Une réponse à l’allégation selon laquelle Aïcha (r.a.) avait 6 ou 9 ans lorsque son mariage a été consommé avec le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) basé sur un article écrit par Qasim Rashid, avocat et auteur des livres The Wrong Kind of Muslim et Extremist

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Le film au vitriol anti-islam, « L’innocence des musulmans » a provoqué un tollé dans le monde entier. Newsweek a tout l’air d’ajouter à ce tumulte avec leur édition « Muslim Rage ». Heureusement, cela a eu l’effet inverse que prévu : #MuslimRage est devenu la tendance la plus populaire sur Twitter. (Suivez-moi sur Twitter @MuslimIQ) Pourtant, « L’innocence des musulmans » fait de nombreuses et viles accusations contre l’Islam et son Noble Prophète. L’une de ces allégations est que le Prophète aurait épousé Aïcha quand elle était mineure. J’ai pris le temps de compiler rapidement deux arguments, l’un moi-même et l’autre bien documenté par un autre musulman.

Ensemble, ces arguments démontrent que les accusations portées à la fois contre le Prophète Muhammad et Aïcha (r.a.) sont sans fondement et entièrement issues de l’ignorance. Les preuves étalées ci-dessous vont démontrer que loin d’avoir 6 ou 9 ans Aïcha (r.a.) avait probablement 15-16 ans au moment de son mariage consentant, voire même dix-huit ou vingt ans. Certains chercheurs affirment qu’elle avait en fait seulement 12 ans. Il n’en demeure que si Aïcha (r.a.) n’avait que 12 ans au moment de son mariage et la consommation de celui-ci, cela ne devrait pas être une cause d’inquiétude pour les raisons claires mentionnées ci-dessous.

La première série d’arguments

Le premier argument

L’Encyclopédie catholique dit que Marie, Mère de Jésus, avait 11 ans (et que Joseph en avait 90) lors de leur mariage. [The Catholic Encyclopedia: An International Reference of Work on the Constitution, Doctrine, Dicipline, and History of the Catholic Church, New York Robert Appleton Company, Vol. VIII, Pg. 505]. Or nous n’entendons pas les objections venant des éléments anti-Islam contre ce fait enregistré de l’histoire. Si Aïcha (r.a.), à 12 ans, était trop jeune pour se marier, de même Marie, Mère de Jésus était elle aussi trop jeune. Dans la même suite d’idées, si le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) à l’âge de 53 ans était trop vieux pour épouser Aïcha (r.a.), Joseph à 90 ans était certainement trop vieux. Pourtant, de telles objections n’existent pas, ce qui démontre l’attitude de deux poids deux mesures qu’ont certains détracteurs de l’Islam envers les musulmans.

Le second argument

La loi du Talmud affirme que la femme est en âge de se marier quand elle a 12 ans et 6 mois et qu’il est préférable de « marier sa fille aussi vite que possible lorsqu’elle a atteint l’âge adulte, même à son esclave. » [Talmud, Pesachim 113a]. Les juifs hassidiques suivent encore cette tradition qui remonte à des milliers d’années. En fait, le Talmud offre également des conseils choquants sur ​​le mariage : « Une fille âgée de trois ans et un jour peut être acquise en mariage par le coït, et si le frère de son mari défunt cohabite avec elle, elle devient sienne. » [Talmud, Sanhédrin 55b].

Encore une fois, l’on ne rencontre pas d’objections de la part des critiques de l’Islam contre cette pratique, ce qui démontre une fois de plus leur partialité. Dans le contexte historique, les cultures juive, chrétienne et musulmane ont toujours accepté que l’on se marie à un âge que notre société considère jeune.

Lorsqu’on reconnaît que des choses comme l’espérance de vie et le comportement social étaient jadis différentes, que deux individus adolescents (ou presque) se marient à cet époque là n’était pas du tout exceptionnel. Ici encore, la notion de structure sociale doit être réaffirmée. Les anciens juifs, chrétiens et musulmans n’étaient pas les seuls à reconnaître que les adolescents ou même les préadolescents étaient admissibles pour le mariage. En réalité il s’agit là d’un concept qui était courante dans nos sociétés occidentales jusqu’à très récemment, comme expliqué ci-dessous.

Le troisième argument

Pendant des siècles en Ecosse, l’âge nubile pour les filles était de 12 ans et le consentement des parents n’était pas nécessaire. [G T Bisset-Smith. 1st edition. Edinburgh: William Green & Sons, (1902)]. Ce n’est qu’en 1929 que l’âge a été porté à 16 ans pour les filles. [Ibid.]

Considérons ce que disent les lois des États américains : dans le New Hampshire, l’âge légal du mariage pour les filles est de 13 ans avec consentement parental. Dans le Massachusetts, l’âge légal pour les filles est de 12 ans avec consentement parental. Dans le Mississippi et en Californie, il n’y a pas d’âge minimum pour les filles, à condition qu’il y ait consentement parental. (Ces informations sont disponibles ici.)

Or comme nous le savons, Aïcha (r.a.) a certainement obtenu le consentement de ses parents.

La réalité est donc que la société n’a que très récemment décidé que 18 ans est l’âge de la maturité chez les hommes et les femmes. Rien ne stipule que 18 ans est ou n’est pas l’âge approprié en tout temps et en tout lieu. Nous ne pouvons affirmer que c’est l’âge approprié pour notre époque ; ce n’est rien sinon un âge dont nous avons convenu en tant que société, sans plus. Ainsi, à notre époque, le mariage avant 18 ans est soit interdit, ou permis à condition de respecter des exigences strictes pour assurer que les droits des personnes de moins de 18 ans ne soient pas lésés. Que l’on se permette d’accuser le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) d’agissements inappropriés pour la simple raison que notre société actuelle désapprouve d’une structure sociale dont approuvaient nos aïeux américains, dont approuvaient également des cultures anciennes aussi bien chrétiennes que musulmanes et dont approuvent encore des cultures juives hassidiques modernes, apparaît dès lors comme étant déplacé et sans mérite.

Si nous avons fait ressortir jusqu’ici qu’Aïcha (r.a.) s’était mariée lorsqu’elle n’avait que 11 ou 12 ans, l’histoire et nos ancêtres américains ont démontré quant à eux qu’un tel mariage n’était pas hors norme. La section suivante établira qu’Aïcha (r.a.) avait 15 ou 16 ans au moment de son mariage avec le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), voire même 18 ou 20 ans.

La deuxième série d’arguments

Avis : je ne suis pas l’auteur de l’étude qui suit. Je la reprends car elle est très bien documentée et référencée et constitue une bonne réplique à l’accusation selon laquelle le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait épousé Aïcha (r.a.) quand elle était mineure.

Le premier argument

Bien que certains de ces récits sont rapportés dans le recueil de Bukhari, la plupart nous viennent de Hisham ibn ‘Urwah sur l’autorité de son père. Or un fait aussi important aurait dû être rapporté par nombre de personnes et non pas par seulement une, deux ou trois.

Le second argument

Il est fort étrange qu’à Médine, où Hisham ibn ‘Urwa a vécu les soixante et onze premières années de sa vie personne n’ait rapporté ce fait de lui alors que parmi ses élèves figuraient le célébrissime Malik ibn Anas.

Tous les récits nous viennent de narrateurs en Irak, où Hisham s’était établi après avoir vécu à Médine pendant soixante et un ans. Ceci peut être vérifié dans les ouvrages consacrés à la biographie des narrateurs.

Le troisième argument

Tahzib al-Tahzib, l’un des ouvrages les plus connus sur la vie et la fiabilité des narrateurs des traditions du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) nous informe que selon Yaqub ibn Shaibah : « Les récits rapportés par Hisham sont fiables sauf ceux qui sont transmis par le peuple irakien. » Il précise en outre que Malik ibn Anas a rejeté les récits de Hisham rapportés par les gens de l’Irak (Vol. 11, p. 48 à 51).

Or tous les hadiths de Hisham concernant l’âge de Aïcha (r.a.) au moment de son mariage viennent de la période où il était en Irak. Déjà d’un point de vue historique et d’évidence empirique, la supposition qu’Aïcha s’était mariée en bas âge est sérieusement mise en doute.

Le quatrième argument

Mizan al-‘Itidaal, un autre livre sur la biographie des narrateurs des traditions du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), rapporte que quand Hisham était vieux, sa mémoire faisait beaucoup défaut (vol. 4, p 301 - 302.).

A présent nous avons la preuve que lorsque Hisham a rapporté les traditions liées à l’âge d’Aïcha, il l’a fait lorsque sa mémoire souffrait déjà. Un tel témoignage serait considéré irrecevable par un tribunal moderne.

Le cinquième argument

Selon la tradition généralement reconnue, Aïcha (r.a.) est née environs huit ans avant l’Hégire (l’émigration du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) à Médine). Mais selon un autre récit, dans le Bukhari (Kitab al-Tafsir) Aïcha (r.a.) aurait dit, au moment de la révélation de la sourate Al-Qamar, le chapitre 54 du Coran, « J’étais une fillette ». Or la 54e sourate du Coran a été révélée neuf ans avant l’Hégire. Selon cette tradition, donc, Aïcha (r.a.) était non seulement née avant la révélation de la sourate en question, mais était en fait une fillette (jariyah), et non pas un nourrisson (sibyah) à ce moment-là. De toute évidence si ce récit est vrai, il est en contradiction flagrante avec ceux rapportés par Hisham ibn ‘Urwa. Face à l’évaluation des experts des récits de Hisham ibn ‘Urwa, je ne vois absolument aucune raison de ne pas le leur préférer car étant plus précis.

Aïcha (r.a.) s’est mariée après l’Hégire. Or si elle pouvait se souvenir de la révélation du chapitre 54, elle devait avoir au moins 3 à 5 ans. Ajoutons à cela les 9 ans avant l’Hégire ; cela nous amène à un âge de 12 ou 14 ans au moment de l’Hégire et au moins 14 à 16 ans avant son mariage. Il est donc impossible qu’elle se soit mariée à l’âge de neuf ans.

Le sixième argument

Selon nombre de récits, Aïcha (r.a.) a accompagné les musulmans à la bataille de Badr et celle d’Uhud (voir le Bukhari, Kitab al-jihad wa al-siyar). Par ailleurs, il est également indiqué dans les livres de hadith et d’histoire qu’aucune personne âgée de moins de 15 ans n’a été autorisée à prendre part à la bataille d’Uhud (voir le Bukhari, Kitab al-maghazi). Tous les garçons de moins de 15 ans en ont été renvoyés. La présence d’Aïcha (r.a.) à la bataille de Badr et d’Uhud indique clairement qu’elle n’avait pas neuf ou dix ans à l’époque. Après tout, les femmes ont accompagné les hommes sur les champs de bataille pour les aider, et non pas pour être un fardeau.

A noter que ces batailles ont eu lieu avant son mariage. Cela permet de situer son âge au moment de son mariage à quinze ou seize ans.

Le septième argument

Selon presque tous les historiens, Asma (r.a), la sœur aînée de Aïcha (r.a.) avait dix ans de plus que cette dernière. Il est rapporté dans Taqrib al-Tahzib ainsi que dans Al-Bidayah wa al-Nihayah qu’Asma (r.a.) est morte en l’an 73 de l’Hégire à l’âge de 100 ans. Il est évident que si Asma (r.a.) avait 100 ans en l’an 73 de l’Hégire elle a dû avoir entre 27 et 28 ans à l’époque de l’émigration. Si tel est le cas Aïcha (r.a.) devait avoir quant à elle 17 ou 18 ans à la même époque. Ainsi, Aïcha (r.a.), si elle s’est mariée dans l’an 1 ou 2 de l’Hégire, devait avoir entre 18 et 20 ans au moment de son mariage.

Le huitième argument

Tabari dans son traité sur l’histoire islamique, et plus précisément dans sa section sur Abu Bakr (r.a.) rapporte que celui-ci avait quatre enfants tous nés durant la période préislamique. Ainsi, si Aïcha (r.a.) est née dans la période préislamique elle n’aurait pu avoir moins de 14 ans dans l’an 1 de l’Hégire, l’année où de toute évidence elle s’était mariée.

Le neuvième argument

Selon l’historien Ibn Hisham, Aïcha (r.a.) a accepté l’Islam avant ‘Umar ibn al-Khattab (r.a.). Cela montre qu’Aïcha (r.a.) a accepté l’Islam au cours de la première année de l’Islam. Si par contre le récit qui voudrait que le mariage d’Aïcha ait eu lieu lorsqu’elle avait sept ans est fiable, Aïcha (r.a.) n’aurait même pas pu naître au cours de la première année de l’Islam.

Le dixième argument

Tabari a également signalé que, lorsque Abou Bakr préparait, 8 ans avant l’Hégire, sa migration vers l’Abyssinie il se rendit auprès de Mut‘am – dont le fils était le fiancé d’Aïcha (r.a.) – et lui demanda de prendre Aïcha (r.a.) chez lui comme en tant que femme de son fils. Mut‘am refusa, parce que Abu Bakr avait embrassé l’Islam ; et par la suite son fils annula ses fiançailles avec Aïcha (r.a.). Si Aïcha (r.a.) n’avait que sept ans au moment de son mariage [avec le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.)], elle n’aurait pu naître à l’époque où Abou Bakr avait décidé de migrer vers l’Abyssinie. De ce rapport, il semble raisonnable de supposer qu’Aïcha (r.a.) était déjà une jeune fille tout à fait prête pour le mariage.

L’onzième argument

Selon un récit rapporté par Ahmad ibn Hanbal, après la mort de Khadija (r.a.), quand Khawlah (r.a.) est venue au Prophète (s.a.w.) lui conseillant de se remarier, le Prophète (psl) lui demanda son opinion personnelle. Khawlah dit : « Vous pouvez épouser une vierge (bikr) ou une femme qui a déjà été mariée (thayyib). » Quand le Prophète (s.a.w.) demanda qui était la vierge, Khawlah proposa le nom d’Aïcha (r.a.). Les arabisants sauront que « bikr » n’est pas utilisé dans la langue arabe pour désigner une fille de neuf ans. Le mot correct serait, comme indiqué plus haut, « jariyah ». « Bikr » d’autre part, est utilisé pour une femme célibataire, et évidemment enfant de neuf ans n’est pas femme.

Le douzième argument

Selon Ibn Hajar, Fatimah (r.a.), la fille du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), avait cinq ans de plus qu’Aïcha (r.a.). Fatimah (r.a.) serait née quand le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait 35 ans. (Al-Isabah fi Tamyiz al-Sahabah, Ibn Hajar al-Asqalaniy, Vol. 4, Pg. 377, Maktabah al-Riyadh al-Haditha, al-Riyadh, 1978). Encore une fois cela démontre qu’Aïcha (r.a.) ne pouvait en aucun cas avoir moins de 14 ans au moment de l’Hégire, et 15 ou 16 ans au moment de son mariage.

Certains critiques font valoir que Tabari, Abou Dawud, et Bukhari disent aussi qu’Aïcha (r.a.) avait 9 ans au moment de son mariage. Ces critiques ont occulté la problématique soulevée par ​​Hisham ibn ‘Urwa et les rapports irakiens. Ils ignorent le fait que chacune de ces traditions, que ce soit de Tabari, Bukhari, Muslim ou Abou Dawud, est soit rapportée par Hisham ibn ‘Urwa ou est attribué à un Irakien. Aucun récit, pas même un seul, n’est exempt de l’un des deux problèmes.

J’ai cité Tabari, Bukhari et Muslim pour montrer qu’ils contiennent des contradictions autour de l’âge d’Aïcha (r.a). Ainsi, lorsque dans son ensemble le récit autour de l’âge d’Aïcha est contradictoire et n’est donc pas fiable, je ne vois absolument aucune raison d’accepter une version quand il existe des motifs suffisamment convaincants pour la rejeter et refuser d’en agréer une autre quand il n’y a aucune raison de la rejeter.

Conclusion

A la lumière de l’ensemble des faits, il est on ne peut plus clair que l’accusation portée contre le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) dans « l’Innocence des musulmans » est sans fondement. Le Prophète (s.a.w.) et Aïcha (r.a.) ont bénéficié d’un mariage heureux, consentant, licite et sincère, un mariage modèle pour musulmans et non musulmans pareillement.