Hadith : « Il n’y a pas de prophète après moi. »

Ceux qui insistent sur le fait que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) est le dernier des prophètes, dernier dans le temps, reposent leurs arguments sur une interprétation erronée d’un autre hadith dans lequel le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) a dit :

لا نبي بعدي

« Il n’y a pas de prophète après moi. » Lesdits exégètes pensent que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) a voulu dire par là que le prophétat est à jamais fini, alors qu’en réalité il a voulu tout simplement indiquer ce qui suit :

1. Qu’aucun prophète ne viendrait immédiatement après lui ; en effet, il dit que contrairement aux Israélites, ses successeurs immédiats ne seraient pas des prophètes, mais des califes dont le nombre croîtrait (voir le Sahih al Bukhari). Cela n’exclut pas l’apparition de prophètes parmi ses successeurs non immédiats.

2. Qu’aucun prophète ne serait suscité indépendamment de lui, en-dehors de sa religion ou opposé à lui. Cette exégèse est solidement basée sur un deuxième sens du terme بعد (Ba‘d) qui, outre le sens de « après » comporte aussi le sens de « opposé à » ou « qui rejette ». Le Saint Coran nous présente cet usage :

فَبِأَيِّ حَدِيثٍ بَعْدَ اللَّهِ وَآَيَاتِهِ يُؤْمِنُونَ

« A quelle parole donc croiront-ils, après Allāh et Ses Signes ? » (Le Saint Coran, chapitre 45, verset 7)

Ici l’expression بعد الله (Ba‘d Allah) ne peut signifier « après Allah » dans le sens temporel car rien ne vient « après » Dieu).

3. Qu’aucun prophète porteur d’une nouvelle Loi (Shari’ah) ne pourrait jamais apparaître après lui, car le Saint Coran restera le seul canon en vigueur jusqu’au Dernier Jour.

Explications d’un savant musulman sur le sens de Khātaman-Nabiyyīne

Maulana Muhammed Qasim Nanotvi (Inde, 1832-1880)

Muhammed Qasim de Nanota est un des fondateurs du mouvement Deobandi, une école de pensée sunnite, très présente en Asie du sud (Pakistan, Inde et Afghanistan) qui est de surcroît un farouche adversaire de la communauté musulmane Ahmadiyya. Muhammed Qasim explique ainsi le terme Khātaman-Nabiyyīne dans son ouvrage Tahzīr-un-Nās :

« …Le profane pense que le Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, étant Khātam, il est apparu après tous les autres prophètes et est le dernier des prophètes. Mais ceux doués de compréhension savent très bien qu’être premier ou dernier, d’un point de vue chronologique, n’a aucune importance.

Dans ces conditions, comment la déclaration du Saint Coran « mais il est le Messager d’Allah et le Sceau des prophètes », pourrait être considérée comme un éloge au Saint Prophète ? L’on pourrait accepter que la Khātamiyya signifie la finalité dans le temps si l’on soutien que cette locution ne confère aucune distinction au Saint Prophète Muhammad (s.a.w) et qu’elle ne comprend pas d’éloges en sa faveur. Mais je suis convaincu qu’aucun musulman ne toléra cette explication. » (Tahzīr-un-Nās, pages 2 à 3)

« La nubuwwah des autres prophètes dépend de celle du Saint Prophète Muhammad (s.a.w) ; mais sa nubuwwah à lui ne dépend de personne… C’est dans ce sens que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) a déclaré que Moïse l’aurait suivi s’ils avaient vécu à la même époque. C’est pour cette raison aussi qu’il a déclaré que Jésus-Christ suivra sa Sharia à lui [celle du Saint Prophète Muhammad (s.a.w)] lorsqu’il reviendra. (Tahzīr-un-Nās, pages 3 à 4)

« Le Khātam (sceau, avec le fatha sur la lettre « ت ») appose son empreinte sur celui qui le reçoit… Ainsi le verset « mais il est le Messager d’Allāh, et le Sceau des Prophètes » signifie que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) n’est le père physique de personne, mais il est le père spirituel des membres de son Oummah ainsi que le père spirituel des prophètes… » (Tahzīr-un-Nās, pages 3 à 4)

« Il a été clairement énoncé que les autres envoyés dépendent du Saint Prophète Muhammad (s.a.w) pour leur fonction ; le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) quant à lui ne dépend d’aucuns prophètes du passé ou d’ailleurs pour mériter ses attributs. Si l’on assume qu’un autre prophète vivait en son temps, lui aussi dépendrait entièrement du Saint Prophète Muhammad (s.a.w) pour sa nubuwwah… » (Tahzīr-un-Nās, pages 13 à 14)

« Si l’on accepte la Khātamiyya [finalité du Saint Prophète Muhammad (s.a.w)] tel que j’ai expliqué, le fait que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) soit le Khātam n’affectera pas uniquement les prophètes du passé. Même si un autre prophète vivait en son temps cela n’aurait pas affecté le fait qu’il soit le Khātam. » (Tahzīr-un-Nās, pages 13 à 14)

« …et même si un prophète apparaissait après le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) cela n’affectera nullement la Khātimiyya (finalité) de celui-ci. » (Tahzīr-un-Nās, page 25)