Les circonstances de la révélation du verset

Tous les exégètes du Saint Coran sont unanimes que le verset en question fut révélé en réponse aux objections des adversaires du Saint Prophète Muhammad (s.a.w) à propos de son mariage avec Zainab bint Jash, qui s’était divorcée de Zaid bin Harith, son fils adoptif.

Maududi, farouche adversaire de la communauté Ahmadiyya, explique qu’Allah, en sanctifiant ce mariage, a légalisé le mariage des musulmans avec les femmes divorcées de leurs fils adoptifs. « [En réponse aux accusations selon lesquelles] en épousant sa belle-fille il était en infraction avec sa propre loi – puisque la femme de l’un de ses fils est interdite à un père – Dieu Tout-Puissant affirme que le Saint Prophète n’avait pas de fils, pour bien montrer que la femme qu’il venait d’épouser n’était pas sa belle-fille. Et ainsi, il ne s’agissait pas d’une violation de la loi. » (Maududi, Finality of prophethood)

Selon Maududi, la controverse ne s’est pas arrêtée là, et les critiques du Prophète(s.a.w.) auraient déclaré : « Même si l’on admet qu’un fils adoptif ne soit pas un fils réel et que par conséquent il soit légal qu’un père puisse épouser la femme divorcée de l’un de ses fils adoptifs, pour quelle raison le Prophète aurait-il fait une chose pareille ? »

Maududi écrit : « Pour répondre à cette accusation, Allah déclara : « il est le Messager d’Allah ». La signification étant qu’il s’agissait du mandat du Saint Prophète d’éliminer tous les préjugés et les tabous que les coutumes païennes avaient imposés aux hommes. Et c’est pour souligner ce point particulier que Dieu révéla que le Prophète était Khātaman Nabiyyine. »

Jusque là, on ne peut pas s’opposer par principe aux arguments présentés par Maududi. Toutefois, on peut s’étonner qu’après avoir expliqué, avec une certaine intégrité, les raisons de la révélation de ce verset, il laisse ses préjugés reprendre le dessus et déclare à propos de l’expression Khātaman-Nabiyyīne :

« Et il est le dernier dans la ligne des prophètes, » ce qui signifie qu’aucun messager, ou prophète ne viendra après lui, même si c’était pour réformer quelques unes des lois de la société qui auraient pu être oubliées (Dieu nous pardonne) à l’époque du Saint Prophète, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui. C’est parce qu’Allah a décidé que son ministère serait le dernier qu’il était impératif que le Saint Prophète élimine les coutumes païennes. » (Maududi, Finality of prophethood)

Si comme les adversaires de la Communauté Musulmane Ahmadiyya le déclarent, l’expression Khātaman-Nabiyyīne signifie que le Saint Prophète(s.a.w.) est le dernier des prophètes et qu’aucun autre ne viendra après lui, alors l’expression Khātaman-Nabiyyīne n’est plus en harmonie avec le reste du passage. En effet, le concept de finalité dans le temps n’est pas en lui-même la réfutation des objections soulevées à propos du mariage du Saint Prophète(s.a.w.) avec Hadrat Zainab, et une telle expression serait superflue dans le contexte de ce passage.

La postérité du Saint Prophète Muhammad (s.a.w)

Pour clôturer le débat et fermer la porte aux autres critiques, Dieu Tout Puissant déclare que le Saint Prophète(s.a.w.) n’est le père d’aucun homme, mais qu’il est le Messager d’Allah, c’est à dire le père spirituel de l’Oummah, mais aussi le Sceau des Prophètes, ce qui signifie qu’il est aussi le père spirituel de tous les prophètes.

Une autre sourate du Coran évoque la postérité du Saint Prophète Muhammad (s.a.w) :

إِنَّا أَعْطَيْنَاكَ الْكَوْثَرَ (2) فَصَلِّ لِرَبِّكَ وَانْحَرْ (3) إِنَّ شَانِئَكَ هُوَ الْأَبْتَرُ (4)

« Assurément, Nous t’avons donné l’abondance de bien ; aussi, prie ton Seigneur, et offre des sacrifices. Assurément, c’est ton ennemi qui sera sans postérité. » (Le Saint Coran, chapitre 108, versets 2 à 4)

Ce chapitre fut révélé à la Mecque où les ennemis du Saint Prophète Muhammad (s.a.w) le ralliaient en disant qu’il n’avait pas de fils, qu’il était donc sans descendants. Le dernier verset du chapitre 108 affirme que ce n’est pas le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) mais ses ennemis qui seront sans descendants mâles. Mais l’histoire est indéniable : le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) n’eut pas de fils et ses ennemis eurent plusieurs qui survécurent. Il est évident que c’est dans le sens spirituel que les ennemis du Saint Prophète Muhammad (s.a.w) seraient sans postérité ; leurs fils acceptèrent le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) à l’exemple d’Ikramah, fils d’Abou Jahl. Ainsi la déclaration « Muhammad n’est le père d’aucun de vos hommes… », ne peut contredire le chapitre 108.

Le verset Khātaman-Nabiyyīne se lit ainsi :

  1. « Muhammad n’est le père d’aucun de vos hommes… » : c’est-à-dire qu’il n’a pas de fils ; Zaid n’était pas non plus son fils et de ce fait Zainab n’était pas sa belle-fille. C’est là la réfutation des accusations de ses ennemis ; à savoir qu’il était marié avec sa belle-fille
  2. « …mais il est le Prophète de Dieu… » : c’est-à-dire il est spirituellement le père de tous les croyants tout comme ses épouses sont les mères des croyants (Le Saint Coran chapitre 33 verset 6)
  3. « …et (il est) le Khātaman-Nabiyyīne» : il est le Sceau des prophètes, celui qui atteste l’authenticité de tous les prophètes, le plus grand, l’autorité finale.

La conjonction لكن (mais) dans une phrase introduit une idée contraire à celle qui a été exprimée préalablement ; elle a aussi pour objectif de dissiper un malentendu qui pourrait résulter d’une première affirmation et d’apporter ainsi une correction ou une précision indispensable.

Il y a d’abord une négation : « Muhammad n’est le père d’aucun de vos hommes… ». Ceci pourrait certainement ajouter de l’eau au moulin des ennemis du Saint Prophète Muhammad (s.a.w) qui disait qu’il était sans postérité. La deuxième déclaration doit être certainement positive en accordant au Saint Prophète Muhammad (s.a.w) une descendance spirituelle.

Si l’on traduisait le verset de cette façon : « Muhammad n’est le père d’aucun de vos hommes, mais il est le Messager d’Allāh et aucun prophète ne viendra après lui… » ce verset n’aurait aucun sens et serait sans rapport avec son contexte, appuyant ainsi l’accusation des adversaires du Saint Prophète Muhammad (s.a.w). Ainsi le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) ne serait pas seulement privé de filiation physique mais il serait aussi celui qui mettra fin à toute progéniture spirituelle. Et on ne pourra pas non plus réconcilier ce verset avec le chapitre 108 du Saint Coran évoqué plus haut.

L’expression Khātaman-Nabiyyīne exprime en fait la grandeur du Saint Prophète Muhammad (s.a.w). Son Sceau atteste la véracité des prophètes venus avant lui. Son sceau laissera aussi son empreinte sur ses fidèles. Et la Nubuwwah (prophétat/avènement d’un prophète) existera uniquement dans son Oummah et devra porter son estampille pour être authentique. Dieu a accordé cette puissance spirituelle uniquement au Saint Prophète Muhammad (s.a.w) ; ainsi la loi qu’il a apportée est à la fois parfaite et finale et il est quant à lui le modèle parfait pour l’humanité. C’est ce qui le distingue des autres prophètes.

Voilà la réfutation à toutes les accusations portées par les ennemis du Saint Prophète Muhammad (s.a.w). Sinon comment expliquer que le Saint Coran déclare dans le chapitre 108, que, « ce sont ses ennemis qu’ils seront sans postérité ».