prophètes et qu’aucun autre ne viendra après lui, alors l’expression Khātaman-Nabiyyīne n’est plus en harmonie avec le reste du passage. En effet, le concept de finalité dans le temps n’est pas en lui-même la réfutation des objections soulevées à propos du mariage du Saint Prophète(s.a.w.) avec Hadrat Zainab, et une telle expression serait superflue dans le contexte de ce passage.

La postérité du Saint Prophète Muhammad (s.a.w)

Pour clôturer le débat et fermer la porte aux autres critiques, Dieu Tout Puissant déclare que le Saint Prophète(s.a.w.) n’est le père d’aucun homme, mais qu’il est le Messager d’Allah, c’est à dire le père spirituel de l’Oummah, mais aussi le Sceau des Prophètes, ce qui signifie qu’il est aussi le père spirituel de tous les prophètes.

Une autre sourate du Coran évoque la postérité du Saint Prophète Muhammad (s.a.w) :

إِنَّا أَعْطَيْنَاكَ الْكَوْثَرَ (2) فَصَلِّ لِرَبِّكَ وَانْحَرْ (3) إِنَّ شَانِئَكَ هُوَ الْأَبْتَرُ (4)

« Assurément, Nous t’avons donné l’abondance de bien ; aussi, prie ton Seigneur, et offre des sacrifices. Assurément, c’est ton ennemi qui sera sans postérité. » (Le Saint Coran, chapitre 108, versets 2 à 4)

Ce chapitre fut révélé à la Mecque où les ennemis du Saint Prophète Muhammad (s.a.w) le ralliaient en disant qu’il n’avait pas de fils, qu’il était donc sans descendants. Le dernier verset du chapitre 108 affirme que ce n’est pas le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) mais ses ennemis qui seront sans descendants mâles. Mais l’histoire est indéniable : le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) n’eut pas de fils et ses ennemis eurent plusieurs qui survécurent. Il est évident que c’est dans le sens spirituel que les ennemis du Saint Prophète Muhammad (s.a.w) seraient sans postérité ; leurs fils acceptèrent le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) à l’exemple d’Ikramah, fils d’Abou Jahl. Ainsi la déclaration « Muhammad n’est le père d’aucun de vos hommes… », ne peut contredire le chapitre 108.

Le verset Khātaman-Nabiyyīne se lit ainsi :

  1. « Muhammad n’est le père d’aucun de vos hommes… » : c’est-à-dire qu’il n’a pas de fils ; Zaid n’était pas non plus son fils et de ce fait Zainab n’était pas sa belle-fille. C’est là la réfutation des accusations de ses ennemis ; à savoir qu’il était marié avec sa belle-fille
  2. « …mais il est le Prophète de Dieu… » : c’est-à-dire il est spirituellement le père de tous les croyants tout comme ses épouses sont les mères des croyants (Le Saint Coran chapitre 33 verset 6)
  3. « …et (il est) le Khātaman-Nabiyyīne» : il est le Sceau des prophètes, celui qui atteste l’authenticité de tous les prophètes, le plus grand, l’autorité finale.

La conjonction لكن (mais) dans une phrase introduit une idée contraire à celle qui a été exprimée préalablement ; elle a aussi pour objectif de dissiper un malentendu qui pourrait résulter d’une première affirmation et d’apporter ainsi une correction ou une précision indispensable.

Il y a d’abord une négation : « Muhammad n’est le père d’aucun de vos hommes… ». Ceci pourrait certainement ajouter de l’eau au moulin des ennemis du Saint Prophète Muhammad (s.a.w) qui disait qu’il était sans postérité. La deuxième déclaration doit être certainement positive en accordant au Saint Prophète Muhammad (s.a.w) une descendance spirituelle.

Si l’on traduisait le verset de cette façon : « Muhammad n’est le père d’aucun de vos hommes, mais il est le Messager d’Allāh et aucun prophète ne viendra après lui… » ce verset n’aurait aucun sens et serait sans rapport avec son contexte, appuyant ainsi l’accusation des adversaires du Saint Prophète Muhammad (s.a.w). Ainsi le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) ne serait pas seulement privé de filiation physique mais il serait aussi celui qui mettra fin à toute progéniture spirituelle. Et on ne pourra pas non plus réconcilier ce verset avec le chapitre 108 du Saint Coran évoqué plus haut.

L’expression Khātaman-Nabiyyīne exprime en fait la grandeur du Saint Prophète Muhammad (s.a.w). Son Sceau atteste la véracité des prophètes venus avant lui. Son sceau laissera aussi son empreinte sur ses fidèles. Et la Nubuwwah (prophétat/avènement d’un prophète) existera uniquement dans son Oummah et devra porter son estampille pour être authentique. Dieu a accordé cette puissance spirituelle uniquement au Saint Prophète Muhammad (s.a.w) ; ainsi la loi qu’il a apportée est à la fois parfaite et finale et il est quant à lui le modèle parfait pour l’humanité. C’est ce qui le distingue des autres prophètes.

Voilà la réfutation à toutes les accusations portées par les ennemis du Saint Prophète Muhammad (s.a.w). Sinon comment expliquer que le Saint Coran déclare dans le chapitre 108, que, « ce sont ses ennemis qu’ils seront sans postérité ».


Qui est le dernier prophète ?

Si certains exégètes insistent que Khātaman-Nabiyyīne signifie que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) est le dernier prophète dans le temps, il y aura là une contradiction : car ils croient aussi que Jésus-Christ (a.s.) reviendra sur terre et que le monde entier l’acceptera et lui prêtera allégeance, faisant de lui le dernier prophète.

Être le dernier est-il un signe de supériorité ?

On est supérieur par ses qualités et non pas en étant le premier ou le dernier dans l’ordre chronologique. Dans le Darud (As-Salat-Alan-Nabiy) l’on trouve mention du prophète Abraham (a.s.), qui a été succédé par bien d’autres prophètes : si ces derniers lui étaient supérieurs en raison de leur avènement plus tardif ils auraient été évoqués dans cette prière.

Ainsi le dernier homme qui naîtra sur terre sera-t-il supérieur à ceux qui lui ont précédé ? Le verset Khātaman-Nabiyyīne, n’évoque pas un fait chronologique mais la grandeur et l’éminence du Saint Prophète Muhammad (s.a.w).

L’éminent Soufi Muhammad Bin ‘Ali Hussain Al Hakim Al-Tirmizi (décédé en l’an 308 de l’Hégire) déclare :

"فإن الذي عَمِيَ عن خبرِ هذا يظنّ أن خاتم النبيين تأويله أنه آخرهم مبعثا. فأي منقبة في هذا؟ وأي علم في هذا؟ هذا تأويل البُلْهِ الجَهَلة."

(كتاب ختم الأولياء، ص341 المطبعة الكاثوليكية بيروت 1965م)

« Ceux qui ignorent ce sujet pensent que Khātaman-Nabiyyīne signifie le dernier des prophètes envoyé [par Dieu]. En quoi [d’être le dernier] est-elle une excellence ? Quelle en est la logique ? C’est une interprétation absurde. » (Khatmul ‘Awliya, p. 341, Imprimerie Catholique, Beirut, 1965)

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) explique lui-même en quel sens il est le dernier des prophètes. Dans un hadith rapporté dans le recueil Sahih Muslim, il dit :

"إني آخر الأنبياء، وإن مسجدي آخر المساجد" (مسلم كتاب الحج، وسنن النسائي كتاب المساجد)

« Je suis le dernier des prophètes et ma mosquée est la dernière des mosquées ». (Muslim, Kitab-ul-Hajj et Sunan Nisai, Kitab Ul Masajid)

Est-ce que cela signifie qu’aucune autre mosquée ne sera bâtie en Islam après celle du Saint Prophète Muhammad (s.a.w) ? La mosquée du Saint Prophète Muhammad (s.a.w) est la dernière dans le sens que toutes celles qui seront bâties après elle auront les mêmes assisses, celles de la droiture et de l’équité, et qu’elles auront les mêmes objectifs.

Etre le dernier prophète ici signifie que tous ceux qui viendront après lui devront le suivre qu’il est le modèle à suivre pour tous les musulmans. Prendre ce Hadith au pied de la lettre équivaudrait à dire qu’il n’y aura aucun prophète après le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) et aucune mosquée après la sienne. S’il n’y aurait pas de prophète après le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) pourquoi a-t-il donné la bonne nouvelle de l’avènement du Messie et du Mahdi ?


Hadith : « Il n’y a pas de prophète après moi. »

Ceux qui insistent sur le fait que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) est le dernier des prophètes, dernier dans le temps, reposent leurs arguments sur une interprétation erronée d’un autre hadith dans lequel le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) a dit :

لا نبي بعدي

« Il n’y a pas de prophète après moi. » Lesdits exégètes pensent que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) a voulu dire par là que le prophétat est à jamais fini, alors qu’en réalité il a voulu tout simplement indiquer ce qui suit :

1. Qu’aucun prophète ne viendrait immédiatement après lui ; en effet, il dit que contrairement aux Israélites, ses successeurs immédiats ne seraient pas des prophètes, mais des califes dont le nombre croîtrait (voir le Sahih al Bukhari). Cela n’exclut pas l’apparition de prophètes parmi ses successeurs non immédiats.

2. Qu’aucun prophète ne serait suscité indépendamment de lui, en-dehors de sa religion ou opposé à lui. Cette exégèse est solidement basée sur un deuxième sens du terme بعد (Ba‘d) qui, outre le sens de « après » comporte aussi le sens de « opposé à » ou « qui rejette ». Le Saint Coran nous présente cet usage :

فَبِأَيِّ حَدِيثٍ بَعْدَ اللَّهِ وَآَيَاتِهِ يُؤْمِنُونَ

« A quelle parole donc croiront-ils, après Allāh et Ses Signes ? » (Le Saint Coran, chapitre 45, verset 7)

Ici l’expression بعد الله (Ba‘d Allah) ne peut signifier « après Allah » dans le sens temporel car rien ne vient « après » Dieu).

3. Qu’aucun prophète porteur d’une nouvelle Loi (Shari’ah) ne pourrait jamais apparaître après lui, car le Saint Coran restera le seul canon en vigueur jusqu’au Dernier Jour.

Explications d’un savant musulman sur le sens de Khātaman-Nabiyyīne

Maulana Muhammed Qasim Nanotvi (Inde, 1832-1880)

Muhammed Qasim de Nanota est un des fondateurs du mouvement Deobandi, une école de pensée sunnite, très présente en Asie du sud (Pakistan, Inde et Afghanistan) qui est de surcroît un farouche adversaire de la communauté musulmane Ahmadiyya. Muhammed Qasim explique ainsi le terme Khātaman-Nabiyyīne dans son ouvrage Tahzīr-un-Nās :

« …Le profane pense que le Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, étant Khātam, il est apparu après tous les autres prophètes et est le dernier des prophètes. Mais ceux doués de compréhension savent très bien qu’être premier ou dernier, d’un point de vue chronologique, n’a aucune importance.

Dans ces conditions, comment la déclaration du Saint Coran « mais il est le Messager d’Allah et le Sceau des prophètes », pourrait être considérée comme un éloge au Saint Prophète ? L’on pourrait accepter que la Khātamiyya signifie la finalité dans le temps si l’on soutien que cette locution ne confère aucune distinction au Saint Prophète Muhammad (s.a.w) et qu’elle ne comprend pas d’éloges en sa faveur. Mais je suis convaincu qu’aucun musulman ne toléra cette explication. » (Tahzīr-un-Nās, pages 2 à 3)

« La nubuwwah des autres prophètes dépend de celle du Saint Prophète Muhammad (s.a.w) ; mais sa nubuwwah à lui ne dépend de personne… C’est dans ce sens que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) a déclaré que Moïse l’aurait suivi s’ils avaient vécu à la même époque. C’est pour cette raison aussi qu’il a déclaré que Jésus-Christ suivra sa Sharia à lui [celle du Saint Prophète Muhammad (s.a.w)] lorsqu’il reviendra. (Tahzīr-un-Nās, pages 3 à 4)

« Le Khātam (sceau, avec le fatha sur la lettre « ت ») appose son empreinte sur celui qui le reçoit… Ainsi le verset « mais il est le Messager d’Allāh, et le Sceau des Prophètes » signifie que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) n’est le père physique de personne, mais il est le père spirituel des membres de son Oummah ainsi que le père spirituel des prophètes… » (Tahzīr-un-Nās, pages 3 à 4)

« Il a été clairement énoncé que les autres envoyés dépendent du Saint Prophète Muhammad (s.a.w) pour leur fonction ; le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) quant à lui ne dépend d’aucuns prophètes du passé ou d’ailleurs pour mériter ses attributs. Si l’on assume qu’un autre prophète vivait en son temps, lui aussi dépendrait entièrement du Saint Prophète Muhammad (s.a.w) pour sa nubuwwah… » (Tahzīr-un-Nās, pages 13 à 14)

« Si l’on accepte la Khātamiyya [finalité du Saint Prophète Muhammad (s.a.w)] tel que j’ai expliqué, le fait que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) soit le Khātam n’affectera pas uniquement les prophètes du passé. Même si un autre prophète vivait en son temps cela n’aurait pas affecté le fait qu’il soit le Khātam. » (Tahzīr-un-Nās, pages 13 à 14)

« …et même si un prophète apparaissait après le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) cela n’affectera nullement la Khātimiyya (finalité) de celui-ci. » (Tahzīr-un-Nās, page 25)

 


Peut-il y avoir de prophète après le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) ?

Les deux catégories de prophètes

Les prophètes législateurs sont envoyés quand les enseignements de la religion précédente ont été corrompus et qu’elle ne présente plus de solutions aux problèmes contemporains.

Le deuxième type de prophète est celui qui n’abroge pas la sharia ou la religion du prophète qu’il succède ; il a pour mission de ramener ses suivants vers les principes originaux de la religion de son prédécesseur.

Le prophète Abraham avait auguré une nouvelle lignée prophétique : ses fils, Ismaïl et Isaac, ainsi que Jacob, son arrière-petit-fils et Joseph son arrière arrière-petit-fils, ont suivi sa religion et ne l’ont pas abrogé.

L’avènement de prophètes/avertisseurs a été évoqué en ces termes dans le Saint Coran :

وَلَقَدْ ضَلَّ قَبْلَهُمْ أَكْثَرُ الْأَوَّلِينَ - وَلَقَدْ أَرْسَلْنَا فِيهِمْ مُنْذِرِينَ

« Et la plupart des peuples antérieurs s’étaient égarés avant eux. Et Nous avions envoyé des Avertisseurs parmi eux. » (Le Saint Coran, chapitre 37, versets 72 à 73)

Le Saint Coran enjoint aux musulmans de méditer sur l’histoire des prophètes qui ont précédé le Saint Prophète Muhammad (s.a.w), car il s’y trouve des leçons pour eux :

لَقَدْ كَانَ فِي قَصَصِهِمْ عِبْرَةٌ لِأُولِي الْأَلْبَابِ مَا كَانَ حَدِيثًا يُفْتَرَى وَلَكِنْ تَصْدِيقَ الَّذِي بَيْنَ يَدَيْهِ وَتَفْصِيلَ كُلِّ شَيْءٍ وَهُدًى وَرَحْمَةً لِقَوْمٍ يُؤْمِنُونَ

« Assurément dans leur histoire il y a une leçon pour les gens doués d’intelligence. Ce n’est pas un récit inventé, mais une confirmation de ce qui était avant, et un exposé détaillé de toutes choses, une directive et une miséricorde pour un peuple qui croit. » (Le Saint Coran, chapitre 12, verset 112)

Des prophètes ont été envoyés parmi les Juifs afin de juger parmi eux selon les préceptes de la Torah. Ces prophètes étaient des Hukām, ils avaient pour tâche de mettre fin à toute dissension parmi les Juifs et les encourageaient aussi à suivre les préceptes de la Torah.

إِنَّا أَنْزَلْنَا التَّوْرَاةَ فِيهَا هُدًى وَنُورٌ يَحْكُمُ بِهَا النَّبِيُّونَ الَّذِينَ أَسْلَمُوا لِلَّذِينَ هَادُوا

« Assurément, Nous avons fait descendre la Torah qui renfermait la direction et la lumière. C’est par ce moyen que les Prophètes, qui s’étaient soumis à Nous, rendaient leur jugement pour les Juifs…» (Le Saint Coran, chapitre 5, verset 45)

En dépit de la présence de la Torah, Dieu a envoyé des prophètes afin de ramener les Juifs sur le droit chemin. Si jusqu’au jour dernier il n’y aura pas de dissension parmi les musulmans, aucun prophète ou Hakam ne viendra de la part de Dieu. Au cas échéant ils auront besoin d’un guide.

L’on doit aussi noter le fait que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) a souligné la similarité entre les enfants d’Israël et son Oummah :

‘Abdullāh bin ‘Amr (r.a.) raconte que le Saint Prophète Muhammad (p.s.s.l.) a dit : « Assurément ma communauté passera par les mêmes phases que celle des Enfants d’Israël. Ils se ressembleront comme les deux souliers d’une même paire au point que si un juif avait commis au grand jour l’inceste avec sa mère, il y aura dans mon Ummah quelqu’un qui en fera de même. En vérité, les juifs s’étaient divisés en 72 communautés ; mon Ummah à moi se divisera en 73 communautés qui iront toutes en enfer sauf une. » Les compagnons demandèrent : « Quelle est cette communauté, ô Envoyé d’Allah ? » Il répondit : « Celle qui suivra ma pratique et celle de mes compagnons. » Tirmidhī Kitāb-Ul-Īmān

D’entre tous les hommes le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) comprenait le mieux le sens du terme Khātaman-Nabiyyīne. S’il croyait que ce titre signifiait qu’il n’aura pas de prophète après lui et que les musulmans n’auront pas besoin guide il n’allait pas annoncer l’avènement d’un prophète après lui.

Il a donné la nouvelle de l’avènement de Jésus-Christ (a.s) qui sera selon lui un Hakam ‘Adal, un Juge qui rendra ses verdicts en toute justice.


Le Saint Coran annonce-t-il l’avènement de prophètes en l’Islam ?

وَمَنْ يُطِعِ اللَّهَ وَالرَّسُولَ فَأُولَئِكَ مَعَ الَّذِينَ أَنْعَمَ اللَّهُ عَلَيْهِمْ مِنَ النَّبِيِّينَ وَالصِّدِّيقِينَ وَالشُّهَدَاءِ وَالصَّالِحِينَ وَحَسُنَ أُولَئِكَ رَفِيقًا

« Et quiconque obéit à Allāh et au Messager sera du nombre de ceux sur lesquels Allāh a répandu Ses bienfaits, à savoir, les Prophètes, les Véridiques, les Martyrs et les Justes ; ce sont là d’excellents compagnons. » (Le Saint Coran, chapitre 4, verset 70)

Traductions du même verset présentées par des non-ahmadis

« car ceux qui obéissent à Dieu et à Son Prophète feront partie de ceux que Dieu aura comblés de Sa grâce, parmi les prophètes, les justes, les martyrs et les saints. Et quels excellents compagnons que ceux-là ! » (4 : 69) (Le Noble Coran (Nouvelle traduction française du sens de ses versets)

« Ceux qui obéiront à Dieu et à l’Apôtre entreront dans la communion des prophètes, des justes, des martyrs, des hommes vertueux que Dieu a comblés de ses bienfaits. Quelle belle com­munion que la leur ! » Traduction par Kasimirski

Dans ce verset Dieu annonce la bonne nouvelle aux musulmans qu’Il leur accordera l’un de ces quatre rangs spirituels : celui de Nabi (Prophète), de Véridique, de Martyr, de Juste. Ces quatre rangs ont été mentionnés au même endroit ; l’on ne peut suggérer qu’ils jouiront uniquement des trois derniers. Soit qu’ils bénéficieront des quatre faveurs ou ils en seront privés complètement. De surcroît, si Dieu n’allait pas conférer à un membre de l’Oummah du Saint Prophète Muhammad (s.a.w) le statut de « Nabi » Il n’en n’aurait pas fait mention dans ce verset.

Il est impossible que les musulmans soient privés de ces faveurs car Dieu annonce :

كُنْتُمْ خَيْرَ أُمَّةٍ أُخْرِجَتْ لِلنَّاسِ

« Vous êtes le meilleur peuple, suscité pour le bien de l’humanité… » (Le Saint Coran, chapitre 3, verset 111)

D’aucuns osent dire que ce verset signifie que ces faveurs leur seront conférés dans l’Au-delà et que les musulmans seront avec les prophètes, les véridiques, les martyrs, et les justes, et qu’ils ne jouiront pas de ces faveurs ici sur terre. Mais ce verset n’évoque pas l’Au-delà. De surcroît, Dieu annonce dans le Saint Coran que chaque peuple sera appelé avec son prophète.

يَوْمَ نَدْعُوا كُلَّ أُنَاسٍ بِإِمَامِهِمْ

« Rappellez le jour où Nous convoquerons chaque peuple avec son chef. » (Le Saint Coran, chapitre 17, verset 71). Comment donc se peut-il que les musulmans soient en compagnie d’autres prophètes et non pas en compagnie du Saint Prophète Muhammad (s.a.w), celui qui leur est le plus cher ?

La préposition مع ne signifie pas uniquement « avec ». Selon le célèbre dictionnaire du Saint Coran de l’Imam Raghib cette préposition à quatre usages :

(مع) يقتضي الاجتماع إما في المكان: نحو: هما معا في الدار، أو في الزمان. نحو: ولدا معا، أو في المعنى كالمتضايفين نحو: الأخ والأب، فإن أحدهما صار أخا للآخر في حال ما صار الآخر أخاه، وإما في الشرف والرتبة. نحو: هما معا في العلو

مع signifie :

  1. être au même endroit en même temps, par exemple : « ils sont ensemble dans la maison »
  2. être le contemporain de quelqu’un. Par exemple : « être né au même moment »
  3. être lié par la filiation ou être apparenté, à l’instar de deux frères
  4. avoir la même distinction ou le même statut, par exemple : « ils ont tous deux le même rang »

Imam Raghib nous donne une autre indication du sens de cette préposition en expliquant les deux versets suivants :

وقوله: فاكتبنا مع الشاهدين [آل عمران/54] أي: اجعلنا في زمرتهم إشارة إلى قوله: فأولئك مع الذين أنعم الله عليهم... الاية [النساء/70]

Le verset du Saint Coran, « Inscris-nous donc au nombre des témoins » (Le Saint Coran, chapitre 3, verset 54) signifie « met nous dans la même catégorie qu’eux », tout comme cela a été indiqué dans le verset «…sera du nombre de ceux sur lesquels Allāh a répandu Ses bienfaits…» (Le Saint Coran, chapitre 4, verset 70)

L’usage de cette préposition dans le Saint Coran :

إِنَّ الْمُنَافِقِينَ فِي الدَّرْكِ الْأَسْفَلِ مِنَ النَّارِ وَلَنْ تَجِدَ لَهُمْ نَصِيرًا - إِلَّا الَّذِينَ تَابُوا وَأَصْلَحُوا وَاعْتَصَمُوا بِاللَّهِ وَأَخْلَصُوا دِينَهُمْ لِلَّهِ فَأُولَئِكَ مَعَ الْمُؤْمِنِينَ وَسَوْفَ يُؤْتِ اللَّهُ الْمُؤْمِنِينَ أَجْرًا عَظِيمًا

« En vérité, les hypocrites seront au plus profond du Feu ; et tu ne trouveras personne pour les aider, sauf ceux qui se repentent, qui s’amendent, qui s’accrochent à Allāh et qui sont sincères dans leur soumission à Allāh. Ceux-là sont du nombre des croyants. Et Allāh donnera bientôt aux croyants une très grande récompense. » (Le Saint Coran, chapitre 4, verset 146-147)

Peut-on dire ici que ceux qui vont se repentir, s’amender etc. seront uniquement « en compagnie » ou « avec » les croyants, et qu’ils ne sont pas des croyants eux-mêmes, et qu’ils ne vont pas recevoir les récompenses accordées aux croyants ?

Les deux prépositions من et مع ont des sens similaires

مع ne signifie pas seulement « avec » comme nous l’avons prouvé plus haut. Dans certains cas cette proposition a le même sens que من qui signifie « être de ceux » ou « faire parti de ».

إِلَّا إِبْلِيسَ أَبَى أَنْ يَكُونَ مَعَ السَّاجِدِينَ - قَالَ يَا إِبْلِيسُ مَا لَكَ أَلَّا تَكُونَ مَعَ السَّاجِدِينَ

Excepté Iblis qui refusa d’être avec les prosternés. Alors [Dieu] dit : « Ô Iblis, pourquoi n’es-tu pas au nombre des prosternés ? » (Le Saint Coran, chapitre 15, versets 32-33)

فَسَجَدُوا إِلَّا إِبْلِيسَ لَمْ يَكُنْ مِنَ السَّاجِدِينَ

« ...Ils se prosternèrent, à l’exception d’Iblis qui ne fut point de ceux qui se prosternèrent. » (Le Saint Coran, chapitre 7, verset 12)

D’aucuns insistent que les musulmans serons ensemble avec les prophètes antérieurs, avec les véridiques, les martyrs, et les justes ; ce qui implique qu’il n’y aura pas parmi les musulmans des justes, ni des martyrs, ni des véridiques mais qu’ils seront uniquement à côté de ces personnes qui jouiront de ces distinctions. C’est là une bien piètre récompense pour l’Oummah du Saint Prophète Muhammad (s.a.w), le meilleur peuple créé pour le bien de l’humanité ! En réunissant ces quatre privilèges sous le Saint Prophète Muhammad (s.a.w), Dieu a en fait exalté davantage son statut et a prouvé qu’il est véritablement le sceau des prophètes.

Bibliographie :

  1. Le Saint Coran, traduction française de la Communauté Musulmane Ahmadiyya
  2. The Holy Quran with English translation and Commentary
  3. L’apostolat en Islam, par Fazal Ilahi Bashir, Ile Maurice, 1978
  4. Ahmadiyyat or Qadianism, Naeem Osman Memon, Londres, 1989
  5. L’heure de vérité, Nasir Ahmad Bukuth, Ile Maurice, 2000
  6. Finality of Prophethood, S. A. Maududi
  7. Ruhani Khazain (recueil des ouvrages du Messie Promis (a.s))
  8. Arabic-English Lexicon de Edward William Lane
  9. Khatmul ‘Awliya, Imprimerie Catholique, Beirut, 1965
  10. Al-Mufradat Alfaz-al-Qur’an-al-Karim, de l’Imam Raghib
  11. Tablighi Pocket Book
  12. Qindil-e-Sadaqat