Le martyre de Sahibzada Abdul Latif

Sahibzada Abdul Latif était un musulman pieux et juste d'Afghanistan, où il avait de nombreux adeptes. Il avait une connaissance approfondie de l'histoire, de la philosophie et de la jurispru­dence islamique. Il était très respecté et honoré à la cour royale, et c’était lui le maître des cérémonies à l'occasion du couronnement du souverain. Des livres écrits par Mirza Ghulam Ahmad lui parvinrent, et il fut très influencé par leur lecture. En octobre 1902, il quitta l'Afghanistan pour la Mecque avec l’intention de faire le pèlerinage. En passant par le Pendjab, il entendit par­ler davantage d'Ahmad et de sa déclaration, et décida de se rendre à Qadian. Il se plut tant dans la compagnie d'Ahmad qu'il manqua le pèlerinage. Il fut convaincu qu'Ahmad était le prophète et le Messie Promis attendu. Quand Sahibzada retourna à Kaboul, les mollahs(leaders religieux) déclarèrent qu’il était un infidèle et demandèrent qu’il soit lapidé. Le souverain Amir Habib Ullah Khan, accom­pagné de son frère Nasrullah Khan et du Grand Mufti (Juge), conduisirent une grande procession à laquelle participèrent des milliers de per­sonnes. Ils arrivèrent à l’endroit du supplice où Sahibzada était enfoui jusqu'à la taille. L'Amir lui demanda de se repentir et de renier Mirza Ghulam Ahmad afin d'être sauvé et de retrouver son honneur. L'Amir le supplia au nom de sa vie, ses enfants et sa famille. Sahibzada Abdul Latif resta ferme dans sa foi. Il répliqua qu’il ne renierait pas sa foi même au prix de sa vie, de celle de sa femme ou de ses enfants. En entendant cela, l'Amir lui lança une pierre, et il fut suivit par tous les autres fanatiques. Le corps de Sahibzada, couvert de sang, disparu sous les pierres.

La justice divine s'abattit sur les meurtriers, et le peuple afghan tout entier fut puni pour ce crime ignoble. Quelques heures après l’exécution, le choléra éclata partout en Afghanistan, avec une sévérité terrible. Les gens moururent par milliers et la panique s'empara de tout le pays. Les cadavres jonchaient les rues en proie aux vautours et autres chiens affamés. Nasrullah Khan, le frère de l’Amir, qui participa à l’exécution barbare de Sahibzada, perdit sa femme et son fils. Plusieurs membres de la famille royale furent aussi victimes de l’épidémie. Les luttes fratricides décimèrent la famille royale. Amir Habib Ullah Khan fut assassiné sur ordre de son frère, Nasrullah Khan. Ce dernier à son tour fut tué par son neveu Amanullah Khan. Le Grand Mufti fut humilié et fouetté sur ordre du roi. Il s'enfuit et mourut dans la honte et le déshonneur.